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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 21:16

 

 

Récit extrait d’un Chapitre de ’’ Lettre à Jules’’

 

                         Résumé sommaire des trois premières parties .

 

               '' Lettre à Jules" , raconte à mon petit fils ce que fut ma jeunesse. Elle résume l'opinion que j'ai de certaines valeurs et de ma conception du ''bonheur'', lesquelles, je le sais, restent propres à chacun.

 

Mon histoire avec Etienne,  présentée là comme une nouvelle, en est l'un des feuillets. 

 

    .....// .....Je vais sur mes treize ans. Nous sommes à la sortie de la deuxième guerre mondiale et comme certains enfants issus de milieux pauvres en particulier, je suis ‘’ loué’’ les trois mois des vacances scolaires d'été pour garder sur les plateaux ardéchois le petit troupeau d’une famille de paysans de montagne. Depuis plusieurs saisons déjà, à la dâte prècise du premier juillet, mon Père m’accompagnait à Chevalet dans la ferme des Chambon entre la Souche et La Croix de Bauzon.

 

                                   La Croix de Bauzon15.07.2011.

                                                                                                                                         . 

       Cette année 1951, sans qu'il m’en fut donné de raison, je suis changé de maison et c’est à La Palisse, tout près du Lac d’Issarles, que sera ma destination.

       Je découvre en arrivant chez les Bastides que la chambre dans laquelle me conduit la Victoria est meublée de deux petits lits. Sur le bureau jouxtant l’un des deux, des livres et des cahiers m’indiquent explicitement la présence d’un autre enfant.

      Rapidement je vais constater que le garçon qui m’est présenté n’est pas celui que j’attendais. Quelqu'un avec qui je pourrais jouer, courir, pouvoir avec lui garder le troupeau, grimper aux arbres, faire des cabanes. Etienne n’est pas un garçon comme les autres, il est malade. La raison de mon changement de famille trouve là son explication. Des signes qui ne me trompent pas me renvoient à l'évidence. Je sais à présent être là pour lui.

      Etienne montait de Marseille chez les Bastides depuis plusieurs années pour s’y reposer et venir y respirer un air vivifiant. Ayant  refusé à ses parents  un nouveau départ s’il n’avait pas un camarade avec lui pour ce nouveau séjour, un concours de circonstance  est venu, au pied levé,  faire de moi celui qui allait l’accompagner durant cette estive.

       Un premier contact et les quelques cènes qui s'ensuivirent vont m'entraîner, dans un premier temps, à me poser des questions sur les attentes d'Etienne. Si les débuts de la relation furent difficiles pour ce qui me concerne, rapidement se mettra en place une complicité naturelle qui va déboucher sur une amitié comme seuls les enfants s'autorisent à les vivre.

      Cette amitié va nous rendre dépendant l'un de l'autre. Si, de mon côté, Etienne m'est au fil des jours devenu  familier, indispensable dans ce monde de solitude et d'isolement, j'ai représenté sa raison d'être, la béquille grâce à laquelle il découvre une forme de liberté. De plus, ma naïveté lui amène une fraîcheur qui l'amuse.

    L'amitié et l'attachement dont il me gratifie me donnent la certitude d'être devenu quelqu'un de précieux pour lui. L'enfant que je suis, enfant en quête de reconnaissance, ne pouvait espérer meilleure rencontre......Mais....

 

       DE L’ESPOIR A LA DECHIRURE 

 

Juillet de cette année 1952 approche et comme il en a été convenu avant de nous quitter fin septembre dernier entre les Bastides et mon Père, je dois repartir pour la ferme des Renards.

Etienne avait insisté dans un discours proche de la supplique pour que je remonte dès les prochaines vacances arrivées. Loin de m’en défendre, je souhaitais cette demande. Je l’espérais comme un dû, une reconnaissance également de la part des Bastides. En trois mois, Etienne était devenu quelqu'un d'essentiel dans ma vie.

Au fil des jours, rapidement en fait, les rôles s’étaient plus ou moins inversés, je n’étais plus son serviteur. Il m’épargnait moi, le petit, son petit frère comme il s'était mis à m'appeler. Toute l'histoire liée à ma condition modeste, la simplicité de mon existence dont il connaissait les détails, tout ce que j’avais en moi de naïf, l’avaient amené à me considérer avec une attention bienveillante. Il s’amusait de mon caractère réactif, des mises en scènes théâtrales que j’apportais en réplique à ses comportements taquins.

J’avais accepté de remonter à la ferme des Renards sans contrepartie, sans discussions. Ce que voulait Etienne, il le voulait pour moi, pour lui, pour nous. Alors, quoi de mieux que l’idée de nous savoir ensemble pour l’été à venir ? Les liens que nous avions tissés ne pouvaient avoir d’autre suite logique que celle de nous retrouver.

Les neuf mois de séparation pesaient lourds d’impatience. Il nous tardait d’en rompre le silence, de nous retrouver sans avoir cette fois, ni appréhension ni a priori. Seul un bonheur que je savais partagé occupait mon esprit. Ce qui la saison précédente me fut pénible, le changement de famille, mes débuts avec Etienne, devenait, maintenant, une récompense, une invitation venant combler mes espérances.

Au long des mois et de nos de correspondances, cette amitié, notre amitié était devenue sa raison de vivre. Ses lettres enflammées en réclamaient l’exclusivité m’obligeant à lui mentir dès les courriers qui suivirent.

Etienne m’avait cruellement manqué les semaines d’après estive. Puis et sans toutefois jamais l’oublier, j’avais repris ma vie au sein de ma famille, de mon quartier, retrouvant les Robert, les Mathieu et entre autres, Yvon, le farfelu. Nos jeux, nos activités, nos promenades, nos disputes abandonnés par la force des choses au début des vacances avaient retrouvé leur rythme de croisière.

Etienne continuait à m’idéaliser dans des discours rocambolesques avec des propos dignes des romans fantastiques. Il écrivait magnifiquement bien. D’une calligraphie appliquée, il réinventait notre rencontre et notamment la scène de la bergerie avec une fantaisie que je ne lui connaissais pas. Ses mots sonnaient d’un ton moqueur quant à la perception qu'il avait eu de moi dans les premiers instants. Il ne s’oubliait pas dans des critiques et des repentances qui le ramenaient à sa juste sensibilité. Il revenait sans cesse sur l’amitié qu'il disait avoir découverte sous une forme dont il ignorait l’existence. Il en appuyait tous les adjectifs dont il soulignait le mot de traits de couleurs. Feuillet après feuillet il réécrivait notre histoire dans laquelle je le découvrais plus étonnant que jamais, imaginatif et drôle au possible. Ses conclusions remplies de mises en garde m’étaient adressées comme des prières dans lesquelles il demandait à tous les Anges du ciel de bien vouloir me protéger. Il habillait son désir de m’avoir près de lui de sentiments généreux. Non plus pour le servir, mais comme un gage d'une fraternité où séparé de moi, il se sentait frustré.

C’était la première fois que j’entretenais une correspondance au contenu fort de sentiments écrits en direction d'une personne, autre que celle faisant partie de ma famille. A part une ou deux lettres par an que j’adressais à ma marraine et dont le contenu traitait de notre vie familiale et de quelques banalités pour remplir la page, jamais je n’avais été plus loin dans la pratique épistolaire. La qualité de ses textes était telle que mes réponses m’obligeaient à un travail de Titan. Je faisais et refaisais plusieurs fois ma copie que je voulais sans rature et d’un vocabulaire soigné. Je me racontais en toute simplicité, je parlais de lui, de ce qu'il m’apportait et de l’immense plaisir que j’avais à le lire. Nos échanges étaient à flux tendu, à tel point qu'il m’arrivait de devoir différer mes envois dans l’attente d’avoir l’argent nécessaire pour en acheter les timbres poste en vue de leurs oblitérations. Ne pouvant pas lui faire part de la vraie raison de certains de mes retards, j’accusais sans état d’âme les facteurs, ou autres intervenants de la distribution, de la perte de ce que je prétendais lui avoir envoyé. Je m’efforçais d’avoir des réponses dignes de celles qu'il m’adressait, à la fois dans leur rédaction mais également sur la qualité de l’orthographe.

A la maison, nous n’avions pas de dictionnaire. Par respect pour Etienne, par crainte du regard porté sur notre relation, il n’était pas envisageable de confier la lecture de mon courrier à un membre de mon entourage. Oubliant tout sentiment de retenue, j’ai demandé à mon Maître de bien vouloir en vérifier le caractère après l’avoir informé sur la raison de ces échanges au ton parfois surprenant. Il le fit en toute discrétion et sans paraître étonné de ce que je lui livrais. Au contraire, il sut me féliciter à plusieurs reprises pour mes progrès en expression et sur certains accords dont le raisonnement me reste toujours abstrait.

Le vocabulaire utilisé dans le cadre de confidences entre jeunes personnes, entre garçons en particulier, se manipulaient avec une réserve à laquelle Etienne par jeu, par plaisir de la provocation passait sans état d’âme le stade de l’impudeur. Bien que jeune encore, ses connaissances en matière de culture égrillarde, nettement plus avancée que les miennes, lui donnait l’avantage de pouvoir glisser des mots coquins, auxquels, bien entendu, je ne pouvais pas répondre. Si en retour, je m’exprimais fortement sur l’affection que je lui portais, je m’appliquais pour garder un répertoire du niveau de mes connaissances et au registre ne sortant pas du respectueusement convenable. Le contrôle auquel je m’obligeais, en dictait la mesure.  

 

                                   ++++++++++++++++++++++++++++++

 

 

 

Etienne ne montera pas, il ne montera jamais plus. Un jour de ce mois de Mai 1952, il traversait la rue pour se rendre à son lycée. Il n’a pas vu arriver le trolleybus.

Depuis des semaines, depuis l’annonce de cette cruelle nouvelle, la vision de son lit ne me quitte pas. Je le vois désespérément vide, aligné dans la chambre près du mien, tel un catafalque qui viendrait sans cesse raviver ma peine et mon désespoir.

 Même si parfois j’aurais souhaité dormir qui, mieux que lui, saurait désormais m’accorder sa confiance et me parler jusqu’au bout de la nuit. Qu’allais-je faire des projets que nous avions mûris ensemble ? Que seront mes retours du paturâge sans lui pour m’accueillir alors qu'il me serrait contre lui comme pour des retrouvailles dont mon absence lui paraissait de jour en jour de plus insuportable ?

A la manière d’un automate, mais au raisonnement lucide, je faisais l’inventaire de ce dont la disparition d’Etienne me privait au delà de la rencontre. Je vivais le drame d’une confusion coupable où s’entremêlaient l’inconcevable absence physique d’Etienne et ce que je savais perdu à jamais de sa complicité et de ses partages. Une foule de souvenirs ravivait nos temps heureux. Je voyais défiler les images d’un bonheur qu'il avait trouvé et l’expression de son sourire m’adressant en confession les termes de sa reconnaissance.

J’attendais le moment de le revoir avec tellement d’impatience. Lors de notre dernier échange, il m’avait promis mille choses et je suis certain qu'il aurait tenu ses promesses. Ses lettres m’assuraient qu'il allait bien au point d’envisager de pouvoir m’accompagner aux pâturages, peut-être pas tous les jours, mais le plus souvent possible. J’avais échafaudé mille projets, mille propositions à lui soumettre avec la conviction de pouvoir l’amener à me suivre.

Je n’étais plus le petit garçon qu'il avait connu. Au cours de l' année qui s'était écoulée,  j’avais grandi dans mon corps et dans mes certitudes. L’expérience m’avait appris à faire face à ses détresses, si toutefois il n’en n’était pas totalement guéri. Je saurais l’amener à vivre ce que j’avais dû lui taire de mes bonheurs rencontrés au détour des sentiers. 

 

Sentier sur le Tanargue

Voir les cailles jouer dans les flaques laissées sur le chemin de la Riadou par les derniers orages du mois d’Août l’aurait sans doute émerveillé. Depuis le temps, je connais leur emplacement. Je sais devoir précéder le petit troupeau et garder le chien à l’arrêt pour ne pas apeurer l’oiseau. Lui, malicieux au possible, aurait pris un plaisir sans borne à provoquer les écureuils dans leurs parties de cache-cache. Je l’imaginais enthousiaste, au point d’avoir à freiner ses élans à la découverte de tout ce dont il n’avait eu jusqu’alors accès que par l’image et le rêve.

bourge1-m.jpg

Fini le bain dans le chaudron, le petit gourd du Basset aurait été nôtre baignoire. En été, le soleil de midi y tombe à son aplomb pour venir chauffer l’eau que nous aurions eu à volonté. A cet endroit, des sapins et des saules blancs abritent de la bise qui descend du plateau du Mont-Gerbier-de-Jonc. Nos rires n’auraient pu amener le Fernand jusqu'à nous, bien trop loin pour nous entendre. Nous aurions été libres de nous baigner comme il nous aurait plu. Le sable fin, déposé sur ses bords par la rivière en période de crues, nous aurait servi de plage. Etienne serait sans doute arrivé de la ville blanc comme un linge et je savais pouvoir compter sur le soleil pour lui donner une allure de campagnard.

J’avais pour ambition de l’amener à me ressembler, à être en estive comme moi, comme tous les enfants qui viennent d’en bas découvrir la vie en dehors de tout artifice. Je lui aurais appris à s’habiller de tout ce qu'il y a de beau à regarder, à voir et à sentir. De tout ce dont il avait été privé, de tout ce dont ses souffrances l’avaient jusqu’alors gardé prisonnier.

Presque une année à bâtir des plans pour une rencontre que nous voulions nôtre, trois mois à vivre ensemble et partager nos projets les plus fous. Le père d’Etienne, avait pris contact avec le taxi de monsieur Ceytes de Saint-Cirgues pour venir nous chercher quelques dimanches de la saison et nous conduire sur un lieu de notre choix. Le lac d’Issarlès, à une quinzaine de kilomètres de la ferme des Renards fut retenu en première intention. Ensuite vint la fête du Cros de-Géorand, puis l’incontournable Mont-Gerbier-de-Jonc. 

 

                        Ardeche.-Le-Gerbier-003.jpg

 

L’optimisme d’Etienne me submergeait de tout ce qu'il avait à proposer. Je me demandais dans quelle mesure j’allais être exempté de garde afin de pouvoir l’accompagner dans ses projets. De plus, je savais ne pas avoir d’argent à dépenser. Par retour de courrier, Etienne avait balayé mes inquiétudes et mes scrupules de propos généreux. Rien à présent ne me gênait. Me voir assis à ses côtés, allant par monts et par vaux au gré des ordres qu’Etienne donnerait au chauffeur, me surprendrait sans doute, mais je saurais m’y habituer.

 

                         Ardeche.-Le-Gerbier-009.jpg    

                                             La Loire naissante

 

Presque une année à régler des détails sur d’hypothétiques histoires que nous construisions avec d’infinis détails. Affabulations pour tromper l’ordinaire que la vigilance des Bastides nous avait plus ou moins contraint jusqu’alors. Comment aller rendre visite à la petite Maria de la ferme des Soules, dont nous savions par avance l’autorisation refusée. En effet, les Bastides et les Breysses sont fâchés depuis trop longtemps, au point de ne plus savoir pourquoi !

 

                           Ferme près de La Palisse

 

Facile !, comme disent les jeunes aujourd’hui, les solutions, les stratégies en mettre en place pour arriver à nos fins, ne nous faisaient pas défaut. Une chèvre égarée ou attirée par le bouc des Soules et le tour sera joué. Qu’auraient pu dire les Bastides ? Rien, car il fallait bien récupérer la bête. Quant au Fernand, ça lui coûterait beaucoup trop de devoir s’abaisser pour réclamer l’animal aux Breysses. Ainsi, au gré de notre imagination, nous nous ouvrions les portes conduisant sur les chemins de nos fantaisies.

Par courrier, nous nous posions des questions sur d’éventuelles opérations à monter. Nous imaginions avoir à déjouer la surveillance du vieux couple pour une escapade, pour affronter la nuit, dans les bois que nous habitions d’animaux fantastiques. Nous avions à notre répertoire une palanquée d’idées plus loufoques les unes que les autres.

Meurtri au plus profond de l’âme, accablé par la douleur, je pleurais en silence car mon entourage ne comprenait pas la profondeur de ma peine. La souffrance dans ce domaine, semblait être réservée, seulement, aux grandes personnes. Un enfant restait un être superficiel, la question ne semblait pas encore avoir été posée quant à la sensibilité qui pouvait l’habiter. Un peu, comme au Moyen-Âge, une certaine église allait jusqu’à dire que les femmes étaient dépourvues d’âme, un enfant ne pouvait pas prétendre souffrir d’un chagrin.

Peut être, à mon époque, pensait-on encore, que le cœur d’un enfant était exempt de souffrance !

Alors, au diable, ces préjugés qui m’obligeaient à taire ma douleur, comme si l’intérêt que je portais à Etienne devenait un sentiment coupable. S’il était toujours un étranger pour les personnes qui m’entourait, le temps passé à le connaître m’avait converti quant à l’ami qu'il pouvait être. Celui pour lequel l’on n’a plus de secret, celui capable de vous comprendre au-delà des mots. Et s’il me reste encore difficile d’isoler le facteur déclenchant de l’affection qui nous liait, j’avais, nous avions acquis, Etienne et moi, la certitude qu’elle serait éternelle.

Meurtri également, non pas par le silence de ses parents qui ont, sans doute, pleuré Etienne leur vie restant, mais par celui de son oncle. Alors que nous nous croisions régulièrement, jamais il ne m’a manifesté d’acte d’humanité. Meurtri, car privé, volé, des mots de consolation dont il m’était redevable.

Je n’ai jamais accepté l’excuse que lui accordait mon Père, en parlant de courage dont il ne se sentait pas capable……..

Je n’avais jusqu’à ce jour jamais vécu de deuil. La mort d’un camarade de mon frère aîné, un jeune garçon, m’avait davantage ému que profondément affecté. Sa mort avait éveillé en moi un sentiment de méfiance face à un risque pouvant nous arracher aux nôtres, tout en pensant en être hors d’atteinte. Je me souviens également qu’à partir de ce jour, j’ai pris davantage conscience de ce que représente la vie . De la mienne et de ceux que j’aimais. Dans mon esprit d’alors, sauf cas rarissime, seules les personnes âgées risquaient de disparaître. Du temps s’était écoulé et ce phénomène contre nature ne m’ayant plus approché, je le jugeais loin de moi. Je me croyais à l’abri d’un mal que je découvrais et dont le poison me rongeait le cœur.

Alors pourquoi Lui ?

Que pensaient les Bastides ? Avaient-ils conscience de mon chagrin. Avaient-ils, clairement, à l’esprit, le cauchemar que représentait pour moi la ferme des Renards sans Etienne ?

Sans pour autant vouloir la chasser de mon esprit, depuis quelques jours une pensée me rendait honteux. Elle venait par alternance m’apaiser ou me culpabiliser. Avec malice, elle investissait mes souvenirs consacrés à la mémoire d’Etienne, alors que d’autre part, elle allégeait ma peur de la solitude, mes appréhensions à devoir côtoyer, sans lui, un environnement que nous avons partagé. Je ne pouvais pas imaginer pouvoir m’endormir sans ses pantomimes, sans ses histoires, même si certaines m’ennuyaient parfois. Que seront les matins sans ses mises en scène pour me laisser croire qu'il s’était rendormi et auxquelles j’accordais la part de complaisance qu’il attendait de moi ?. Comment allais-je faire pour vivre sans tout cela ! Comment pourrais-je me coucher près de son lit vide.

Voulant parfois me cacher qu'il ne viendrait pas, je poussais mon imagination à nous revoir dans la scène de l’habillage quand il ne pouvait tout seul mettre sa chemise ou enfiler un pantalon à cause d’articulations trop douloureuses. Je m’efforçais de vouloir réentendre son rire en cascade, de rire avec lui de ses maladresses qu'il commentait dans la dérision. Je voulais entendre à nouveau le roulement des poings du Fernand heurtant la porte de la porcherie, accompagné de sommations, d’intimidations pour que cesse un vacarme qui l’agaçait et dont, par bravades, nous ne tenions pas compte.

Je ne voulais pas voir sa chaise vide à table, je ne voulais pas…. .

Oui, alors, et malgré moi je cultive à l'approche de cette échéance douloureuse une pensée qui sans adoucir ma peine veut en apaiser mes angoisses car je panique à l'dée de devoir affronter les tête-à-tête avec le Fernand et la Victoria. Je crains leur gaucherie, leur réconfort inapproprié et devant lesquels, sans doute, je vais être  incapable de pouvoir cacher mon chagrin ou étouffer mes sanglots.

 Oui je le veux, je l’espère, j’ose souhaiter que les Bastides auront pris un autre garçon à la ferme. Peu m’importe qui il sera, pourvu qu'il comble l’espace.

Peut-être deviendrons nous amis ? Je lui montrerai comment construire des cabanes et les couvrir de branches de genêts. Aimera-t-il, comme moi; courir après les cailles sur les éteules les moissons terminées ?

Je lui parlerai d’Etienne……...

 

                                                             ___________________ 

      

''Lettre à Jules'' à été édité à compte d'auteur en 2010. Le livre reste disponible sur commande à mon adresse.

                                                      marcel.tauleigne@orange.fr 

          

                                                                                                                                                                                                           Lettre à Jules

 

                                               _____________________________

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commentaires

Tauleigne 18/02/2012 13:33

Nicole,
Merci. Je suis flatté du commentaire que vous faite de mon écriture.
La mise en page de ces souvenirs veut, sans pour autant gommer la réalité de ce que fut mon enfance, mettre en évidence les bonheurs que j'y ai rencontrés.
Je dédicace parfois mes livres de ce petit texte:
- ""Je viens, à travers mon histoire, vous parler d'un temps que les moins de ....ans n'ont pas pu connaître et, où, malgré les difficulté du moment, le bonheur me paraissait plus accessible
qu'aujourd'hui"".
Je ne me veux pas nostalgique du temps des lampes à pétrole, mais nombre constats que je peux faire viennent corroborer cet état de fait.

Marcel

nicole 17/02/2012 23:57

J'ai étè trés touchée par cette lecture.
Vous savez donner a vos lecteurs l'envie de continuer a vous lire.

Nicole.

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  • : Il s'agit d'un blog dont l'objectif principal sera de présenter mes occupations de loisir. Mon travail d'écriture, ma peinture, ainsi que ma passion pour le sport,dont je m'apprète à commenter certains souvenirs.
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