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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 22:56

Anniversaire.

 

Suite et fin de mes 75 ans en balade à vélo dans la Drôme.

Troisième et dernière étape : Serres / Saint Auban sur Ouvéze.

                      

 Résumé :

 

                           Accompagné de Bernard, d’Hubert et de Patrick, que je cite là selon la règle de l’ordre alphabétique pour pas qu'il soit dit que je fais du favoritisme à l'adresse de l'un d'entre eux ! Me voila parti depuis deux jours de Saint-Auban sur Ouvéze pour effectuer un circuit concocté par Hubert.

       Je roule sur mon vélo estanpillé '' Bouquet '', un artisan du deux roues sans moteur de la région d'Orgon. Il est refait d’un rouge éclatant. Il est équipé de nouvelles sacoches et d’un éclairage L.E.D, dont je ne dis pas le plus grand bien. Je lui fait le reproche d’être moins efficace que le rendu de la dynamo dont est dotée ma randonneuse de chez Valéro !

 

Ma randonneuse ''Bouquet

 

     ***C’est du déjà dit dans l'un des récits précédents, mais la redite n’est elle pas le propre du résumé !.

 

               Deux jours à traverser une Drôme sauvage, dont Hubert est allé au sein de ses entrailles y dénicher un superbe itinéraire. Il y a dégoté le style de chemins, qui au-delà des panoramas superbes qu’ils m’on fait découvrir, ont signé en mon être, en guise de bonus, des souvenirs musculaires qui me sont restés tenaces !

      Mes camarades, eux,  n'en ont pas gardé de reliquat douloureux, au point de ne plus se rappeler combien les cols étaient raides tellement ils étaient à l’aise dans leur ascension. Moi qui m'en souviens, je peux les énumérer. J’ai donc déjà dans les pattes les sommets de Peyruergues, de Soubeyrand, de Prémol et pour en finir de notre première étape, une montée de deux kilomètres à 10%, dont personnellement j’ai trouvé son système métrique à rallonge...... tellement elle me fut difficile. Il s’agissait en l’occurrence de rallier le gîte qu’Hubert avait retenu pour le groupe, et dont l’arrivée se trouve perchée au dessus du Saut de la Drôme. 

 

 Dans la Drôme. Le gÎte perché....

 

Hubert dans ses préparatifs au départ du gîte.

 

 Drôme Sud 020

Partie du chaos du saut de la Drôme.

 

    La deuxième étape nous fit traverser de beaux sites comme les gorges des Gats. Il y eut la montée du col de Grimone, point culminant de notre séjour avec ses 1318 mètres. Je me dois de rappeler que ce jour là, également, en garantie d’une douce digestion, il nous fut proposé de faire un aller-retour vers le vallon de la Jarjatte. Une promenade de santé aux dires de la restauratrice..... que naïvement je crus sur parole.

 

 27.28.29.09 2013. mes 75 ans à vélo dans la Drôme 022

Dans les gorges des Gats.

 

                          Auparavant, en début de matinée, il y eut la séquence du col de Miscon dont les souvenirs me restent présents. A la fois pour son penchant à vouloir m’épuiser, tellement sa pente est violente, et pour son appellation à la consonance particulière dont l’évocation remet en images quelques souvenirs lointains.... mais dont vous ne saurez rien  !.

 

 Drôme. Dans le col de Miscon

 

 

               Après le repas de midi, après La Jarjatte, après Luc en Dios, une dénivelée favorable et un vent arrière nous amènent à rouler à 35 km/h et plus. Dopé par ces deux conditions réunies, je crus l’espace de quelques temps avoir renoué avec le passé de quelques retours de brevets. Où, bien calé au sein d’un peloton de rouleurs rompus à des allures de coureurs, je rentrais sur Grenoble, Luchon ou Le Puy en Velay à une vitesse qui décoiffait les chevelus ou à ne plus pouvoir garder une casquette sur la tête de ceux voulant cacher leur calvitie !.

        Cette route des Alpes, aujourd’hui fort pratiquée par une circulation automobile dense, représente un danger évident pour le groupe. C’est au niveau d’Aspremont qu’une opportunité s’offre alors à nous pour rejoindre Serres par une départementale. Tranquille le circuit, mais le franchissement des raidillons précédents la Clue de Sigottier me ramènent subitement à la réalité des moyens restant à ma disposition.

    -Adieu les souvenirs d’antan  fraîchement évoqués et revenus en mémoire,

    -Adieu les jambes qui tournaient dans la semoule,

    -Adieu à ce temps, mais quel bonheur malgré les courbatures.

     En effet, je suis entouré de compagnons prévenants et le site traversé se trouve magnifié par un soleil rougissant les montagnes. En ces instants, je suis lucide et conscient du cadeau que la vie me fait.

     Pouvoir ainsi profiter de cette passion qu’est le voyage à vélo en est un que j’apprécie tout particulièrement.

      La jouissance d’un loisir, rester bénéficiaire de moyens physiques qui me permettent la liberté d’un tel choix malgré le temps passé, viennent en sublimer tout un complément de reconnaissances que j’adresse à la vie, à la chance, à la génétique, à l’amitié qu’il m’est permis de partager, à…...

      Bien que douloureuse pour ma carcasse vieillissante, Serres apparaît alors comme la halte salvatrice.

   Serres, escapade dans le 05 en vue d’y faire étape chez Fifi Moulin et rendre visite à Mimi et à Michel, amis sportifs de longue date et nouveaux résidents dans la région.

    Après être venus nous prendre à l’hôtel et avant de s’assoir à la table du restaurant du village de La Roche des Arnauds, Mimi et Michel nous ont invité, le verre à la main à faire la visite de leur maison écolo’ dont ils sont particulièrement fiers. A juste titre aux vues des aspects techniques de la construction et de ses qualités en matière d’économie d’énergie.

 

 

 La-Maison-de-Mimi-et-de-Michel-a-la-Roches-des-Arnauds--05.jpg

 

La maison de Mimi et de Michel.

 

 DSCN7210.JPG

 

________________________________

 

Dimanche 22 septembre 2013

 

 Serres

Serres

 

       Avant de reprendre la route, une visite pédestre de Serres le Haut me rappelle à un reliquat d’acide lactique au niveau des jambes que le repos de la nuit n’a pas réussi à déssaturer. Miscon me revient alors en mémoire !

 

 Drôme. Serres. Bernard à gauche et Patrick

Bernard et Patrick dans la contemplation !

 

      La balade est riche d’enseignements. Des panneaux signalent un passé remontant à des temps très anciens. L’on y apprend que les Ligures ont vécu dans les montagnes environnants Serres.

      Beaucoup plus transparent pour ce qui en est des vestiges, la ville garde de nombreux bâtiments datant du XIV siècle.

 

Drôme. Serres.Les vieux quartiers.

 

 Serres. Rues de la vieille ville.

 

 Peinture-du-----vieux-Serres---.jpg

 Peinture d'une rue du ''vieux Serres''

 

      Suite à l’installation des Papes à Avignon, Serres devient l’une des étapes pour le clergé et les pèlerins voyageant vers l’Italie. Par la route empruntant la vallée de l’Aygues, elle permet la liaison avec les villes du nord de la citée romaine.

 

 27.28.29.09 2013. mes 75 ans à vélo dans la Drô-copie-1

Porte ancienne dans la vieille ville de Serres

 

      Sa situation géographique en fait un lieu de ravitaillement, de consommation et d’échanges commerciaux en tout genre. Serres devient la ville la plus peuplée de toute la vallée du Buech.

                       La mise en route de cette dernière étape peut se faire dans des conditions idéales. Ce matin le soleil de septembre est vaillant comme il convient pour faire de la randonnée. Cette chaleur n’a cependant rien de torride comme celle rencontrée parfois dans cette région les mois de juillet et d’aout.

       Par la D 50 nous descendons en direction de Laragne. Peu après le départ de Serres, le barrage de St Sauveur retient l’eau du Buech sur une distance impressionnante. Plusieurs kilomètres à vue de nez !.

 

 27.28.29.09 2013. mes 75 ans à vélo dans la Drôme 038

Vue sur le lac de St Sauveur.

 

      Ce barrage est le point de départ d’un réseau de canaux et de conduites souterraines destinés à l’usine de production de courant électrique de Lazer. Les eaux retrouvent ensuite le Buech un peu en amont de la clue de Sisteron.

 (précisions empruntées à Hubert.)   

 

                Deux jeunes garçons montés sur des V.T.T semblent vouloir nous tester quant à notre capacité à pouvoir les suivre. Ils nous dépassent, puis se laissent rattraper pour mieux repartir de l’avant. Leur jeu donnait le sentiment de vouloir nous amener à les questionner sur leur destination ! Ou voulaient ils connaitre les raisons de notre passage en ces lieux ?.

       J’ai pu échanger quelques mots avec l’un des deux adolescents qui me dit aller, avec son camarade, passer la journée chez sa grand-mère qui habite plus loin.

      Après les arrêts photos du lac et s’être dévêtus de nos vestes à présent inutiles, nous retrouvons les jeunes gens appuyés sur la clôture d’une petite maison de campagne. Visiblement ils nous attendaient et je perçus leur salut de la main comme une marque de sympathie à notre égard. Marque d'envie de pouvoir, peut être, dans les jours prochains, dans les années à venir, partir sur leur vélo avec pour ambition de découvrir le monde ! 

        La région est essentiellement arboricole. Majoritairement, des pommiers en couvrent sa superficie. En complément, des espaces de cultures fourragères laissent, eux, penser à de l’élevage. L’absence de bestiaux dans les pacages s’explique sans doute, par leur montée en estive de laquelle il ne sont pas encore descendus.

      La route est agréable et peu fréquentée par les voitures. Un petit vent arrière facilite notre progression vers ce qui sera ce soir la fin du voyage. Cette dernière étape s’annonce bien moins difficile que celles des jours précédents.

      Le hameau du Plan signe le début des gorges de la Méouge. La montée reste douce. Je suis devant. Exceptionnellement loin devant. Des paysages magnifiques, la solitude du moment, me donnent l’occasion de m’évader vers des horizons dont il me plait d’en tracer les lignes. Dans ces circonstances je suis un rêveur qui se laisse entrainer vers des idéaux que je dirige à mon gré.

    Sans trop d’effort, ma vitesse se stabilise aux alentours des quinze kilomètres à l’heure. La falaise est sur la droite bien que par endroit elle en barre la route. De courts tunnels, dont certains sont des trouées naturelles, en permettent la traversée.

 

27.28.29.09 2013. mes 75 ans à vélo dans la Drôme. Dans

 

Dans les gorges de la Méouge.

 

 27.28.29.09 2013. mes 75 ans à vélo dans la Drôme. Berna

Bernard dans les gorges de la Méouge.

 

         Je suis rattrapé par Bernard et ensemble nous rejoignons Barret sur Méouge où il a été convenu de nous rassembler.

       L’itinéraire qui était prévu devait nous faire passer par le col du Perty. Une requête de Bernard nous le fera éviter. Son idée est de vouloir découvrir un tracé passant par le col d’Araud dont Hubert lui a parlé.

         Le modification de l’itinéraire initial intervient à Serre des Ormes où nous sommes invités à quitter le lit de la Méouge pour changer de vallée. Le Travers de Serre, un petit ruisseau, suit en contrebas la route que nous emprunterons alors jusqu’au col D’Araud.

    La chaussée est un brin plus large qu’une sente. Il s’agit là de l’une de ces petites routes de montagne semblant avoir été établies en suivant la course d’un troupeau de chèvres se frayant un passage à travers la végétation !.

    Mon propos ne se veut en rien critique, ni moqueur. Au contraire. Les paysages qu’elle nous fait traverser sont dignes d’un label faisant référence au naturel, à la sauvagine, à l’authentique, à tout ce qui rend intéressant une route pour cyclos. Vous l’aurez compris, touristique, agréable, tranquille sont des adjectifs qui la qualifient à sa juste appréciation, mais alors pour les coups de culs, pardon !.

      Je suis sur mon plus petit développement, soit 22 à l’avant et 28 à l’arrière. Tout en roulant, je crois entendre des ricanements remontant de souvenirs lointains et concernant mon équipement en braquets.

       Il ne s’agissait pas, évidement, d’un vrai cyclo-campeur ou autre cyclo-montagnard. Pas plus que j'étais moi même randonneur à cette époque d’ailleurs. Eux savent que ces braquets sont nécessaires pour arriver à bout de certaines difficultés. Je pense là et précisément à l’un de mes anciens camarades coureurs qui en voyant un jour mon vélo nouvellement équipé d’un tri-plateaux, s’exclama :

      _Ton truc là, c’est pour grimper aux arbres ?

        C’était au tout début de ma ’’mutation‘’ vers ma pratique du vélo loisir. Celle qui m’a fait voyager. Celle qui m’a fait aimer le cyclisme dans sa dimension élargie au partage. A celui de la rencontre, à celui de l’entraide.

        Sans tarder, dans le mois qui suivit cette moquerie, entrainé dans un traquenard orchestré par Roger, un ami cyclo de chez les cyclos, et par le vilain petit canard que je fus pour l’occasion, le camarade en question laissa sur le goudron les semelles de ses chaussures dans l’une des pentes du grand Luberon …..faute d’un triple…….

        Camarade, si tu me lis !

      C’est ainsi que prenant le temps au temps, accompagné pour cette occasion de Patrick et de mes flâneries, que j’escalada le col d’Araud.

 

Drôme. au sommet d'Araud accompagné de Patrick0

 

Dans le final du col d'Araud, accompagné de Patrick.

 

 27.28.29.09 2013. mes 75 ans à vélo dans la Drôme. Trois

La randonneuse d'Hubert.

 

      S’il fut gravi au pas de l’homme, j’en conserva mes semelles grâce à ce matériel, qui encore aujourd’hui prête à sourire aux yeux de certains pratiquants des sorties de kermesses !

       Dans la vallée, Lachau, qui n’est pas une capitale, doit être notre point de restauration. Une longue descente nous amène vers les 13 heures devant le seul restaurant du village dont le menu qui nous est proposé est celui d’un panneau indiquant: À vendre !

 

 Drôme.Le chateau de Lachau

Le château de Lachau. Lui n'est pas à vendre !

 

         Séderon est à 12 kilomètres. C’est loin pour des gens qui ont faim et le temps d’y arriver le service dans les restaurants sera terminé……..C’est alors qu’une gentille Mémé qui semblait faire sa promenade digestive, nous indique l’ouverture toute récente…..d’une buvette dans la salle des fêtes du village. Elle a dit buvette la Mémé et pas restaurant.

         Dans un premier temps et comme l’on aurait du s’y attendre, le modeste établissement qui venait de nous être recommandé ne servait pas de repas. Nos mines désappointées et la faim nous rendant sans doute pitoyables, attira sur nous la compassion de la gérante. Gênée de ne pouvoir satisfaire notre ultime espoir quant à pouvoir nous restaurer, elle nous dit aller voir ce qu’elle pouvait faire pour nous. Le temps de prendre un demi, elle réapparue chargée d’un encas pour chacun....... tiré de son frigo personnel. C’est ainsi que nous fûmes sauvés d’une plongée vers l’abîme de l’hypoglycémie !

 

 Drôme. A la buvette de Lachau.

 

Des explications sur l'ouverture de la buvette!

Assis de dos:  Bernard. En vert: Patrick.

 

                    Ce n’était rien qu’un peu de pain, de saucisson et de fromage

           Qui fut pour nous un vrai festin, alors que nous glissions vers un naufrage.

 Pardon Georges !

 

          Elle est belle la vie quand il nous est donné de faire de telles rencontres. Je fais là, allusion à la Dame et à Brassens précisément .

         Pendant que nous mangions, une troupe de chasseurs arrosaient copieusement à la boisson anisée, le trophée sanguinolent d’un sanglier qui ‘’reposait’’ à l’arrière d’un gros 4x4. À voir la cadence à laquelle ils vidaient leur verre, nous fûmes rassurés pour le gibier qui n’avait plus rien à craindre quand bien même ils repartiraient à la battue !.

      Rassasiés et confondus en remerciements, nous étions sur le départ quand Hubert qui, je le voyais scrutait sa carte Michelin, nous proposa un petit crochet culturel. L’approche, précisa t’il pour me rassurer, ne comporte aucune difficulté. Je me rappelais alors celui de la Jarjatte et l’annonce d’un nouveau détour faillit m’en couter un malaise!.

 

Drôme. En direction de N.D de Calma à Lachau.

Le chemin conduisant au site roman.

 

     Le ‘’tout plat’’ s’avéra cette fois exact et le chemin nous conduisant sur le lieu de la visite fort agréable. Une église romane du XII siècle dédiée à N.D de Calma se présente majestueuse au milieu d’un ilot de verdure. Sa structure, qui reste de nos jours en parfait état, valait bien le détour. L’histoire nous dit qu’elle est construite sur l’emplacement d’un ancien monastère, lui-même implanté sur des vestiges gallo-romains.

 

Drôme.Eglise d eN.D de Calma à Lachau

Drôme.Lachau. N.D de Calma

 27.28.29.09 2013. mes 75 ans à vélo dans la Drôme 044

 

À l'intérieur : Insolite: Le corbillard traditionnel des siècles derniers!

 

 Drôme. Lachau.N.D de Calma. 

 

      Le col de Mévouillon, qui n’est en fait qu’un long faux plat en ligne droite donnera lieu à mes dernières lamentations. Bien que sachant me mettre à l’abri, un vent de travers m’obligea à puiser en mon être ce qui me restait de fond d’énergie.

      Hubert, voisin des lieux par sa maison secondaire, nous fit alors prendre une petite route en trompe-couillons. De celle qui malicieusement vous masque la pente en se tortillant en lacets. J’avoue cependant qu’elle me permit de finir sur une excellente impression quant à ce que cachait Hubert comme attention à mon égard. Le gentilhomme qu'il sait être parfois....  a su, en effet, tenir compte de mon ras-le-casque vis à vis de ce sacré bout droit et dont il fallait me sortir !.

       La  route à présent nous rapproche de notre lieu de départ où voici trois jours nous y anticipions sur nos étapes à venir. Où je me demandais si je ferai ‘’ la maille’’ au sein de ce groupe de jeunots.

    L'escapade fut belle en tout point.

    -Merci Hubert, toi qui en as sélectionné le parcours et les étapes.

    -Merci de m’avoir invité à le découvrir, et d’avoir su prendre au degré qu’il convenait certaines de mes manifestations comico-grincheuses.

    -Un grand merci également, ( par ordre alphabétique )  à toi Bernard et à toi Patrick, dont j’ai apprécié la compagnie et le soutien dans les cols où je ‘’ je tirais de l’eau ‘’.

 Saint-Auban-surOuveze.jpg

Saint- Auban sur Ouvéze

 

Pour les photos: Hubert.

 * Pour le confort de ses chambres, pour son copieux petit déjeuner, l’hôtel chez Fifi Moulin à Serres est à recommander.

 

 Serres. L'hôtel chez Fifi Moulin..

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Published by Marcel Tauleigne - dans Randonnées Cyclo
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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 22:46

 

                                                     Anniversaire: Deuxième étape

                                                           Départ pour Serres 

 

           Petit retour en arrière.

              Invité par Hubert, je fais équipe avec Bernard et Patrick, ses amis, pour un séjour dans la Drôme que nous visitons à vélo. Ce " raid " avec sacoches et bagages se veut être un test pour évaluer les ressources cyclo-sportives restantes du septuagénaire avancé que je suis devenu depuis un anniversaire fêtant mes 75 ans !

 

                       Drôme. Le départ du gîte.

                                          Le temps de rééquiper mon vélo de ses sacoches !

 

                                Le gîte:  S’il m’en coûta quelques jérémiades et contractures musculaires avant de pouvoir m’y reposer, il reste une bonne étape pour celles et ceux qui apprécient le calme et la campagne de caractère. En ce début d’automne le cadre y est verdoyant. De nombreuses fleurs décorent un jardin laissé en liberté quant à son organisation. Bien que chaleureux, l’abord se déroule en toute simplicité. Il a gardé l’authenticité de l’accueil paysan tel que je l’aime. La table est généreuse et l’hébergement, sans être luxueux reste confortable. L’ensemble réunit toutes les qualités d’un bon équilibre qualité-prix, soit 46€ pour la nuit et pour une prestation comprenant le repas du soir avec le vin, une chambre à deux lits, le petit déjeuner et le linge de toilette fourni.

        Le repas du soir est pris sur une table d’hôte que nous avons partagé avec deux couples de randonneurs-marcheurs-cyclistes. Nous les retrouverons au petit déjeuner. A cette occasion il se parla du programme que chacun avait  prévu pour la journée.

 

                              _______________________________________________

 

                    Pour nous, il est temps de penser à reprendre la route. Sur cette étape, le col de Grimone se présente comme étant à la fois le clou du jour et le plus haut que nous aurons à franchir durant notre périple.

     Le départ du gîte se fait dans une brume que le soleil peine à pouvoir percer. La descente nous oblige à rester sur les freins. La pente, prise cette fois dans le sens inverse ne s’est toujours pas adoucie. Avant même de rejoindre la D 93, abandonnée hier au soir pour une halte bien méritée, le ciel est devenu d’un bleu céleste. La journée s’annonce bienveillante quant à sa météo. Je suis moins rassuré sur les efforts à devoir fournir pour rallier Serres avant la nuit !

     Nous roulons sur un faux-plat montant pour atteindre un promontoire baptisé le Clap de la Drôme. Quelques kilomètres après une légère descente, une petite route indiquant le hameau de Miscon nous fait remonter vers le nord.

                                                                                                                                                                           Drôme Sud 035

                                                    Nous sommes sur une route fleurie.

 

              Alors que je pensais avoir bien récupéré des efforts de la veille, les premiers coups de culs me mettent rapidement dans le dur. Je suis loin d’être à mon aise. Aujourd’hui encore je ne pédale pas, je rame. Mes camarades s’éloignent. Ils me donnent l’insolente impression de partir pour une nouvelle promenade de santé.

      Je suis attendu devant la petite église du village. J’éprouve, quand il m’est permis de pouvoir en saisir l’occasion, la curiosité d’en faire la visite. À la fois pour des raisons qui sont mes raisons, mais également pour les peintures et les statues dont certaines sont décorées. Ces lieux abritent des œuvres d’art, qui malheureusement sont aujourd’hui régulièrement pillées pour fournir des collectionneurs peu regardants sur la provenance de leurs achats. Les vide-greniers, marchés mal ou pas contrôlés permettent, entre autre moyen, d’écouler l’objet de ces larcins dont le nombre explose. En ce jour exceptionnel pour Miscon, l’édifice religieux est ouvert. En effet, il doit s’y baptiser un petit Timéo (résultat d’une l’enquête conduite par Hubert.) Compte tenu de la dimension du village, un tel événement doit être rare.

 

 _________________________________________

 

        **** Le moment est venu d’évoquer la logique nous ayant amené à passer par Miscon. Pour ces précisions, je cite un passage de l'article d'Hubert écrit en 1997 alors qu'avec son groupe il s'était retrouvé coincé suite à des travaux sur le voie publique et de la construction du tunnel que nous prendrons plus tard.

             1997 : La photo ci-dessous montre "le passage en force" de deux des membres de son équipe pour pénétrer dans le tunnel en construction et dont ils feront la traversée dans la boue et sous une voute pas encore sécurisée.......les inconscients ! 

 

                                 Drôme. 1997.Passage en force dans le tunnel.

    

        _    Le col débouche sur la vallée de Boulc, une sorte de ‘’Vallis-Clausa qui n’était reliée au reste du monde que par une petite route accrochée sur le flanc sud du défilé du Boulc qui force ainsi un passage vers les gorges du Gas. Le 11 janvier 1994, la falaise s’est écroulée sur cette route isolant totalement la vallée, obligeant les pouvoirs publics, pour désenclaver la vallée, à aménager dans l’urgence le chemin de terre du col de Miscon que nous venons d’emprunter.

     En 1996, les travaux de la nouvelle route destinée à désenclaver la vallée débutent. Un tunnel long de 800 mètres, avec une pente moyenne de 9,7% est inauguré fin 1997. Fin de citation.

     Hubert, qui avait quelques années auparavant circulé dans le coin, tenait à voir le nouveau tracé de la route et les travaux effectués pour rétablir les liaisons entre les vallées. C’est ainsi que l’on s’est retrouvés à circuler dans les parages et emprunter le tunnel en toute légalité........cette fois.

       *Je signale que je ne faisais pas partie de cette ""première"".....et tant mieux. Je ne sais pas si j'aurais pu oser ce que seulement la photo nous montre! 

                                        ______________________________________

 

             Sur cette voie de circulation voulue provisoire et aujourd’hui partiellement délaissée des voitures suite à la construction du tunnel, certains endroits présentent des épaisseurs d’un mélange gravillonneux. La route est très étroite. Elle ne me laisse pas de place pour un choix de trajectoire permettant d’éviter les pièges que présentent ces amas. La pente moyenne devant friser les 10%, me demande un travail d’équilibriste que j’ai du mal à maitriser. Visant à anticiper un risque de chute, j’ai dû, à plusieurs reprises, mettre pied à terre, la roue arrière de mon vélo n’adhérant plus ou mal au sol instable.

       Si seulement j’avais eu ma Valèro ! Avec ses pneus de 32 de section peut être m’aurait elle évité cette humiliation. Car, pour enfoncer le clou dans ma blessure narcissique, Hubert ne manque jamais d’en marquer le fait s’il se trouve à proximité de l'un de mes renoncements...et il était là !

 

              Quand Hubert guette le moment où je saute du vélo !!

                              Ce n'est pas dans le col de Miscon, mais Hubert était là !

 

      Le col de Miscon : Seulement quatre kilomètres à vue de nez, font de ce raidillon un passage dont je vais me souvenir. Tout d’abord et en premier lieu en raison de sa difficulté. Au registre du positif, je retiendrai son tracé montagnard que j’ai aimé. Il se déroule par petits bouts droits, que des lacets viennent raccorder à chacune des cassures de sa pente. Son environnement est joliment boisé de divers résineux.

        Le déplacement à vélo n’étant pas bruyant, les différentes espèces d’oiseaux qui en habitent le voisinage s’en donnent à cœur joie dans des échanges dont la teneur m’échappe. Mon allure, qui descend parfois à cinq kilomètres/heure, me laisse tout loisir d’en écouter le chant. J’ai le sommet du col à vue. Sagement rangés en bordure de la route, patiemment mes camarades m’attendent.

 

                Drôme. Dans le col de Miscon

 

 

              Tout compte fait, la grimpée, bien qu’exigeante, me fut moins pénible que le long faux-plat conduisant au village de Miscon.

       Sans jamais en avoir répertorié leur nombre, ce col dont le nom prête à sourire en référence à des têtes couronnées de certains concours de beauté vient, pour mémoire, d’être ajouté à ma liste. S’il n’a pas une renommée de prestige tel qu’un Galibier, un Iseran et autre Tourmalet, il aura été l’un des invités surprises du parcours et dont je retiendrai la dénomination !

     La descente est longue. Arrive enfin le fameux tunnel qui débouche sur les gorges des Gats ou Gâs ou Gas, selon différentes sources. Elles pourraient tirer son appellation des gués qui permettent d’en franchir le cours d’eau !.

        Je traverse ce long boyau en compagnie de Bernard. Hubert et Patrick font équipe à l’arrière. Il est temps d’étrenner mes éclairages LED. A ce propos, je trouve leur éclat et leur portée bien moindre que celles produites par la dynamo posée sous le boîtier de pédalier de ma Valèro !

 

                       Drôme. Patrick dans le tunnel !!!

                                               Pas très à l'aise Patrick dans le tunnel...

 

              Nous sommes arrêtés à l’entrée des gorges depuis un bout de temps déjà et, comme sœur Anne qui ne voyait rien venir, nous attendons nos camarades retardataires. Nous apprendrons que dans le tunnel, Hubert a servi de ‘’poisson pilote’’ à Patrick qui avait du mal à distinguer où diriger son vélo malgré son équipement ‘’lumière’’. L’ouvrage dessine une courbe fortement marquée ce qui en rend une partie complètement obscure. C’est par prudence qu’ils durent le traverser au pas.

         Pour la première fois depuis le départ…… je me suis trouvé à attendre !

 

 27.28.29.09 2013. mes 75 ans à vélo dans la Drôme 020

L'entrée fracassante d'Hubert dans le début des gorges du Gats!

 

 Drôme Sud 041

 

        Ils ont fini par arriver !

 

         Les gorges offrent des paysages dignes des plus beaux spécimens du genre. Par endroits, de hautes verticalités sont équipées en terrain de jeu pour les amateurs de varappe et d’escalade en tout genre.

 

 Drôme. Les gorges de gats.

 

   Dans les gorges

 

 Drôme. Dans les gorges des Gats.

 

               Après Glandage, la route s’élève doucement. Ne pouvant faire autrement et pour ne pas déroger à mon habitude, je ferme la marche. Bernard est parti de loin pour s’épingler le col de Grimone alors qu’Hubert et Patrick semblent monter à un train de sénateur au point de pouvoir les suivre….. des yeux.  

         La voiture des Savoyards rencontrés au gîte est garée au pied du sentier conduisant à la montagne de Jocou. Plus loin, je croise l'un des membres du quatuor, qui visiblement vient d'en faire l'ascension à vélo.       

       

Dans le col de Grimone !!!

Un bonnet d'âne !! Pour qui ?..Pour moi qui suis le dernier.?

 

         Je sais, depuis le départ d’hier que je suis limité à une allure modeste en rapport de celle de mes compagnons. Je me suis pourtant préparé sérieusement. Peut être suis-je parti fatigué de mes dernières sorties ? Le temps de récupération me fut-il insuffisant ?. Peut être suis-je tout simplement devenu vieux !.

      Ceci dit, le col de Grimone présente les caractéristiques d’un terrain qu’il me reste encore aujourd’hui agréable à monter. Long, pas trop pentu, suffisamment sinueux pour en rendre les paysages changeants. Il réunit tout cela au point de me redonner, non pas mes jambes d’avant, mais celles qui me hissent maintenant dans un état d’esprit de pleine satisfaction. Le moment d’un bien-être enfin retrouvé.

 Drôme. Le hameau de Grimone

                                              Le village de Grimone: la route du col.  

  

       Cette portion du parcours aura rythmé avec ce bonheur qu’il est permis de vivre quand vous êtes en lien affectif du milieu qui vous accueille. Quand le plaisir peut être celui d’un partage à offrir sans réserve. A qui bon vous semble, à quoi ou qui il vous plaît à penser. A une cause qui vous est chère ou à qui, l’on aimerait encore voir à ses côtés.

       Dans ces moments exceptionnels, même seul, je me sais entouré. Il n’y a rien de délirant dans la conduite qui est la mienne dans ces circonstances là. C’est en toute conscience, à la faveur de paysages particuliers, à des senteurs précises, que des flashs remettent en lumière des souvenirs que je laisse défiler. C’est ainsi qu’ils m’accompagnent sur ce chemin qui n’a alors plus rien de solitaire.

       Le sommet s’aperçoit de loin. Je peux reconnaître Bernard, lequel croisant Hubert et Patrick, vient à ma rencontre. Cette fin de matinée est très belle au point, réflexions récapitulatives faites, de me rendre Miss-con...... sympathique ! ( pardon, je n'ai pas pu résiter )

 0rôme. Le sommet du col de Grimone.

Au sommet du col de Grimone

Au sommet du col de Grimone : Bernard en bleu, en jaune Patrick..Il manque  Hubert...

 

         La température est agréable, le temps est celui d’une arrière saison comme nous en connaissons dans le midi. Cette ascension, comme il m’a été donné d’en vivre par le passé, m’a redonné le moral. Grimone est le clou de la journée, le sommet le plus haut de notre programme et je l’ai passé…disons, correctement passé.....

                    Le revêtement de la chaussée qui s’offre pour la descente m’inspire confiance. Elle s’annonce comme il me plaît d’en effectuer. Si je suis devenu un piètre grimpeur, j’ai gardé de mon passé de cyclo-montagnard de bonnes dispositions à savoir encore négocier les pentes.

         Un coupe vent par-dessus ma veste chaude, les lunettes bien ajustée, assis en fond de selle, mon vélo bien en mains, je sais pouvoir me lâcher. Les conditions sont requises pour amorcer en toute quiétude ce type d’exercice. Elles sont nécessaires pour se sentir en confiance sur sa mécanique dont les charges réclament un parfait équilibre. Les sacoches doivent impérativement faire corps avec les parties du vélo sur lesquelles elles sont fixées. Rien ne doit bouger au risque de vous déporter dans les changements de direction. La machine et l’homme doivent faite alliance. Dans les virages, sans chaos, sans désordre, sans hâte, sans rudesse, il faut savoir accompagner l’inclinaison de sa monture dans un parfait équilibre.

        Du choix de la trajectoire, de la bonne lecture de la courbe dépend la qualité de notre sortie de virage. L’euphorie risquant de nous entrainer à la faute, maitriser sa vitesse devient alors la clé de notre sécurité. Il faut tout cela sur la partition du descendeur pour que les accords s’harmonisent. Une certaine habilité, une juste appréciation du risque seront alors les bonnes notes à jouer pour jouir de ce plaisir particulier que procure une descente réussie.

      Vous l’aurez compris, j’ai aimé le col de Grimone. A la fois pour ses attraits et plus mystérieusement pour ce qu’il a fait émerger de souvenirs personnels en moi.

       Nous rejoignons la route Sisteron-Grenoble. A l’entrée de Lus la Croix Haute, sur la gauche, au lieu dit le Grand Logis, affamés comme des loups, nous prenons d’assaut l’une de ces cabanes-restaurants que l’on rencontre aux abords des circuits touristiques. Heureux d’être accueillis, c’est au milieu de nulle part que nous refîmes le plein de ce que nous savions nécessaire pour en terminer de la route du jour.                       

      En fin de repas, Hubert évoque le nom du vallon de la Jajatte avec le désir manifeste d’aller y faire un crochet. Pour ma part, et avant cette annonce, je ne connaissais ce nom qu’à travers les topos-guides d’escalade que je n’ai par ailleurs jamais pratiqué sur ce site. S’agissant d’un aller-retour, j’émets le souhait d’attendre mes collègues. Il me reste à digérer les cols du matin auxquels vient de s’ajouter le repas dont j’ai copieusement mouillé son bol alimentaire d’un rosé gouleyant. Bien décidé à ne pas faire ce supplément de route, c'est alors que la patronne attentive à notre conversation y va de son :  

     _ vous pouvez y aller, ça ne monte pas.

      Mon œil, ça ne monte pas. Influencé par son argument que je n’ai pas osé mettre en doute, en moins de temps qu’il m’a fallu pour me rendre compte du piège, je me suis trouvé à suer comme une fontaine. Certes il ne s’agit pas d’un col, mais l’itinéraire est loin d’être de tout repos. Quant à la Dame, je suis à présent certain qu’elle n’en a jamais vu la pente mis à part au volant de sa voiture  !

     Le vallon de la Jarjatte : Il s’agit d’un fond de vallée entourée de falaises au pied desquelles s’abritent quelques maisons. Il y règne un  silence religieux. J’aurais aimé y faire une halte plus longue. Le cadre y est délassant. J’imagine les alentours peuplés de marmottes, de chamois, de bouquetins dont il m’aurait plu à rendre une visite au lever du jour. 

 Drôme. Le vallon de la Jarjatte.

 

 Le vallon de la Jajatte

 

         Fini de rêvasser, la journée sportive n’est pas achevée. Le terme de l’étape cyclo ne sera atteint qu’une fois arrivé à Serres où Hubert nous a retenu le gîte chez Fifi Moulin.                                                

       La pente et un vent arrière nous sont enfin favorables, au point de nous permettre d’atteindre des vitesses parfois supérieures à 35 km/heure. N’ayant pour braquet le plus long qu’un 42/16, ma cadence de pédalage tournant à près de 100 tours/minute, améne à me taper copieusement le cul sur la selle. Les spécialistes comprendront. Bien que calé dans les roues de mes collègues, il ne m’en fallait pas moins tourner les manivelles !.

           Beaucoup de circulation sur cette route qui descend du Dévoluy, rouler à cette allure demandait une attention de tous les instants. Après avoir parcouru une trentaine de kilomètres au milieu des voitures et des camions, une départementale qui passe par Aspremont nous offrit la possibilité de retrouver un itinéraire campagnard et surtout plus calme.

         Calme mais pas reposant. Nous retrouvons là un profil constitué de bosses à vous couper les jambes. Le changement de rythme oblige l’organisme à se remettre à l’ouvrage, ce qui maintenant me devient pénible. L’expression de ma mauvaise humeur à devoir remonter, alors que par la grande route le restant du parcours pouvait se faire en roue libre, fit fuir mes camarades qui avaient d’autres choses à entendre que mes lamentations.

       Je cite là l’un des passages du compte-rendu d’Hubert : 

 

        _ Marcel gémit, se plaint en maugréant que nous voulons sa mort prématurée, mais nous avons l’habitude de l’entendre ‘’se mourir’’. S’il parle encore c’est qu’il a du souffle de reste. De sa part un grand silence serait beaucoup plus inquiétant.

 

        Si je sais qu’il a de la tendresse pour moi, Hubert, il n’a aucune pitié pour mon grand âge. D’ici quelques années, c’est moi qui ferai les parcours et je le suivrai alors en voiture. J’ai déjà une liste d’encouragements à ma disposition que je lui dispenserai par la vitre baissée de l’auto !

       Je râle, mais je reconnais que cette variante valait la peine que je souffre pour elle. Le bruit des voitures lancées à pleine vitesse sur cette grande route en devenait saoulant et dangereux pour notre groupe. De plus, les paysages traversés méritaient largement d’y être visités.

      Dernier ressaut et une descente sinueuse nous amène à l’hôtel tenu par deux ‘’jeunes’’ d’en bas qui viennent d’en prendre la gérance. Je bénéficie d’une marque d’égard de la part d’Hubert, qui dans la répartition des chambres, magnanimement, m’alloue celle équipée d’une baignoire. Luxe auprès duquel il me sait courir.

 

 Serres. L'hôtel.

 

Chez Fifi Moulin.

 

       L’étape de Serres va me donner l’occasion de rendre visite à Michel et à Mimi, anciens Avignonnais et nouvellement installés à La Roche des Arnauds. Leur ayant parlé de notre projet et de faire halte près de chez eux, il fut convenu de nous rencontrer. C’est avec son camping-car en guise de taxi que Michel est venu nous prendre à l’hôtel. Avant le repas, un verre à la main, il nous a fait visiter la maison ‘’écolo’’ qu’avec sa Mimi ils ont fait construire sur cette commune où ensemble nous dînerons.

       IL s’agit d’un prototype dans lequel le bois en est le matériau majoritaire. Un système permettant d'absorber la chaleur du jour dans ses murs exposés au sud, emmagasine l’énergie nécessaire pour en chauffer l’ensemble habitable. L’apport en complément restant insignifiant en fait un modèle d’économie sans concurrence.

     Dure, mais belle journée. Le col de Grimone, venant par ailleurs chasser quelques passages douloureux, en a doré le blason.

     A cela s’ajoute le plaisir d’avoir retrouver Michel et son épouse. Cette visite a donné une dimension d’un type particulier à la clôture de cette étape.   

 

Pour les photos ; Hubert

 

                                 Moa.., je ne sais pas, comme Hubert, prendre les photos tout en roulant...

    Pour ne pas avoir voulu prendre le risque de rentrer de nuit à l'étape ...j'use crapuleusement des siennes !!!

 

 Drôme. Serres.Les vieux quartiers.

 

 Serres. Dans les vieux quartiers.

                                                                                      

 

        **** Prochaine et dernière journée dans la Drôme : Serres…….Saint Auban sur Ouvéze.

 

 

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Published by Marcel Tauleigne - dans Randonnées Cyclo
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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 16:11

 Anniversaire:   Mes 75 ans en balade à vélo.

  

                              Ma randonneuse ''Bouquet

 

 

                               Pour fêter un anniversaire certains choisissent un voyage au bout du monde, d’autres plus modestement s’en tiennent au restaurant du coin. D’autres encore craquent pour une cure de jouvence avec soins esthétiques. Le programme comprendra le ravalement de la façade et autres coups de bistouri pour se donner l'illusion de gommer les méfaits du temps.

          Pour apporter une note plus personnelle à mes trois quarts de siècle déjà vécus, j’ai opté pour un tour à vélo. J’ai choisi pour moyen de locomotion ma randonneuse " Bouquet " remise au gout du jour avec ses nouvelles sacoches et ses éclairages LED. Accompagné de trois camarades cyclos, me voilà parti pour quelques séances de manivelles dans le département de la Drôme. Les Hautes Alpes seront seulement abordées pour y retrouver Mimi et Michel.

              Mimi et Michel, belles rencontres. Ils ont pris leur retraite depuis peu et sont devenus résidents d’un village près de Serres. Michel tenait sur Avignon une salle de remise en forme. Chez lui, pas de gonflette ou de gavage musculaire à partir de poudre de perlimpinpin et autre cocktail. Tout se faisait à la sueur du front et à partir de ses conseils avisés. Equipé d’un petit mur d’escalade, en hiver, le lieu me permettait de maintenir en activité muscles et tendons propres à la discipline. Ces derniers sont difficiles à travailler en dehors de la grimpe que personnellement je pratique, disons pratiquais, en milieu naturel et à la bonne saison.

               Pour clôturer mon programme anniversaire, dès mon retour et pour ne pas me refroidir, j’ai prévu une sortie pédestre dans les Monts de Vaucluse. Enfin, pour pallier à un manque d’activité qui interviendrait trop brutalement, le Ventoux à vélo au départ de Sault viendra mettre fin à mon examen ‘‘’Physico-mental’’. Thérapie du septuagénaire pour tester ce qui lui reste d’avenir dans le domaine de ses évasions sportives......

                                                   _____________________

 

          Pour Hubert et moi, le départ initial était prévu de Reihanette dans les gorges du Toulourenc. Au dernier moment, un problème d’horaire et de rendez-vous le déplacera vers Saint Auban sur Ouvéze que nous rejoindrons en voiture. C’est là que nous retrouvons Bernard et Patrick, les deux éléments qui vont constituer le complément du groupe.

         Avec Bernard et Hubert nous partageons des longueurs de route et de chemins depuis longtemps déjà. Nous nous connaissons bien. Avec Patrick c’est plus récent. A l’occasion de bavardages, certains de nos échanges ont déjà aiguisé ma curiosité qui j’espère pourra être satisfaite lors de prochaines conversations.

                                                                                        

 Le bouclage des sacoches

 

Le bouclage des sacoches

 

                           Sur cette placette où l’auto est garée pour la durée de notre escapade, il me reste à habiller mon vélo de ses sacoches. Rien n’est simple pour moi quand il s’agit de partir en itinérance. Le souci d’une certaine autonomie me fait commettre des excès de précaution. A partir de trois ou quatre jours de route, je me sens obligé d’amener avec moi un rechange vestimentaire égal à celui d’un long raid….et cela fait du poids. Il faut en équilibrer la charge, rendre accessible les encas et les vêtements chauds à enfiler dès l’arrivée au sommet des cols. Les sangles des bagages sont difficiles à boucler. Tout est rempli à ras les bords

         L’été commençant à changer d’hémisphère, je sais avoir à me vêtir d’une grosse polaire, de gants d’hiver et autre bonnet à glisser sous le casque dès la moindre descente. Mes collègues, pas tous, et je ne dénoncerai personne, se moquant volontiers de ma faiblesse à pouvoir supporter les variations de température m’obligent à rappeler que je suis privé de l'un des éléments mon thermostat. En l’occurrence de ma thyroïde….et tac….

       Le temps est magnifique. Je suis heureux sur ma monture astiquée au point d’en faire luire sa couleur du rouge qui me plait. Dès la sortie de Saint Auban, Peyruergues présente sa pente. Elle n’est pas très importante en pourcentage, mais l’amorçant à froid elle m’oblige à mettre souple. Petit à petit l’urbanisme laisse place à des étendues herbeuses, puis rocailleuses. Depuis juillet, les champs de lavande sont tondus de leur chevelure violine ce qui les rend tristounets. Comme pour en amortir la froidure à venir, leurs pieds font le dos rond. De la sorte alignés ils semblent en prière, en demande d’un hiver clément afin de les épargner d’un gel trop dur qui leur serait fatal.

                                            _________________________________________

 

        Au départ, du soleil, pas ou peu de vent. Ce matin du vingt septembre semble s'être levé pour moi. Je le veux mien, après tout c’est mon anniversaire. Le précis, celui de l'Etat Civil remonte quant à lui à quelques jours. Tout baigne dans l'huile, ce raid à vélo s’annonce sous de bons auspices, sauf que…….

          Le temps d’accompagner mes camarades sur quelques hectomètres et un cuisant constat se fait alors jour. Je sais déjà m’être embarqué avec des gaillards dont je n’ai plus le niveau. Tranquilles, ils bavardent comme s’ils étaient assis sur un divan et moi, à tenter de les suivre je souffle déjà comme un phoque. Au détour d’un lacet j’ai vu leur tête se retourner furtivement pour voir où j’en étais.

      A peine parti que me fallait-il penser d’eux ? Comment me fallait-il les imaginer ?.....

      surpris ?....déçus ?   ..Compatissants ?

      Bien qu’il soit un ami, je ne vois pas Hubert dans le registre du compatissant. Je peux même l’apercevoir, non pas jubiler, mais avec le sourire en coin se rappeler de souvenirs anciens….. Quand, des années en arrières et alors que nous étions dans le Stelvio il avait vu partir ma roue arrière … Et puis plus rien pour enrayer ma détermination à vouloir me payer le sommet en solitaire.

       Ce n’était pas gentil de ma part pouvez-vous rétorquer !!! Sauf qu'à l’époque un pacte en avait signé la permission entre nous. Si le rassemblement devait s’opérer avant la descente de tout col, il était convenu entre les membres du groupe de ce Thonon-Trieste qu’il appartenait à chacun le loisir de tenter d’épingler à son actif l’un de ses sommets.

      Hubert…. vous dira….. tralala,…. que ce jour-là, son ambition était ailleurs. Qu’il n’était pas concerné par l’étape du jour et que seul Bernard, un autre Bernard, voulait me contester le Stelvio !

 

numérisation0029-copie-1

Souvenir, souvenir....

 

                En 1985, dans le Stelvio avec ma randonneuse 650 Valéro.                     

      Ce matin je vois la silhouette d’Hubert s’éloigner peu à peu. Je crois l’entendre marmotter au sujet de ce dicton qui parle des mouches qui auraient tendance à changer d’âne quand celui-ci, et pour des causes diverses, n’est plus en odeur de sainteté, (de forme pour ce qui me concernait !!!! ) et dont aujourd’hui il s’en découvre protégé !!!!!!!

      Quant à Bernard et Patrick !!!, pensent-ils que je galère ?

      Sont-ils inquiets sur ce que va être ma fin de journée et la suite du projet ?

        En fait je ne galérais pas. Je montais à mon train…. messieurs et il n’est plus celui que vous m’avez connu par le passé. Si le temps a fait son œuvre, en compensation de ma fougue d’antan il m’a appris comment gérer mon effort et je sais, aujourd’hui, devoir en tenir compte.

       Dans ce premier col, au bout de quelques kilomètres, Bernard, pas celui du Stelvio, l’autre, s’est volontairement laissé décrocher pour m’accompagner. Bien que roulant également sur du lourd, je le devine à l’aise sur sa monture équipée d’un chargement qui en plus du poids de son vélo doit frayer entre douze et quinze kilos. C’est pour chacun d’entre nous, à peu de différence près, ce que nous avons à faire avancer en plus de notre carcasse .

     * Tout en rédigeant mon papier, je reviens sur le compte-rendu consigné par Hubert dont j’en calque la chronologie du circuit pour quelques précisions. Je n’ai pas pris de note journalière ! : Il écrit à mon sujet: 

     <<Tel un Tartarin cycliste, il pose en conquérant devant le panneau marquant le premier col vaincu >>  

 

                Drôme. Le col de Péruergues

                                                                                             

           La photo prouve au moins que j'en suis venu à bout. Autant que cela se sache....                                           

      Le Peyruergues franchi, la descente nous conduit à Saint Sauveur du Gouvernet. Au niveau de La Bâtie Verdun et jusqu’à la plaine, les plantations d’abricotiers couvrent des dizaines d’hectares. A ma grande surprise les asperseurs en inondent encore les étendues alors que la récolte est depuis longtemps ramassée. Cette attention vise sans doute à sauver les arbres de la sécheresse qui sévit depuis des mois dans cette Drôme souvent torride en été.

      Sainte Jalles marque la fin de la descente. Ce que j’aperçois du profil de la route qui mène au col de Soubeyrand me laisse présager de bonnes suées à venir. Nous l’avons, les uns et les autres déjà gravi plusieurs fois au cours de notre carrière de cyclo, mais pour ce qui me concerne c’était sans bagage…et j’étais plus jeune.

       Dés le début la pente s’annonce sévère. J’ai de la peine à mettre en route au point de m’arrêter le temps de vérifier si rien ne frotte sur l’une des jantes de mon vélo. Je ne suis pas le premier à vivre ce sentiment d’un frein qui serait mal desserré et de faire tourner les roues à vide espérant y trouver la cause de sa difficulté à pouvoir avancer avec de bonnes sensations. Je dois me rendre à l’évidence. Le vélo n’y est pour rien. C’est donc le bonhomme qui rame !!!!!

       Du braquet, je sais en avoir en réserve depuis que j’ai fait monter un triple de V.T.T qui descend jusqu’à 22 dents. Derrière j’ai un 26, de quoi voir venir. Depuis cet aménagement, je me sens plus serein quant aux combinaisons que me permet ce matériel. L’expérience, le plaisir de voyager sur des routes rendues aux cyclistes depuis la fin des vacances m’amènent rapidement à reprendre pied. De lacet en lacet, me voila à Tarentol, petite localité à mi-chemin du sommet. Entre temps j’avais rejoint Patrick, non grâce à mes jambes retrouvées, mais à sa conduite dont j’en devinais l’attention.                                                                                              

          Un figuier dont les branches offrent généreusement ses fruits en bordure de route le fit s’arrêter. Pour ne pas risquer d’en perdre l’ardeur qui me restait et le souhait d’en finir avec Soubeyrand, je laissais Patrick à sa cueillette. C’est ainsi et après qu’il m’ait rattrapé, grâce également à quelques figues qu’il me servait tout en roulant, que j’en finissais avec cette ascension. La suite immédiate ne me posait alors plus de problème. Je sais que la descente nous mènera à Rémuzat. Je sais l’espoir d’un bon repas au restaurant, antérieurement repéré. Je sais animer en moi ces pensées de nature à me remettre du baume au cœur.

 

             Drôme Sud 011

 

                     Dans les derniers lacets du Col de Soubeyrand......Je suis devant....

                                                                                                                                            

              De G à D: Bernard.Patrick.Hubert.

 

De G à D : Bernard . Partrick . Hubert.

                                                                                                                                                                                                                                                                  Avant de descendre Peyruergues...je m'habille.

                                                                                                            

Avant de descendre....je m'habille.

 

        Le restaurant fut à la hauteur de ce que nous en attendions. Le repas fut bon et servi avec la grâce et le sourire d’une jeune fille fort sympathique. La pose, si elle me permit de refaire le plein d’énergie ne me remit pas les jambes à neuf. Dès le départ, la vallée de L’Oulle nous remonte jusqu’à La Charce par un pénible faux plat.

                                                                                                                                                                                                                                                          chateau-la-charce

Le château de la Charce

 

          Le vent s’était levé et comme un fait exprès il nous venait de face. Rapidement je fus à la peine. La digestion peut être, la digestion !!!. Vint ensuite le début du col de Prémol qui sans être raide présente des pentes bien au-delà de la dénivellation que nous venions de grimper.

 

       *Establet, Bellegarde en Dios……. où l’année dernière à la même saison nous sommes venus tous les quatre y faire, entre autre, un col muletier. J’avais pour l’occasion ressortie ma randonneuse 650 de Valèro montée sur des pneus de 32 de section. C’est lourd à tirer, mais ils assurent une bonne adhérence sur le sol instable des chemins. Sur ce vélo, le confort et la sécurité s’y trouvent sans nul autre pareil.

  

 Ma Valèro

                                                                                             

"Ma Valéro".  Présentée ici en situation minima de sacoches lors d'un précédent passage.

 

        J’aime rappeler l’existence de cette randonneuse sur laquelle j’ai effectué mes plus beaux voyages. Je lui dois cette reconnaissance. J’aime dire d’elle qu’elle est ma Rolls à moi.

 

      Dans Prémol, et par je ne sais quel artifice, je retrouvais enfin de bonnes sensations. Cependant ne vous imaginez pas me voir devant. Non, comme depuis le départ de ce matin je suis en queue de peloton. Mais je vis ce bien être qui vous place en situation d’harmonie avec votre machine et la force nécessaire qui vous permet de tourner les jambes dans un effort qui ne vous est pas douloureux. J’avançais dans la semoule quand, comme pour me garantir de ce mieux être, à mi-chemin du sommet je reconnu l’arrière du vélo d’Hubert.

      Diable!!!, est-ce possible ?. Je le remontais petit à petit avec la certitude de pouvoir le rejoindre. Presque arrivé à sa hauteur l’écart s’est stabilisé….pour ensuite s’agrandir à nouveau.                                 

      L’explication à ce phénomène peut se lire dans le "non écrit" de son compte-rendu. En fait je venais d’être la victime de son rétroviseur de guidon. Grâce à ce traite de circonstance, le bougre m’ayant vu revenir dans sa roue lança une estocade qui m’en fit tomber les bras ….et ramollir les mollets au point de reperdre pied.

        Amis lecteurs n’attendez pas de commentaire de ma part….je n’en fais pas…..pour le moment !!!!!

        La route prend à nouveau de la pente. Le vent de face m’oblige à utiliser la presque totalité de mes couronnes arrières. Il ne me reste en ultime secours que le 26 dents.

        Remis de ce coup de Trafalgar et n'ayant pas pu rejoindre Hubert, je m'en allais mille réflexions au bout des lèvres vers ce qui restait mon objectif. Je restais bien dans mon allure. J'étais bien à tout point de vue. J'étais  bien….tout court.

      Le vent se fait de moins en moins rasant. Il est pour moi le signal de la fin de la côte. Venant du versant opposé à celui que je monte, le sommet fait à son souffle, office de tremplin. Il se rabattra à même le sol plus loin et viendra gêner d’éventuels cyclistes, qui voudraient plus tard en découdre avec le Sieur de Prémol.

       Deux silhouettes, tels des pèlerins dont le contour se fait de plus en plus précis, me permet de reconnaître Bernard et Patrick. Ont-ils été envoyés par Hubert le repenti ?

       Se sont-ils auto-désignés pour venir accompagner sur les dernières longueurs du col la brebis laissée sur le bord du chemin deux kilomètres plus bas ?

        Je n’en saurai rien !

 

                  Je cherche le bon angle pour la photo du panneau du col de Prémol

                                Dans la Drôme. Le col de Prémol.

 

Si je suis au sol......c'était pour cadrer ma photo.

 

      Côté nord, où nous descendons, la pente parait encore plus raide. Ouf !!!!, content de l’avoir fait dans ‘’le bon sens ‘’. La route serpente entre bois et rochers. Le paysage est davantage montagnard que celui rencontré sur l’autre versant.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Drôme Sud 015

Dans la descente du col de Prémol : Le hameau de Jonchéres.

 

       En bas du col, nous attendons Patrick qui avait dù s'arrêter pour prendre des photos. Nous étions là pour lui indiquer une variante conduisant à Luc en Diois et dont je croyais tenir là le terme de cette première étape.

       Sans doute emporté par la vitesse, concentré sur sa trajectoire, nous nous sommes vus écartés de son champ de vision. Au même titre,  les appels d'Hubert et les sifflets stridents de Bernard ne lui sont pas parvenus aux oreilles alors qu'il nous passait devant le nez. Décidés à  rentrer dans la ville par la déviation repérée par Hubert sur la carte, les retrouvailles s'opéreront dans la rue principale de Luc en Diois.

        Arrivé à Luc en Diois, je pensais être enfin à la porte de la douche, devant la table de la salle à manger et, pour plus tard, au pied de mon lit. Non, je n’y croyais pas et pourtant c’était vrai…….nous n’y étions pas encore.

       Le gîte, me dit Hubert, il est sur la route du col de Cabre, après le Saut de la Drôme. Que venais-je d’entendre là... col?…Je bannissais ce mot.

 

 

 une vue du chaos.

 

Image du Chaos de la Drôme.  

                                                              

      *Le site du Saut de la Drôme est le résultat d’un effondrement d’une partie de la montagne qui en 1442 obstrua la rivière, la déviant de son cours originel. Deux lacs sont le résultat du séïsme.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      Le petit lac.

 

 

      Avant de rejoindre le bercail du jour, c’est là que nous fîmes la pose du ‘’demi frappé’’ au sirop de pêche.

       La fatigue, la pente dépassant les 10% sur les deux kilomètres qui nous restaient à parcourir après avoir quitté la grande chaussée en direction de Cabre me firent interpeller le propriétaire du gîte. En effet,  comme il existe les minutes de coiffeurs, qui comme chacun le sait sont à rallonges, je trouvais la distance indiquée sur le panneau n'ayant pas de fin. Sans état d'Âme, j’accusa son indication d’être mensongère tellement je n'en voyais plus la fin !!!!!.

      Ceci dit, cette halte est a recommander…….à la condition de ne pas se présenter au pied de son ascension à vélo et cuit pour ce qui concerne vos forces à pouvoir pédaler !!!!!  

 

 

Hubert devant le gîte.  

                                       Dans la Drôme. Le gÎte perché....

 

***Note : Vous l’aurez compris, les remarques que je poste à l’encontre d’Hubert sont à ranger dans le domaine du jeu…quoique…..

    En fait, et s'il me laisse prendre en charge par Bernard et Patrick,  c'est à cause de sa sensibilité. Je pense en effet qu'il ne souffre pas de me voir en difficulté. Je prends donc cette attention pour une marque d’égard à mon endroit !!!!!

 

      *Pour les détails de cette fameuse journée, se rapporter à la rubrique de mes randonnées cyclos :

Sixième étape de mon ‘’Thonon-Trieste’’ : Le grand jour.

 

       A suivre prochainement : Luc en Diois Serres...... par le col de .....Miscon   

 

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 15:21

 

         Randonnée autour des sources de la Drôme

 

                                                                                                                                                                     Vous avez dit autour!! Montage d'Hubert     

 

                                                           Montage d'Hubert!

 

                                                    Pour rouler depuis des

 décennies dans ce que je nomme familièrement mon ‘’pétouillé’, mes coins familiers, c'est-à-dire les départements voisins du Vaucluse, je ne m’étais  jamais approché des sources de la Drôme à vélo. Ce jour d’octobre, le circuit concocté par Hubert prévoit de s’y rendre par un itinéraire en boucle autour de la Montagne de l’Aup.

 

                                     La crête de la montagne de l'Aup

 

      Il s’agit d’une vaste barrière rocheuse semi-circulaire dont le Duffe en coiffe le sommet à 1757 mètres. Sa crête à la configuration panoramique ouvre un regard sur le Mont-Ventoux et le massif des Baronnies, mais également sur le Dévoluy, les Ecrins et le Vercors. Le climat y est aride tout en présentant une double identité qui se veut être à la fois montagnarde et méditerranéenne. Une faune et une flore originaires de ses deux versants viennent en attester l’originalité.  

       Invité par ce même Hubert, passionné de chemins dont il nous fera découvrir plus tard un spécimen pas piqué des verts, me voila embarqué sur ma randonneuse à devoir suivre celui en qui, il est vrai, je reconnais un spécialiste de la navigation. Dispensé de carte, je vais pour aujourd’hui me contenter de le garder ….à l’œil.

 

                                                                                                                                                                      Rando de la Drôme. Les Alpes en fond   

 

        

                             Petite particule au milieu de trois professionnels spécialistes de l’atome, me voila tenu de ne pas me faire larguer par mes camarades au risque de galérer grave vu la désertification des lieux qui nous entourent.

      Le départ se fait du village de La Charce à 617 mètres d’altitude, pas très loin de Rémuzat qui fut courant mai dernier le siège de mon mini séjour avec le club de Rognonas ( Raconté sous le titre de ‘’A propos d'un raid.) 

 

 

                                           chateau-la-charce

 

                                                           Le château de la Charce

 

      La route se fait montante dès les premiers tours de pédales. Elle s’enfonce dans un environnement à la fois minéral et boisé qui se veut caractéristique de ce coin de la Drôme.

       Pour ce début d’ascension, le rythme de sénateur adopté par mes compagnons me convient à souhait au point de pouvoir les suivre sans avoir à râler !!!.

       Il faut dire que je suis devenu un vieux diésel……   dont le turbo a atteint sa limite d’âge pour ce type d’effort. Depuis cette perte de ressources la mise en route m’est devenue difficile. Alors, il m’arrive parfois de faire preuve de mauvaise humeur dont mes amis me savent coutumier. Quand cela se produit, EUX qui sont encore jeunes, vont de quelques tours rageusement infligés à leur pédalier……. se mettre à l’abri de mes jérémiades.

      C’est ainsi, et sans avoir eu à émettre de plainte, que je gravis le col de Fays !!! Il s’agit là d’une ascension sans gros pourcentages nous permettant de mettre au compteur de la dénivelée les premiers 450 mètres sur un total prévu de 1500 mètres environ!!!!. Dans l’enfilade, suit le col de Rossas dont une partie de son nouveau tracé amène la route a faire des bonds. Certes courts , mais avec des raidillons à vous mettre droit sur les pédles. 

 

                                           Ma Valèro

 

.

     -Tu verras m’avait dit Hubert, celui là se fait pratiquement tout en descente, sauf qu'il n’y était plus passé depuis que les Ponts et Chaussées en ont coupé certains virages ce qui aujourd’hui en redressent les rampes !!!

     Valdrôme sera notre première visite  curieuse de la journée. Nous y apprenons que le village était déjà connu à l'époque Gallo-Romaine. Terre d'élevage et  culture de lavande et de blé dur, il est également un lieu d'accueil pour le tourisme sportif en particulier. A quelques kilomètres de là, une station de ski alpin est implantée sur la montagne de la Pyramide.

     Très tôt ralliés à la Réforme, ses habitants furent longtemps victimes de persécutions.

      Remarque: Valdrôme est l'une des rares communes de France a ne pas posséder un lieu de culte pour les Catholiques.

     A peine nos vélos repris, un panneau nous annonce que la descente du col est barrée ce qui ne nous découragera pas pour vouloir continuer notre route!!!!      

      La saison touristique touchant à sa fin, la route est à présent rendue aux cyclistes. Bien dessinée, étroite et sinueuse, elle permet d’avaler le restant de la pente du col de Carabès sans donner l’impression d’avoir trop à forcer. En effet, le sentiment est tout autre quand la chaussée est rectiligne. La déclivité nous apparaît alors agressive, ajoutant le sentiment de vouloir nous défier !!!.

      C’est au deux tiers de son parcours que sont indiquées les sources de  la Drôme. Divers aménagements permettent d’en visiter l’environnement et de découvrir l’histoire d’un glissement de terrain qui en 1936 engloutit la totalité des maisons du village de La Batie des Fonts. Au nom du principe de précaution ( déjà ), le site avait été évacué de ses habitants. Aucune victime ne fut à déplorer.    

                                                                                      

 

         Rando de la Drôme avec Hubert.09.2012 025

 

Le charme bucolique de l'endroit excite le désir d’en faire notre halte pique-nique. Cependant, trop avancée dans la matinée en rapport de la distance parcourue, il nous fallu rapidement en abandonner l’idée. Après quelques photos du site, reprise de la grimpette pour en finir de ce qui sera le troisième col de la matinée (1261 mètres ) et dont le sommet nous fera basculer dans le département des Hautes Alpes.  

      Arrivé à sa cime, comme une piqûre de rappel, un barrage viendra plus loin tenter de nous décourager à nouveau de continuer notre chemin !!! 

 

                                      Sommet de Carabès

 

 

                                       Entre outils et pelleteuse.

 

 

      Un vélo ne demandant pas beaucoup de place pour se tracer une voie, transgressant l’information, la plongée vers ce qui était notre itinéraire pris place de notre inquiétude quant à devoir faire marche arrière si toutefois nous ne pouvions pas passer. Après avoir franchi le chantier entre divers outils et pelleteuse, nous traversons La Piarre et Le Vissac sur une route encore goudronnée. Viendra ensuite l’ascension du col d’Arron qui,  s’effectuera sur un sentier au revêtement instable qui laissera des traces douloureuses aux fessiers!

 

                            Le col d'Arron

   

      Si la montée fut exigeante, la descente demanda un effort particulier aux mains qui durent, sur la totalité du parcours, serrer les poignets de freins au risque de se rompre les os. C'est à la hauteur de L'Adoux-l'Oule..... qu'enfin un revêtement plus hospitalier réapparu pour rejoindre la route qui descend du col des Tourettes. Montmorin sera le dernier village visité avant de rejoindre La Charce.                       

       Les kilomètres sont longs quand la pente est sévère et que la vitesse que l’on tient péniblement frise les lois de l’équilibre. J’avoue ne pas être à l’aise dans cette pratique. L’attention doit être permanente pour éviter les gros cailloux et les ornières. La progression devient un exercice de style quand subitement la roue arrière s’ensable et patine. La vitesse devenant alors nulle nous amène à devenir acrobate malgré nous. La manœuvre qui pour ma part est souvent hasardeuse me conduit alors à des écarts de langage !!!!. Pourquoi me direz vous pratiquer les chemins quand il existe des chaussées goudronnées et confortables ?  

 

                                                         Route du col de Carabès 

 

            Descente du col de Carabès

 

      Dans le cas du projet d’Hubert, le chemin raccourcissait la distance à couvrir. Il a donc permis de mettre en place un itinéraire intéressant dans une durée raisonnable compte tenu de la saison automnale. L’intérêt des objectifs prioritairement visés, les sources et les chemins qui sont des marottes d’Hubert, purent ainsi faire l’objet de sa satisfaction et de notre curiosité!)

 

                                                Drôme avec Hubert.

 

       Outre cela, le chemin offre une liberté que la route ne permet pas à cause des bruits de la circulation automobile par exemple. Celle entre autre de pouvoir pénétrer la montagne dans son intimité et de partager avec elle le secret des clameurs de sa vie animale et la flore sauvage. 

 

                                     Au-sommet-du-col-d-Arron.JPG

 

 

      Le chemin est l’archétype de l’exercice libre au plan de la flânerie qui est là sans danger en comparaison du déplacement sur les voies ouvertes aux véhicules à moteur. L’air respiré y est agréable. Le climat que génère l’environnement est propice aux réflexions autour desquelles il m'est plaisant de méditer.

 

                                                                                                                                                                        Rando de la Drôme avec Hubert.09.2012 026

 

      Je clos là l’éloge du chemin, qui vous l’aurez compris n'est pas ma tasse de thé à cause de sa pénibilité. Cependant, je veux bien reconnaître la nécessité de son aide quand, comme cela fut le cas, il permet de boucler un tour qui sans son emprunt n'aurait pas été possible dans le temps qui nous était imparti.    

 

                                       Avant la (mauvaise ).... rencontre d'un amateur de cuisses! 

 

                                                         Grenouille encore valide!!!

       

                                                                                                     

                                                   ___________________________________

 

 

 

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 21:19

                             A Chacun son Ardéchoise

 

 

                                       Loubaresse . Son clocher.

 

                                                    Le clocher de Loubaresse

 

 

               Je vous vois venir vous qui lisez mon titre l’œil en coin. Vous espérez sans doute y trouver quelques aveux ou autres confidences. Non, il n’y aura pas de coquinerie dans ce que je vais vous raconter. Il s’agit tout bonnement de retracer pour vous l’Ardéchoise que je fais mienne. Mon Ardéchoise à moi.

      . Douze degrés au thermomètre, des manchettes sont à rajouter à mon maillot d’été. Partis ce 17 août de Jaujac avec mon ami Rémy du club de Rognonas dont je suis l’un des sympathisants, nous voila d’entrée dans le col de la Croix de Millet à la recherche du bon braquet. 

 

 

                                         Rando du 17 aout2012 avec Rémy . L 005-copie-1

 

       Nous démarrons à froid une côte de six kilomètres ce qui nous amène à rester prudents quant à l’allure à adopter. Dans ces conditions, un départ au dessus de ses moyens vous flingue les cuisses en un rien de temps. La journée s’annonce belle. Traversant une forêt de chataîgniers, une légére Bise en fait chanter une végétation qui commence à prendre sa robe d'automne.

      Rejoindre Prunet se fait sur une route fraîchement refaite. Prudence cette fois pour ne pas se retrouver au sol, d’autant que le passage des voitures a emmoulonné*des tas de graviers de part et d’autre des virages. Nous laissons à main gauche le village de Largentière pour prendre la direction du col du Suchet.

 

        Parenthèse : A propos de cols  : Il semblerait que depuis une vingtaine d’années, dans cette région, mais ailleurs également, les décideurs de l’appellation aient eu envie d’en baptiser des sommets jusque là anonymes. Pour ma part, j’en découvre les panneaux alors que je fréquente les routes du sud depuis des décennies !

      Je me risque à penser, d’autant que ces nouveaux nés se trouvent sur des routes aujourd’hui largement empruntées par les cyclistes, qu’il s’agit là d’une campagne de marketing visant à flatter l’égo des pratiquants de la petite reine !!!!!

      Par ailleurs, dans une démarche semblant vouloir rejoindre celle citée ci-dessus, il a été fait du Meyrand le col le plus long de l'Ardéchoise. J’ai lu dans une revue spécialisée**que l’un de ses rédacteurs le signale comme débutant a partir du croisement de la D 203 avec la D 24. Les Ardéchois, dont je suis, vous diront que le départ du col se situe au pied de Valgorge, soit 12 kilomètres plus haut !

        A vrai dire rien ne me gène dans tout cela si ce n’est qu'il éveille mon esprit taquin !

 

                                Ardèche à vélo 15.07.2011.

 

                              La Croix de Rocles et son raidillon passés sont les signes que nous sommes dans la direction voulue. La descente vers l’intersection de la route qui monte de Joyeuse nous dépose dans la vallée de la Beaume.

      Changement de vallée, changement d’air. Celui qui à présent nous caresse le visage descend du Tanargue, qui soit dit en passant est le plus haut plateau d'Ardèche avec ses 1450 mètres en moyenne et un sommet à 1511 mètres sur la commune de Borne. Il promène avec lui, au-delà des senteurs de genet et de bruyère, la mémoire d’un passé vers lequel je ne me lasse pas d’aller.

       Je me surprends à cet instant du commentaire à vouloir ramener mon propos seulement à mon Ardéchoise à moi alors que je suis gentiment accompagné de mon ami.

      Si Rémy et moi allons dans la même direction et roulons côte à côte, discrètement je suis ailleurs. En effet, parallèlement à l’objectif qui se veut commun, mes pensées et mon esprit sont sur d’autres regards.

    Pour Rémy, il s’agit avant tout d’aller vers le plaisir de la découverte. Pour des raisons qui me sont personnelles, ce parcours porte pour moi et en lui, une dimension supplémentaire à celui de la balade ordinaire. Je suis, aujourd’hui, et ce depuis des décennies maintenant dans la direction d’une rencontre dont j’éprouve naturellement le besoin. Loin cependant du rituel ou du chemin de Croix, sur cette route, je sais être en marche pour un rendez-vous d’une nature particulière.

 

                                       ************************************************************************

       Mon Ardéchoise à moise transforme en pèlerinage quand j’opte pour le circuit qui passe par Loubaresse. Au-delà du plaisir à randonner sur des routes remplies du souvenir de mes estives et plus tard de celui de vacances passées à Chastanet, je sais aller vers des retrouvailles. De celles habitées par le mystère, qui au-delà de toute rationalité, m’entraînent à me croire guidé, accompagné par un souffle venant de la montagne sur laquelle mon père a vécu enfant.

     Oui je me sens tout autre à l’idée de rouler sur ce qui était le sentier que ses pas ont foulé en 1917 lors de son exode vers la vallée du Rhône. Il n’y a pas de nostalgie, pas de tristesse dans cette démarche qui consiste à vouloir me retrouver, à vouloir nous retrouver par le biais de cette voie que d’autre appelle les souvenirs. Je suis aujourd’hui sur un chemin que ma mémoire s’applique à raviver pour qu'elle garde en elle le récit de propos dont je reste le confident. Sa vie que la misère lui a infligé, la nécessité à devoir, enfant partir à pied, seul, à la recherche de l’hospitalité qu’il croyait pouvoir trouver à des mois et des mois de marche de son village natal. J’éprouve comme un besoin, dans un silence qui ne m’est pas coutumier, sentir m’élever en direction de la montagne me rapprochant de lui.

                                                               **************************************

 

      Depuis le changement de vallée, la route nous fait progresser sur un dénivelé qui reste celui d’un faux plat montant. De part et d’autre de la Beaume des habitations ont été réhabilitées ainsi qu'une ancienne filature qui expose une façade en pierres apparentes. Un peu en amont de tout cela, une passerelle dessert des maisons alors que le tablier du pont qui en permettait l’accès reste en partie détruit par une crue ancienne. 

 

                                          Rando du 17 aout2012 avec Rémy . Passerelle sur la Bourne

 

 

      De l’autre côté de la rivière, Chastanet et son château qui dans les années quarante hébergea Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre s’aperçoivent à travers les châtaigniers.

      Valgorge sonne le début de la vraie ascension du plateau du Tanargue. Nous sommes là dans le vif du sujet. Au loin, mais à vue d’œil, un mamelon sur lequel à présent figurent plusieurs bâtisses neuves annonce le contour de Loubaresse.

 

                                            Le-mamelon-qui-annonce-Loubaresse-jpg

 

       Je dis bien annonce, car bien que semblant la toucher du doigt, y faire son entrée doit se gagner à la pédale. La moyenne de la pente qui ne dépasse pourtant jamais les 6 %, n’en rend pas moins usante l’arrivée sur le village. Le terrain est à découvert depuis quelques kilomètres déjà et le soleil de midi tapant fort sur un goudron fondant en fait remonter une chaleur suffocante.

      A Loubaresse, comme prévu nous sommes accueillis au Pégan, chez le cousin, qui fier de son appellation ‘’bistrot de village’’ nous propose un menu de nature à nous recharger en énergie. Ce repos programmé, ainsi que la restauration qui l’accompagna furent les bienvenus.

 

                                         Rando du 17 aout2012 avec Rémy . Cimetière de Loubaresse

 

 

      A hauteur de la placette du cimetière, à quelques centaines de mètres après avoir quitté le restaurant de Jean François Merle, le Meyrand laisse voir les lacets qui conduisent au terme de sa bascule. Un dernier coup de cul à 8 % annonce l’achèvement du dernier gros obstacle de la journée. Je croyais savoir, à partir de là, tenir le manche du bon côté de la cognée …. mais…...                            

 

      J’entends les puristes dire que nous avons mutilé cette fameuse montée rendue, par flatterie, le plus long col de l'Ardéchoise par un subterfuge de circonstance. Au diable les nouvelles règles en la matière et puis au sommet du Meyrand il n’y a ni buvette, ni resto !!!!!.

      Les courants thermiques s’y prêtant, nombres de parapentistes jouent de leur aile pour faire des arabesques au dessus du belvédère. Pour ce qui me concerne, un moment de pause est mis à profit pour escalader le rocher qui surplombe la table d’orientation. Modeste, mais ancien pratiquant de varappe, j’ai gardé en moi la marotte de vouloir grimper du rocher s’il me reste accessible. Du haut de ce petit promontoire ma récompense fut, pour une fois, de pouvoir y bien distinguer le…..Mont-Ventoux.

      Le hameau du Chambon est en sieste. Il aligne depuis des siècles quelques maisons redevenues fringantes suite à leur restauration. La descente du Meyrand touche à sa fin en venant couper la route qui arrive de Saint-Etienne-de-Lugdarès pour aller en direction de La Souche.

       La route est large, certes belle, mais elle monte au-delà de ce que ma mémoire en avait retenu. Pour finir, trois kilomètres entre 8 et 10% à la vue du braquet utilisé, plus un cagnard à vous rôtir les cuisses ont bien failli avoir raison de nous.

     La Croix de Bauzon, discret monument posé là depuis la nuit des temps que la Burle est arrivée à ébranler, signe notre billet pour la dernière et longue descente vers Jaujac via La Souche.

 

                                                       Rando du 17 aout2012 avec Rémy . L 027

 

 

      Au-delà des souvenirs liés à mon Père, cette région fait également remonter en moi un passé qui m’est cher. Une halte au détour du onzième virage et, comme je le fais à chacun de mes passages, je fixe d’un coup d’œil la ferme de Chevalet où durant plusieurs étés j’y fus vacher chez le Dolphou et l’Antonia. Où pendant les trois mois d’estive ils m’apprirent, l’un et l’autre, à devenir un petit berger, un pécheur de truites, à traire les vaches et les chèvres. Quelles garces celles là !!!. Puis à battre le beurre, à mouler les tomes, à reconnaître les bons champignons, à cueillir les framboises et les myrtilles, et encore, encore.

      A Chevalet j’ai appris......, j’ai appris à grandir.

 

Point de vue…….

 

      Pour ce qui me concerne, et si j’ai participé une multitude de fois à Velay-Vivarais au départ du Puy, ce qui relooké est devenue l'Ardéchoise, je ne suis pas adepte de son édition moderne. Sans doute suis-je devenu trop vieux……jeu.

     A cette époque, rendu sur place la veille afin d’être à pied d’œuvre pour les premiers départs donnés au milieu de la nuit, le cyclotourisme portait au cœur de son appellation le sens et les valeurs de sa pratique.

      Pour ma part, j’en suis resté au souvenir de la nuit passée à discuter avec ceux venant d’ailleurs. A essayer de dormir dans l’immense dortoir du lycée catholique de la ville prêté pour la circonstance au club cyclotouriste organisateur. Au souvenir du départ à trois heures du matin après que les responsables aient veillé au bon fonctionnement du système d’éclairage qui devait équiper notre vélo. Au souvenir d’une randonnée proche des 200 kilomètres à effectuer sur la journée, en autonomie presque totale à l’exception d’un ravitaillement pour ce qui remonte aux premières éditions. Au souvenir des cyclos équipés en 650 de chez Routens, Herse, Berthoud, Lapierre, Valèro et autres constructeurs français.

 

                                    Photo du net

 

       J’en suis resté au souvenir des villages et hameaux de montagne traversés dans le silence de la nuit, aujourd’hui saucissonnés de toute part de guirlandes et de rubans aux couleurs attirasses. J’en suis resté au souvenir de celui qui, en vous rattrapant, vous saluait gentiment, vous invitant même à lui prendre la roue, histoire de partager un bout de route avec lui.

 

      Mes objectifs de vieux cyclo ont glissé vers des ailleurs qui ne trouvent plus raison dans les grandes kermesses (Près de 13000 engagés lors de la dernière édition de l’Ardéchoise **).

       A chacun son Ardéchoise. Le bonheur de pédaler ne pouvant se trouver que dans l’état d’esprit qui en anime la démarche et dans le choix que l’on fait de sa route, vous comprendrez que……

 

·        *Emmoulonné : Mis en tas

·        **Le cycle : numéro 426

 

 

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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 19:34

 

        Compte rendu…. d’une cyclo randonneuse !

 

 

                                      Avec Hubert dans le Luberon.

 

       -Pour me tester dans le ‘’dur’’, comme il se dit chez nous dans le midi, je suis chargée en ce jour d’été de hisser mon partenaire cyclo au sommet du Luberon. Le petit, nommé ainsi par les "scientifiques" pour en minimiser vilement sa hauteur!

 

                                              Le ''petit Luberon''

 

       -Petit, allez le dire à d’autres, à ceux qui ne l’ont parcouru que sur la carte Michelin et encore sans connaître ce que signifie une courbe de niveau. Petit vous dites? Mais quelle injure à vouloir ainsi le rapetisser, lui, qui pour parvenir à sa cime, une corde à nœuds serait mieux adaptée que ne l’est ma modeste monture.

En effet, pour honorer mon contrat, j’ai du gravir des pentes au pourcentage proche de celui rencontré dans les cages d’escaliers. Si au terme de l’ultime ascension, mon courage me valu une reconnaissance appuyée de la part de mon cavalier, les efforts pour le conduire au terme de son objectif me coûtérent grincements de chaînes et torsions de mon squelette dans tout ce qu'il comprend de visseries! 

 

 

                                             Mon moment de repos!! 

 

                                                                                               Un repos bien mérité!

 

       -Il fallait voir avec quelle hargne il m’appuyait sur les pédales pour que je ne reste pas scotché au macadam. Sa fierté à ne pas vouloir poser pied à terre l’obligea à repousser à la limite du supportable, les crampes que l’acide lactique infligeait à ses cuisses. Au même rythme que son souffle s’accélérait, je l’entendais raller après son ami Hubert, qui, laissait-il entendre, l’aurait entraîné dans ce piège à son insu !

        -Taratata, de cela je n’en crois pas un mot, car quoi qu'il en dise le Marcel, comme le nomme Jules son petit fils, après le col du Pointu et quand on prend la route de la forêt des cèdres pour rejoindre Cavaillon, il n’y à plus d’échappatoire. À moins, cependant, de rejoindre la route basse en descendant sur Bonnieux, et ça, le Marcel, il le savait. J’en déduis donc que la victime, même si elle s’en défend, était bel et bien consentante.

        

                                                                        

Bonnieux

                                           

                              

 
 

      

                                                                                                                                                                               

 

    

 

 

                            

      -Ma venue dans sa famille de vélos en tout genre a pour origine un goût de revenezi en direction de futures escapades qu'il envisage de faire dans son Ardèche, pour laquelle il affiche une attachement particulier. Pour ce type de sortie, habituellement il chevauchait sa randonneuse 650 de chez Valéro, mais le voilà aujourd’hui tenté par le changement. Tout d’abord en ajustant quelques modifications à son matériel. En effet, pour la circonstance, le vétéran est venu au guidon plat et aux braquets des vététistes. Le premier élément est plus confortable pour ses vertèbres cervicales. Quant aux développements plus étagés, ils lui permettent de rester sur le vélo quant la pente se fait grave !

      -Il faut dire que le bonhomme a vieilli, et s’il lui reste quelque appétence pour les randonnées, il sait devoir les faire avec cette raison, qui je le dénonce, lui fait parfois défaut!

 

                                    Robion.jpg

 

       -Parti ce matin de Robion, me voila en compagnie de l’équipage de son ami Hubert. Je veux parler de l’un de ces cycles conçus pour le long court avec éclairage, porte sacoches et autres accessoires qui en font davantage un vélo imaginé pour faire les courses ménagères que de la route. (Cependant, les spécialistes sauront en apprécier la différence.)    

                                                                                                                              -Je note pour lui rendre hommage, moi qui n’est encore rien fait de particulier et pour cause, car je suis nouvelle sur le circuit, que le cycle d'Hubert affiche à son compteur plusieurs raids internationaux. Vous pouvez à présent imaginer l’émotion qui fut la mienne quant au moment des présentations son palmarès me fut évoqué. Pour faire court, il a franchi tous les grands cols des Alpes italiennes et suisses dans le cadre d’un Thonon-Trieste et d’un Thonon-Venise. Plusieurs flèches pascales, des traversées mer-montagne, les Pyrénées, les Alpes françaises (cela va de soi ), des tours en Toscane, en Espagne etc..etc..

 

                                         Hubert, mon compagnon de route

 

                                                                                  Assis: Hubert, mon compagnon de route 

 

      -De Robion, village blotti au pied du massif dont il est question d’en escalader la rudesse jusqu’à son plateau, l’approche se fait en empruntant un itinéraire vélo-route. Il s’agit d’un tracé constitué de toutes petites voies de circulation, peu selon les tronçons, ou pas pratiquées par les véhicules automobiles.

 

                                   Oppéde le Vieux

 

                                                                Oppède le vieux

 

          Une bonne partie du réseau en dessert les hameaux, les villages qui s’accrochent aux pentes de la montagne, et auxquels on accèdent, circuit touristique oblige, par des coups de cul à vous mettre à l’envers. Si le détour en vaut la chandelle, à entendre souffler mon cavalier, je comprends que la répétition des efforts puise dans ses réserves, lesquelles, il le sait, lui seront indispensables pour aborder sereinement l’assaut final.

 

                                                             Clocher du hameau des Rigons

 

        Les Rigons, Oppéde le vieux, Lacoste sont les premières bourgades que notre route permet de longer ou de traverser. Dès sorti du périmètre de cette zone habitable, une piste goudronnée sur l'emplacement d'une ancienne voie de chemin de fer est aménagée au seul usage des cyclistes. Suffisamment rare dans nos contrées,  la route, enfin, nous appartient pleinement!

 

                                           Le Chateau de Lacoste

 

                                                                                 Le chateau de Lacoste

 

        Parenthèses : Depuis deux ou trois décennies, la venue dans ce coin de Provence d’habitants issus du monde de la politique, de celui du spectacle et de la culture en général, fait poser sur ces lieux un regard nouveau. Ils y ont amené une autre façon de vivre, de concevoir l’habitat, jusqu’alors pérennisé par le monde paysan qui sont les autochtones de cette région depuis la nuit des temps.

      C’est ainsi que Pierre Cardin a fait renaître de ses cendres le château du Marquis de Sade tombé en ruines sur les terres de Lacoste, où à présent, chaque année se déroule un festival musical et lyrique devenu célèbre. Michel Lebb s’est appliqué à faire en sorte de redonner du lustre à l’église d’Oppéde le Vieux. Nombreux sont celles et ceux qui ont trouvé dans le Luberon un havre de paix et d’inspirations variées.

       Cependant je ne peux m’empêcher de faire allusion au revers de médaille qu'a généré la venue de cette galerie de gens célèbres aux portraits les plus divers. Je voudrais parler, mais je suis là hors sujet, de l’inflation du prix des terrains et des bâtisses qui met hors compétition les enfants du pays qui souhaitent s’installer auprès de leurs anciens. Ils ne peuvent pas s’aligner face à une concurrence responsable d’une spéculation aujourd’hui devenue déréglée.

 

                    ___________________________________________

 

 

           Le biset qui descend des Alpes et que l’on prend de face me remet l’esprit en place et fait tomber à plat un agacement qui, sans crier gare, était venu clandestinement m’envahir. Que voulez vous, on ne se refait pas, d’autant que sur le sujet, je n’ai pas envie d’en changer ma raison.

      Ayant emprunté sur quelques longueurs la voie conduisant à Apt, Hubert me fait découvrir en contrebas de la route un Dolmen qui rappelle une vie bien avant la notre et celle des artistes qui, pensent ils, peut être, laisseront également une trace de leur passé en Luberon. 

 

                                          Le Pont romain St Jullien

 

       Le pont Saint Jullien, vestige Romain, réservé à présent uniquement aux piétons et aux cyclistes nous permet de sauter le Calavon. La piste aménagée par le conseil général nous ballotte de ses petits ressauts. Elle longe, côté nord, le flanc de la montagne, qui faute de pente étale ses derniers plis pour se confondre avec les accotements du chemin.

      Apt, ville du fruit confit par excellence, porte qui ouvre la voie des Alpes, est traversée sans risque grâce au tracé spécialement conçu pour les deux roues mues par la seule force musculaire ! La piste en direction de Saint Martin de Castillon se trouve à présent en partie ombragée. Elle serpente dans une campagne, où pousse la lavande, de nombreuses céréales et quelques vignes.

 

                                                St Martin de Castillon.

 

                                          St Martin de Castillon. En fond: Le grand Luberon!

 

      La rigolade se termine quand nous laissons le chemin filer vers Céreste pour prendre la voie de communication qui monte vers les villages de Castellet et d’Auribeau. Rien de bien terrible encore, mais la difficulté surprend le promeneur dans lequel je m’étais installé.

 

                                                  Fontaine-du-Castellet.jpg

 

       Ce début d’été est particulièrement chaud au point de faire la course aux fontaines. C’est à Castellet que j’ai, pour un temps, perdu la trace d’Hubert. Plus en forme et plus jeune que moi, il était parti à l’avant à la recherche d’un restaurant sans laisser, comme le veut l’usage, son vélo en vue sur le bord de la route !

     Les cyclistes connaissent les comportements que génère ce type d’incident : À savoir que celui qui se sent largué et ne repérant pas l’indice, se met à pédaler comme un dératé pour tenter de rejoindre son camarade sensé être reparti vers l’avant. Cependant la raison et l’expérience, ont fait que les retrouvailles s’opérèrent selon une logique qui veut qu’à un moment donné, l’instinct ou l’inconscient décide que l’un des deux s’arrête pour patiemment attendre l’autre. La situation redevenue normale quand on veut faire équipe à deux, Saignon fut désigné comme lieu pour notre demi-étape. Un restaurant fut enfin trouvé. Il se faisait temps car sans avoir fumé la moquette, je commençais à voir des parpaiouns * faire la farandole devant mes yeux! 

 

 

                                     .Saignon 

 

                                                                                     Le village de Saignon

 

      Un faux plat montant nous amène à la hauteur d’un long plateau duquel débouche la route venant d’Apt par le col du Pointu. À main gauche se dessine ce qui laisse préfigurer d’une bonne suée à venir. En effet, entre les arbres, au loin, une petite route se faufile en lacets étroits vers ce qui laisse croire à un sommet. Il s’agit en fait d’un leurre. Echappant au regard, d’interminables ressauts resteront à franchir avant d’en atteindre le bout, au prix d’un effort que ce qui me reste de sagesse réprouvera violemment.

 

                                                         Le-col-du-Pointu.jpg

 

      Hubert, à une centaine de mètres se tenait à l’avant. Sans doute pour ne plus entendre mes jérémiades, mais également pour me garder à vue au cas où . C’est un briscard cet Hubert. Il me connaît. Il connaît le vélo, il en sent les choses.

 

                                             Dans la forêt de cédres

 

      Après une multitude d’espoirs déçus, le sommet, le vrai m'apparaît enfin. Une magnifique forêt de cèdres du Liban en coiffe son immense plateau. Surprenant, compte-tenu que nous sommes encore en plein jour, à sa lisière, des sangliers font entendre d’inquiétants grognements. Ce gibier, pourtant chassé à outrance continue de proliférer dans les collines de Vaucluse, causant d’importants dégâts aux cultures de maïs et de raisins en particulier.

      A présent, l’ombre des résineux et la fraîcheur qui s’en dégage, contribuent à me rabibocher. Je sais, pour en connaître le circuit du retour vers la voiture que ce dernier se fera sans avoir à forcer sur les pédales.

 

 

                                                              L'Arche Dans le Luberon

 

 

                                                 Dans le Luberon. Le sentier de la galère

 

                                                                            À pédibus pour aller voir l'arc!

 

 

       Par un crochet à l’intérieur de la sylve, Hubert m’entraîne sur un sentier pour y voir un arc, que les eaux glacières ont creusées dans la roche il y a……. d’années !

 

 

Un grand spectacle champêtre, aux senteurs de sauvagine, m’envahie à la fois par les yeux et le nez. Je suis heureux dans cette nature que l’homme, ici, n’a pas encore saccagé.

 

             Pour le plaisir de l'anecdote, je ne peux pas passer sous silence l'oeuvre originale qu'avec surprise l'on découvre au détour du dernier virage avant d'atteindre le plateau. Il s'agit d'une tour quadrangulaire commandée en 1885, par Philippe Audibert, sculpteur de son état et habitant de Bonnieux.

               Ce monsieur, pour le moins original,  éprouvant le besoin compulsif

d'avoir la mer à portée de sa vue, y fit construire cet édifice qui lui valu de passer pour un fou !

 

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      A noter pour celles et ceux qui voudraient faire l’ascension par Vidauque :

       _Délaissé par les services de l’équipement, abimé par le va-et-vient des troupeaux de moutons, qui eux sont là pour garantir l’entretenir de la montagne, le revêtement n’est plus carrossable pour un vélo monté sur des petits pneus. Dans ces conditions, la pente à près de 20% par endroits, nous amena parfois à devoir descendre de nos montures.

 

                                                      Je commençais à voir des  * Papillons  

 

 

                                                      Au resto à Saignon         

  

 

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Published by Marcel Tauleigne - dans Randonnées Cyclo
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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 20:58

                                                      De Rognonas à Rémuzat  

                          

                        Quand la confusion des genres vous entraîne à une cohabitation insolite !

                                              ( Je parle là de cohabitation entre vélos! )

 

 

         Résumé des trois jours cyclistes organisés par : Michel Durand, Rémy Lagnel et Jacques Vachet. (Noms cités par lettres alphabétiques)

                      Coordinateur dans le cadre du déroulement du séjour: Patrick Chetcuti

                                                    Article en cours de remise en page.

 

                                                          Rognonas:  La photo du départ

 

                                             La photo du départ

                           Désigné volontaire par Michel pour retracer quelques faits de la sortie annuelle du groupe cycliste de Rognonas,( B. du. Rhône ) je vais reprendre pour la circonstance quelques termes déjà employés lors d’un récit à paraître prochainement sur mon blog. Je vais, à certains passages, laisser à ma randonneuse le soin de vous raconter la bévue d’un cyclopathe.

 

       Rognonas Jeudi 17 Mai 8 heures. Départ du groupe ‘’dit des moins rapides’’

                         Devinez qui est l'intrus? Ne cherchez pas d'autres vélos cyclos!

 

                                        Devinez qui est l'intru!!

             __Mon acolyte, mon associé, mon partenaire a pris, pour des raisons qu’il a tenté de m’expliquer, la décision farfelue de m’utiliser comme monture pour ce 12raid, devant rallier notre cité des Bouches du Rhône à Rémuzat dans la Drôme.

            __Sans pour autant en faire un complexe, le confort que j’offre à mon cavalier explique les 14 kilos qu'il va devoir se trimbaler sous la selle. Cela étant, la peine au c..adre, j’ai rapidement compris que je ne pourrai pas, dès que la pente s’élèvera, le faire jouer dans la cour des grands !

      __   Guidon plat, sacoches latérales gavées jusqu’à la gueule et garde-boue par précaution, marquaient une différence que je savais fatale au regard des coursiers qui m’entouraient sur la place publique du village. Ceci dit, je n’ai point fait l’objet de réflexion désagréable, mais nombre d’interrogations sont venus interpeller, sourires en coin, celui qui voulait encore croire à une sortie de cyclotouristes !

 

                                          1er ravito à Entraigues

Entraigues. Pas facile le "ravito" au milieu de la fête!!!

 

      Sans encombre, la première heure et demie de route nous a conduit à la pause café imaginée à l’entrée de Bédarrides. L’imprévue fut la fête et ses contraintes de circulation qui faillirent nous laisser repartir le ventre vide et le gosier sec, l’intendance qui assurait le ravitaillement s’étant vu barrer la route du rendez-vous. Rusés comme le sont les anciens, Justin et la caravane de suiveurs trouvèrent la faille au système pour faire en sorte que la troupe se restaure et s’abreuve comme le voulait le programme de marche de l’étape. 

  

                                              Rémy, le Capitaine de route

                                                                   Capitaine Rémy

 

      __Un petit vent, pas franchement de face, mais suffisamment gênant pour que j’y cherche un abri salutaire nous accompagne tout au long de la remontée du Plan de Dieu. Michel et Rémy, capitaines de route retenus pour réguler l’allure à 23 de moyenne veillent à ce que personne ne perdent pieds ou pédales.

      Il faut que j’apporte là une précision qui a son importance. En effet, depuis le départ de Bedarrides et comme convenu, la réunion des deux groupes s’est effectuée sur le rappel des organisateurs . Rapidement et sans pouvoir en maîtriser les conséquences, des fourmis taquinèrent les jambes des ‘’meilleurs’’ chez lesquels, dans le non dit, l’impatience les amena à mettre du braquet…..

       Derrière, c’est un peu dans la pagaille que nos capitaines reconstituent un groupe homogène des ’’dits moins rapides’’. A la fois pour ne pas priver les bons rouleurs qui naturellement se détachèrent petit à petit vers l’avant, mais surtout pour faire en sorte qu’aucun des membres du groupe ne se retrouve seul à l’arrière.

      Le train est en route avec pour point de passage Rasteau, à la droite duquel le Mont-Ventoux nous salue de toute sa hauteur. Dans l’attente du regroupement général et à l’occasion que lui donnait un grand rond-point, Roger se donne l’occasion de faire ‘’des tours de manège gratuits '' à l'allure d'un pistard. Viennent ensuite les villages de Villedieu....Mirabel aux Baronnies.

                                        Le rire avant la galère

                                         Le sourire au photographe...avant la galère! 

 

      __A la sortie du village, rapidement une petite montée laisse place à des coups de culs menaçants de désarçonner mon cavalier de la selle. Ses gestes pour changer le rapport de mes dérailleurs se font brutaux au point de me faire grincer des dents. Le souffle lui devient court sans toutefois le priver de propos râleurs en direction de tous, de tout. Plus précisément en sa direction et au constat de son impuissance à pouvoir suivre ses camarades de tête.

     __Même si mon poids le fait souffrir, je l’entends murmurer de la gratitude à l’endroit de la ‘’moulinette’’ dont je suis équipée. Mon tri-plateaux de v.t.t, dont certains se demandaient à quoi il pouvait servir, à part vouloir grimper aux arbres, lui permet d’avaler des pourcentages allant au dela des 14% , alors que certains coursiers, faute de braquets ont fait poser pieds à leur monture.

 

                                                Pierre-m-a-largue-.jpg

                                                     Pierre vient de me "larguer"!

 

       __Le groupe s’effiloche. Je sens à présent son coup de pédale animé par quelque chose de l’ordre de l’orgueil, doublé d’une expérience dont au fil du temps il a en amassé les acquis. Le voila en position de remonter quelques uns de ses condisciples. Tantôt debout, les mains serrant le guidon, les ongles m’entaillant mes poignets de mousse, hargneusement, il avance.

       __Il refuse de se laisser terrasser par ce bout de montagne. Il maîtrise à présent la douleur aux cuisses que lui inflige des flux d’acide lactique. Il utilise toute l’énergie de son corps. Son allure, toute réduite soit elle, est en concordance avec ses moyens physiques. Il double, certes au pas, mais sur le vélo ‘’dès en panne de jambes’’, dès moins expérimentés, dès coursiers au dentier défaillant d’une couronne de secours.

      Des ‘’j’en ai marre ’’, mi-chantés, mi rageurs annoncent la proximité d’Anthony qui courageusement remonte sur son vélo. Voulant tromper sa fatigue, oubliant sa galère, le voila reparti, déclamant à haute voix un texte de sa composition. Enfin, vélos et bonhommes, tous ayant réinvesti leur monture, franchissent le col de la Croix Rouge.

 

                                                   DSC03426.JPG 

                                                       Anthony.......C'est reparti

 

      Sans vouloir faire d’analogie au risque de blasphème, les Pierre, les Paul et les Autres, avons, au regard de notre difficulté à toucher le terme de cette demi-étape, vécu le sentiment d’avoir eu dans cette côte à tirer…..un symbole expiatoire !.

       Au terme de l’effort, qu'il fut bon de voir sur cette petite esplanade de Châteauneuf de Bourdette les voitures portant le ravitaillement et toute la logistique. Qu’il fut agréable de s’entendre complimentés par nos accompagnateurs. Par ces dames, ces hommes et leurs enfants, qui au-delà du dévouement qu'il nous affiche, sont à tous égards de précieux soutiens. 

 

                                                  Col de la Croix Rouge

 

                                          Le col de La Croix Rouge. Roger en tête.

                                     Au col de La Croix Rouge...Roger a placé une mine.....

 

       Après le repas, il restait du chemin à faire pour rallier Rémuzat. Cependant nous étions rassurés, la route sera facile nous a-t-on dit, le détour par le col du Soubeyran étant réservé aux costauds.

      Une descente nous conduit dans la vallée de l’Aygues ou Eygues. Un long, mais léger faux plat mené à un train de sénateur grâce à nos métronomes de capitaines, nous dépose enfin au terme de cette première étape qui restera marquée de sa Croix. Mais au fait, pourquoi rouge ?   

 

                          Une partie du groupe au départ de Chateauneuf de Bourdette

 

                                          DSC03443.JPG

 

                                                                      ___________

                                            

                                                                         Rémuzat

 

 

                            J’ouvre là une parenthèse,car il ne peut pas se parler de Rémuzat et de ses alentours sans évoquer le retour des vautours fauves qui, réintroduits en 1996, peuplent grandement le Rocher du Caire qui surplombe le village. Il s’agit d’un animal dont l’envergure peut approcher les deux mètres soixante et dix pour un poids de sept à onze kilos. Il nous fut possible de les voir tournoyer par dizaines, cherchant les courants ascendants afin d'atteindre une altitude suffisammant importante pour pouvoir repérer leur nourriture.

 

                                          Vautour fauve

 

                                           Le vautour fauve

 

       L’oiseau vit en colonie. Celle qui occupe le secteur compterait plus de cent individus qui vivent protégés et pour grande partie, nourris par des animaux provenant de l’équarrissage. Pratiquement exterminé pour les fables dont il était chargé, le vautour fauve est inoffensif pour l’homme et pour le monde vivant. Sa particularité étant de ne se nourrir que de bêtes passées à  trépas.

                                                        ___________________________

                                

                                             Les Lavandes et le rocher du Sire

 

       Les Lavandes et le Rocher du Sire :Tel est le nom du lieu qui nous accueille au sein du village de Rémuzat. Toutes et tous vous diront que le choix porté par les organisateurs sur cette structure ne souffre d’aucune réserve, tant au plan de l’hébergement qu'à celui de la restauration. Les repas sous forme de buffet offrent à volonté des entrées diverses et variées et un ou deux plats chauds finement cuisinés. Les vins sont de qualité. Quant aux petits déjeuners, ils proposent un festin tellement ils sont fournis en croissants, en confitures, en beurre, en fromages et charcuteries. Chocolat, lait, café, jus de fruit sont à disposition pour faire glisser !!!!       

 

      Vendredi matin:Après avoir goûté au repos du juste, après avoir entendu Patrick nous dire que pour lui la pluie ne serait pas une raison pour faire abstinence de vélo, il est laissé à chacun le soin de choisir son programme. Pour ce qui fut la décision de la grande majorité des cyclos, l’orage menaçant a eu raison de leur bravoure.

 

                                            Plan d'eau de La Motte chalancon-

                                                     Le Plan d'eau de la Motte Chalancon

 

               Une fois le petit déjeuner pris, qui de petit n’eut que l’appellation, nous fûmes invités à nous rendre à la salle de….fitness afin de rappeler à notre organisme son devoir de maintien….Chacun dans la bonne humeur y est allé de sa séance de musculation. Les dames en particulier se sont montrées combatives face à ces montres de ferrailles qu’elles faisaient grincer de toutes leurs articulations en tirant, poussant, soulevant leurs poids de fonte. Le jeune Hugo suscita le respect des grands après qu'il eut couru une distance impressionnante sur le tapis dit de marche.         

       L’après midi :Familier du coin, Roger nous a concocté, au départ de Rémuzat, une séance de décrassage d’une cinquantaine de kilomètres. La campagne est magnifique.

 

                                      Vue de La Motte Chalancon

                                                        La Motte Chalancon

        

                 Les pluie de printemps l’ont rendue verdoyante à souhait. Le temps se présente sous de meilleurs auspices que ce matin, un petit vent du nord vient de chasser les nuages d’un ciel à présent prometteur. Le premier village traversé : Cornillon sur l’Oule, présente les caractéristiques des sites de moyenne montagne. Viennent ensuite La Motte Chalancon et son plan d’eau, la Charce et son château. Une petite incursion dans les Hautes Alpes et nous voila au Buis ou Bruis selon les sources. Le dernier village sera Montmorin et le pied du col des Tourettes.

                   

                                               chateau-la-charce     

                                                                 Le château de La Charce

 

             Rien de méchant pour ce qui concerne les pourcentages, mais une légére montée sur les 25 kilomètres du demi parcours a réveillé quelques traces de courbatures cachées dans les muscles profonds. Souvenirs d’hier attachés à la grimpée du col de la Croix Rouge !!! .

       Facile le retour et pour cause, le vent nous vient dans le dos et ça descend !!!

      Samedi : Nous voila arrivés au terme du séjour. Ce matin carillonne le retour sur Rognonas. Le petit déjeuner est pris dans une chaleureuse ambiance. Rien de particulier à cela, car elle fut à l’ordinaire en toutes occasions et circonstances tout au long de notre escapade en Drôme Provençale.

       Les valises sont prêtes à être chargées dans les voitures de nos convoyeurs. Précieux secours que sont les bénévoles du club pour ce type de déplacement.

       Les bidons approvisionnés en eau, mes sacoches pleines de tout ce qui en fait aurait pu m’être épargné comme poids à transporter si j’avais opté pour mon tout carbone, marque ma détermination à vouloir boucler l’anneau des 300 et quelques kilomètres de ce parcours sélectionné pour les membres du groupe auquel j’appartiens.

      Pour ce début d’étape, la séparation du convoi se fait dès les premiers mètres après le départ. Le peleton de Patrick, de Roger, de Jacques, de Luc, de…..et auquel s’est joint Hélène, partiellement rétablie de sa chute v.t.t, débute leur retour par l’ascension du col du Soubeyran. Pour ce qui nous concerne, nous empruntons une partie de l’itinéraire de l’aller en descendant les gorges de l’Aygues.

     Changement de direction à Curnier. La route qui part sur la gauche en direction de Sainte Jalle présente sur une bonne douzaine de kilomètres une légére déclivité qui ne nous est en rien favorable. Quelle merde ces côtes qui n’en sont pas vraiment et qui insidieusement usent les organismes jusqu'à la corde sans que l’on y prenne garde, pour peu que l’on veuille enrouler du braquet.

                                                 

                                    Ste-Jalle.jpg

                                                                  Ste Jalle

 

      Le début du col a eu raison de l’un des membres de l’équipe féminine……qui a dù, provisoirement, monter dans la voiture de secours. Elle reprendra le vélo par la suite.

     _j’en reviens à vous parler de mon pilote qui doit à ma réserve de braquets la chance de pouvoir rester sur sa randonneuse. Dieu sait pourtant qu'il connaît le coin pour l’avoir pratiqué. D’ailleurs c’est sans doute grâce à cette connaissance qu'il gère, car dans la situation qu'il manifeste, il faut savoir gérer !!!!

      _Chaque mètre est à gagner sur l’envie de poser le pied à terre. Tous les prétextes lui seraient bons car il sait user de stratagèmes le cas échéant pour justifier un arrêt. Pour lui et vu son âge, il y a la prostate !!!. On ne rigole pas avec ça, une envie de pisser ne doit pas en principe devoir se refouler. Mais voilà, il a derrière lui quelques camarades et puis il y a Annie et Rémy son aide, son chevalier servant pour la circonstance. Alors pour le principe, pour le fun, pour la conquête d’un illusoire palmarès, il se redonne comme ambition la conquête de ce col de Peyruergue, certes sans panache, mais….sur son vélo ! 

                                       Col de Peyruergue

     Le rassemblement général des cyclistes et du staff d’accompagnants nous accueillent aux clameurs de leurs appuis sonores. Tout cela est bon enfant et suscite en moi des émotions dont le temps n’a pas altéré les souvenirs heureux. Ceux pour l’ascension des cols des Alpes dans le cadre d'un brevet cyclo-montagnard en particulier, où la famille attendait mon passage pour ensuite rallier le prochain col pour d’autres encouragements. Souvenirs où mon épouse, mes enfants, ceux des amis et d’autres, anonymes, passionnés, nous proposaient rafraîchissements et de quoi nous restaurer.

      Les kilomètres s’accumulant nous amènent à Entrechaux, lieu noté sur le bloc-notes comme étant celui de la mi-étape et du pique-nique de la journée. Une aire trouvée à la sortie du village nous offre un cadre où se poser. Le travail de nos amis de la logistique est à nouveau à citer. Tout est mis à notre disposition pour nous permettre de profiter de ce temps de récupération dans les meilleures conditions possibles.

       Tous les sportifs vous le diront, les arrêts prolongés saturent les muscles car ils bloquent l’élimination des toxines, d’où des jambes lourdes pour enfourcher le vélo pour la dernière….ligne droite avant le… port !!!

 

      Ma randonneuse aurait pu vous le raconter, mais je ne veux pas la faire culpabiliser car elle n’y est pour rien. Alors c’est moi qui vais vous parler de ce fameux coup de mou, de moins bien, comme disent les pros’ et qui sournoisement s’est abattu sur moi aux alentours de Malaucéne et même un peu après. Je me suis retrouvé complètement à la ramasse sur deux dizaines de kilomètres, allant jusqu'à compter les bornes hectométriques…c’est vous dire.

      Heureusement que dans ce club il y a des Zorro’. A tour de rôle, un système de noria s’est mis en place avec Roger, Rémy, Raphaël, Patrick et de nombreux autres pour me ramener du fin fond du trou vers une place honorable. C’est ma randonneuse qui était fière de se voir entourée par les purs sang de chez Spécialized, de chez Willier et dès je ne sais encore coursiers plus rutilants les uns que les autres. Blottie au sein d'un peloton dont les hommes de tête donnaient un tempo digne d'une rentrée au bercail, elle sut y trouver sa place. Pour ma part, suffisammant requinqué pour rester dans les roues, je pouvais enfin lui offrir la chance de cotoyer les vélos de fringuants jeunes hommes et celui des deux dames qui avaient résité à leurs assauts. Sa récompense fut  d’être honorée de cette conclusion heureuse. La mienne, d’avoir su serrer les dents!!!!.

                                           _______________________________________

 

                                                      L'intru

       Ce choix de vélo est à classer dans le domaine d’un affect particulier que j’ai pour ce caractère de cycle lorsqu’il s’agit de rouler à la journée. J’ai, en effet, le souci de rester autonome en ravitaillement d’appoint, en vêtements de rechange et de pluie au cas où.

       Si, comme dans le titre, je parle de cohabitation insolite à cause de l’aspect marginal de mon vélo, si la curiosité de mon choix me valut quelques galéjades, j’ai pu, grâce à lui, bénéficier de la compassion de mes camarades qui, pour certains, m’ont attribué le mérite d’assumer mon brin de folie.

 

 

                                               DSC03549.JPG

                                                    Anthony et Rémy, son coach!

 

 

          Notes : Je me donne le droit de décerner les palmes du courage aux dames du groupe. Je regrette pour celles, qui à bout de force, n’ont pas pu atteindre le terme de cette étape, malgré le fait d'avoir battu leur record de distance.                   

  Un accessit au jeune Anthony qui est allé, non seulement au bout de son périple, mais au delà de toute distance parcourue en une seule étape.

Je regrette pour Michel qui s'est dévoué pour cette réussite et qui, pour les raisons que nous connaissons, n'a pas pu s'entraîner comme il l'aurait voulu.

  Merci à tous les membres organisateurs de ce raid, à tous les accompagnants et.... à l'an prochain si............  

                                                            _______________________________

 

                       Les photos sont de Patrick Chetcuti, à l'exception de certaines illustrations prises sur le net

                 

 

 

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 21:08

 

    Quand la raison vous échappe.... 

 

 

Photos de ma centième

                    

  

-Ventoux que j'ai toujours aimé, roi de tout le Midi, je viendrai près de toi vivre mes derniers jours. 

  

                              Cent fois le Mont-Ventoux à bicyclette, cent fois cette bosse mythique, cette étrangetée de la nature s’élevant en pleine campagne. En effet, étrange est ce promontoire, qui voulant sans doute se singulariser s’est un beau jour coupé le cordon ombilical qui le reliait aux Alpes. Très souvent cerclé d’une couronne de nuages blancs, tel un fantôme planant au dessus des plaines de Vaucluse, il semble vouloir impressionner quiconque voulant le défier.

Pari pris à la cantonade lors de l’une de nos sorties de club, mais suffisamment audible pour les camarades présents ce jour là à mes cotés et qui depuis me rappelaient régulièrement à ma promesse. C’était un matin de juillet, au début des années 80. Quelle mouche me piqua ce jour là pour que tout haut et malgré moi, peut être, je fis cette promesse un peu folle de vouloir grimper à cent reprises sa pente qui conduit à l’amas de cailloux qui en coiffe son dôme.  

 

                                                       

 

Quelle raison m’a poussé à vouloir atteindre un but dont l’objectif visé reste encore pour moi mal défini. Quête d’un besoin particulier ou simple challenge personnel à relever ? Je ne sais toujours pas y répondre avec précision et certitude tant il est vrai qu'il y a des raisons que la raison ignore.

Depuis ce temps et au bon vouloir de ma forme plusieurs fois par an je m’emploie à honorer cet engagement pour le moins étrange.        

                                                 

C’est chose faite depuis trois saisons déjà, où accompagné à vélo par quelques collègues amoureux de la dénivelée, encouragé par mon épouse, nos enfants et nos petits enfants, j’ai réalisé ma centième.             

                                                                                            

                                Ma toute première ascension du Mont-Ventoux remonte quant à elle à 1961. Ascension réalisée sur un vélo bricolé par mon ami René qui avait réussi à souder un second plateau de 44 dents sur un pédalier en ferraille. Cet ami sera mon compagnon de route pour ce baptême. Son expérience et ses encouragements me seront précieux tout au long du trajet.

L’engin que je montais, un Souvet, accusait un poids avoisinant les 14 kilos. A l’époque, cette maison de la cité des Papes construisait toutes sortes de cycles. Certes, elle avait dans sa gamme de beaux vélos, mais le mien était de série très ordinaire, autant dire à la hauteur de mes moyens. Il était rouge. Ses performances laissaient à désirer et son freinage approximatif m’a fait prendre des risques dans la descente. Quant au confort, il était loin de celui de nos mécaniques d’aujourd’hui.

Nous sommes partis un dimanche en début d’après midi sous une chaleur dépassant les 35 degrés. Quoique habitué aux températures élevées, j’étais rentré depuis peu du Sahara Algérien où j’y accomplissais ce qui m’avait été dicté comme un devoir. Cependant je me souviens de cette température caniculaire qui a bien failli me faire renoncer avant même d’arriver au pied du fameux obstacle.

Nous n’avions pas de voiture pour avancer nos vélos et c’est de Rognonas, un village des Bouches du Rhône frontalier d’Avignon qu’a démarré notre périple. Le cuissard et un maillot de taille approximative m’avaient été prêtés par mon frère aîné, cycliste avant moi. Les poches garnies d’une série de petits sandwiches, un bidon rempli d’eau mentholée composaient le ravitaillement de survie au cas où  !!!!!

Le Pont qui enjambe la Durance à la sortie de Rognonas nous a fait entrer en territoire vauclusien. S’en sont suivis des kilomètres sur des routes plates et languissantes. Monteux et Carpentras étaient à traverser avant de voir le panneau qui annonce Bedoin. Quarante huit kilomètres étaient déjà parcourus. Dix pour cent de moyenne sur 21 kilomètres restaient à gravir sous un grésillas à faire cuire des œufs au soleil. Mon étonnement, bien avant d’attaquer le plat de résistance fut de constater que je découvrais des villages, des campagnes qui m’étaient inconnues, et pourtant nous n’étions qu'à quelques dizaines de lieux de la maison où j’habitais.

                                                                                      Photos de ma centième 005    

De la centaine d’ascensions que j’ai à mon actif (un peu plus aujourd’hui) je me rappelle de cette première. Si, depuis le souvenir de ce qui reste un grand jour l’emporte, c’est la souffrance qui en est la symptomatique. En effet elle reste indissociable, inséparable de cette réussite et des émotions qu’elle à générées. Combien de fois ai-je voulu tourner le guidon vers la descente alors que les muscles de mes jambes me brûlaient jusqu’au feu ? Combien de fois ai-je dû me faire violence pour faire la centaine de mètres de plus avant de m’autoriser à poser pied à terre. Combien de fois ai-je dû repousser et encore repousser cette promesse pour enfin arriver au sommet sans m’arrêter. J’y suis parvenu grâce à l’assistance de mon ami René, grâce à ce grain de folie qui fait se dépasser au-delà de la douleur. Au-delà de la raison parfois.

Le retour se fit dans l’euphorie jusqu’à ce que la fatigue l’emporte sur tout ce qui fut beau. En effet, à l’approche du terme des 140 kilomètres qui bouclaient le parcours, alors que la nuit était tombée depuis un bout de temps, je me suis endormi sur le vélo. Surprenante conduite certes, mais pas moins vraie pour autant. A plusieurs reprises j’ai sombré dans une espèce de nébuleuse, quelques fractions de seconde seulement, mais suffisamment longtemps pour sursauter à mes retours de conscience.  

 

                              C’était mon premier Ventoux. 

 

Dans le même style de ''débordement'', Je veux rappeler une anecdote qui, à l’époque, avait surpris ma jeune épouse et sa maman. Je rentrais d’un brevet de 200 kilomètres que j’avais effectué en prenant la roue d’un tandem. L’allure avait été sévère et j’étais arrivé à la maison cuit au point de vouloir m’allonger sur le tapis de la salle à manger pour me décontracter un peu avant le repas. Ma belle mère passant par là fut affolée de me voir ainsi couché et m’entendre respirer d’un accent, disons sonore !!!!!!C’est tout penaud et quelque peu vexé que je m’éveillai sous le regard moqueur des deux dames.

 

 

                      Le Mont-Ventoux : Un peu d’histoire,

 

                                                                                                                                                                                            Photos-de-ma-centieme-006.jpg

 

                              Construction du premier observatoire ( début 1900 )   

 

Le premier récit qui soit donné de lire sur les débuts de la conquête du Mont-Ventoux par un homme, à pied, cela va de soi pour l’époque, remonte au quatorzième siècle. Il est l’œuvre du poète italien Pétrarque daté du 9 Mai 1336 du village de Malaucène.

François Pétrarque, accompagné de son jeune frère et de deux serviteurs fait état de cette de cette ‘’promenade’’ avec lyrisme et moultes anecdotes dans un courrier adressé au Père Denis, son professeur d’écritures sacrées alors qu'il était son élève au collège de Carpentras. Certes, et bien longtemps avant, les chasseurs et les bergers en connaissaient certainement son sommet mais ces hommes, sans doute illettrés, n’en ont jamais laissé de trace. Il faudra, après Pétrarque, attendre près de trois siècles pour retrouver des signatures relatant d’expéditions conduites dans le Ventoux.

                                                                                                                                                                                           Photos de ma centième 007

 

                    Fontaine de la Grave, au dessus du chalet Reynard ( début 1900 )

                                                                                                                                                                              

 

       C’est début 1700 que le Père Jean-Antoine de Laval établit le premier relevé en altitude de son sommet qu'il note à 2027 mètres. A ce jour il est placé à 1912 mètres alors que certains panneaux l'affichent à 1910 mètres.... 

 

                                     Photos de ma centième 008

 

     Ensuite nombre de scientifiques, des climatologues, des cartographes, le botaniste Henri Fabre en parcourront ses sentiers. Le Ventoux devient également un objet de convoitise et de prestige que les artistes et les intellectuels de la région voudront épingler à leur nom. En 1857, Frédéric Mistral le grimpa en Compagnie de son ami Théodore Aubanel, imprimeur et poète provençal et du Peintre avignonnais Pierre Grivolas

 

En ces temps, le Mont-Ventoux est présenté encore comme un lieu hostile. La neige y est éternelle en son sommet, des vents d’une force herculéenne sont capables de coucher les hommes les plus forts. Au dessus du niveau du col des Tempêtes aucun arbre ne résiste à la violence de son climat. Seule une végétation rase, la même que l’on trouve dans les solitudes glacées du Groënland et du Cap Nord arrive à y survivre. Le Ventoux est habité par les loups jusqu’à la fin du dix neuvième siècle.

Sa première grimpée à vélocipède date d’août 1900. Une quarantaine d’hommes préalablement inscrits pour relever le challenge se lancent de la place des Quinconces de Carpentras équipé d’un pignon fixe développant 4 mètres cinquante au tour de pédale, les puristes apprécieront. Trois seulement arriveront au sommet.

Dans le domaine de la difficulté, le plus grand exploit sportif jamais dépassé à ce jour dans le Ventoux est, selon moi, a attribuer à Julien Bouteille, professeur de mathématiques de son état. En 1962, cet homme se hissa à son sommet en 1 heure 54 minutes et 35 secondes sur un vélo…..dépourvu de selle.

Outre la prouesse d’avoir dû rester droit sur les pédales durant tout ce temps d’effort, à peine arrivé au terme de son ascension, il redescendit en courant pour donner une conférence de presse à la fontaine du Groseau où l’attendait un public médusé par son exploit. J’allais oublier de préciser que le jeune homme avait….70 ans. 

 

 Informations tirées du livre '' Le Mont-Ventoux ''  de Georges Brun. Éditions '' Le nombre d'Or '' Carpentras 1977.

                                                                                  

 

                              Pour ma centième, le choix du versant nord s’est joué à pile ou face. Tirage au sort pour ne pas être suspecté de l’avoir choisi en fonction d’une quelconque préférence. A moins que ça ne soit par superstition ! La montagne est susceptible, parfois capricieuse, alors pour cette journée toutes les précautions étaient bonnes à prendre ! 

 

                                 

                                       Jules vélo- gorges Toulourenc 018

 

 Au sommet, avec ma randonneuse en 650 de chez Valéro.

 

 

Mauvaise pioche pour moi car je dois avouer que le côté ‘’ Malaucène ‘’ m’a toujours posé des problèmes à cause des fréquents changements de rythme qu’imposent la pente. Je suis ( disons que j’étais ) un grimpeur au train et je ne craignais pas de ‘’mouliner’’. La route du flanc nord, précisément, est tracé de telle sorte qu'il y a des paliers roulants qui alternent avec des déclivités dépassant les onze pour cent sur plusieurs kilomètres. Ces changements en perturbent la cadence cardiaque ce qui pour des raisons que j’ignore ne m’a jamais convenu. La montée sud, que je préfère, est pratiquement régulière à partir du virage de Saint Estève et ce jusqu’au chalet Reynard. Léger replat avant le chalet, puis un final à pente constante, qui toutefois s’aggrave à partir de la stèle à la mémoire de Tom Simpson pour ne plus se démentir jusqu’au sommet.

 

La température était idéale, quoique un peu fraîche au départ. Chacun pour soi dans cette ascension, pas de record à battre, pas de compte à régler si ce n’est celui de mettre le mot fin sur le texte symbolique d’un engagement vieux de vingt ans.

Sans l’avoir clairement manifesté, je souhaitais pouvoir grimper dans ma bulle. Si je goûtais au plaisir de me savoir précédé ou suivi par ma famille et certains de mes amis, au fond de moi je désirais vivre ce moment d’exception dans un silence propice à mes divagations. Si, à certains passages j’ai eu le bonheur d’être poussé par les encouragements des miens, le rassemblement général, quant à lui, était prévu au sommet. Il sera alors temps d’y développer les commentaires autour de la table retenue, pour l’occasion, au chalet Liotard du Mont Serein. 

          Le temps ou je m’employais à fond pour ne pas lâcher coûte que coûte les roues des collègues est dépassé depuis belle lurette. L’âge et l’expérience en ayant depuis nourri la raison. L’esprit et la pensée sont ailleurs. Ma première grimpée dans les années soixante sur un vélo aux braquets trop courts refait surface. Son terme conclu à l’arrachée, les dents serrées pour ne pas poser pied à terre sont là pour me rappeler au devoir que je me suis donné de remplir et qui entraînera la fermeture du carnet comptable du cumul de mes ascensions.

Le Ventoux est un os qui au fil des saisons m’est devenu de plus en plus long à ronger au point de penser qu'il a pris de l’altitude ou que sa route s’est étirée !!!. Des cols j’en ai franchi plus de mille, mais aucun n’impose un effort aussi constant sur un kilométrage aussi long. Je peux vous parler du Stelvio, des Dolomites, du Simplon et du splûgenpass et puis des Alpes Françaises avec Restefond et la cime de la Bonnette perchée à 2802 mètres, Le Galibier, L’Iseran. Le Tourmalet et sa succession de cols pour rallier Pau à Luchon, raid cyclo-montagnard que j’ai accompli début quatre vingt dix. Aucun d’entre eux, aussi prestigieux soient-ils, ne peut être comparé au Mont-Ventoux. Après réflexion, le col de La Lombarde, versant Italien lui serait approchant dans ses pourcentages et sa distance, mais le cadre exceptionnel de verdure, de fleurs et de cours d’eau qui accompagnent les cyclistes en adoucit la difficulté.

 

                                                Les prairies du Mont-Serein

                                                                                                                                                                                         numérisation0005

 

 Au fil des kilomètres et de mon parcours, une foule d’événements de tous ordres m’accompagnent dans ce final au point de me sentir entouré d’un flot d’amis, de copains avec lesquels j’ai partagé la route des années durant. C’est là, sans transition de ce qui étaient l’émergence de moments heureux que subitement l’émotion me gagne. Il me revient en mémoire le souvenir de Gilles, l’un de mes camarades de club.

C’était hier…. 

A l’occasion de l’ascension annuelle de notre Everest à nous, sortie rituelle de l’association auprès de laquelle je suis licencié, il m’avait été accordé, en qualité de doyen de l’expédition le privilège de partir une heure avant les jeunes. L’avance qui m’avait été consentie devait en principe me permettre d’être à l’approche du sommet au moment où devait se produire la jonction.

Arrivé au dessus du Mont Serein, là ou plus rien ne fait abri, là où la pente raide vous amène à pédaler en bout de selle, le peloton des costauds me double bien avant l’endroit où il était prévu que nous nous rencontrions. Les mots d’encouragement se succèdent à la cadence des copains qui me dépassent. Gilles était l’un des leurs. Il fermait la route. Un terrible coup de pompe, une fatigue prématurée, une fringale sans doute,

 

                                                           Photos de ma centième 015 

 

m’avaient obligé à mettre tout à gauche. Je n’avançais pas. J’étais à la ramasse. La facilité avec laquelle montait le groupe entama jusqu’à la corde ce qui me restait de volonté. Mon regard, que Gilles croisa alors, ne put trahir la peine que j’avais à maintenir ce qu’il faut de vitesse pour ne pas tomber. Attentif aux autres comme il a toujours su l’être, il s’est laissé décrocher de ses compagnons pour venir prendre le vent contre lequel mes forces s’épuisaient. J’aurai voulu lui dire de filer avec les autres et pourtant je ne l’ai pas fait. Lui, ne m’a pas tenu de discours, il est venu se ranger devant moi, attentif à ce que je puisse le suivre. Qu'il me fut doux et combien émouvant de me savoir le sujet d’attention de ce jeune ami. Cette fin d’ascension que je redoutais comme un supplice me devint tout à coup empreinte d’un sentiment de confort. Ma souffrance venait de trouver un autre sens. Je lui avais trouvé une nouvelle motivation.

 

 

Ce fut sa dernière ascension à Gilles. La maladie ayant eu, peu après cet épisode, raison de son courage.

                                                                         

 

 

                                  numérisation0001-copie-1

                              Le Mont-Ventoux vu du col de Fontaube.

 

 

               Gilles, cette centième je te la dédie. C’est aussi un peu la tienne, car à partir du souvenir que je viens d’évoquer, ce jour là, route faisant, je n’ai plus été seul. Par la pensée, par le sentiment d’affection que je garde de toi, je me sentais accompagné. Je voulais croire que le vent charitable qui me poussait vers le sommet était porteur de ton salut.

Moment bizarre, union de sentiments confus qui envahissent l’être qui ne sait comment les accueillir, qui ne sait s’il doit les faire partager.                                                                                                                                                                       

      Le repas fut joyeux. Les commentaires nourris de la foule d’anecdotes qui fleurissent le carnet de route des cyclos n’ont pas manqué de saveur.

Moment précieux que celui de se savoir entouré. Moment de félicité intense de voir sauter sur ses genoux ses petit enfants dont on espère pour eux le meilleur. J’ai eu l’occasion de leur parler et d’écrire pour eux ma définition de ce que j’appelle mes petits bonheurs. Cette journée leur en a illustré l’un des aspects. Un vélo et une compagnie de choix m’ont en effet permis d’en vivre l’un de ces épisodes où la simplicité n’enlève rien à la grandeur de son souvenir.

 

                                                                                                                                                                                            Ardèche à vélo 15.07.2011 092

 

 

                          Mon trophée offert par les membres du club d'Althen des Paluds.

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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 15:40

 

 

                                    Comme un pélerinage....

 

 

Loubaresse, le village qui voit naître l'aube. ( Laoubo naïsse) 

 

 

 Ardèche à vélo 15.07.2011 009

 

                                      Le téléphone vient de me rappeler à ce monde de communication moderne quand il sonne pour vous proposer une multitude de services, alors que vous n’avez rien demandé à personne. Ce jour là, l’appel n’est en rien désagréable. C’est Marc, me dit mon épouse.

       Marc est ce qu’il est convenu d’appeler une vieille connaissance. Dans le détail de la présentation, son âge n’a évidement rien à y voir. Vieille, voulant rappeler la somme d’années depuis laquelle nous nous croisons, nous partageons des longueurs de route, des discussions sur des sujets les plus divers. Ce qui reste une constance, c'est que cela se passe souvent à l'occasion d'une sortie à vélo.

       La solitude volontaire lui sert souvent de complice pour vivre le silence d’une ascension du Mont-Ventoux effectuée de nuit. Marc est de ceux là. Il éprouve le besoin de se trouver au milieu d’un environnement dont il se sent familier. Son Ame paysanne l’amène à communier avec le monde mystérieux des ombres dont il connaît la nature, sait en identifier les odeurs. Il prend sur le chemin le temps de s’arrêter, d’écouter le déplacement caché du renard ou de la biche, de les contempler quant au détour d’un virage il surprend l’un d’eux le nez dans le vent. 

 

 Ardèche à vélo 15.07.2011 028

Digitale pourpre.

 

       Nous avons fait carrière dans le même établissement hospitalier mais c’est sur le vélo que nous nous sommes connus. Sans avoir toujours eu le temps nécessaire pour s’entraîner il n’hésitait pas, à l’occasion, à se joindre au groupe de cyclos que j’animais alors. Il y faisait bonne figure. La sagesse, aidé en cela par une bonne constitution l’a rapidement conduit à boucler fort honorablement des brevets tels que le brevet de randonneur des Alpes, Velay-Vivarais qui donnera naissance plus tard à l’Ardéchoise et nombre d’autres superbes randonnées.

        -Tu as Marc au téléphone me rappelle mon épouse. Le temps du déplacement pour prendre possession du combiné et j’entends :

       - Tu te souviens de la rando que nous avons faite tous les deux en Ardèche l’année dernière, cette année je voudrais que tu me conduises pour la faire …..à l’envers.

       Vous qui me connaissez par le biais de mon blog, l’Ardèche, celle des montagnes je la chérie, je l’aime comme un fou. Alors dès que je le peux, je la fais visiter, découvrir à qui le veut bien. Pas besoin de carte routière pour cela, à l’endroit comme à l’envers, cette rando j’en connais l’itinéraire sur le bout du…guidon.

 

                4 heures du matin. Marc est un lève tôt. Il craint la chaleur alors il veut que nous soyons à Jaujac pour démarrer à la fraîche.

       Morières, Viviers, Aubenas, Lalevade et Jaujac. Deux heures de voiture et nous voila rendus au pied de la Croix de Millet. 

       Pour Marc, faire le circuit à l’endroit, c’est se rendre à Loubaresse par La Souche et son faux-plat montant d’une dizaine de kilomètres avant d’attaquer la Croix de Bauzon par le pont Morand, puis le col de Meyrand, puis….. Aujourd’hui ce sera le contraire.

       L’option choisie pour ce vendredi 15 juillet 2011 présente l’inconvénient de nous mettre dans le dur d’entrée de jeu. En effet, dès la sortie de Jaujac, la route grimpe entre 5 et 6 % sur sept bons kilomètres. Pas terrible me direz-vous, mais pour moi pédaler à six heures, c’est tôt… L’air matinal, l’ombrage des châtaigniers puis celui des fayards donnent l’impression d’un climat automnal. Au sommet, première halte pour enfiler des jambières, des rallonges de manches et le fameux coupe-vent vert fluo avant de descendre sur Prunet.

 

 

 

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Marc

                   

 

       A l’horizon le soleil colore la montagne de sa palette de couleurs. La journée s’annonce belle. Marc est en forme. Il est heureux. La campagne sauvage qui nous entoure est un élément dans lequel il se sent bien. Il n’en tarit pas d’éloges. Lui, réservé, devient dans ce type de condition, encore plus bavard que moi.

       Quelques photos puis il nous faut repartir car nous nous sommes collés une contrainte horaire. Le Pégan, le restaurant du cousin de Loubaresse n’assure qu’un service, alors il faut y être avant midi et demie sinon il faudra se mettre un cran de plus à la ceinture !

       Longue descente. Nous laissons Largentière sur notre gauche et rejoignons Rocher. Nouvelle côte pour atteindre Rocles et sa croix. Peu d’habitants au kilomètre carré dans cette région. La route est étroite et sinueuse. Son revêtement est rugueux et comme diraient les spécialistes : il ne rend pas.

 

 

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              Des vignes et des vergers occupent les terres cultivables. Ici le sol est pauvre et le climat reste sec en comparaison avec celui du plateau du Tanargue pourtant pas très loin à vol d’oiseau et dont les précipitations sont largement au dessus de la moyenne nationale. Après la Croix de Rocles, après ce qui sera la dernière descente de la matinée, nous coupons la route qui monte des Vans via Joyeuse pour prendre à main droite en direction de ce que j’appelle mon chez moi.

       Je sais que depuis le changement de direction je respire un air qui vient des sommets de la Coucoulude et du Meyrand. Au passage il se charge des mille senteurs qui fleurissent les près bordant Loubaresse et dont il me semble en distinguer les nuances. J’ai conscience de voler la vedette à Marc mais il faut que je parle. Je n’en ai pas honte ni n’en suis repentant. C’est plus fort que ce que je voudrais avoir de raison, mais je deviens un autre dès que je devine au loin l’ombre de la maison qui a vu naître mon Père. Marc m’écoute dans mes débordements d’allégresse. Il connaît ma passion allant parfois au-delà du rationnel. Il sait mon attachement pour ce coin dont j’en ai hérité l’amour par filiation. Sur la route, je fais l’accordéon pour le plaisir de flâner ou alors je prends quelque peu d’avance afin de photographier Marc à qui je viens d’apprendre que j’allais écrire sur sa journée.

       Nous remontons la vallée de la Beaume qui fut riche en usines à soie et en moulins à céréales. Longtemps restés en ruines, l’on peut y voir restaurés depuis peu, de magnifiques bâtiments convertis en gites ou en appartements secondaires ayant eu par le passé des activités professionnelles liées à l’élevage des magnans et à une agriculture locale fleurissante.

       Chastanet et son château : Village perchée sur la gauche de notre route qui pendant la seconde guerre mondiale a accueilli Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Fuyants Paris occupé, ils y sont arrivés à vélo pour ce qui a été de la distance à couvrir hors transport en commun. En 1935, l’écrivaine y avait découvert la vallée à l'occasion de l'écriture de ''Drailles''.

 

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       Beaucoup plus anecdotique et tout en roulant, je raconte à Marc un épisode ayant trait à des vacances passées là début 1960 avec mon ami Roland. Au cours d’une soirée et suite à l’issue heureuse d’une rencontre avec une jeune estivante, la folie me prit d’aller en pleine nuit tirer sur la corde qui servait à agiter la cloche de la petite église. L’époque n’était pas à ce type de plaisanterie que dis-je de sacrilège, au point d’avoir inquiété quelques vieilles dames et leur curé qui ont cru leur bourg envahi par un démon. Dès le jour levé, pour faire taire toute rumeur, j’ai dû faire amende honorable de mon péché devant une cour de bigotes stupéfaites quant à la raison invoquée!

 

 

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Sur le monticule, en haut à gauche, Loubaresse se devine....

 

       Depuis l’embranchement venant de Joyeuse la route monte à petit pourcentage. Le pied de Valgorges marque un changement net de la pente qui ne se démentira plus jusqu’à Loubaresse. Dix kilomètres pendant lesquels l’on ne perd pas de vue le monticule sur lequel trône ses maisons faites de basalte et de pierres de granite. Nous sommes là sur la plus petite commune d’Ardèche et avec ses 1220 mètres d’altitude, sur l’une des plus hautes mairies du département. À noter que certains relevés mentionnent une altitude de 1250 mètres    

 

 

 Ruelle à Loubaresse. Ardèche

 

       Loubaresse : Un peu d’histoire. Etymologiquement son nom aurait entre autre origine : village qui voit naitre l’aube, ( laoubo récente ou laoubo naïsse.) En 1880, le village comptait 317 habitants pour aujourd’hui seulement 32 personnes y vivant à l’année. Loubaresse fut tour à tour une grande commune à vocation pastorale, forestière, minière par son extraction de fluor et capitale de la mulasserie. Activité qui affubla les Loubaressiens du sobriquet de traoutchos boutos ( perceurs d’outres ) Avec leurs mulets, ils remontaient le vin des basses vallées vers les villes et villages du haut. Ces hommes, qui n’étaient pas des suceurs de glaçons, perçaient finement le cuir de l’outre pour en prélever en route les besoins de leur soif !. Le trou rebouché à l’aide d’un petit morceau de bois se fondait dans le restant du pelage de bouc avec lequel était confectionné ce type de récipient. La capacité de l’outre étant approximative, et sans abus de la part du muletier, difficile au client de confondre le livreur !

 

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                 Alors que j’écrivais : ‘’J’ai rêvé mon Père’’, Berthe Merle qui fut une partie de la mémoire que je raconte, m’a appris qu’il y eut des Tauleigne muletiers !

       Entre autres caractéristiques des lieux, les abords de Loubaresse, dont le plateau du Tanargue, reçoivent des pluies abondantes avec 2 mètres en moyenne par an, sans toutefois qu’il y pleuve plus souvent qu’ailleurs. Seules les précipitations y sont plus soutenues. Les hivers y sont rigoureux, 4 mètres de neige en 1986!

 

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 Propos recueillis pour partie dans : Loubaresse ‘’Lous Traoutchos Boutos’’ de Jeanine Merle. Edition confidentielle.

 

       Il n’est pas tout à fait midi, le temps pour Marc et pour moi d’appeler chez nous afin de rassurer la famille sur la bonne marche de notre expédition !. Connaissant la difficulté à éperonner le réseau, je le conduis sur l’un des rares endroits où les communications des portables passent. Certains y verront peut être des signes tenant du surnaturel. En effet, le lieu qui permet la relation avec les vivants n'est autre que ....celui où reposent nes chers disparus ! Il n’y a pas d’internet ici, plus d’école ni de médecin, pas de pharmacie ni de boulangerie.

 

 

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  Maguy Merle devant ce qui est pour Loubaresse, bien plus qu'une simple épicerie.

 

             Une épicerie-mercerie-tabac est tenue par Maguy l’une des doyennes du village qui en plus du travail que lui demande son activité fait bénévolement et à plusieurs reprises par jour, des relevés météo pour le département. Elle contribue à rendre le village accueillant pour les touristes, pour les randonneurs qui trouvent chez elle de quoi se ravitailler et les informations sur tout ce qui touche à l’environnement et sur les bons sentiers à prendre.

 

      Nous voila installés à l’une des tables de Jean-François du Pégan, qui comme Maguy sa maman, s’inscrit dans le livre de ma cousinade par la branche de ma grand-mère paternelle. Marc, qui se ménage pour l’étape du retour, fait attention à ne pas trop manger au risque de froisser le patron, car ici rien ne doit rester de ce qui vous est servi!

       Marc est averti, dès la sortie de table et sans faux-plat pour la remise en route, le col de Meyrand sera à escalader.              

 

       Séance photos pour enrichir l’album des souvenirs et c’est reparti pour la fin de l’étape. Quatre kilomètres dans les genets et la bruyère à un train de sénateur. C'est-à-dire à une allure qui ne risque pas de mettre à mal ni les bonshommes ni le matériel. Petite halte au col, le temps de faire observer à Marc que de cet endroit l’on peut y apercevoir le Mont-Ventoux. Puis comme un défi, comme un rituel, comme je le fais à tous mes passages j’escalade le rocher qui domine l’aire du sommet où est installée la table d’orientation. 

 

 

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     Allez savoir pourquoi, mais j’éprouve ce besoin comme une manifestation d’amour et de fidélité à ce secteur qui reste pour moi chargé d’une histoire que j’ai faite mienne. Lors de mes randonnées pédestres dans le coin, c’est celui de la Coucoulude que je grimpe jusqu’au signal géodésique qui domine la vallée de la Beaume. Cela fait partie de mes brins de folie que je suis le seul à comprendre, quoique….pas toujours !

 

 La Croix de Bauzon15.07.2011 035

 

              Je montre à Marc un sentier qui rallie directement La Croix de Bauzon, mais pour cela ils nous auraient fallu avoir un VT.T. La route, la classique nous amène au Chambon que nous laissons sur notre gauche. La fin de la descente nous fait rattraper la grande voie de circulation qui monte d’Aubenas sur Saint Etienne de Lugdarés. Le panneau de signalisation nous invite à nous engager sur la droite, vers ce qui sera la dernière ascension de la journée.

       Terrible est la pente sur cette large route qui de plus est rectiligne à perte de vue. La Bombine de midi me pèse sur l’estomac. Le choix d’avoir fait monter à l’avant de mon vélo un triple plateau de bécane tout chemin s’avérera être judicieux pour avaler les huit à dix pour cent des deux derniers kilomètres.

 

 

 Ardèche à vélo 15.07.2011 032

 

                       Marc.....ce jeune homme.

 

             Long arrêt au sommet où sans avoir à faire d’effort, sans vouloir en refouler les souvenirs qu’elle m’évoque, je me revois devant le ferme des Plaines soixante ans en arrière. Accompagné du Dolphou de Chevalet, un long bâton à la main pour faire comme les grands, je poussais la roussette pour la mener au taureau. Depuis deux ou trois jours déjà ses beuglements au son particulier annonçaient au jeune vacher que j’étais à l’époque, un besoin qui me restait mystérieux. Par pudeur, j’étais écarté de la cène de l’accouplement.

     Pris en charge par la jeune fille de la maison, elle me faisait faire un tour de traineau tiré par ses chiens. Que de beaux souvenirs me reviennent en tête où je m'imaginais, à l'époque, devenir le maître des lieux, plus tard, quand il nous aurait été permis de nous déclarer amoureux!

       Le temps de quelques tours de roue en direction de La Souche, nouvel arrêt à l’angle du grand virage qui surplombe la ferme qui m’a accueilli durant plusieurs estives fin des années quarante et dont aucun des Chambon de l’époque ne vit encore aujourd’hui. Même si nous en sommes loin, j’ai l’impression d’un changement depuis mon dernier passage quant à son état. Sa toiture me parait refaite.

 

 

 Chevalet

 

La ferme de Chevalet.

 

                             Je revisite du regard les pâturages sur lesquels je conduisais mon troupeau constitué de quelques vaches et de chèvres que je n’arrivais pas toujours à faire obéir. Je parle à Marc de cette équipe de saisonniers dont un été, mon Père, a fait partie et qui montait de ferme en ferme faire les foins à la faux. Durant les quelques jours de leur contrat c’était la fête à Chevalet. Les soirées étaient animées. Je garde en mémoire l’attention que ces hommes me manifestaient. Leur départ était un déchirement. Le silence qui s’en suivait rendait Chevalet triste au point d’en nourrir en moi une vraie souffrance.

 

 

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La ferme de Chevalet que j'ai voulu ''immortalisée'', grâce à mes pinceaux.

                        

 

       La longue descente sur Jaujac referme la boucle que notre itinéraire avait tracé. À la Souche, au bout du pont Morand sous lequel passe le Lignon, la route qui monte à la Sautellerie, Saint Louis et qui finit par un sentier, est celle que j’empruntais gamin pour venir y porter le beurre battu à la baratte.

 

 Photos classées divers 005

 

 

                Il y a, dès s’y être engagé sur la gauche, un chemin de randonnée qui monte au col des Langoustines pour atteindre la ligne de crête. Une piste, via la station de ski de La Croix de Bauzon, conduit à …..Loubaresse.

       Une prochaine fois, peut être, je vous en parlerai. Je l’ai faite sac à dos et grosses chaussures, mais c’est une autre histoire...(*)

       Autour d’un rafraîchissement pris sur la place de Jaujac, nous refaisons la route que Marc fleurit de commentaires joyeux.

       -Même pas mal aux jambes, me dit-il en se levant de la chaise ! Voila des propos rassurants pour qui l’âge se voudrait être un obstacle à vivre ses passions. J’aime rouler avec toi Marc. J’y apprends mon futur et ce que tu m’en laisses entrevoir me rassure pour mon avenir de cyclo.

       Promesse est faite de revenir l’an prochain dans cette Ardèche aux mille visages. L’idée de partir de Saint Pierre le Colombier, Burzet, le Gerbier par Les Sagnes, Saint Martial et le retour par Lachamp Raphael, le Ray-Pic, Pereyres te sera soumise en temps voulu.

      Encore bon anniversaire Marc et merci pour cette journée, qui en plus du plaisir partagé, me permet de parler de cette Ardèche que j’aime avec passion.

 

       P.S. Marc, ce vendredi 12 Aout, je suis allé reconnaître notre future randonnée. Elle est trop belle!

 

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Le Mont-Gerbier-de-Jonc et la Loire naissante.

 

 * En mai 2015, jai publié ''Quand la mémoire raconte'', un livre comprenant 7 récits. Ma rando' y figure sous le titre de '' Marcher....dans les pas de mon Père.

 

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Published by Marcel Tauleigne - dans Randonnées Cyclo
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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 21:18

 

                                                         La fin du voyage.

                          

                                                                                                                                                                                                      numérisation0012-copie-2

 

                                             Insolite fut la soirée passée à la Tavernetta de Paolo. Elle ne peut pas, selon une chronologie classique, s’inscrire dans un registre habituel tellement sa naissance reste surprenante.

      Insolite, elle le fut par l’originalité de la rencontre et le comportement inattendu du personnage. Un homme qui spontanément propose à titre gracieux gîte et couvert à six personnes qu'il ne connaît pas n’est en effet pas chose ordinaire. C’est le moins que l’on puisse dire, d’autant que….

      Paolo, non seulement a mis à notre disposition un lieu où camper, nous a invité à dîner mais en plus nous a offert le petit déjeuner de ce 25 juillet. Il a tenu également à nous accompagner un bout de chemin à vélo afin de nous conduire dans la bonne direction pour notre dernière étape. L’auberge étant à l’écart de notre carte de route, il craignait que nous perdions du temps à nous retrouver sur l’itinéraire conduisant à Trieste.

      Le temps d’un dernier café pris dans l’un des établissements du village de Capri-di-Friuli fut mis à profit pour d’ultimes échanges. Un questionnement nous aurait peut être éclairé sur une telle attitude à notre égard. Aurait effacé en nous un sentiment proche de celui de l’interrogation. Aurait classé cette rencontre dont la naissance et le déroulement n’ont pas de cadre assez grand pour en définir les traits, en décrire les sentiments qu’elle évoque. Quel attribut, quelle marque pouvons nous donner à ce qui a priori n’a pas de raison d'être. Comment définir ce type d’altruisme qui amène un homme à être spontané dans un acte de générosité peu commun face à des inconnus ?

      Après avoir levé à plusieurs reprises la main en signe d’adieu, Paolo Bastiani quitta notre chemin. Nous nous connaissions de la veille seulement et nous vivions des émotions semblables à celles rencontrées lors de la perte d’un ami.

      Le début de l’étape fut animé par des échanges dont le sujet traitait de ce que nous venions de vivre. Chacun d’entre nous reprenait à tour de rôle des adjectifs, des expressions venant flatter l’attitude de Paolo. Vocable certes banal et incomplet pour donner un sens précis à une telle conduite. Termes utilisés par défaut, car l’invitation présentée fut tellement imprévisible qu’elle nous laisse encore aujourd’hui sans conclusion quant à une justification qui voudrait reposer sur une logique habituelle.

       A présent devant nous s’étire un long et large ruban de goudron. La route, rectiligne sur des kilomètres traverse une campagne ne présentant aucun intérêt. Rangés en file indienne et quoique positionnés le plus à droite possible, nous ne sommes pas épargnés des bousculades provoquées par les camions roulant à vive allure sur une voie qui n’est en rien favorable aux cyclistes.

       Les montagnes à présent nous tournent le dos comme pour nous punir de les avoir délaissées. Ce n’est plus la luminosité violente des neiges éternelles qui nous fait larmoyer, mais les gaz d’échappement d’une circulation infernale.

       La route est monotone. Le silence est dans le rang. Il faut rester concentrés pour éviter de toucher le camarade qui nous précède. Le moindre écart risque de nous jeter sous les roues des bolides, qui malgré notre prudence, arrivent à nous frôler. Certains chauffeurs y ajoutent le tintamarre de leurs klaxons qui en plus d’être désagréables, nous surprennent et nous rendent nerveux.

       Les odeurs acres des fumées d’usines viennent s’ajouter à la chaleur ambiante. Je roule sans plaisir. Bien qu’incontournable cette étape est de trop. Elle va faire tâche sur l’image géante que mes yeux ont capturés durant ces onze jours passés à côtoyer des sites de rêve.

       Malgré l’inconfort de leur revêtement, j’en suis à regretter les chemins du Giau et plus récemment la route défoncée de La Selle Marcilie où pourtant je n’y étais pas à la fête. Plus une fleur sur le bord de le route, le soleil les a toutes grillées. Plus de cascade d’où s’échappaient les milliers de perles d’eau qui venaient rafraîchir mon visage au plus beau de l’effort. Plus rien de tout ce que j’aime sur cette nationale qui nous mène vers Trieste.

      La Chaussée s’élève doucement, la carte nous indique la Sella di Amanio. Le sommet du col affiche sans complexe une altitude de 68 mètres. Ce sera le dernier col de notre périple.

       Encore loin de Trieste, certains panneaux de signalisation commencent à afficher des noms comportant des lettres bizarres. Je suis tout étonné d’apprendre que nous longeons, à cet endroit, la frontière Yougoslave. Les maisons que nous apercevons à quelques centaines de mètres ne sont pas sur le territoire Italien, mais bien dans le pays que le Maréchal Tito a réunifié en 1963, mais qui depuis sa disparition en 1980, déjà, commençe à se déchirer.

      Au loin, enfin la mer nous apparaît. L'adriatique, puis ce pays dont je situais mal les contours et dont je frôle ses lignes, génèrent en moi un sentiment de fierté. Des émotions diffusent m’envahissent soudain. Je ne sais pas de quoi je suis fier, mais je le suis.

       Un long faux-plat descendant, entrecoupé de quelques bosses nous rapprochent définitivement de notre point de chute. Le fil, attache symbolique semblable à celui d’Ariane que nous avions fait mine d’accrocher aux abords de la gare de Thonon venait de se tendre. Perception de l’esprit qui marque la fin de notre histoire. Chacun en a senti à sa façon le signal. Chacun, cela se saisissait sur les figures, vivait à sa manière le bout de son voyage.

       J’ai, de façon épidermique, cette capacité à me savoir heureux d’événements pouvant se situer hors contexte d’une situation et ne touchant forcément les personnes qui m’entourent. A cet instant précis je suis loin de mon périple, de mon Thonon-Trieste dont le rêve s’achève.

       Certes, j’étais heureux d’en avoir fini, d’avoir été à la hauteur de mon engagement. Ma lucidité cernait bien les instants qui amènent à apprécier un projet conduit à son terme. Je vivais pleinement le bonheur de notre réussite. Celui d’avoir vécu collectivement jour après jour une superbe expérience sportive et humaine me comblait, mais au-delà de ces perceptions, il y avait autre chose qui me touchait. J’étais aux portes de l’un de ces pays dont les lectures de mon Père vantaient les mérites d’une vie égalitaire.

       Sans doute, mais pour une raison toute personnelle, j’étais le seul du groupe sensible au regard que je portais en direction de ce monde nouveau. Un monde qui gardait à cette époque ses parts de mystère et dont j’étais curieux. Tout bêtement, tel un enfant que l’on mène voir quelque chaton ou des perruches batifolant dans une volière, moi, j’étais content de ma découverte.

      Je réalisais de surcroît que grâce à ma randonneuse, je venais de traverser deux pays : la Suisse et l’Italie et que j’étais aux frontières d’un autre regard.

      Le temps de quelques photos, celui d’une promenade sur les quais du port de Trieste à regarder la plage d’en face et en deviner les baigneurs de ce pays que l’on dit si différent du notre, le repli vers la gare ferroviaire venait de s’imposer à nous. Il fallait faire enregistrer nos vélos et acheter nos billets de transport pour le retour sur Avignon.

 

                                       Sur l'un des quais deTrieste: Pierrot et à moi le bonnet..... blanc...

                                                                                                                                                                                                            numérisation0004-copie-4 

 

 

      Il y eut peu de commentaires durant le voyage qui, par un autre itinéraire que celui emprunté à vélo, traversait l’Italie vers la France.

      Pour ma part, mille choses se court-circuitaient dans ma tête. Le plaisir de l’œuvre accomplie alternait avec cette rupture d’une animation que nous avons entretenue et faite vivre entre nous. Rupture également avec le spectacle offert par une nature exceptionnelle rencontrée tout au long de nos étapes.

      A propos de l’accueil qui à plusieurs reprises nous fut réservé, calé dans mon coin de banquette, les images défilent. Je revois les deux vieux de la maison du peuple près de Cavazzo s’avançaient vers notre table, une bouteille à la main en offrande aux petits Français que nous étions pour eux. Ils nous tenaient une conversation avec ce qui leur restait d’un vocabulaire appris chez nous alors qu’ils étaient maçons pour l’un et ouvrier agricole en Provence pour l’autre. Leurs souvenirs chargés de reconnaissance pour notre pays étaient flatteurs.

      C’était hier. Paolo Bastiani et son auberge. Cette invitation incroyable. Ce matin de juillet est jour de fermeture de son établissement. Alors quoi de plus naturel pour lui que de nous inviter à prendre le petit déjeuner à la table familiale entourés de ses deux enfants et de son épouse. A parler de choses ordinaires comme si nous nous connaissions depuis toujours. Encore et toujours pour ce qui devait lui paraître normal, nous le vîmes prendre son vélo et faire un brin de route avec nous sur la route vers Trieste. Ultime élan de sympathie, ultime communion avec cette homme dont nous ne savions rien, à part l’essentiel.

 

 

       Douze jours à se côtoyer, à se charrier, à s’épauler, à se provoquer me reviennent par le biais d’un diaporama qui défile devant mes yeux. Mes copains ronflent allégrement et moi je ne dors pas. Je refais le chemin. Ni mieux, ni moins bien car tel que j'ai accompli ce voyage, son souvenir me satisfait pleinement. Il est allé bien au-delà de mes prévisions et de mes espérances. Je le répète inlassablement pour le plaisir, pour que rien qui fut beau s’en échappe de ma mémoire. Je le refais de peur d’en oublier le récit que je veux en faire à mon Épouse et à mes Enfants dès rentré chez nous.

 

                                                                                                                                                                                                      numérisation0005-copie-6

 

                                    ___________________________________

 

                                                           EPILOGUE

 

                                 Partis de Thonon les Bains le 13 juillet 1985, le contrat qui prévoyait douze jours de vélo pour traverser la Suisse puis remonter le territoire Italien jusqu’à Trieste fut honoré par les six participants, à la fois dans les temps et dans l’esprit. Mille deux cents kilomètres, 40 cols à franchir dont 16 à plus de deux mille mètres d’altitude étaient au menu de ce raid. Je me dois de repréciser l’une des particularités de notre entreprise. A savoir que nous avons fait le circuit en cyclo-camping avec des montures approchant les 30 kilos en moyenne pour chacune d’entre elle.

       Tout au long du parcours le groupe resta fraternellement soudé. Chacun à sa manière et selon sa forme du jour a pu s’exprimer en montagne. Les consignes de sécurité ont été suivies à la lettre, celle donnée de s’attendre au sommet des cols fut toujours respectée. Avec un peu d'imagination, J'entends le son de la corne de brume que Bernard portait autour du cou et avec laquelle il nous annonçait fièrement le sommet du col qu'il venait de franchir après nous avoir largué. Au terme de rudes empoignades, c'est ainsi qu'il est devenu le maillot à pois de notre Thonon-Trieste.

       Randonnée Alpine s’il en est, Thonon-Trieste offre une grande diversités d’attraits touristiques ( je mettrais toutefois un bémol sur la traversée de Udine et sur la dernière étape )

      Le circuit établi par Georges Rossini comporte un florilège de cols parmi les plus prestigieux d’Europe. Le Simplon, Le Splugen, La Bernina, Le Selvio et ses 2757 mètres comptent parmi eux. Les Dolomites et ses montagnes dressées tels des géants immobiles resteront le souvenir suprême de mon Thonon-Trieste.

       Si la randonnée est superbe, elle reste des plus exigeantes que je connaisse. Pour des cyclistes roulant en autonomie, même les douze jours octroyés pour en boucler le circuit ne sont pas un luxe de générosité. Un ou deux jours d’intempéries rencontrées en haute montagne ou une panne de jambes risquaient de nous mettre hors délai.

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                                                                                                                                                          Le mot du concepteur du raid ''Thonon-Trieste'' cyclo.                 

                                                                                                 

 

    

 

                                                                                             

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                                                  1986 . Comme nous l’avions envisagé au terme de notre huitième étape, Pierrot et moi avons refait, en famille, un Thonon-Trieste en camping car. Le séjour fut magnifique. Mon fils de 10 ans alors, accompagné de Pierrot, est monté au refuge Auronzo et aux tri cimes avec un V.T.T pendant que je guidais le reste de la troupe sur un sentier de randonnées pédestres.

      Nous sommes allés rendre visite à Paolo Bastiani. Un carton de vin des côtes du Rhône et des tee-shirt décorés du blason du Palais des Papes d’Avignon pour les enfants se voulaient être une marque de reconnaissance adressée à cette personne d’exception.

      Arrivés à Trieste, nous avons fait une large incursion sur le territoire de ce qui reste aujourd’hui l’ancienne Yougoslavie. L’accueil de la population y fut fort agréable, mais je découvrais un monde qui n’avait rien de nouveau. L’agriculture, riche et abondante que nous venions de quitter se trouvait être misérable coté étranger. Dans les campagnes, les maisons faisaient triste mine et les habitants étaient vêtus pauvrement. Je ne reconnaissais rien de ce qui était écrit sur les revues que lisait mon Père alors que j’étais adolescent. Il n’était, hélas plus parmi nous pour me questionner sur les images que je ramenais de mon voyage, mais si tel avait été le cas, j’aurais menti pour ne pas le décevoir, pour ne pas le priver de croire en son idéal.

 

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       Le voyage est terminé. Il fut en tout point beau. L’écrire me l’a fait découvrir d’une façon différente qu’à vélo. Je me suis aidé de mes notes et de celles prises sur le carnet rouge d’Hubert. Ce voyage je l’ai également fait de mémoire et j’en ai retenu celle du cœur.

      Ces quelques lignes, enfin, pour dire que si nous devions repartir aujourd’hui, deux d’entre nous manqueraient à l’appel. Je ne pouvais pas, je ne voulais pas clore ce retour vers mes souvenirs, mes moments de bonheur, sans exprimer mes pensées affectueuses à l’adresse d’Anna, l’Epouse de Pierrot. Sans un salut à Georges qui, de camarade de rencontre qu'il fut au départ, était devenu un compagnon de route fort appréciable. Pour eux, vous l’aurez compris, le temps, depuis s’est arrêté.

 

 

      Merci pour votre fidélité et pour vos commentaires portés sur ce récit. Il me reste à vous souhaiter de bonnes vacances. Amis (es) cyclos, à vous, de belles randonnées.

       A bientôt pour d'autres....... souvenirs à vous faire partager.

 

                                                                         Bien amicalement.

 

                                                                                 Marcel

    

    

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Published by Marcel Tauleigne - dans Randonnées Cyclo
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