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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 10:03

 

                 

 

                       Vers la Croix d’Aussois

 

                             La Croix d'Aussois

                       

                            La Croix d’Aussois, puis la pointe de l’Observatoire qui vous élèvera à 3017 mètres sur ma carte, altitude notée à 3015 mètres par ailleurs,  va être la troisième randonnée que je vous propose de découvrir.

Je vous passe la préparation du sac à dos de Rémi devenu depuis quelques jours un petit montagnard averti et qui, à chaque sortie, n’arrête pas de rajouter vêtements et nourriture comme si nous partions pour une expédition à durée indéterminée.

Le départ effectif de la randonnée se fait à partir du pied du barrage de Plan d’Amont situé au dessus du village d’Aussois. Deux retenues se succèdent formant deux lacs dont le plus haut se déverse dans le second. L'ensemble compose une réserve d’eau importante contribuant à alimenter la centrale hydraulique de Modane.

Pour démarrer, une piste borde sur son flanc gauche la berge du bassin supérieur.  

 Tout au long de ce début de parcours, de petites cascades traversent le chemin pour venir se jeter dans ses immenses réservoirs.

 

                                Plan d'Amont (1)

 

Les Rhododendrons, les violettes, les primevères et nombre de fleurs que je ne connais pas ornent les abords de ce début d’itinéraire. Une demi-heure de marche nous conduit à la croisée du sentier qui, sur notre gauche, monte au col de la Masse. Nous quittons là ce qui était un chemin carrossable pour prendre le pont de bois de la Sétéria au bout duquel un panneau indique à la fois : refuge de la Dent Parrachée et celui du Fond d’Aussois.

Ce changement de direction nous ouvre au sentiment d’être au coeur du sujet pour lequel nous marchons. Celui où l’ambiance est celle des grands espaces, celle du monde minéral que j’affectionne particulièrement. Le franchissement d’une première moraine nous fait déboucher sur une tourbière, plaine humide qui fut autrefois sans doute le lit d’un lac. L’emplacement d’un abri pour les premiers conquérants des cimes environnantes a laissé, à proximité du chemin, les traces encore visibles de l’endroit où il fut aménagé. Une chapelle se trouve également au milieu de ce monde, dont on peut imaginer l’existence humaine qui peut être en occupait les lieux une partie de l’année, à défaut d’y avoir été sédentarisée.

 

 

                            Vestige vers le refuge de Fond d'Aussois

 

                   L'emplacement de ce qui fut sans doute  un premier abri.....

 

Caché par une haute végétation herbeuse, le refuge du Fond d’Aussois, discret, ne se dévoile qu'au dernier moment. Une statue en bois de mélèze inspirée du Mannequin-Pisse abreuve une marre dans laquelle vivent des truites et des ombles des fontaines. L’eau qui descend du torrent  actionne une roue à aubes produisant l’électricité destinée à la charge des batteries qui offrent l’éclairage de la salle à manger ainsi que celle du dortoir de l'édifice, dont l'existence remonte à des lustres.                                                                             

J’évoque là l’ancien chalet aujourd’hui promis en musée. Quant au nouveau, il se présente comme un abcès au milieu d’un environnement que mon esprit chagrin refuse à mes yeux. Pour ce cas de figure au moins et ne voulant pas généraliser sur le sujet, les nouvelles normes auxquelles a été soumis ce nouveau bâtiment ne paraissent pas avoir été pensées par des modèles de l’esthétisme local. D’autre part, élevées côte à côte, les deux constructions se trouvent confrontées malgré elles à une cruelle dualité conduisant au rejet de l’une des deux. Pour ma part, vous l’aurez compris, celle de mon cœur reste l’ancienne batisse. 

 

 

                           Le refuge du Fond 'Aussois

 

L’ascension vers La Croix démarre dès sorti des vestiges du bon refuge d’antan sacrifié à l’autel d’une modernité inconvenante au sein d’un cadre qui se veut authentique. Je veux garder l’image et le souvenir de celui qui accueillait dans la simplicité les personnes de passage pour un moment de repos. Halte d’une heure ou plus, jusqu’au lever du jour, le temps de permettre aux randonneurs de récupérer des efforts de la veille et pouvoir continuer leur progression vers les sommets ou les glaciers qui restent l’objectif du monticole.

 

                              Les refuges d'Ausois

 

                                        Le nouveau et l'ancien chalet.

 

Je regrette, vous l’aurez compris, ces asiles comme j’en ai connu dans le Mercantour, les pyrénéens ou en Vanoise dans les années 70 ou, sans luxe, avec l’accent local, la gardienne ou le gardien vous régalait d’une soupe d’orties et d’un ragoût de mouton. Le dortoir auquel l’on accédait par une échelle en bois, à défaut d’être confortable, regroupait des personnes habitées par un même état d’esprit.

Pour clore sur le sujet et à la manière d’un coup de gueule, je regrette enfin que l’on appelle refuge de haute montagne de véritables hôtels étoilés flanqués au bout d’une piste que l’on a bitumée pour la cause. Je précise, et malgré le jugement que je lui porte, que ce n’est pas le cas du nouveau refuge du fond d’Aussois où pour y accéder il faut tout de même consentir une bonne heure de marche.

Je vise là ceux dont l’accès permet d’y voir arriver dans leur 4x4, endimanchés comme pour la parade, des touristes en chaussures de ville voulant se convaincre, pour être montés à 2000 ou 2500 mètres d’altitude, qu'ils en sont pour autant devenus des montagnards. Je n’ai pas aimé, pour l’une de ces rencontres, leurs attentions compatissantes et leur regard apitoyé comme si nous étions des indigents alors que c’était leurs accoutrements, leurs attitudes et leurs comportements qui faisaient d’eux les décalés de la situation.

Il me plaît à sourire à l’idée d’imaginer leur tête si nous nous pointions en tenue de randonneur avec nos brodequins crottés à l’un de leur cocktail. Nous y serions ridicules comme ils le sont dans ce monde qu'ils appréhendent sans respect pour se vouloir dégagés de toute convention.

 

                            En direction de la Croix d'Aussois

 

Je reprends avec vous la randonnée en direction de notre objectif en remontant encore pour quelque temps cette zone humide où tout un réseau de petits rus vient alimenter en eau un matelas végétal. Sur ce type de sol à la portée instable, il faut y savoir choisir le bon chemin au risque de s’y tremper les pieds. Une passerelle que les responsables du parc doivent réaménager en début de saison à cause des intempéries hivernales, nous permet de traverser une rivière que la fonte des neige abreuve abondamment. Le sentier prend rapidement de la hauteur pour escalader l’un des verrous qui attestent d’un passé où les glaciers descendaient à des altitudes bien plus basses que celles où ils s’accrochent aujourd’hui. La puissance et la poussée de l’érosion ont dispersé dans la montagne des champs de rochers de toutes les grosseurs. Il s’agit là d’un milieu particulier, un monde où le silence n’est interrompu que par le cri des choucas.

 

 

                          Choucas

 

Sans être une véritablement surprise, François notre guide l’ayant laissé entendre, un groupe de bouquetins mâles se prélassent au soleil. Pour la plupart couchés, ils sont là en nombre à quelques dizaines de mètres du sentier pour leur sieste quotidienne. Rémi, intrépide et curieux comme à son habitude manifeste spontanément le souhait de vouloir s’avancer de l’un des spécimens positionnés sur un gros bloc. Conseillé par François qui connaît bien la nature de ces animaux, confiant, il s’approche à pas de Sioux de cette bête dont la réputation de pacifique ne s’est pas fort heureusement ce jour là démentie.

 

                                    Un travail d'approche à pas de Sioux....

 

                         Bouquetin mâle en allant vers la Croix d'Aussois1

 

              Je le suivais de près à la fois par précaution et pour la photo souvenir. J’ai vu l’animal regarder mon fils, puis, sans doute pour lui manifester son agacement, il s’est mis à produire par ses naseaux des sons se voulant menaçants. Il me reste en mémoire la vision surréaliste du regard de ces deux êtres qui se découvraient l’un à l’autre dans une méfiance retenue, chacun dans la maîtrise intuitive de ce qu'il pouvait consentir comme marge de sécurité.

Expérience unique que j’ai pu immortaliser grâce un modeste appareil photo, sans zoom je le précise. 

Pour pouvoir ainsi les approcher d’aussi près, c’est dire combien les bouquetins restent vulnérables face aux braconniers   

Nous progressons dans un monde minéral, chaotique comme je les aime. L’ambiance qui y règne décuple en moi une foule de sentiments et d’émotions dont les raisons m’échappent. Contrairement à d’autres qui s’y sentent oppressés, je suis à l’aise dans ce type de milieu. Il me rappelle au souvenir de Christian, celui qui pour moi et pour le temps auquel je fais référence, était une personne âgée dont le dynamisme m’impressionnait. Il ne tarissait pas d’éloges les bienfaits que lui apportaient des terrains tels que ceux là. Il me parlait des générosités bioénergétiques qui sont stockées, emmagasinées dans ces masses minérales et dont, selon lui, il était possible d’en récupérer les vertus au contact de certains blocs granitiques en particulier. J’ai pu l’observer dans ses quêtes alors que nous nous étions laissés distancer du groupe par besoin de nous retrouver ensemble et pour celui de m’expliquer l’approche de sa philosophie.

 

                              Cristian dans le Grand Vallon

 

                      Christian, L'homme qui communiait avec les rochers.

 

C’était au petit matin alors que nous rentrions sur Lanslebourg par la pointe de Lanséria et après une nuitée passée en groupe au refuge de Plume-Fine qu'il me dévoila son adhésion à cette pratique à laquelle il accordait de vrais pouvoir.

 

                              1986 Le refuge de Plume-Fine

 

                Le refuge de Plume-Fine en 1986. Un refuge comme je les aime.

 

Je l’ai vu s’approcher d’un rocher qu'il avait choisi parmi une multitude d’autres qui s’entre-chevauchaient, et coller son corps, bras écartés contre la paroi de l’immense caillou en vue d’en présenter le maximum de surface au contact de la matière rocheuse.

-Depuis des millénaires, me disait-il, ces rochers sont là à recevoir les lumières et les influences du soleil. Ils sont des batteries qui rayonnent de vitalité pour qui sait en capter les substances nourricières dont ils sont habités.

Christian était adepte d’une raison dont le concept me dépassait. Si je n’ai pas encore à ce jour trouvé de raison objective à l’explication du bien être que j’éprouve dans un désert de pierres, cette ignorance a le mérite de me rappeler à la mémoire de cet homme avec lequel j’ai partagé, le temps de quelques randonnées, un parcours initiatique peu commun. Ce passé me ramène à des moments d’échange, de découverte qui ont excité ma curiosité.

 

 

                             Regard sur un monde minèral que j'affectionne

 

                             Si je n'ai pas encore trouvé de raison objective.....

 

Une conséquente épaisseur de neige couvrant l’itinéraire classique fait à présent barrage à notre progression. La solution apparaît alors comme une évidence. Nous devrons contourner la difficulté par la crête que les vents ont balayé de tout obstacle. Cependant, et malgré notre subterfuge, une combe abritée des turbulences nous obligera à marcher dans de la neige molle jusqu’au promontoire sur lequel est plantée la Croix de bois marquant le premier sommet

 

                              102 0269[1]

 

Ce passage signera également le point culminant de la randonnée pour une partie du groupe qui, pour diverses raisons, décide de ne pas monter à la Pointe de l'Observatoire. 

                                   A l'approche de la Croix d'Aussois 

 

 

Elle se dessine au bout de la moraine qui prend naissance dans le nid d’un petit vallon. Si pour en débuter l’ascension la voie est large, rapidement le sentier disparaît sous le manteau d’un gigantesque éboulis. Chacun doit de faufiler entre un enchevêtrement de gros blocs aux arêtes saillantes qui rendent la progression difficile. La neige qui arrive à la hauteur des rochers ne laisse que peu de place à l’espace où poser les pieds. D’autant que sur la droite une falaise abrupte au vide impressionnant n’engage pas à la côtoyer de trop près. Les bâtons de marche deviennent gênants au point de devoir les ranger dans les sacs à dos, les mains devenant indispensables sur un terrain proche de celui de l’escalade.

 

 

                                           La cime de l'observatoire.3015m

 

                                           À la cîme de l'observatoire 3015 mètres

 

 Une dernière rampe nous hisse enfin à une altitude, qui pour la majorité des membres du groupe marque leur premier 3000.

Une prudente descente nous ramène auprès des collègues qui ont eu l’élégance de nous attendre pour le pique-nique. Les nouveaux promus au rang de baroudeurs ont bien fait les choses, l’entrée du repas est honoré du champagne monté a dos d’homme pour la circonstance.

Le guide, les vieux, les anciens, les habitués de la chose auront sans doute pour conclure une réserve de génépi pour saluer à leur manière l’intronisation des mordus de l’altimètre. Après une dernière gargoulette de leur nectar, ils sonneront le temps de rejoindre le parking de Plan d’Amont pour un retour que chacun, tout au long du parcours, va commenter à sa manière.

 

 

                                                      _________________________

                                                                  

 

                                                                                                                                                   

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 14:50

                              Le sentier de la Reculaz

 

                          

                                        Photos de ma centième 017

 

                                              La cascade de la Reculaz

 

                            Toujours au départ du parking du hameau de l’Ecot, la superbe randonnée qui nous a conduit au pied du glacier des Evettes en montant le long du ruisseau de la Picherse peut également de faire par la cascade de la Reculaz. Je rappelle qu’hier nous n’avons pas pu nous engager sur cet itinéraire à cause de la difficulté d’un passage encore trop enneigé pour une marche sans équipement adapté. 

 

                               numérisation0016-copie-3

 

                                               Le hameau de l'Echo 

 

Dans ce sens, le tout début du trajet est propre à celui qui conduit aux chalets d’alpages de la Duis. Il s’agit d’une piste assez large s’arrêtant aux constructions qui l’été accueillent les paysans pour la période de l’estive, dont celle de la fenaison. Dans cette partie de montagne herbeuse l’espace pastoral reste entretenu par des vaches laitières de race Tarine et Abondance dont le lait sert à la fabrication du fromage d’appellation Beaufort.

Du groupe de ces quelques bâtisses, un sentier mène aux sources de l’Arc, puis au col Girard. A partir de ce sommet le regard plonge sur la plaine du Pô.

 

             

                           Photos de ma centième 014

 

                                           Les chalets de la Duis.

  

Pour ce qui est de notre destination vers la Reculaz, après avoir longé le petit barrage il faut remonter sur la rive droite du ruisseau qui arrive de la cascade. Trente minutes à marcher sur sa berge avant de rencontrer le layon qui prend de l’altitude en serpentant en direction de la montagne qui affiche déjà ses difficultés. Comme partout dans cette région, et jusqu’à 2500 mètres au moins, une végétation multicolore nous accompagne en alternance avec des passages en éboulis qui sont dangereux pour les chevilles.  

Je peux vous parler de ce tracé pour l’avoir parcouru en famille et en groupe à plusieurs reprises les années où nous étions à Lanslebourg au mois d’août. Cette période de l’année est plus propice pour en franchir la partie escarpée qui se trouve partiellement débarrassée du reliquat des neiges de printemps. Il faut dire qu'au niveau du rocher qui surplombe le torrent venant de la fonte du Glacier des Evettes, le parcours devient malaisé. Des pas s’apparentant à la technique de l’escalade en font un endroit exigeant dans la maîtrise de soi.

 

                                   numérisation0005

 

                                               En quête de sensations !

 

Cette année là, un moment d’arrêt avait été nécessaire pour faire le point et s’organiser avant d’entreprendre ce qui était une première pour certains membres du groupe. A première vue, la masse de rochers qui fait front paraît difficilement franchissable, d’autant qu'ils cachent le départ du sentier qui s’y faufile. L’engagement n’est pas évident à négocier, le début demandant des équilibres difficiles à trouver. Plus loin, une main courante faite de câbles en piteux état n’engageait pas à y poser les mains que nous aurions du prévoir gantées. Elle est toutefois appréciée pour la sécurité qu’elle offre

 

                                          Moment de concertation avant...... 

 

                                 numérisation0008

 

                   Ce qui pose problème aux néophytes en escalade reste le positionnement des pieds sur lesquels doivent s’exercer la poussée. La tendance est de croire que l’on peut se hisser au pas supérieur avec la seule puissance des bras, alors que c’est l’appui des membres inférieurs qui apporte l’essentiel de la dynamique. Force est de constater qu'il est difficile dans cette situation de faire confiance aux semelles de ses chaussures sur un terrain pentu et glissant de surcroît. La peur de déraper, de dégringoler panique certains membres de l’équipe.

 

                      A première vue la masse de rochers  qui fait front..... 

 

                            Au pied du passage difficile de la Reculaz

 

Les plus vaillants, les plus habiles ont dû rassurer, aider physiquement celles et ceux qui se sont trouvés en difficulté.

Chacun, plus tard, appréciera l’originalité du moment en fonction des sueurs froides qu'ils garderont comme souvenirs de ce goulet peineux. En règle générale, seuls les enfants appréhendent sans crainte ce modèle de terrain qui devient avantageux pour leur souplesse naturelle et celui d’un rapport poids-puissance qui leur est favorable……à eux.

Ce type d’exercice flatte leur côté narcissique. J’ai, dans plusieurs situations semblables, trouvé particulièrement touchante l’attention de Rémi donnant des conseils à sa Maman qu'elle s’employait à suivre, alors que les miens n’étaient pas entendus de la même oreille……                                                     

Une fois sortie de cette épreuve, toute relative en soi, et quoique l’ambiance reste celle de la haute montagne, le sentier reprend l’allure d’un chemin tout à fait fréquentable jusqu’au pont de pierres. Dans cette option, le passage au refuge des Evettes se fait dans le sens du retour pour redescendre par le ruisseau de la Picherse. 

 

    

 

 

 

                                          Le petit pont de pierres de la Reculaz

                                                                          Le pont de la Reculaz  

 

Pour revenir vers l’Ecot, l’itinéraire par la cascade est à déconseiller à cause de ce passage pentu qui présente des risques aggravés en descente.

 

                                           __________________________________________

 

 

                                  Le lac d’Ambin

                                                                                       

              Si les deux circuits qui conduisent aux Evettes ont chacun un intérêt propre. Si dans les deux options le spectacle qui nous est offert par les glaciers marque les esprits, je coterai Ambin d’un palier supplémentaire pour d’autres éléments, pour des raisons personnelles aussi.

L’itinéraire que j’ai choisi de vous commenter est celui qui emprunte le sentier montant directement au refuge. D’autres partances sont possibles. Certaines permettent d’arriver au lac en première visite.

 

 Vanoise - tarn - divers 094

 

  Au bord du chemin, un parterre de Myosotis

 

Au départ de Lanslebourg, s’avancer de l’endroit où démarrera effectivement la randonnée nécessite un transport en voiture. Une heure de route et de piste sera nécessaire pour arriver au parking dit de l’E.D.F, point matériel du début de notre sortie pour la journée. A l’occasion de notre passage à Bramans et avant d’en arriver où chausser les brodequins de marche, je ne peux pas résister au désir de vous parler d’une histoire qui continue à faire écrire historiens et fantaisistes depuis plus de deux siècles. A ce jour, près de mille ouvrages sont parus sur le sujet.

La vallée dans laquelle nous nous engageons aurait été le théâtre de la plus grande épopée de toute l’histoire Antique. Il s’agit du périple d’Hannibal qui, venant d’Espagne, remontant l’Arc jusqu’à Bramans aurait franchit les Alpes par le col du Clapier, puis celui du petit Montcenis en vue d’aller faire la guerre aux Romains. Il s’agit là d’une hypothèse parmi d’autres et soutenue par plusieurs spécialistes traitant de l’histoire de cette époque.

 

                      Sommaire retour sur l’histoire

                                                                           Photos de ma centième

 

 

Des conflits d’intérêts (déjà), opposaient le roi de Carthage avec la république romaine au sujet de la Sicile et dont Hannibal se voulait souverain. Ce conflit au nom de guerres puniques durera plus d’un siècle.

 

218 avant notre ère, Hannibal, ses 38000 hommes, Africains et Ibères pour la plupart, accompagnés de quelques 8000 chevaux et 37éléphants se seraient retrouvés dans cette vallée avec pour objectif de franchir les Alpes.

 Polybe, militaire et rédacteur de 40 ouvrages sur l’histoire générale de son temps, parle lui de 60000 fantassins et de 11000 cavaliers !!!!.

Hannibal était parti du royaume de Carthage qui se situait alors en Afrique du Nord sur un territoire qui, approximativement regroupe la Tunisie actuelle. Traversant le pays Ibère, il arrive jusqu’aux portes d’Arles où il franchit le Rhône. Son franchissement est par ailleurs noté à Caderousse!

 

 Photos de ma centième 006

 

Franchissement du Rhône... 

 

C’est à partir de là que sa trace se divise pour arriver à de multiples spéculations. Il est intéressant de souligner qu’a l’époque les Romains avaient déjà ouverts plusieurs passages permettant d’entrer en Gaule par les Alpes. Parmi eux il y avait le Montgenèvre, le Petit Saint Bernard, le col de l’Arche, le grand et le petit Montcenis et le col du Clapier.

 

Photos de ma centième 007

 

S’il parait aujourd’hui certain qu’Hannibal ait franchir les Alpes, en revanche le col par lequel ou lesquels il serait passé ne sont pas confirmés. Aucune trace archéologique n’ayant été retrouvée sur les parcours possibles pour l’époque. Ce qui est également fortement mis en doute, c’est la présence dans son convoi des éléphants empruntant les sentiers empierrés des cols dont il est question dans certains écrits. Et pourtant……

  

......En effet, John Hoyte, étudiant à Oxford, passionné par cette épopée a réussi a faire monter une femelle éléphant au col du Clapier, puis à celui du Montcenis.

         En 1959,‘’hanniphile’’ féru de l’histoire hors du commun de ce guerrier, ce jeune homme de 26.ans dirige un groupe de reconnaissance dans les Alpes et trouve plusieurs itinéraires possibles, dont celui du col du Clapier, le plus probable selon lui. Pour confirmer l’hypothèse selon laquelle un éléphant peut marcher dans des conditions difficiles, il en loue un du nom de Jumbo et le fait monter aux cols supposés avoir été pratiqués par le convoi d’Hannibal. Il voyage ainsi avec son éléphant indien sur les traces de son héros et dans les délais que ce dernier, en son temps, avait pris soin de noter. Pour ce qui concerne l'origine des éléphants du convoi de son prédécesseur, ils étaient africains.

 

 Photos de ma centième 025

 

 Photo de Jumbo sur le circuit du col du Clapier en 1959

 

                            Après un retour de quelques 2200 ans sur un passé où se croisent légendes et faits historiques, je reviens à notre journée rando et plus précisément à cette petite route qui, sur notre circuit pour aller rejoindre le parking, conduit au hameau du Planey. Un peu avant d’arriver au niveau de sa chapelle et comme pour étayer l’hypothèse de John Hoyte, sur le versant opposé du ruisseau d’Ambin, un énorme éboulis a laissé sur le lieu supposé du passage des troupes d’Hannibal les traces d’un grand glissement de terrain pouvant être imputé à cet événement. Le phénomène n’étant pas daté avec précision apporte de l’eau au moulin des convaincus de l’histoire de la caravane du guerrier resté célèbre dans la région et qui, dans les années 200 avant notre ère, aurait remonté, au départ de Bramans, la vallée parallèle à celle d’Ambin.

 

         Les Chaussures de marche sont à présent lacées et si l’histoire d’Hannibal a soulevé quelques commentaires durant notre voyage en voiture, il n’est plus question d’éléphants, mais seulement de nos propres moyens pour conclure sur le terrain ce qui a été préparé à partir de nos cartes.

 

VANOISE 2007 - DIAPO ANNIE 018

 

         Un panneau annonce les temps de référence. Une heure pour arriver au refuge d’Ambin, et deux heures et demie pour atteindre le lac. Contrairement aux indications que l’on trouvent généralement dans les Pyrénées, ici en Vanoise, les délais sont calculés à partir d’une cadence qui laisse place à des arrêts photos.

       A ce sujet, j’ai en 2009, signalé auprès d’un employé du syndicat d’initiative de Saint Larry Soulan des délais de circuits calculés sur des bases ignorant le pas du marcheur. Dans le cadre d’un échange théâtral avec mon interlocuteur et après avoir dit que j’étais un adepte de la randonnée en Vanoise, fier comme un coq, il me fut rétorqué par ce fonctionnaire, qu’ici nous n’étions pas sur de la montagne à vaches et que les Pyrénées se méritaient !!!

        Je voulais faire remarquer que les indications données sont importantes et peuvent, en cas de sous-estimations du délai, mettre en difficulté un groupe. J’en ai fait cette année là l’expérience, où pris par le mauvais temps, nous crûmes plus sage de prendre un raccourci balisé, je le précise, et dont le temps estimé pour atteindre le but indiqué fut supérieur d’un tiers à celui noté.

 

          Ce matin, les conditions climatiques ne sont pas des meilleures. Un crachin nous fait sortir les capes du sac. Accompagné sur notre droite par le torrent d’Ambin, le sentier monte entrecoupé par des escaliers naturels qui exigent notre attention à cause des rochers glissants. Peu après notre départ, un petit barrage dirige l’essentiel du débit du cours d’eau qui s’engouffre bruyamment dans un tunnel en direction de la centrale hydraulique de Modane.

 

VANOISE 2007 - DIAPO ANNIE 033

 

           C'est Régis le comique du groupe....     

 

         La file des randonneurs s’étire, le temps d’échauffement de la musculature de chacun se faisant à des rythmes différents. Nous sommes à présent en amont de la retenue d’eau. Par endroit le sentier borde le lit de la rivière dont les cascades emportées nous aspergent de leurs embruns. Le bruit émis par la turbulence du courant nous impose un concert de grondements bizarres. 

 

 numérisation0002-copie-3                                   Dans les rhododendrons

 

Vanoise - tarn - divers 096 

 

          Malgré le temps maussade, la beauté du spectacle ne nous échappe pas. Comme dans la randonnée d’hier, les fleurs sont au rendez vous pour nous faire oublier ce départ quelque peu contrarié par la pluie. 

        Parfaitement intégré au milieu ambiant, discret, de loin, mais seulement pour des yeux avertis, le refuge d’Ambin s’aperçoit. Une cuvette qui fut dans un passé lointain l’un des lacs de la vallée, annonce le premier verrou glacière que nous aurons à franchir. 

         Immense amas de concrétions minérales poussées par le glacier durant des siècles et sur lesquelles vit une végétation spécifique à ce type de sol. Très pentu et dans ce qui fut sans doute des chutes d’eau d’une centaine de mètres de hauteur, un tout petit sentier monte en louvoyant pour en atténuer la raideur. Dès la sortie de cet obstacle naturel, le refuge est là pour accueillir les batteurs de semelles essoufflés, les invités au plaisir de la rencontre d’un environnement resté exceptionnel.

 

          A la toute proximité du refuge, un monument en forme de cairn vient rendre hommage à Geneviève, gardienne en son temps de ce lieu, et qui perdit la vie ainsi que six enfants le 4 décembre 1995 dans le Drac alors qu’elle accompagnait une classe dans le cadre d’un séjour pédagogique. Mon sujet n’étant pas, ici, de faire un commentaire sur cette tragédie, je vous renvois, si vous le souhaitez, à cette astérisque que vous retrouverez en fin de récit*.

 

Photos de ma centième 019

 

           Après une boisson chaude prise dans un cadre réconfortant, une partie du groupe choisit de stopper là sa progression. La décision ne pose pas de problème, le retour du lac vers le parking reprenant celui de l’aller.

 

 

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           La météo du matin ayant annoncé la levée d’un temps meilleur aux alentours de midi et connaissant parfaitement les lieux, c’est sans crainte que j’engage le reste du groupe à poursuivre le chemin. Ce lac est à mes yeux l’une des plus belles sorties à faire dans le coin, alors pas question de renoncer dans la mesure où les prévisions devenaient favorables.

          Le sentier se déroule sur un terrain d’herbes rases. Une cabane de berger et les signes visibles d’un pacage attestent du repli saisonnier d’un troupeau de brebis. Nous laissons à main droite la passerelle en bois permettant de rallier le col de l’Agnel ( à ne pas confondre avec le col Agnel qui lui se trouve au fond de la vallée du Queyras. 

 

                 A la conquête des cimes  en 1986......

 

         Au loin, tel un guetteur, un grand blog rocheux est planté sur le bord du sentier. Immobile depuis des siècles sans doute, il indique le cap à tenir pour ne pas manquer le passage que nous devrons emprunter. Il donne l'occasion à Rémi de montrer ses talents d'escaladeur. Il marque également l’entrée d’un nouveau verrou glacière qui se présente à nous d’une manière peu engageante. De l’eau en dégouline de toute part. Il s’agit, pour ce début d’été, d’un signe annonçant un important névé que nous aurons à passer dès la barrière franchie. Sans surprise, une langue de glace et de poudreuse comble l’étroite vallée qui descend du lac. Les marques du chemin sont visibles sur les rochers d’en face, de l’autre coté du lit du torrent que la neige recouvre en presque totalité. Là commence la délicate recherche qui consiste à trouver un solide pont de neige pour y faire passer le groupe en vue de rejoindre l’autre rive et l’itinéraire qui sera le notre. Par espace, des trous laissent entrevoir l’eau qui coule rageusement sous les restes du manteau hivernal. Butant violemment sur les blocs de pierres, elle en a rongé l’épaisseur de glace dans des formes circulaires laissant penser à des moulins à rotation horizontale. Personnellement ce type de manifestation m’impressionne d’autant que le bruit qu’émettent ces siphons semblent être là pour avaler toute chose qui s'y laisse choir. 

 

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           A présent nous avançons au pied d’une falaise où restent marquées la trace des pas de marcheurs nous ayant précédés. Au sein du groupe et tout en étant aguerris à l’effort, des voix se font entendre pour savoir où est ce lac que l’on n’aperçoit toujours pas.

         Au-delà de la fatigue, l’ambiance que donne un ciel bas, un environnement qui peut sembler hostile aux non pratiquants de la montagne enneigée, ont fait naître chez certains un sentiment proche de celui de l’angoisse. Josyane et moi pouvons les rassurer, nous savons qu’à partir de la ligne de crête que nous apercevons au loin, le lac va apparaître aux yeux des inquiets.

 

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 Il restera encore, avant d’arriver sur sa berge, à descendre au milieu d’un champ de Linaigrettes dont la fleur laisse croire, en miniature, à celle à du coton.

          Le lac, à ne pas en douter, sera là  comme  chaque année en cette saison. Mes camarades de randonnées le découvriront logé au sein de son écrin de rochers et de la glace en recouvrira une partie de sa surface.

           Si le plaisir d’en toucher le but s’est fait attendre, le spectacle reste à la hauteur de l’effort. Il se lit sur les visages et s’entend au timbre des exclamations. 

 

Lac d'Ambin glacé: fin juin 1986

 1986. Le lac d'Ambin                                                                                           

          Le doute qui a pu effleuré quelques esprits laisse à présent place à la fierté d’avoir surmonté l’angoisse que génère l’incertitude. Celle de craindre de ne pas être capable d’aller au bout, celle d’un environnement qui vous écrase de sa hauteur, celle qui peut vous amener à douter du chemin de retour. 

 

VANOISE 2007 - DIAPO ANNIE 035

 

                  Les doyens du groupe : Quand le bonheur est au bout de l'effort.

 

 

         Voilà raconté pour vous la randonnée du lac d’Ambin. J’ai voulu transcrire, au-delà de la narration, l’ébauche des manifestations  qui peuvent naturellement apparaître au fil des heures de marche chez les personnes en terrain de découverte. Le doute, la fatigue, sont des éléments que l’accompagnateur doit prendre en compte. Il doit être attentif à tous leurs signes afin de les traiter dans la compréhension et la nature de ce mal-être que chaque randonneur a connu un jour. 

                

          Une de plus tirée du rangement aux souvenirs. Souvenirs qu'il me plaît de revisiter pour le plaisir de les revivre. Pour celui également de vous les faire partager.

 

* A rechercher dans Google. Tragédie du Drac. Commentaire de Geneviève Jonot sous le titre ‘’effets pervers’’. Article référencé R.V 61- Accident Drac

 

    Je vous invite à m'écrire votre commentaire en espérant vous avoir donné l'envie de randonner.

 

 

 

 

 

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 13:58

 

 

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 Course au départ de Lanslebourg

 

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         Pour paraphraser Véronique Jeannot dans sa publicité pour une margarine anti cholestérol dont elle dit à ce sujet lui être fidèle depuis 25 ans, moi c’est au fromage de Beaufort et à la Vanoise qu’en la circonstance va ma loyauté et depuis plus longtemps encore !  

 

 

                                 Devant le centre international de séjours

 

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C’est en 1985, à l’occasion d’une classe de neige organisée par l’un des C.E.2 d’une école de Morières dans laquelle mon fils était élève que j’ai découvert le Parc du même nom. Je participais en qualité d’accompagnateur à l’encadrement d’un groupe d’enfants. Nous logions au centre international de séjour de Lanslebourg dont le directeur, monsieur Bernard Jorcin, était également le maire du village.

 Grand personnage qu’il m’a été permis de côtoyer à la fois dans le cadre de ses fonctions, mais également dans sa connaissance de la marche sur glacier sur lesquels il m’a plusieurs fois guidé. Grand humaniste par sa générosité à accueillir des jeunes en panne d’avenir, des jeunes en difficulté d’insertion. Intégrés au sein des équipes de cette grande maison, encadrés par un personnel solide et porteur du projet de leur patron, qui à la cuisine, et pour d’autres à l’entretien, la plupart d’entre eux retrouveront dans ce cadre l’estime d’eux-mêmes et la reconnaissance de ceux qui leur ont fait confiance. Depuis ce temps, certains sont devenus des employés titulaires de l’établissement alors que d’autres travaillent sur la station de ski de Val-Cenis-Lanslevillard exerçant à des postes divers. Au fil des années, je revois ces jeunes dont certains ont fondé ici leur foyer et que j’ai vu arriver un peu comme des pèlerins en quête d’un lieu où faire le point à propos de leurs interrogations. Je dirais plutôt de leur errance pour ce qui les concernaient. Ils venaient de loin pour la plupart, alors que d'autres semblaient arriver de nulle part, tellement ils étaient perdus dans leur vie.

 

L’année suivante, après la classe de neige et pour mon grand plaisir, je fus sollicité pour celle dite de découverte. Le projet des enseignants se déroulant au printemps, c’est dans une nouvelle aventure et dans une configuration de terrain en prise avec la faune et la flore de la région que la Vanoise se présente alors à moi par ses chemins de randonnées. Autres situations, autres rencontres. C’est à ce titre que vingt cinq années durant j’ai accompagné des écoliers sur les pistes de ski, les randonnées en montagne et à l’occasion d’un voyage hors de nos frontières.

 

 

                             Du c.i.s.de Lanslebourg La Dent Parachée

 

  Vu du C.I.S : Le glacier de la Dent Parrachée au lever du jour. 

 

Pour ce qui est de la montagne, je l’ai découverte en 1959. Je parle là de la grande, de celle des neiges qui se veulent éternelles que j’ai foulée lors d’une année passée comme infirmier militaire dans un établissement hospitalier situé en bas de la Grande Gargouille à Briançon.

Avant cela, mon expérience de ce milieu se limitait aux souvenirs liés à mon passé de garçon vacher sur les plateaux ardéchois. Souvenirs de jeunesse où durant les grandes vacances d’été, à la fin de la seconde guerre mondiale, je partais en estive pour y vivre au grand air et bénéficier d’une nourriture généreuse. Si les environs du Tanargue, de La Croix de Bauzon du Lac d’Issarles n’avaient pas de secret pour moi, je ne connaissais rien de ce que représente le monde de l’altitude, des torrents, de la faune et de la flore qui font la spécificité de ces hauts lieux.

 

                              Le Parc de la Vanoise ( Sommaire )

 

                Crée en 1963. Il s’agit d’un parc national. Il se situe entre la haute vallée de l’Isère, celle de la Tarentaise au nord, celle de l’Arc et enfin la vallée de la Maurienne au sud. En résumé, il couvre une partie de la région savoyarde. Il jouxte celui du Grand Paradis sur une longueur de notre frontière avec l’Italie. Les deux parcs sont jumelés depuis 1972. Leurs superficies réunies présentent la plus grande étendue protégée d’Europe occidentale. 

 

                                Bouquetins mâles

 

                              Troupeaux de bouquetins mâles

 

A l’origine de ces deux parcs se trouve le roi d’Italie Victor-Emmanuel II qui avait pris conscience du risque de voir s’éteindre les Bouquetins des Alpes. Traqués à outrance pour leur chair, mais surtout pour des croyances à propos de propriétés dites guérisseuses de certains de leurs organes, le bouquetin, animal qui ne craint pas l’homme, s’est vu décimé dès l’arrivée des armes à feu utilisées pour la chasse. Un cartilage en forme de croix se trouvant dans sa région thoracique était alors particulièrement prisé !!!. 

Le massif de la Vanoise compte 107 sommets à plus de 3000 mètres d’altitude dont le point culminant est la pointe de la Grande Casse à 3855 mètres.

      Informations retenues de la transmission orale et de ma recherche sur le Net

 

Au fil des récits que je compte vous proposer, je vous relaterai quelques unes de mes randonnées et de mes poses de crampons afin de vous parler des nombreux glaciers qui sont le fleuron de ce site prestigieux et dont, pour certains, j’en ai foulé la surface.

Le Parc est riche d’une flore et d’une faune qui sont exceptionnelles.

 

                                                 Renoncule des glaciers.                                         

                                                                                                                                                                                        Renoncule des Glaciers.

 

                                           __________________________

 

 

                           Notre premier séjour en famille

 

 

                Lanslebourg  fin juin 1986. Notre fils avait dix ans, sa sœur, plus âgée, avait décidé pour elle d’une autre destination.

Le village reconstruit à la fin de la seconde guerre a rangé ses maisons le long de la route qui monte de Modane en longeant le cours de l’Arc jusqu’à Bonneval. Cette dernière continue pour s’échapper ensuite par le col de l’Iseran et descendre sur Val D’Isère.

Il reste, en montant sur sa gauche, retirées à flan de montagne, quelques demeures anciennes que les armées allemandes et italiennes n’ont pas réussies à brûler avant de se retirer suite à leur retraite forcée. Assise au pied du col du Montcenis, la commune a, coté italien, pour grande sœur la ville de Suse.

 

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Le centre de vacances est au pied des remontées mécaniques du Pont des Chèvres, équipements permettant de rallier en hiver la station de Val-Cenis. Il s’agit d’un lieu familial important. Sa capacité d’accueil avoisine les trois cents lits, mais l’organisation de la maison est ainsi établie que l’ambiance qui y règne n’a rien à voir avec le chahut des grandes structures que l’on peut parfois rencontrer ailleurs. Sa situation géographique le place idéalement pour de superbes randonnées dont, pour certaines, le départ peut s’atteindre en quelques pas.

Les équipes du complexe comprennent en leur sein des accompagnateurs de moyenne montagne qui encadrent des randonnées sur la journée. Il s’agit là d’un forfait à la semaine que l’on est libre de prendre ou pas. Les groupes et le choix des circuits sont établis et retenus en fonction des désirs exprimés et de la capacité physique de chacun à pouvoir en assumer la difficulté. Chaque accompagnateur part avec une dizaine de clients maximum.

Cette première année c’est le choix que nous fîmes. A la fois par facilité et pour plus de confort, un véhicule nous amenant au départ, puis venant nous reprendre quand le circuit ne se faisait pas en boucle. L’autre raison se résume à la capacité qu’on les enfants à se faire des camarades. Dés notre arrivée, notre fils se trouva un copain parmi les vacanciers et dont les parents, néophytes en montagne, n’envisageaient pas de partir non accompagnés.

Les deux garçons s’entendaient comme larrons en foire et nous, parents, allions dans le sens de leur choix qu’ils faisaient de la randonnée pour le lendemain. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans différents groupes et avec, parfois, un accompagnateur que nous découvrions.

 

C’était la toute première fois en quelque sorte où nous partions à l’aventure. Aventure au sens où nous n’allions pas rejoindre des membres de la famille ou un groupe d’amis pour un séjour à la mer comme c’était généralement le cas auparavant. La nouveauté pour nous a été de voir notre fils évoluer dans un milieu qu’il découvrait. Quel bonheur que de sentir son enfant émerveillé, curieux de tout ce qu’il remarque. De le voir, avec sa naïveté juvénile courir après les marmottes qui se jouaient de lui. Sur le sentier du refuge des Evettes, la vue du glacier dont la base paraissait pouvoir se toucher du doigt le stoppa d’admiration. 

 

                                          Marmotte !

 

                              VANOISE 2007 - DIAPO ANNIE 117

 

                  Pour la petite histoire, que peut être je vous raconterai, c’est au départ du même refuge, deux ou trois ans plus tard, toujours avec le même copain et accompagné par Bernard Jorcin, que les jeunes ont fait leur premier glacier . Pour l’anecdote encore, plus de vingt ans après et n’ayant plus depuis des années eu d’échange, ils se sont à nouveau rencontrés par hasard dans ce même lieu où ils s’étaient connus enfants.

  

Chaque jour nous entrainait vers de nouveaux horizons, vers de nouvelles rencontres avec une nature propre à la haute montagne. Je vous invite pour cette première visite du parc, et pour l’avoir déjà évoquée, de partir avec nous en randonnée vers les Evettes, son refuge, son cirque glacière.  

  

                                  Le refuge des Evettes : 2590 mètres 

 

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Pour toutes les randonnées que nous avons faites cette semaine là, un véhicule du centre nous à conduit sur le lieu de départ puis est venu nous reprendre au terme de notre excursion. Aujourd’hui, c’est sur le parking de l’Ecot que nous sommes déposés

 

                         . L'Echo

 

Il y a là un hameau qui attend chaque été ses habitants qui l’ont abandonné à un hiver trop rude. La chapelle et les quelques maisons qui en constituent l’ensemble s’accrochent de façon obstinée aux pentes de l’Iseran. Elles luttent courageusement depuis des siècles contre les vents violents et font face aux déluges d’eau et de neige qui sont le lot commun de l’endroit lors de la mauvaise saison. Situé au dessus de Bonneval sur Arc, il est le dernier lieu d’humanité avant d’entrer dans le domaine des marmottes, des bouquetins, du lagopède ou perdrix blanche, du lièvre variable..... et autres fleurs et animaux divers.... .

 

 

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Montée au refuge par des militaires. Au fond: le hameau de l'Ecot 

 

Pour cette première et en raison d’un reliquat de neige trop important au dessus de la cascade de la Reculaz, l’itinéraire emprunté sera celui qui s’en va sur la droite après avoir sauté le ruisseau de la Picherse.

 

De toutes parts de la montagne de l’eau dégringole en cascades plus où moins bruyantes en fonction de leur débit. La rosée du matin fait briller de mille couleurs un parterre de fleurs plus belles les unes que les autres. Les trolles, ces boutons d’or à la corolle globulaire, tapissent d’un jaune citron de grands espaces herbeux.

 

 

                                  Trolles. VANOISE

 

                                  Les trolles

 

Il est encore de bonne heure, le besoin d’en découdre avec la dénivelée s’impose au risque de se laisser engourdir par le froid et pourtant nous sommes en plein mois de juillet. Au dessus de 2000 mètres, l’air frisquet réveille les esprits et les cœurs que l’altitude fait battre plus fort. Les yeux n’ont de cesse de vouloir s’arrêter sur mille choses à regarder. A présent le sol est recouvert de rhododendrons, de campanules et de violettes aux teintes variées selon leur espèce et leur exposition au soleil. Sur les espaces plus découverts, les gentianes printanières, discrètes, ont trouvé refuge à l’abri des rochers. Celles de koch à la fleur plus importante, semblable un peu à celle du gloxinia, complètent une palette de bleus à faire palir les peintres d'envie d'en pouvoir en restituer fidélement la couleur. 

 

 

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                                Gentiane de koch

 

La montagne résonne du sifflement des marmottes, du bruit de l’eau et du chant de toutes sortes d’oiseaux dont la plupart me sont inconnus. Du fond des petits ruisseaux que la lumière du matin arrose de sa fine lumière, de petits cailloux renvoient des brillances allant de l’argenté à des verts émeraudes qui font la joie des enfants au point d’en remplir leurs poches. François, notre guide est assailli de leurs questions à propos d’une multitude d’interrogations. Il prend le temps de leur répondre avec le ton du pédagogue rodé à l’exercice de leur impatience.                             

Cinquante minutes d’un pas raisonnable nous conduisent à un replat à partir duquel il nous est proposé le choix entre deux sentiers. Une pause nous permet une petite restauration et le temps de la réflexion pour se déterminer quant au chemin à prendre. Ce sera celui qui monte vers le Plan des Roches, plus long, mais moins raide que l’autre. Nous partons pour une grande boucle afin de contourner un aplomb, avec le sentiment d’être à contre sens de l’objectif visé. Nous rencontrons de gros névés à partir de 2400 mètres. Cette neige au sol présente en plein été surprend notre fils qui n’osait croire à cette rencontre pourtant annoncée. C’est avec un bonheur qu’il exprime sans retenue qu’il va et vient dans la file pour nous montrer son adresse à négocier le terrain. 

Après ce qui se présentait comme une traversée en oblique, à présent le sentier, pentu, monte droit vers ce que l’on devine déjà comme étant le cirque glacière.                                                         

Le soleil qui brille de tous ses rayons nous permet de marcher en tenue estivale. C’est le contraste du climat de haute montagne où il faut avoir avec soi de quoi passer d’une saison à l’autre en quelques minutes parfois.

 

                                        Le pont de pierres de la Reculaz

 

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Le passage au refuge des Evettes est court. Le pique-nique est prévu au pied du petit pont de pierres sous lequel passe l’eau de dégel du glacier qui alimente la cascade de la Recula.  

Le spectacle est grandiose, le regard s’ouvre à présent sur un immense monde minéral, d’eau, de neige et de glace. Moment exceptionnel où sous l’effet du chaud soleil d’altitude, il est possible d’entendre d’où nous nous trouvons, les craquements du glacier qui bouge. 

Après le repas, tout en restant prudent, une partie du groupe n’a pas pu résister à l’appel d’une visite rapprochée du premier sérac. Il nous paraissait être à portée de main et pourtant il nous fallut une bonne heure de marche pour apprécier la hauteur de la falaise de glace qui se dresse là comme un défi. Tout un nuancier de vert et de bleu en teinte par endroit la transparence d’une manière surréaliste. Cette masse compacte qui représente en fait la queue du glacier, arrive là au terme d’une glissade qui a pu durer des décennies, des siècles peut être pour être réduite puis fondue par la chaleur de l’été. La neige, encore abondante l’hiver dans cette partie de la Vanoise alimentera à nouveau l’épaisseur du manteau d’un phénomène qui se perpétue depuis la nuit des temps. Ainsi va la vie des glaciers sauf si, comme cela est prédit par les météorologues, le changement climatique en décide autrement.

 

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A ce stade de grandeur, d’éclats, notre fils découvrait à l’occasion de nos randonnées la magie, la divination qui habitent la montagne. Il en reste à ce jour un passionné et ne rate pas l’occasion de retourner sur les lieux de ses premiers pas, où plus jeune nous avons ensemble arpenté les plus beaux circuits qui soient donnés de faire à la ronde de Lanslebourg et de sa région.

La montagne vous gagne comme le dit un slogan publicitaire en vogue aujourd’hui. Pour ma part, j’ai conscience d’avoir beaucoup appris en la pratiquant.

Je sais qu'il est banal de redire combien la montagne est belle, mais je crois bon de le rappeler pour que nous gardions en conscience l’importance qu’elle représente pour l’homme. Je crois en effet bon de souligner, entre autres réserves, sa capacité a pouvoir stocker dans ses glaciers les milliards de mètres cubes d’eau douce dont la planète est dépendante.

  

           Près du sérac. A remarquer l'effondrement de l'un de ses flancs

 

 

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La montagne nous offre un terrain de jeux aux activités multiples. Elle est diverse et variée tant au plan de sa faune que de sa flore. Elle est source d’évasion. Elle est cette immense propriété, ce grand jardin où il fait bon s’ébattre. Elle est une terre de prédilection pour y cultiver les fruits de la découverte, de la volonté, de la connaissance et de la modestie. Accueillante mais pouvant être hostile, elle est cet ensemble dont il faut savoir tenir compte pour que notre cohabitation avec elle reste une rencontre heureuse.                                                                                           

  

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 21:08

 

    Quand la raison vous échappe.... 

 

 

Photos de ma centième

                    

  

-Ventoux que j'ai toujours aimé, roi de tout le Midi, je viendrai près de toi vivre mes derniers jours. 

  

                              Cent fois le Mont-Ventoux à bicyclette, cent fois cette bosse mythique, cette étrangetée de la nature s’élevant en pleine campagne. En effet, étrange est ce promontoire, qui voulant sans doute se singulariser s’est un beau jour coupé le cordon ombilical qui le reliait aux Alpes. Très souvent cerclé d’une couronne de nuages blancs, tel un fantôme planant au dessus des plaines de Vaucluse, il semble vouloir impressionner quiconque voulant le défier.

Pari pris à la cantonade lors de l’une de nos sorties de club, mais suffisamment audible pour les camarades présents ce jour là à mes cotés et qui depuis me rappelaient régulièrement à ma promesse. C’était un matin de juillet, au début des années 80. Quelle mouche me piqua ce jour là pour que tout haut et malgré moi, peut être, je fis cette promesse un peu folle de vouloir grimper à cent reprises sa pente qui conduit à l’amas de cailloux qui en coiffe son dôme.  

 

                                                       

 

Quelle raison m’a poussé à vouloir atteindre un but dont l’objectif visé reste encore pour moi mal défini. Quête d’un besoin particulier ou simple challenge personnel à relever ? Je ne sais toujours pas y répondre avec précision et certitude tant il est vrai qu'il y a des raisons que la raison ignore.

Depuis ce temps et au bon vouloir de ma forme plusieurs fois par an je m’emploie à honorer cet engagement pour le moins étrange.        

                                                 

C’est chose faite depuis trois saisons déjà, où accompagné à vélo par quelques collègues amoureux de la dénivelée, encouragé par mon épouse, nos enfants et nos petits enfants, j’ai réalisé ma centième.             

                                                                                            

                                Ma toute première ascension du Mont-Ventoux remonte quant à elle à 1961. Ascension réalisée sur un vélo bricolé par mon ami René qui avait réussi à souder un second plateau de 44 dents sur un pédalier en ferraille. Cet ami sera mon compagnon de route pour ce baptême. Son expérience et ses encouragements me seront précieux tout au long du trajet.

L’engin que je montais, un Souvet, accusait un poids avoisinant les 14 kilos. A l’époque, cette maison de la cité des Papes construisait toutes sortes de cycles. Certes, elle avait dans sa gamme de beaux vélos, mais le mien était de série très ordinaire, autant dire à la hauteur de mes moyens. Il était rouge. Ses performances laissaient à désirer et son freinage approximatif m’a fait prendre des risques dans la descente. Quant au confort, il était loin de celui de nos mécaniques d’aujourd’hui.

Nous sommes partis un dimanche en début d’après midi sous une chaleur dépassant les 35 degrés. Quoique habitué aux températures élevées, j’étais rentré depuis peu du Sahara Algérien où j’y accomplissais ce qui m’avait été dicté comme un devoir. Cependant je me souviens de cette température caniculaire qui a bien failli me faire renoncer avant même d’arriver au pied du fameux obstacle.

Nous n’avions pas de voiture pour avancer nos vélos et c’est de Rognonas, un village des Bouches du Rhône frontalier d’Avignon qu’a démarré notre périple. Le cuissard et un maillot de taille approximative m’avaient été prêtés par mon frère aîné, cycliste avant moi. Les poches garnies d’une série de petits sandwiches, un bidon rempli d’eau mentholée composaient le ravitaillement de survie au cas où  !!!!!

Le Pont qui enjambe la Durance à la sortie de Rognonas nous a fait entrer en territoire vauclusien. S’en sont suivis des kilomètres sur des routes plates et languissantes. Monteux et Carpentras étaient à traverser avant de voir le panneau qui annonce Bedoin. Quarante huit kilomètres étaient déjà parcourus. Dix pour cent de moyenne sur 21 kilomètres restaient à gravir sous un grésillas à faire cuire des œufs au soleil. Mon étonnement, bien avant d’attaquer le plat de résistance fut de constater que je découvrais des villages, des campagnes qui m’étaient inconnues, et pourtant nous n’étions qu'à quelques dizaines de lieux de la maison où j’habitais.

                                                                                      Photos de ma centième 005    

De la centaine d’ascensions que j’ai à mon actif (un peu plus aujourd’hui) je me rappelle de cette première. Si, depuis le souvenir de ce qui reste un grand jour l’emporte, c’est la souffrance qui en est la symptomatique. En effet elle reste indissociable, inséparable de cette réussite et des émotions qu’elle à générées. Combien de fois ai-je voulu tourner le guidon vers la descente alors que les muscles de mes jambes me brûlaient jusqu’au feu ? Combien de fois ai-je dû me faire violence pour faire la centaine de mètres de plus avant de m’autoriser à poser pied à terre. Combien de fois ai-je dû repousser et encore repousser cette promesse pour enfin arriver au sommet sans m’arrêter. J’y suis parvenu grâce à l’assistance de mon ami René, grâce à ce grain de folie qui fait se dépasser au-delà de la douleur. Au-delà de la raison parfois.

Le retour se fit dans l’euphorie jusqu’à ce que la fatigue l’emporte sur tout ce qui fut beau. En effet, à l’approche du terme des 140 kilomètres qui bouclaient le parcours, alors que la nuit était tombée depuis un bout de temps, je me suis endormi sur le vélo. Surprenante conduite certes, mais pas moins vraie pour autant. A plusieurs reprises j’ai sombré dans une espèce de nébuleuse, quelques fractions de seconde seulement, mais suffisamment longtemps pour sursauter à mes retours de conscience.  

 

                              C’était mon premier Ventoux. 

 

Dans le même style de ''débordement'', Je veux rappeler une anecdote qui, à l’époque, avait surpris ma jeune épouse et sa maman. Je rentrais d’un brevet de 200 kilomètres que j’avais effectué en prenant la roue d’un tandem. L’allure avait été sévère et j’étais arrivé à la maison cuit au point de vouloir m’allonger sur le tapis de la salle à manger pour me décontracter un peu avant le repas. Ma belle mère passant par là fut affolée de me voir ainsi couché et m’entendre respirer d’un accent, disons sonore !!!!!!C’est tout penaud et quelque peu vexé que je m’éveillai sous le regard moqueur des deux dames.

 

 

                      Le Mont-Ventoux : Un peu d’histoire,

 

                                                                                                                                                                                            Photos-de-ma-centieme-006.jpg

 

                              Construction du premier observatoire ( début 1900 )   

 

Le premier récit qui soit donné de lire sur les débuts de la conquête du Mont-Ventoux par un homme, à pied, cela va de soi pour l’époque, remonte au quatorzième siècle. Il est l’œuvre du poète italien Pétrarque daté du 9 Mai 1336 du village de Malaucène.

François Pétrarque, accompagné de son jeune frère et de deux serviteurs fait état de cette de cette ‘’promenade’’ avec lyrisme et moultes anecdotes dans un courrier adressé au Père Denis, son professeur d’écritures sacrées alors qu'il était son élève au collège de Carpentras. Certes, et bien longtemps avant, les chasseurs et les bergers en connaissaient certainement son sommet mais ces hommes, sans doute illettrés, n’en ont jamais laissé de trace. Il faudra, après Pétrarque, attendre près de trois siècles pour retrouver des signatures relatant d’expéditions conduites dans le Ventoux.

                                                                                                                                                                                           Photos de ma centième 007

 

                    Fontaine de la Grave, au dessus du chalet Reynard ( début 1900 )

                                                                                                                                                                              

 

       C’est début 1700 que le Père Jean-Antoine de Laval établit le premier relevé en altitude de son sommet qu'il note à 2027 mètres. A ce jour il est placé à 1912 mètres alors que certains panneaux l'affichent à 1910 mètres.... 

 

                                     Photos de ma centième 008

 

     Ensuite nombre de scientifiques, des climatologues, des cartographes, le botaniste Henri Fabre en parcourront ses sentiers. Le Ventoux devient également un objet de convoitise et de prestige que les artistes et les intellectuels de la région voudront épingler à leur nom. En 1857, Frédéric Mistral le grimpa en Compagnie de son ami Théodore Aubanel, imprimeur et poète provençal et du Peintre avignonnais Pierre Grivolas

 

En ces temps, le Mont-Ventoux est présenté encore comme un lieu hostile. La neige y est éternelle en son sommet, des vents d’une force herculéenne sont capables de coucher les hommes les plus forts. Au dessus du niveau du col des Tempêtes aucun arbre ne résiste à la violence de son climat. Seule une végétation rase, la même que l’on trouve dans les solitudes glacées du Groënland et du Cap Nord arrive à y survivre. Le Ventoux est habité par les loups jusqu’à la fin du dix neuvième siècle.

Sa première grimpée à vélocipède date d’août 1900. Une quarantaine d’hommes préalablement inscrits pour relever le challenge se lancent de la place des Quinconces de Carpentras équipé d’un pignon fixe développant 4 mètres cinquante au tour de pédale, les puristes apprécieront. Trois seulement arriveront au sommet.

Dans le domaine de la difficulté, le plus grand exploit sportif jamais dépassé à ce jour dans le Ventoux est, selon moi, a attribuer à Julien Bouteille, professeur de mathématiques de son état. En 1962, cet homme se hissa à son sommet en 1 heure 54 minutes et 35 secondes sur un vélo…..dépourvu de selle.

Outre la prouesse d’avoir dû rester droit sur les pédales durant tout ce temps d’effort, à peine arrivé au terme de son ascension, il redescendit en courant pour donner une conférence de presse à la fontaine du Groseau où l’attendait un public médusé par son exploit. J’allais oublier de préciser que le jeune homme avait….70 ans. 

 

 Informations tirées du livre '' Le Mont-Ventoux ''  de Georges Brun. Éditions '' Le nombre d'Or '' Carpentras 1977.

                                                                                  

 

                              Pour ma centième, le choix du versant nord s’est joué à pile ou face. Tirage au sort pour ne pas être suspecté de l’avoir choisi en fonction d’une quelconque préférence. A moins que ça ne soit par superstition ! La montagne est susceptible, parfois capricieuse, alors pour cette journée toutes les précautions étaient bonnes à prendre ! 

 

                                 

                                       Jules vélo- gorges Toulourenc 018

 

 Au sommet, avec ma randonneuse en 650 de chez Valéro.

 

 

Mauvaise pioche pour moi car je dois avouer que le côté ‘’ Malaucène ‘’ m’a toujours posé des problèmes à cause des fréquents changements de rythme qu’imposent la pente. Je suis ( disons que j’étais ) un grimpeur au train et je ne craignais pas de ‘’mouliner’’. La route du flanc nord, précisément, est tracé de telle sorte qu'il y a des paliers roulants qui alternent avec des déclivités dépassant les onze pour cent sur plusieurs kilomètres. Ces changements en perturbent la cadence cardiaque ce qui pour des raisons que j’ignore ne m’a jamais convenu. La montée sud, que je préfère, est pratiquement régulière à partir du virage de Saint Estève et ce jusqu’au chalet Reynard. Léger replat avant le chalet, puis un final à pente constante, qui toutefois s’aggrave à partir de la stèle à la mémoire de Tom Simpson pour ne plus se démentir jusqu’au sommet.

 

La température était idéale, quoique un peu fraîche au départ. Chacun pour soi dans cette ascension, pas de record à battre, pas de compte à régler si ce n’est celui de mettre le mot fin sur le texte symbolique d’un engagement vieux de vingt ans.

Sans l’avoir clairement manifesté, je souhaitais pouvoir grimper dans ma bulle. Si je goûtais au plaisir de me savoir précédé ou suivi par ma famille et certains de mes amis, au fond de moi je désirais vivre ce moment d’exception dans un silence propice à mes divagations. Si, à certains passages j’ai eu le bonheur d’être poussé par les encouragements des miens, le rassemblement général, quant à lui, était prévu au sommet. Il sera alors temps d’y développer les commentaires autour de la table retenue, pour l’occasion, au chalet Liotard du Mont Serein. 

          Le temps ou je m’employais à fond pour ne pas lâcher coûte que coûte les roues des collègues est dépassé depuis belle lurette. L’âge et l’expérience en ayant depuis nourri la raison. L’esprit et la pensée sont ailleurs. Ma première grimpée dans les années soixante sur un vélo aux braquets trop courts refait surface. Son terme conclu à l’arrachée, les dents serrées pour ne pas poser pied à terre sont là pour me rappeler au devoir que je me suis donné de remplir et qui entraînera la fermeture du carnet comptable du cumul de mes ascensions.

Le Ventoux est un os qui au fil des saisons m’est devenu de plus en plus long à ronger au point de penser qu'il a pris de l’altitude ou que sa route s’est étirée !!!. Des cols j’en ai franchi plus de mille, mais aucun n’impose un effort aussi constant sur un kilométrage aussi long. Je peux vous parler du Stelvio, des Dolomites, du Simplon et du splûgenpass et puis des Alpes Françaises avec Restefond et la cime de la Bonnette perchée à 2802 mètres, Le Galibier, L’Iseran. Le Tourmalet et sa succession de cols pour rallier Pau à Luchon, raid cyclo-montagnard que j’ai accompli début quatre vingt dix. Aucun d’entre eux, aussi prestigieux soient-ils, ne peut être comparé au Mont-Ventoux. Après réflexion, le col de La Lombarde, versant Italien lui serait approchant dans ses pourcentages et sa distance, mais le cadre exceptionnel de verdure, de fleurs et de cours d’eau qui accompagnent les cyclistes en adoucit la difficulté.

 

                                                Les prairies du Mont-Serein

                                                                                                                                                                                         numérisation0005

 

 Au fil des kilomètres et de mon parcours, une foule d’événements de tous ordres m’accompagnent dans ce final au point de me sentir entouré d’un flot d’amis, de copains avec lesquels j’ai partagé la route des années durant. C’est là, sans transition de ce qui étaient l’émergence de moments heureux que subitement l’émotion me gagne. Il me revient en mémoire le souvenir de Gilles, l’un de mes camarades de club.

C’était hier…. 

A l’occasion de l’ascension annuelle de notre Everest à nous, sortie rituelle de l’association auprès de laquelle je suis licencié, il m’avait été accordé, en qualité de doyen de l’expédition le privilège de partir une heure avant les jeunes. L’avance qui m’avait été consentie devait en principe me permettre d’être à l’approche du sommet au moment où devait se produire la jonction.

Arrivé au dessus du Mont Serein, là ou plus rien ne fait abri, là où la pente raide vous amène à pédaler en bout de selle, le peloton des costauds me double bien avant l’endroit où il était prévu que nous nous rencontrions. Les mots d’encouragement se succèdent à la cadence des copains qui me dépassent. Gilles était l’un des leurs. Il fermait la route. Un terrible coup de pompe, une fatigue prématurée, une fringale sans doute,

 

                                                           Photos de ma centième 015 

 

m’avaient obligé à mettre tout à gauche. Je n’avançais pas. J’étais à la ramasse. La facilité avec laquelle montait le groupe entama jusqu’à la corde ce qui me restait de volonté. Mon regard, que Gilles croisa alors, ne put trahir la peine que j’avais à maintenir ce qu’il faut de vitesse pour ne pas tomber. Attentif aux autres comme il a toujours su l’être, il s’est laissé décrocher de ses compagnons pour venir prendre le vent contre lequel mes forces s’épuisaient. J’aurai voulu lui dire de filer avec les autres et pourtant je ne l’ai pas fait. Lui, ne m’a pas tenu de discours, il est venu se ranger devant moi, attentif à ce que je puisse le suivre. Qu'il me fut doux et combien émouvant de me savoir le sujet d’attention de ce jeune ami. Cette fin d’ascension que je redoutais comme un supplice me devint tout à coup empreinte d’un sentiment de confort. Ma souffrance venait de trouver un autre sens. Je lui avais trouvé une nouvelle motivation.

 

 

Ce fut sa dernière ascension à Gilles. La maladie ayant eu, peu après cet épisode, raison de son courage.

                                                                         

 

 

                                  numérisation0001-copie-1

                              Le Mont-Ventoux vu du col de Fontaube.

 

 

               Gilles, cette centième je te la dédie. C’est aussi un peu la tienne, car à partir du souvenir que je viens d’évoquer, ce jour là, route faisant, je n’ai plus été seul. Par la pensée, par le sentiment d’affection que je garde de toi, je me sentais accompagné. Je voulais croire que le vent charitable qui me poussait vers le sommet était porteur de ton salut.

Moment bizarre, union de sentiments confus qui envahissent l’être qui ne sait comment les accueillir, qui ne sait s’il doit les faire partager.                                                                                                                                                                       

      Le repas fut joyeux. Les commentaires nourris de la foule d’anecdotes qui fleurissent le carnet de route des cyclos n’ont pas manqué de saveur.

Moment précieux que celui de se savoir entouré. Moment de félicité intense de voir sauter sur ses genoux ses petit enfants dont on espère pour eux le meilleur. J’ai eu l’occasion de leur parler et d’écrire pour eux ma définition de ce que j’appelle mes petits bonheurs. Cette journée leur en a illustré l’un des aspects. Un vélo et une compagnie de choix m’ont en effet permis d’en vivre l’un de ces épisodes où la simplicité n’enlève rien à la grandeur de son souvenir.

 

                                                                                                                                                                                            Ardèche à vélo 15.07.2011 092

 

 

                          Mon trophée offert par les membres du club d'Althen des Paluds.

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 17:11

 

                                                                                                                                       2009 photos diverses 185

                                                                             

 

                     Les décennies qui depuis lui ont apporté des cheveux blancs, n’ont pas réussi à effacer de sa mémoire le souvenir du chemin qui la mena à sa nouvelle maison. Les pierres de son revêtement lui meurtrissaient les pieds à chaque pas, les semelles usées de ses chaussures ne lui assurant plus depuis longtemps une marche confortable.

C’était un soir d’automne de 1918, peu avant la Toussaint. La nuit s’annonçait de bonne heure. De grands arbres projetaient sur le sentier des ombres menaçantes. Leurs ramures rendues squelettiques par les premiers frimas, dessinaient sur le sol des formes bizarres. Ces silhouettes fantomatiques ajoutaient une raison supplémentaire à l’inquiétude qui tourmentait la fillette. Une brume humide s’élevait au dessus des Lonnes. Le vent qui la poussait en rafales s’infiltrait par gouttelettes à travers sa tenue de coton aux couleurs délavées. Elle ne pouvait retenir les convulsions qui la faisait trembler. La peur et le froid ralentissaient sa marche. Décidément, rien n’était fait pour lui apporter un apaisement secourable. De surcroît, pas une parole pour lui expliquer cette sortie inhabituelle et tardive. Elle avait, à plusieurs reprises tenté de poser des questions au sujet d’un sac que sa mère portait sur l’épaule et dans lequel elle lui avait vu entasser quelques uns de ses vêtements. Sourde aux suppliques de l’enfant, les lèvres serrées, rien ne sortait de la bouche de cette femme dont ni les yeux, ni le cœur ne laissaient paraître un quelconque trouble, le semblant d’une émotion.

Elle était traînée par sa mère à une allure qui l’obligeait à courir. Sa main lui serrait fort, très fort la sienne, comme si elle craignait que l’enfant tente d’échapper au destin qu’elle lui réservait. Elle ne lui parlait pas. Son regard ne trahissait rien de particulier. Il était celui des jours ordinaires. Celui des femmes se défendant de montrer les sentiments qui les habitent. Celui dont la tendresse ou les remords n’ont pas trouvé de place dans un cœur durci par les mauvais coups du sort. La pauvreté, les hommes en qui elles ont cru et qui lâchement les ont abandonné sont largement responsables de leur tragédie. Le travail harassant et la maltraitance de certains patrons ont fini d’anéantir en elles tout sentiment d’humanité. Henriette est l’une de ces femmes, l’une parmi tant d’autres pour qui le soleil s’est levé à l’envers.

Le bout du chemin conduisait à une petite ferme dont les abords, abrités des premières gelées étaient encore fleuris de quelques marguerites blanches et de dahlias pourpres. Récemment repeints, des volets d’un bleu charrette donnaient fière allure à sa façade ocre, comme il s’en rencontre dans les campagnes de Provence.

Sans doute alerté par les pas qui crissaient sur le revêtement granuleux de l’allée, sans aboyer ce qui rassura l’enfant, un chien vint à leur rencontre. Il précédait une dame plutôt jeune en comparaison de l’apparence que donnait sa mère. Sans solennité particulière, la femme et l’enfant furent priés de s’avancer en direction de la porte d’entrée.

La dame qui les accueille jette un regard de compassion sur la fillette. Aucun mot ne lui est prononcé. Rien venant l’informer sur cette visite inattendue ne lui sera dit. Alors, se tournant désespérément vers sa mère, elle tente pour la énième fois d’obtenir une réponse à ce questionnement qu’elle n’a de cesse de répéter. Quoique innocente pour comprendre ce qui se tramait, à entendre son prénom répété à plusieurs reprises, il ne lui fut pas difficile de saisir qu’elle était de toute évidence leur sujet de conversation. Pourquoi parlait-on d’elle? Pourquoi, régulièrement en réaction à certains mots prononcés, la dame lui portait elle attention ?.

Dans un coin sombre de la pièce, quelqu'un de silencieux assiste à la discussion. Bien que la personne soit restée immobile, par instinct, par une intuition mystérieuse, par besoin de vouloir trouver une rencontre secourable, la fillette finit par croiser le visage de celle qui la regardait. Il ne s’agissait pas d’une enfant, elle était grande, bien plus grande qu’elle. Elle était la fille de la maison. Augustine, visiblement attendait cette visite et en connaissait le dessein.

Rose, a aujourd’hui 96 ans. Elle est assise à la table face à moi devant son bol de café au lait. Les années et un début d’existence difficile ne lui ont pas fait courber le dos ni perdre son affabilité. Seule sa démarche, dont la cadence est ralentie, trahit ce que sa fierté voudrait cacher. Elle est restée distinguée et présente une fière allure. Il lui reste encore, entre autres préoccupations, le souci de vouloir donner de sa personne une image qui lui fasse honneur. Si sa mémoire immédiate lui fait aujourd’hui quelque peu défaut, celle des temps anciens n’est en rien altérée. Pas plus d’ailleurs, que ne l’est son aplomb à me reprendre si par maladresse, je manifeste des doutes sur ce qu'elle révèle de son passé.

Ce matin elle me raconte son arrivée chez les Berlandier ce jour d’automne. Elle se souvient d’Augustine, qui ce soir là, sans qui lui en fut donné l’ordre s’approcha d’elle et lui prit la main.

Cette main était douce et tenait délicatement la sienne. Elle l’entraîna en direction d’un corridor. Une lumière logée dans un cercle de dentelle pendu au plafond éclairait ce qui était un long couloir. La fille parlait d’une voix sucrée. Sans doute tentait-elle de rassurer l’enfant mais ses paroles se refusaient à son écoute. Elle vivait une situation qu’elle ne comprenait pas et pourtant elle suivait sans inquiétude celle qui lui était encore étrangère à peine quelques instants auparavant. Elles rentrèrent dans une pièce joliment décorée. Elle sera leur chambre commune pour ce que va durer ce temps dont Rose se souvient.

A partir de ce jour Augustine fut sa grande sœur, et sa mère qu’elle appela maman, lui rappellent des jours enfin heureux et les souvenirs d’un amour dont elle découvrait la douceur.

Ce soir là aucun au revoir, aucune marque, aucun signe de la part d’Henriette qui reprit le chemin du retour, sans embrassade et toujours sans explication.

Au petit matin des bruits de pas sur le plancher firent s’ouvrir les yeux de la petite fille. Inhabituel réveil pour elle. Deux bras charitables tendus vers son lit l’invitaient à venir se blottir pour un moment de tendresse.

Que d’émotion pour Rose dont la mémoire la ramène dans ce qui fut ses débuts de vie. Elle en refait le chemin le regard baissé, les yeux rivés sur un livre fantôme et dans lequel elle donne l’impression d’en lire son histoire.

-Au fil du temps, dit elle, j’en oubliais les tourments qui m’accompagnèrent tout au long du trajet me conduisant à cette maison. L’affection que me porta Augustine fit rapidement écran aux souvenirs douloureux d’une rupture sans nom. D’ailleurs, rapidement je me mis à redouter le retour de ma mère qui viendrait me reprendre pour me mener je ne sais où, loin de celles qui étaient devenues désormais ma famille.

Aujourd'hui, Rose dit garder de cet abandon le meilleur de ses souvenirs d’enfance. Elle ne peut cependant toujours pas comprendre la dureté de cette mère dont elle dit qu’elle n’en fut jamais aimée.

La mère de la petite Rose n’avait pas échappé à la rigueur de la guerre et à ses conséquences. Un accident venait de lui enlever son homme, simple ouvrier mais dont le salaire, aujourd’hui, lui faisait défaut. Aucun secours sur lequel compter pour lui venir en aide. Elle était laissée à la dure réalité de son impuissance. De son incapacité a pouvoir faire face à son plus élémentaire des devoirs. Comme tous les enfants, Rose demandait une surveillance de tous les instants et sa mère n’était plus disponible. Il lui fallait à présent travailler bien au delà des quelques heures de ménage qu’elle faisait habituellement dans son quartier. Le temps à consacrer à sa fille s’en est trouvé rogné au point de devoir prendre une décision quelle ne pouvait avouer.

Si elle avait, jusqu’à présent pu en repousser l’échéance, une offre providentielle de la part d’une famille riche des alentours d’Avignon l’obligeait à se séparer de Rose. Revenant d’un voyage lointain où elle avait contracté une maladie grave, l’épouse de ce commerçant ne pouvait plus allaiter son nourrisson. Henriette ne pouvant fournir du lait pour deux, l’abandon de sa propre fille lui fut imposé par ses nouveaux patrons. En effet, il lui fut clairement dit qu’ils ne voulaient pas de son enfant.

Encore aujourd’hui, choix impardonnable pour Rose. Inacceptable pour elle d’avoir été privée du lait de sa mère au profit d’un enfant étranger. Certes elle le dit autrement, certains mots l’étouffant au point de ne pouvoir les exprimer. Malgré les décennies qui se sont écoulées, elle ne peut toujours pas faire la part des choses et le temps n’a toujours rien effacer de sa douleur.

 

 

Pour Rose, en cette année 2011, tous les jours qu’elle voit se lever sont accueillis comme un cadeau que lui offre, celui, qui sans le nommer, se doit de patienter avant que n’arrive le temps des éternités. Avant même de s'asseoir à table pour y prendre son petit déjeuner, elle s’approche de la fenêtre de la cuisine et fait l’éloge du bonheur qu’elle éprouve à découvrir ce qu’elle appelle son jour de plus. Dans un rituel, un salut qu’elle semble vouloir adresser à la vie, elle s’émerveille à voir les oiseaux, les tourterelles venir manger les miettes de pain qu’elle a jeté la veille pour eux dans le jardin. L’ambiance de sa journée semble dépendre de cette visite que ces volatiles lui devraient.

Dès le lever, elle parle comme pour rappeler sa présence, mais également et sans doute, pour s’assurer de ses restants de mémoires. Au début de son arrivée dans la maison que nous partageons suite à quelques problèmes d'autonomie, se tournant vers moi pour une invitation à l’écouter, elle me récitait selon son humeur les vers d’une poésie anciennement apprise. D’une voix fluette, enfantine, les paroles d’un texte que je découvrais s’enchaînent sans hésitation. Bien articulés, le ton mélodieux comme le voulait certainement sa maîtresse d’école, le regard porté en direction des volatiles, elle déclame:

-Viens petit oiseau, vois la cage que j’ai préparé pour toi, l’hiver va arriver et tu vas avoir froid.

Pour la répartie, elle prenait alors et dans l’instant qui suivait, le rôle de l’oiseau. D’un son de voix qu’elle pinçait, la tête légèrement inclinée en signe d’allégeance et de remerciements, elle se répondait à elle même d’un ton affable mais ferme.

-Mon humble nid me sied bien mieux que ta cage pourtant jolie. Ma liberté vaut bien mieux qu'une attention polie.

Ensuite, sans transition, lentement elle allait s’asseoir. Par des gestes appuyés, une tartine à la main avec laquelle elle ponctuait certains mots, elle partait alors dans ses souvenirs.

A l’écoute d’un monologue, marqué par endroit d’un ton empreint de tristesse, elle me fait visiter son passé. De façon récurrente, elle évoque celui de ce soir fin octobre où sa mère, sans aucune marque de tendresse, sans explication, la laissa à celle qui pour un temps allait devenir sa nourrice.

Il ne m’est plus nécessaire, depuis longtemps, de mettre en route un questionnement approprié pour la voir repartir dans son monde, celui de sa jeunesse.

Quotidiennement, dès levée, après quelques politesses échangées, après s’être assurée que les moineaux et autres mésanges font honneur à leur pitance, tout naturellement commence un nouveau récit. Certains d’entre eux sont des redites, soit pour en marteler l’importance qu’ils ont représentés pour elle, sans doute également par défaut de mémoire. Alors, s’apercevant d’un sourire que j’ai quelquefois du mal à cacher, elle s’interrompt.

-J’ai compris dit elle, je suis encore dans la répépille.

Par le biais d’une pirouette linguistique dont elle seule en connaît la signification, elle trouve une liaison qui la fait rebondir sur un enchaînement d’anecdotes qui veut faire oublier son lapsus. A ces occasions, ses yeux bleus trahissent un sentiment de gène qui me fait culpabiliser. Elle s’en prend à sa fichue mémoire qui lui joue à présent des tours pendables.

-Il fait mauvais se faire vieux, auquel elle s’empresse d’ajouter avec malice .

- Mais après tout, ne vient pas vieux qui veut !

Des commentaires originaux s’en suivent sur les conséquences que lui cause son âge mais dont elle veut en avoir oublié l’addition. En effet, si elle peut me donner sans hésiter sa date de naissance, elle se refuse à croire comme étant correct le résultat de l’opération que je lui donne pour le déterminer.

Le détail n’est sans doute pas sans importance pour elle mais il m’interpelle au delà du fait de la coquetterie. A la voir rebondir par ailleurs dans un discours qui parait à propos et fort cohérent, je me demande ce que signifie cette négation dont elle sait assurément que je n’en suis pas dupe. La fierté qui la caractérise encore aujourd’hui l’amène sans doute à vouloir me montrer qu’elle veut rester maîtresse de cette horloge qui veut lui compter le temps. La logique impitoyable de l’arithmétique deviendrait elle imperméable à sa volonté au point de vouloir en contester la brutalité des chiffres ?.

Rose aujourd’hui ne compte plus selon la règle établie, peu importe. Elle s’en tient à apprécier les jours qu’elle voit se lever et les visites d’affection que lui apportent sa famille .

Si la traversée de certains épisodes de sa vie lui fut douloureuse. Si par besoin d’en révéler son histoire elle veut que l’on sache la souffrance qui fut la sienne sur ce chemin dont elle ignorait le bout, elle sait en tourner la page. Elle reste habitée d’ivresse. De celle qui nourrit d’espoir le cœur de ces femmes qui ont su garder le meilleur pour gage d’avenir.

 

* Histoire publiée en mai 2015, dans un livre comportant 7  récits, sous le même titre que cet article.

 

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 20:45

 

 

 

                                  Bonjour maîtresse,

 

                               

                                   Dossier-rallonge 0951[1]

 

                         C’est, mais tu sauras me le pardonner, de ma patte un peu maladroite que je t’écris de la pension à laquelle tu m’as confié. En effet, et sans que cela soit une véritable surprise pour moi, je me retrouve depuis plusieurs jours déjà hors de mes lieux habituels.

       C'est le coeur serré que j'ai entendu le chahut qui a précédé ton départ. J'espérais, j'attendais secrètement ta venue pour une dernière visite. Certes, à la porte de mon local où tu m'as accompagné pour la nuit, j'ai bénéficié de plein de tendresse de ta part. Tes accolades m'ont rassuré quant à ton affection, mais j'en aurais voulu davantage encore. Aujourd'hui, avec le recul et compte-tenu de la relation qui nous unit, je peux comprendre ta difficulté à devoir vivre des au-revoirs qui n'en finissent pas.

         Je suis logé chez un couple d’humanoïdes de ton espèce qui fort heureusement ne me sont pas étrangers. Le détail est important, il me rassure quant à la relation que je leur connais avec mes semblables.

 

                                                        3

 

       J’avais beau m’y attendre, mais cela me fait tout chose d’ouvrir les yeux dans une maison sans bruit, sans vie. Tout drôle de me trouver orphelin de toi. Je ne connaissais pas cet état, ce sentiment qui rend triste, qui me fait des boules dans l’estomac, qui fait que je me sens perdu. Je sais que je ne devrais pas t’écrire tout ça, mais je ne peux m’en empêcher. Après tout c’est ce que je ressens au plus profond de moi et autant que tu le saches.

      De mon nouveau logement, petit à petit les discours que tu me tenais ces jours derniers avec un timbre que je ne te connaissais pas, trouvent leur place dans ce qu'il est convenu d’appeler ma tête de chien. En effet, le ton n’était pas celui des jours ordinaires où tu me laisses pour conduire à l’école ou à leurs activités, ceux que tu appelles familièrement tes enfants. Il n’était pas le même que celui m’expliquant tes absences passagères. Non, il sonnait d’un autre accent.

      Depuis quelques temps déjà je reniflais chez toi un changement d’attitude à mon égard. Non pas qu'habituellement tu manques d’attention à mon adresse, mais le détail ne m’a pas échappé. Tu te faisais encore plus câline qu'à l’habitude. Bref, je ne te trouvais plus la même. Je n’allais pas m’en plaindre après tout, les caresses ne sont pas faites que pour les humains !!!.Cependant, et sans être devin, je flairais ce type de débordement comme une manigance me laissant pressentir que quelque chose aller se passer.

 

                                                   5

 

      Tu me parlais à nouveau comme si j’étais un tout jeune chiot alors que j’ai grandi. Tu m’expliquais qu’il allait falloir que je comprenne que dans la vie il y a parfois des situations que tout chien doit pouvoir entendre. Avec un vocabulaire choisi, sans cesse tu cherchais à vouloir te justifier, développant un discours dont la subtilité me passait largement au dessus des oreilles. Je revois ta bouche en cul de poule me déroulant des propos tournant autour du pot pour différer ce que tu vivais sans doute comme une décision qui t’était douloureuse à prendre. Ce sentiment d’égard t’honore et je t’en fais compliment par quelques aboiements se voulant de tendresse.

      Depuis ton départ, je vis donc cette expérience de chien pensionnaire. De chien devant essayer de déchiffrer le type de fonctionnement de mes nouveaux maîtres. Devant trouver comment donner le change afin de ne pas passer pour un ingrat auprès de mes accueillants. Ceci dit, je n’ai pas à me plaindre de mon sort car dans la rubrique des chiens délaissés, je lis des choses horribles à leur sujet. Foule d’événements les concernant me font froid sous les poils. Combien de mes frères et sœurs sont lâchement abandonnés dans la campagne ou laissés sur les aires d’autoroutes en période estivale par des vacanciers sans scrupule. Combien d'entre eux courent désespérément après la voiture dont ils viennent d'être éjectés sans ménégement dans l'espoir que le répentir en fera stopper le coupable. Savoir par ailleurs que ces mêmes personnes, reprenant  leur vie familiale et professionnelle les congés terminés se croient respectables me hérisse le poil d'indignation.

      Non, mon sort reste enviable et de plus il me fait découvrir la vie autrement. D’ailleurs, avant de continuer mon aboicriture et pour te rassurer sur ma condition, je tiens à te dire que les personnes qui s'occupent de moi le font avec gentillesse et me traitent correctement.

       Dans la maison où je suis hébergé ils sont deux, un mâle et une femelle. Le mâle est le plus âgé. C’est lui qui est venu le lendemain de ton départ me retrouver à notre maison où j’ai passé la nuit. Il m’a conduit pour un quart d’heure de promenade comme convenu avec toi. Puis, comme tu m’en avais averti, il devait repartir chez lui et ne devait revenir que le soir pour me reprendre en charge, me faire manger et puis…. tout le reste.

       Donc, et selon l’entente me concernant, après ma sortie de mise en forme pour la journée il devait me mettre dans mon enclos où je devais y rester jusqu’au soir dans l’attente de mon second repas et de ma promenade tardive. Pour les nuits, c’était d’accord, je devais les passer à garder la maison.

        Tout ça, je l’avais bien capté, mais tu comprendras que l’isolement dont j’allais être condamné durant la journée n’était pas fait pour me satisfaire. Tout en faisant semblant d’acquiescer à tes recommandations, sans mot dire pour que tu ne sois pas en colère contre moi, mon imagination m’aiguillait vers une recherche visant à en modifier les plans établis. Chercher une faille dans l’organisation est alors devenu mon cheval de bataille. Je me devais de trouver la fêlure qui changerait le cours des choses,  la lézarde à saisir comme opportunité afin d’amener l’homme à penser autrement,  à aller contre l’ordre que tu avais établi. A priori ton raisonnement était louable car il voulait épargner d’un maximum de contrainte mes nouveaux maîtres, mais pour moi cela m'était insupportable.

      J’avais imaginé plusieurs scénaries pour inverser le cours des choses. Cependant ma recherche ne fut pas longue. Dés les premiers instants de notre rencontre, mon œil et mon nez ont repéré la faiblesse de l’homme sur laquelle il fallait que j’insiste. Je ne l’ai pas vu à l’aise dans le rôle qui lui était demandé de jouer. L’idée de devoir me laisser sans les attentions qui me sont habituellement portées par toi et tes petits le rendait malheureux. Ces choses là, un chien les sent.

      De mon côté, je me suis appliqué à tenir les promesses dont tu m'as donné conseil. Pour ma balade de santé, la consigne d’accepter la laisse sans rechigner, je l’ai tenue sans la moindre opposition. Bien informé sur la sensibilité du personnage, je ne me suis pas privé de jouer le grand jeu et d'en rajouter dans le registre des mamours.

      Ma détermination à vouloir obtenir ce qui restait prioritaire pour moi, c'est dès le premier retour de ma sortie promenade que je mis en route le projet de ma manigance. D’instinct ou de malice, je ne saurais te le dire, je me suis mis à l’arrêt devant l’une des portières de sa voiture. Je l’ai entendu marmonner un discours à peine balbutié.

      Bien qu'inaudible pour moi, je me sentis concerné. Restant fidéle à ma marche à suivre, je suis resté planté devant son véhicule comme un santon. Saisissant le moment opportun, j'ai ensuite sorti mon jeu consistant à diriger vers lui ce regard que tu me connais et avec lequel souvent je te fais craquer. L’homme, je le remarqua fut touché au cœur par mon œil implorant. Mon regard faisant office de sésame fit s’ouvrir l’auto dans laquelle il ne fut pas nécessaire que l’on m’y poussa pour y monter ! L’homme était vaincu. L’idée de me laisser pendant des heures avec pour seul compagnon un chagrin que je ne lui cachais point, suffit à lui faire baisser pavillon.

 

                                                        4

 

      À partir de ce jour, comme un rituel que j’orchestre d’une patte de maestro, tous les matins je rejoue ma scénette de chien déprimé ce qui dorénavant m’assure de cette attention particulière.

      Cependant, au matin du second jour en voulant jouer au malin, un moment d’égarement a failli tout foutre en l’air. Après m’être assis sur son ordre et après avoir croqué le biscuit pour m’en remercier, la fantaisie me prit de me barrer en courant avant que mon nouveau maître n’eut le temps de me passer le collier pour ma promenade. Je ne te dis pas tout ce que j’ai entendu. Disons pour rester poli que je me suis fait gronder fort. Heureusement pour moi, l’homme n’est pas rancunier. Après le sermon de circonstance, je fus invité à monter dans sa voiture. Cependant un détail me mit la puce à l’oreille quant à la leçon qu’il voulait me faire entendre. En effet, c’est dans le coffre et non sur un siège que je fis la route pour rejoindre son chez lui!

 

                                            Dossier-rallonge 0962[1]

 

      Sur le chemin de ma promenade, ce matin j’ai eu droit au cinéma de celle qui veut faire copine avec moi. Oui, tu la connais, c’est cette jolie chienne habillée d’une robe noire et blanc qui me fait du gringue depuis quelques temps. Bien sur qu’elle me plaît, mais depuis que tu es partie loin de moi je n’ai pas le cœur à batifoler. Je fais des efforts pour ne pas lui être désagréable et afin de ne pas compromettre, pour les jours à venir, l’espoir d’une conclusion heureuse à notre histoire. Elle ne comprend pas qu'en ces temps où je ne tourne pas bien rond dans ma tête. Elle me barbe. Je fais semblant d’être fringuant, mais je te le dis maîtresse, le cœur n'y était pas!

 

                                          Dossier-rallonge 0963[1]

 

      Déjà beaucoup de temps passé sans tes mamours à toi et ceux de la petite fille qui m’appelle Ninou. Je ne veux pas te faire culpabiliser, mais dis moi, c’est quand que tu reviens ? Je sais que tu es partie portée par ce grand oiseau et je me fais du souci quant à savoir s’il va retrouver le chemin de ta maison.

      J’occupe mes journées pour moins languir. Des jouets ont été mis à ma disposition, un ballon et des peluches me permettent de me distraire. Une très vieille dame, que je n'avais pas remarqué au tout début de mon arrivée dans cette maison, passe son temps à me faire des discours au point de penser qu'elle me prend pour un autre. Elle me donnait, par ignorance, mais au détriment de ma santé, quantité de sucre en  récompense de ma patiente à l'écouter au point de devoir lui cacher le..... sucrier 

       Afin que je ne me sente pas exclu de leur quotidien, rapidement j’ai eu la permission de rentrer dans leur grande niche, car ici la chaleur y est caniculaire. J'apprécie le bénéfice de la fraîcheur du carrelage sur lequel je m'étire de tout mon long. J’ai droit à plein de gâtés et tous les trois font en sorte de m’adoucir ton absence.     

 

                                              6

 

       Je ne te fais pas plus long pour aujourd’hui. J’espère que toi et la petite meute qui constituent ta famille passaient de bonnes vacances. Je vous attends avec l’impatiente de l’attachement que je vous porte. Cette séparation me fait prendre conscience de l’importance que vous représentez pour moi. J’espère également vous  manquer un peu, ce qui devrait m’assurer d’un capital indulgence lors des quelques sottises que je commets encore de temps en temps !!

                                     Je vous aime et vous fais plein de lippes.

 

                                                              Fonzy

 

 

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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 15:40

 

 

                                    Comme un pélerinage....

 

 

Loubaresse, le village qui voit naître l'aube. ( Laoubo naïsse) 

 

 

 Ardèche à vélo 15.07.2011 009

 

                                      Le téléphone vient de me rappeler à ce monde de communication moderne quand il sonne pour vous proposer une multitude de services, alors que vous n’avez rien demandé à personne. Ce jour là, l’appel n’est en rien désagréable. C’est Marc, me dit mon épouse.

       Marc est ce qu’il est convenu d’appeler une vieille connaissance. Dans le détail de la présentation, son âge n’a évidement rien à y voir. Vieille, voulant rappeler la somme d’années depuis laquelle nous nous croisons, nous partageons des longueurs de route, des discussions sur des sujets les plus divers. Ce qui reste une constance, c'est que cela se passe souvent à l'occasion d'une sortie à vélo.

       La solitude volontaire lui sert souvent de complice pour vivre le silence d’une ascension du Mont-Ventoux effectuée de nuit. Marc est de ceux là. Il éprouve le besoin de se trouver au milieu d’un environnement dont il se sent familier. Son Ame paysanne l’amène à communier avec le monde mystérieux des ombres dont il connaît la nature, sait en identifier les odeurs. Il prend sur le chemin le temps de s’arrêter, d’écouter le déplacement caché du renard ou de la biche, de les contempler quant au détour d’un virage il surprend l’un d’eux le nez dans le vent. 

 

 Ardèche à vélo 15.07.2011 028

Digitale pourpre.

 

       Nous avons fait carrière dans le même établissement hospitalier mais c’est sur le vélo que nous nous sommes connus. Sans avoir toujours eu le temps nécessaire pour s’entraîner il n’hésitait pas, à l’occasion, à se joindre au groupe de cyclos que j’animais alors. Il y faisait bonne figure. La sagesse, aidé en cela par une bonne constitution l’a rapidement conduit à boucler fort honorablement des brevets tels que le brevet de randonneur des Alpes, Velay-Vivarais qui donnera naissance plus tard à l’Ardéchoise et nombre d’autres superbes randonnées.

        -Tu as Marc au téléphone me rappelle mon épouse. Le temps du déplacement pour prendre possession du combiné et j’entends :

       - Tu te souviens de la rando que nous avons faite tous les deux en Ardèche l’année dernière, cette année je voudrais que tu me conduises pour la faire …..à l’envers.

       Vous qui me connaissez par le biais de mon blog, l’Ardèche, celle des montagnes je la chérie, je l’aime comme un fou. Alors dès que je le peux, je la fais visiter, découvrir à qui le veut bien. Pas besoin de carte routière pour cela, à l’endroit comme à l’envers, cette rando j’en connais l’itinéraire sur le bout du…guidon.

 

                4 heures du matin. Marc est un lève tôt. Il craint la chaleur alors il veut que nous soyons à Jaujac pour démarrer à la fraîche.

       Morières, Viviers, Aubenas, Lalevade et Jaujac. Deux heures de voiture et nous voila rendus au pied de la Croix de Millet. 

       Pour Marc, faire le circuit à l’endroit, c’est se rendre à Loubaresse par La Souche et son faux-plat montant d’une dizaine de kilomètres avant d’attaquer la Croix de Bauzon par le pont Morand, puis le col de Meyrand, puis….. Aujourd’hui ce sera le contraire.

       L’option choisie pour ce vendredi 15 juillet 2011 présente l’inconvénient de nous mettre dans le dur d’entrée de jeu. En effet, dès la sortie de Jaujac, la route grimpe entre 5 et 6 % sur sept bons kilomètres. Pas terrible me direz-vous, mais pour moi pédaler à six heures, c’est tôt… L’air matinal, l’ombrage des châtaigniers puis celui des fayards donnent l’impression d’un climat automnal. Au sommet, première halte pour enfiler des jambières, des rallonges de manches et le fameux coupe-vent vert fluo avant de descendre sur Prunet.

 

 

 

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Marc

                   

 

       A l’horizon le soleil colore la montagne de sa palette de couleurs. La journée s’annonce belle. Marc est en forme. Il est heureux. La campagne sauvage qui nous entoure est un élément dans lequel il se sent bien. Il n’en tarit pas d’éloges. Lui, réservé, devient dans ce type de condition, encore plus bavard que moi.

       Quelques photos puis il nous faut repartir car nous nous sommes collés une contrainte horaire. Le Pégan, le restaurant du cousin de Loubaresse n’assure qu’un service, alors il faut y être avant midi et demie sinon il faudra se mettre un cran de plus à la ceinture !

       Longue descente. Nous laissons Largentière sur notre gauche et rejoignons Rocher. Nouvelle côte pour atteindre Rocles et sa croix. Peu d’habitants au kilomètre carré dans cette région. La route est étroite et sinueuse. Son revêtement est rugueux et comme diraient les spécialistes : il ne rend pas.

 

 

Ardèche à vélo 15.07.2011 010

 

 

              Des vignes et des vergers occupent les terres cultivables. Ici le sol est pauvre et le climat reste sec en comparaison avec celui du plateau du Tanargue pourtant pas très loin à vol d’oiseau et dont les précipitations sont largement au dessus de la moyenne nationale. Après la Croix de Rocles, après ce qui sera la dernière descente de la matinée, nous coupons la route qui monte des Vans via Joyeuse pour prendre à main droite en direction de ce que j’appelle mon chez moi.

       Je sais que depuis le changement de direction je respire un air qui vient des sommets de la Coucoulude et du Meyrand. Au passage il se charge des mille senteurs qui fleurissent les près bordant Loubaresse et dont il me semble en distinguer les nuances. J’ai conscience de voler la vedette à Marc mais il faut que je parle. Je n’en ai pas honte ni n’en suis repentant. C’est plus fort que ce que je voudrais avoir de raison, mais je deviens un autre dès que je devine au loin l’ombre de la maison qui a vu naître mon Père. Marc m’écoute dans mes débordements d’allégresse. Il connaît ma passion allant parfois au-delà du rationnel. Il sait mon attachement pour ce coin dont j’en ai hérité l’amour par filiation. Sur la route, je fais l’accordéon pour le plaisir de flâner ou alors je prends quelque peu d’avance afin de photographier Marc à qui je viens d’apprendre que j’allais écrire sur sa journée.

       Nous remontons la vallée de la Beaume qui fut riche en usines à soie et en moulins à céréales. Longtemps restés en ruines, l’on peut y voir restaurés depuis peu, de magnifiques bâtiments convertis en gites ou en appartements secondaires ayant eu par le passé des activités professionnelles liées à l’élevage des magnans et à une agriculture locale fleurissante.

       Chastanet et son château : Village perchée sur la gauche de notre route qui pendant la seconde guerre mondiale a accueilli Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Fuyants Paris occupé, ils y sont arrivés à vélo pour ce qui a été de la distance à couvrir hors transport en commun. En 1935, l’écrivaine y avait découvert la vallée à l'occasion de l'écriture de ''Drailles''.

 

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       Beaucoup plus anecdotique et tout en roulant, je raconte à Marc un épisode ayant trait à des vacances passées là début 1960 avec mon ami Roland. Au cours d’une soirée et suite à l’issue heureuse d’une rencontre avec une jeune estivante, la folie me prit d’aller en pleine nuit tirer sur la corde qui servait à agiter la cloche de la petite église. L’époque n’était pas à ce type de plaisanterie que dis-je de sacrilège, au point d’avoir inquiété quelques vieilles dames et leur curé qui ont cru leur bourg envahi par un démon. Dès le jour levé, pour faire taire toute rumeur, j’ai dû faire amende honorable de mon péché devant une cour de bigotes stupéfaites quant à la raison invoquée!

 

 

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Sur le monticule, en haut à gauche, Loubaresse se devine....

 

       Depuis l’embranchement venant de Joyeuse la route monte à petit pourcentage. Le pied de Valgorges marque un changement net de la pente qui ne se démentira plus jusqu’à Loubaresse. Dix kilomètres pendant lesquels l’on ne perd pas de vue le monticule sur lequel trône ses maisons faites de basalte et de pierres de granite. Nous sommes là sur la plus petite commune d’Ardèche et avec ses 1220 mètres d’altitude, sur l’une des plus hautes mairies du département. À noter que certains relevés mentionnent une altitude de 1250 mètres    

 

 

 Ruelle à Loubaresse. Ardèche

 

       Loubaresse : Un peu d’histoire. Etymologiquement son nom aurait entre autre origine : village qui voit naitre l’aube, ( laoubo récente ou laoubo naïsse.) En 1880, le village comptait 317 habitants pour aujourd’hui seulement 32 personnes y vivant à l’année. Loubaresse fut tour à tour une grande commune à vocation pastorale, forestière, minière par son extraction de fluor et capitale de la mulasserie. Activité qui affubla les Loubaressiens du sobriquet de traoutchos boutos ( perceurs d’outres ) Avec leurs mulets, ils remontaient le vin des basses vallées vers les villes et villages du haut. Ces hommes, qui n’étaient pas des suceurs de glaçons, perçaient finement le cuir de l’outre pour en prélever en route les besoins de leur soif !. Le trou rebouché à l’aide d’un petit morceau de bois se fondait dans le restant du pelage de bouc avec lequel était confectionné ce type de récipient. La capacité de l’outre étant approximative, et sans abus de la part du muletier, difficile au client de confondre le livreur !

 

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                 Alors que j’écrivais : ‘’J’ai rêvé mon Père’’, Berthe Merle qui fut une partie de la mémoire que je raconte, m’a appris qu’il y eut des Tauleigne muletiers !

       Entre autres caractéristiques des lieux, les abords de Loubaresse, dont le plateau du Tanargue, reçoivent des pluies abondantes avec 2 mètres en moyenne par an, sans toutefois qu’il y pleuve plus souvent qu’ailleurs. Seules les précipitations y sont plus soutenues. Les hivers y sont rigoureux, 4 mètres de neige en 1986!

 

Ardèche à vélo 15.07.2011 010-copie-1

 

 Propos recueillis pour partie dans : Loubaresse ‘’Lous Traoutchos Boutos’’ de Jeanine Merle. Edition confidentielle.

 

       Il n’est pas tout à fait midi, le temps pour Marc et pour moi d’appeler chez nous afin de rassurer la famille sur la bonne marche de notre expédition !. Connaissant la difficulté à éperonner le réseau, je le conduis sur l’un des rares endroits où les communications des portables passent. Certains y verront peut être des signes tenant du surnaturel. En effet, le lieu qui permet la relation avec les vivants n'est autre que ....celui où reposent nes chers disparus ! Il n’y a pas d’internet ici, plus d’école ni de médecin, pas de pharmacie ni de boulangerie.

 

 

Loubaresse Aout 2010 011 -copie-1

 

  Maguy Merle devant ce qui est pour Loubaresse, bien plus qu'une simple épicerie.

 

             Une épicerie-mercerie-tabac est tenue par Maguy l’une des doyennes du village qui en plus du travail que lui demande son activité fait bénévolement et à plusieurs reprises par jour, des relevés météo pour le département. Elle contribue à rendre le village accueillant pour les touristes, pour les randonneurs qui trouvent chez elle de quoi se ravitailler et les informations sur tout ce qui touche à l’environnement et sur les bons sentiers à prendre.

 

      Nous voila installés à l’une des tables de Jean-François du Pégan, qui comme Maguy sa maman, s’inscrit dans le livre de ma cousinade par la branche de ma grand-mère paternelle. Marc, qui se ménage pour l’étape du retour, fait attention à ne pas trop manger au risque de froisser le patron, car ici rien ne doit rester de ce qui vous est servi!

       Marc est averti, dès la sortie de table et sans faux-plat pour la remise en route, le col de Meyrand sera à escalader.              

 

       Séance photos pour enrichir l’album des souvenirs et c’est reparti pour la fin de l’étape. Quatre kilomètres dans les genets et la bruyère à un train de sénateur. C'est-à-dire à une allure qui ne risque pas de mettre à mal ni les bonshommes ni le matériel. Petite halte au col, le temps de faire observer à Marc que de cet endroit l’on peut y apercevoir le Mont-Ventoux. Puis comme un défi, comme un rituel, comme je le fais à tous mes passages j’escalade le rocher qui domine l’aire du sommet où est installée la table d’orientation. 

 

 

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     Allez savoir pourquoi, mais j’éprouve ce besoin comme une manifestation d’amour et de fidélité à ce secteur qui reste pour moi chargé d’une histoire que j’ai faite mienne. Lors de mes randonnées pédestres dans le coin, c’est celui de la Coucoulude que je grimpe jusqu’au signal géodésique qui domine la vallée de la Beaume. Cela fait partie de mes brins de folie que je suis le seul à comprendre, quoique….pas toujours !

 

 La Croix de Bauzon15.07.2011 035

 

              Je montre à Marc un sentier qui rallie directement La Croix de Bauzon, mais pour cela ils nous auraient fallu avoir un VT.T. La route, la classique nous amène au Chambon que nous laissons sur notre gauche. La fin de la descente nous fait rattraper la grande voie de circulation qui monte d’Aubenas sur Saint Etienne de Lugdarés. Le panneau de signalisation nous invite à nous engager sur la droite, vers ce qui sera la dernière ascension de la journée.

       Terrible est la pente sur cette large route qui de plus est rectiligne à perte de vue. La Bombine de midi me pèse sur l’estomac. Le choix d’avoir fait monter à l’avant de mon vélo un triple plateau de bécane tout chemin s’avérera être judicieux pour avaler les huit à dix pour cent des deux derniers kilomètres.

 

 

 Ardèche à vélo 15.07.2011 032

 

                       Marc.....ce jeune homme.

 

             Long arrêt au sommet où sans avoir à faire d’effort, sans vouloir en refouler les souvenirs qu’elle m’évoque, je me revois devant le ferme des Plaines soixante ans en arrière. Accompagné du Dolphou de Chevalet, un long bâton à la main pour faire comme les grands, je poussais la roussette pour la mener au taureau. Depuis deux ou trois jours déjà ses beuglements au son particulier annonçaient au jeune vacher que j’étais à l’époque, un besoin qui me restait mystérieux. Par pudeur, j’étais écarté de la cène de l’accouplement.

     Pris en charge par la jeune fille de la maison, elle me faisait faire un tour de traineau tiré par ses chiens. Que de beaux souvenirs me reviennent en tête où je m'imaginais, à l'époque, devenir le maître des lieux, plus tard, quand il nous aurait été permis de nous déclarer amoureux!

       Le temps de quelques tours de roue en direction de La Souche, nouvel arrêt à l’angle du grand virage qui surplombe la ferme qui m’a accueilli durant plusieurs estives fin des années quarante et dont aucun des Chambon de l’époque ne vit encore aujourd’hui. Même si nous en sommes loin, j’ai l’impression d’un changement depuis mon dernier passage quant à son état. Sa toiture me parait refaite.

 

 

 Chevalet

 

La ferme de Chevalet.

 

                             Je revisite du regard les pâturages sur lesquels je conduisais mon troupeau constitué de quelques vaches et de chèvres que je n’arrivais pas toujours à faire obéir. Je parle à Marc de cette équipe de saisonniers dont un été, mon Père, a fait partie et qui montait de ferme en ferme faire les foins à la faux. Durant les quelques jours de leur contrat c’était la fête à Chevalet. Les soirées étaient animées. Je garde en mémoire l’attention que ces hommes me manifestaient. Leur départ était un déchirement. Le silence qui s’en suivait rendait Chevalet triste au point d’en nourrir en moi une vraie souffrance.

 

 

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La ferme de Chevalet que j'ai voulu ''immortalisée'', grâce à mes pinceaux.

                        

 

       La longue descente sur Jaujac referme la boucle que notre itinéraire avait tracé. À la Souche, au bout du pont Morand sous lequel passe le Lignon, la route qui monte à la Sautellerie, Saint Louis et qui finit par un sentier, est celle que j’empruntais gamin pour venir y porter le beurre battu à la baratte.

 

 Photos classées divers 005

 

 

                Il y a, dès s’y être engagé sur la gauche, un chemin de randonnée qui monte au col des Langoustines pour atteindre la ligne de crête. Une piste, via la station de ski de La Croix de Bauzon, conduit à …..Loubaresse.

       Une prochaine fois, peut être, je vous en parlerai. Je l’ai faite sac à dos et grosses chaussures, mais c’est une autre histoire...(*)

       Autour d’un rafraîchissement pris sur la place de Jaujac, nous refaisons la route que Marc fleurit de commentaires joyeux.

       -Même pas mal aux jambes, me dit-il en se levant de la chaise ! Voila des propos rassurants pour qui l’âge se voudrait être un obstacle à vivre ses passions. J’aime rouler avec toi Marc. J’y apprends mon futur et ce que tu m’en laisses entrevoir me rassure pour mon avenir de cyclo.

       Promesse est faite de revenir l’an prochain dans cette Ardèche aux mille visages. L’idée de partir de Saint Pierre le Colombier, Burzet, le Gerbier par Les Sagnes, Saint Martial et le retour par Lachamp Raphael, le Ray-Pic, Pereyres te sera soumise en temps voulu.

      Encore bon anniversaire Marc et merci pour cette journée, qui en plus du plaisir partagé, me permet de parler de cette Ardèche que j’aime avec passion.

 

       P.S. Marc, ce vendredi 12 Aout, je suis allé reconnaître notre future randonnée. Elle est trop belle!

 

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Le Mont-Gerbier-de-Jonc et la Loire naissante.

 

 * En mai 2015, jai publié ''Quand la mémoire raconte'', un livre comprenant 7 récits. Ma rando' y figure sous le titre de '' Marcher....dans les pas de mon Père.

 

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 21:18

 

                                                         La fin du voyage.

                          

                                                                                                                                                                                                      numérisation0012-copie-2

 

                                             Insolite fut la soirée passée à la Tavernetta de Paolo. Elle ne peut pas, selon une chronologie classique, s’inscrire dans un registre habituel tellement sa naissance reste surprenante.

      Insolite, elle le fut par l’originalité de la rencontre et le comportement inattendu du personnage. Un homme qui spontanément propose à titre gracieux gîte et couvert à six personnes qu'il ne connaît pas n’est en effet pas chose ordinaire. C’est le moins que l’on puisse dire, d’autant que….

      Paolo, non seulement a mis à notre disposition un lieu où camper, nous a invité à dîner mais en plus nous a offert le petit déjeuner de ce 25 juillet. Il a tenu également à nous accompagner un bout de chemin à vélo afin de nous conduire dans la bonne direction pour notre dernière étape. L’auberge étant à l’écart de notre carte de route, il craignait que nous perdions du temps à nous retrouver sur l’itinéraire conduisant à Trieste.

      Le temps d’un dernier café pris dans l’un des établissements du village de Capri-di-Friuli fut mis à profit pour d’ultimes échanges. Un questionnement nous aurait peut être éclairé sur une telle attitude à notre égard. Aurait effacé en nous un sentiment proche de celui de l’interrogation. Aurait classé cette rencontre dont la naissance et le déroulement n’ont pas de cadre assez grand pour en définir les traits, en décrire les sentiments qu’elle évoque. Quel attribut, quelle marque pouvons nous donner à ce qui a priori n’a pas de raison d'être. Comment définir ce type d’altruisme qui amène un homme à être spontané dans un acte de générosité peu commun face à des inconnus ?

      Après avoir levé à plusieurs reprises la main en signe d’adieu, Paolo Bastiani quitta notre chemin. Nous nous connaissions de la veille seulement et nous vivions des émotions semblables à celles rencontrées lors de la perte d’un ami.

      Le début de l’étape fut animé par des échanges dont le sujet traitait de ce que nous venions de vivre. Chacun d’entre nous reprenait à tour de rôle des adjectifs, des expressions venant flatter l’attitude de Paolo. Vocable certes banal et incomplet pour donner un sens précis à une telle conduite. Termes utilisés par défaut, car l’invitation présentée fut tellement imprévisible qu’elle nous laisse encore aujourd’hui sans conclusion quant à une justification qui voudrait reposer sur une logique habituelle.

       A présent devant nous s’étire un long et large ruban de goudron. La route, rectiligne sur des kilomètres traverse une campagne ne présentant aucun intérêt. Rangés en file indienne et quoique positionnés le plus à droite possible, nous ne sommes pas épargnés des bousculades provoquées par les camions roulant à vive allure sur une voie qui n’est en rien favorable aux cyclistes.

       Les montagnes à présent nous tournent le dos comme pour nous punir de les avoir délaissées. Ce n’est plus la luminosité violente des neiges éternelles qui nous fait larmoyer, mais les gaz d’échappement d’une circulation infernale.

       La route est monotone. Le silence est dans le rang. Il faut rester concentrés pour éviter de toucher le camarade qui nous précède. Le moindre écart risque de nous jeter sous les roues des bolides, qui malgré notre prudence, arrivent à nous frôler. Certains chauffeurs y ajoutent le tintamarre de leurs klaxons qui en plus d’être désagréables, nous surprennent et nous rendent nerveux.

       Les odeurs acres des fumées d’usines viennent s’ajouter à la chaleur ambiante. Je roule sans plaisir. Bien qu’incontournable cette étape est de trop. Elle va faire tâche sur l’image géante que mes yeux ont capturés durant ces onze jours passés à côtoyer des sites de rêve.

       Malgré l’inconfort de leur revêtement, j’en suis à regretter les chemins du Giau et plus récemment la route défoncée de La Selle Marcilie où pourtant je n’y étais pas à la fête. Plus une fleur sur le bord de le route, le soleil les a toutes grillées. Plus de cascade d’où s’échappaient les milliers de perles d’eau qui venaient rafraîchir mon visage au plus beau de l’effort. Plus rien de tout ce que j’aime sur cette nationale qui nous mène vers Trieste.

      La Chaussée s’élève doucement, la carte nous indique la Sella di Amanio. Le sommet du col affiche sans complexe une altitude de 68 mètres. Ce sera le dernier col de notre périple.

       Encore loin de Trieste, certains panneaux de signalisation commencent à afficher des noms comportant des lettres bizarres. Je suis tout étonné d’apprendre que nous longeons, à cet endroit, la frontière Yougoslave. Les maisons que nous apercevons à quelques centaines de mètres ne sont pas sur le territoire Italien, mais bien dans le pays que le Maréchal Tito a réunifié en 1963, mais qui depuis sa disparition en 1980, déjà, commençe à se déchirer.

      Au loin, enfin la mer nous apparaît. L'adriatique, puis ce pays dont je situais mal les contours et dont je frôle ses lignes, génèrent en moi un sentiment de fierté. Des émotions diffusent m’envahissent soudain. Je ne sais pas de quoi je suis fier, mais je le suis.

       Un long faux-plat descendant, entrecoupé de quelques bosses nous rapprochent définitivement de notre point de chute. Le fil, attache symbolique semblable à celui d’Ariane que nous avions fait mine d’accrocher aux abords de la gare de Thonon venait de se tendre. Perception de l’esprit qui marque la fin de notre histoire. Chacun en a senti à sa façon le signal. Chacun, cela se saisissait sur les figures, vivait à sa manière le bout de son voyage.

       J’ai, de façon épidermique, cette capacité à me savoir heureux d’événements pouvant se situer hors contexte d’une situation et ne touchant forcément les personnes qui m’entourent. A cet instant précis je suis loin de mon périple, de mon Thonon-Trieste dont le rêve s’achève.

       Certes, j’étais heureux d’en avoir fini, d’avoir été à la hauteur de mon engagement. Ma lucidité cernait bien les instants qui amènent à apprécier un projet conduit à son terme. Je vivais pleinement le bonheur de notre réussite. Celui d’avoir vécu collectivement jour après jour une superbe expérience sportive et humaine me comblait, mais au-delà de ces perceptions, il y avait autre chose qui me touchait. J’étais aux portes de l’un de ces pays dont les lectures de mon Père vantaient les mérites d’une vie égalitaire.

       Sans doute, mais pour une raison toute personnelle, j’étais le seul du groupe sensible au regard que je portais en direction de ce monde nouveau. Un monde qui gardait à cette époque ses parts de mystère et dont j’étais curieux. Tout bêtement, tel un enfant que l’on mène voir quelque chaton ou des perruches batifolant dans une volière, moi, j’étais content de ma découverte.

      Je réalisais de surcroît que grâce à ma randonneuse, je venais de traverser deux pays : la Suisse et l’Italie et que j’étais aux frontières d’un autre regard.

      Le temps de quelques photos, celui d’une promenade sur les quais du port de Trieste à regarder la plage d’en face et en deviner les baigneurs de ce pays que l’on dit si différent du notre, le repli vers la gare ferroviaire venait de s’imposer à nous. Il fallait faire enregistrer nos vélos et acheter nos billets de transport pour le retour sur Avignon.

 

                                       Sur l'un des quais deTrieste: Pierrot et à moi le bonnet..... blanc...

                                                                                                                                                                                                            numérisation0004-copie-4 

 

 

      Il y eut peu de commentaires durant le voyage qui, par un autre itinéraire que celui emprunté à vélo, traversait l’Italie vers la France.

      Pour ma part, mille choses se court-circuitaient dans ma tête. Le plaisir de l’œuvre accomplie alternait avec cette rupture d’une animation que nous avons entretenue et faite vivre entre nous. Rupture également avec le spectacle offert par une nature exceptionnelle rencontrée tout au long de nos étapes.

      A propos de l’accueil qui à plusieurs reprises nous fut réservé, calé dans mon coin de banquette, les images défilent. Je revois les deux vieux de la maison du peuple près de Cavazzo s’avançaient vers notre table, une bouteille à la main en offrande aux petits Français que nous étions pour eux. Ils nous tenaient une conversation avec ce qui leur restait d’un vocabulaire appris chez nous alors qu’ils étaient maçons pour l’un et ouvrier agricole en Provence pour l’autre. Leurs souvenirs chargés de reconnaissance pour notre pays étaient flatteurs.

      C’était hier. Paolo Bastiani et son auberge. Cette invitation incroyable. Ce matin de juillet est jour de fermeture de son établissement. Alors quoi de plus naturel pour lui que de nous inviter à prendre le petit déjeuner à la table familiale entourés de ses deux enfants et de son épouse. A parler de choses ordinaires comme si nous nous connaissions depuis toujours. Encore et toujours pour ce qui devait lui paraître normal, nous le vîmes prendre son vélo et faire un brin de route avec nous sur la route vers Trieste. Ultime élan de sympathie, ultime communion avec cette homme dont nous ne savions rien, à part l’essentiel.

 

 

       Douze jours à se côtoyer, à se charrier, à s’épauler, à se provoquer me reviennent par le biais d’un diaporama qui défile devant mes yeux. Mes copains ronflent allégrement et moi je ne dors pas. Je refais le chemin. Ni mieux, ni moins bien car tel que j'ai accompli ce voyage, son souvenir me satisfait pleinement. Il est allé bien au-delà de mes prévisions et de mes espérances. Je le répète inlassablement pour le plaisir, pour que rien qui fut beau s’en échappe de ma mémoire. Je le refais de peur d’en oublier le récit que je veux en faire à mon Épouse et à mes Enfants dès rentré chez nous.

 

                                                                                                                                                                                                      numérisation0005-copie-6

 

                                    ___________________________________

 

                                                           EPILOGUE

 

                                 Partis de Thonon les Bains le 13 juillet 1985, le contrat qui prévoyait douze jours de vélo pour traverser la Suisse puis remonter le territoire Italien jusqu’à Trieste fut honoré par les six participants, à la fois dans les temps et dans l’esprit. Mille deux cents kilomètres, 40 cols à franchir dont 16 à plus de deux mille mètres d’altitude étaient au menu de ce raid. Je me dois de repréciser l’une des particularités de notre entreprise. A savoir que nous avons fait le circuit en cyclo-camping avec des montures approchant les 30 kilos en moyenne pour chacune d’entre elle.

       Tout au long du parcours le groupe resta fraternellement soudé. Chacun à sa manière et selon sa forme du jour a pu s’exprimer en montagne. Les consignes de sécurité ont été suivies à la lettre, celle donnée de s’attendre au sommet des cols fut toujours respectée. Avec un peu d'imagination, J'entends le son de la corne de brume que Bernard portait autour du cou et avec laquelle il nous annonçait fièrement le sommet du col qu'il venait de franchir après nous avoir largué. Au terme de rudes empoignades, c'est ainsi qu'il est devenu le maillot à pois de notre Thonon-Trieste.

       Randonnée Alpine s’il en est, Thonon-Trieste offre une grande diversités d’attraits touristiques ( je mettrais toutefois un bémol sur la traversée de Udine et sur la dernière étape )

      Le circuit établi par Georges Rossini comporte un florilège de cols parmi les plus prestigieux d’Europe. Le Simplon, Le Splugen, La Bernina, Le Selvio et ses 2757 mètres comptent parmi eux. Les Dolomites et ses montagnes dressées tels des géants immobiles resteront le souvenir suprême de mon Thonon-Trieste.

       Si la randonnée est superbe, elle reste des plus exigeantes que je connaisse. Pour des cyclistes roulant en autonomie, même les douze jours octroyés pour en boucler le circuit ne sont pas un luxe de générosité. Un ou deux jours d’intempéries rencontrées en haute montagne ou une panne de jambes risquaient de nous mettre hors délai.

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                                                                                                                                                          Le mot du concepteur du raid ''Thonon-Trieste'' cyclo.                 

                                                                                                 

 

    

 

                                                                                             

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                                                  1986 . Comme nous l’avions envisagé au terme de notre huitième étape, Pierrot et moi avons refait, en famille, un Thonon-Trieste en camping car. Le séjour fut magnifique. Mon fils de 10 ans alors, accompagné de Pierrot, est monté au refuge Auronzo et aux tri cimes avec un V.T.T pendant que je guidais le reste de la troupe sur un sentier de randonnées pédestres.

      Nous sommes allés rendre visite à Paolo Bastiani. Un carton de vin des côtes du Rhône et des tee-shirt décorés du blason du Palais des Papes d’Avignon pour les enfants se voulaient être une marque de reconnaissance adressée à cette personne d’exception.

      Arrivés à Trieste, nous avons fait une large incursion sur le territoire de ce qui reste aujourd’hui l’ancienne Yougoslavie. L’accueil de la population y fut fort agréable, mais je découvrais un monde qui n’avait rien de nouveau. L’agriculture, riche et abondante que nous venions de quitter se trouvait être misérable coté étranger. Dans les campagnes, les maisons faisaient triste mine et les habitants étaient vêtus pauvrement. Je ne reconnaissais rien de ce qui était écrit sur les revues que lisait mon Père alors que j’étais adolescent. Il n’était, hélas plus parmi nous pour me questionner sur les images que je ramenais de mon voyage, mais si tel avait été le cas, j’aurais menti pour ne pas le décevoir, pour ne pas le priver de croire en son idéal.

 

                                               ------------------------------

 

       Le voyage est terminé. Il fut en tout point beau. L’écrire me l’a fait découvrir d’une façon différente qu’à vélo. Je me suis aidé de mes notes et de celles prises sur le carnet rouge d’Hubert. Ce voyage je l’ai également fait de mémoire et j’en ai retenu celle du cœur.

      Ces quelques lignes, enfin, pour dire que si nous devions repartir aujourd’hui, deux d’entre nous manqueraient à l’appel. Je ne pouvais pas, je ne voulais pas clore ce retour vers mes souvenirs, mes moments de bonheur, sans exprimer mes pensées affectueuses à l’adresse d’Anna, l’Epouse de Pierrot. Sans un salut à Georges qui, de camarade de rencontre qu'il fut au départ, était devenu un compagnon de route fort appréciable. Pour eux, vous l’aurez compris, le temps, depuis s’est arrêté.

 

 

      Merci pour votre fidélité et pour vos commentaires portés sur ce récit. Il me reste à vous souhaiter de bonnes vacances. Amis (es) cyclos, à vous, de belles randonnées.

       A bientôt pour d'autres....... souvenirs à vous faire partager.

 

                                                                         Bien amicalement.

 

                                                                                 Marcel

    

    

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 15:56

                            Quand la route nous amène à rencontrer….

 

                                        

                              Rien concernant cette soirée du 23 juillet n’était prévu ni prévisible quant à son originalité, à la surprise de croiser sur notre route un tel endroit. Qui parmi nous aurait misé sur la probabilité de se voir accueilli dans une maison comme celle là, un asile pour hommes en quête de repos et de paix. Des Anciens pour la plupart qui ont trouvé là un foyer, une ambiance chaleureuse où échanger sur leur passé devient le discours de leur quotidien.

       Après le repas, après les discussions, après avoir bu les pintes qui nous furent offertes, la plupart d’entre n’ont pas eu envie d’aller monter leur toile de tente. Je ne me rappelle plus si des chambres nous furent proposées, toujours est-il, que ce soir là je dormis dans un bon lit.

       Hubert dit se souvenir que Bernard, Pierrot et Gérard sont allés camper sur les bords d’une petite rivière qui passait tout près de là. Ils auraient ressorti cette histoire de serment, celui du cyclo-campeur refusant tout compromis que nous aurions tenu lors de l’élaboration de notre projet et que nous allions parjurer une nouvelle fois en contrevenant à la sacrosainte règle !!!.

       Ma nuit, malgré le relatif confort du lieu ne fut pas celle des longs fleuves tranquilles. En effet, dès allongé et durant un bon bout de temps, j’eus l’impression d’avoir un Pic-vert à l’intérieur de mon crane, et qui de son bec cognait sur mon cerveau pour en chasser je ne sais quel démon !

                                                                                   

       Habituellement prudent, sans toutefois cracher sur ce qui est bon à boire, hier soir, j’en suis conscient, je me suis laissé aller à des abus que je paie dès les premiers kilomètres sur une route pourtant sans difficulté. Mes jambes ne tournent pas comme à l’ordinaire. Elles s’opposent à cet automatisme qui avait fait d’elles et jusqu’à ce matin, une mécanique bien huilée apportant à mon 650 Valéro la force motrice qui faisait de ma randonneuse une routière fière de son cavalier. Le souffle reste court. Il n’est pas celui des bons jours et l’entrain manque d’allure. Les gouttes de sueur qui perlent sur mon front ne sont pas celles venant témoigner d’un rendement flatteur. Elles n’ont pas gout de sel comme à l’habitude, mais celui de l’excès qui en rend la moiteur pénible.

       A présent la route qui s’étale devant nous est devenue confortable pour nos fessiers. Un vrai régal. Il faut dire que celles rencontrées en montagne n’ont pas épargné notre séant. Les kilomètres de tape-cul endurés dans le Giau et dans le Ciampigotto ont, entre autres parties sensibles, laissé des traces au niveau de nos lombaires. Fort heureusement la suite s’annonce plus humaine, l’essentiel de ce qui nous reste à faire devant se trouver, en principe, en fond de vallée et en plaine.

       La route descend. La suée prise dès le départ semble avoir eu raison du reliquat de libation qui parasitait mon métabolisme. Un petit air frais finit de sécher une peau dont les pores rejettent les dernières vapeurs d’alcool. Je suis redevenu un être fréquentable. Je suis à nouveau bien dans mes chaussures et le train est devenu celui du randonneur désirant en découdre avec le chemin qu’il lui reste à parcourir.

       A l’occasion de ce laps de temps, celui qu’il me fallu pour récupérer un peu de ma forme me fait toucher du doigt qu’en pareille circonstance et au cours d’une épreuve de ce type, un écart de tenue à table peut mettre en difficulté tout cyclo même bien préparé. L’incident est clos, mais je sais qu’il me servira de leçon pour l’avenir.

       Nous traversons depuis le début de l'après midi de jolies villages de moyenne montagne. Nous entrons dans Le Frioul. La route longe de grandes étendues d’herbe à fourrage et des champs de maïs. Ici la vie paysanne reste celle des temps anciens. Dans les alpages, le travail se fait à la faux ou avec des motofaucheuses archaïques. Le foin est ratissé à la main par des femmes grâce à de grands râteaux de fabrication artisanale puis sanglé sur un traineau en bois tiré par des vaches attelées à un d’un joug qui leur tenaille la tête. Ces scènes me rappellent une partie de ma jeunesse passée sur le plateau ardéchois fin des années quarante vers la Croix de Bauzon et Saint-Cirgues-en-montagne. Certaines fermes, là, également, sont recouvertes d’un toit fait avec des genets. De petits chalets, abris occasionnels, s’éparpillent dans la campagne marquant pour chacun d’eux une propriété différente.

       La contrée reste marquée par le terrible tremblement de terre survenue le 6 Mai 1976 et qui fit dans la région de Gémola Del Friuli, épicentre de la secousse, un millier de victimes et 45000 sans abris. Les maisons de village, les monuments, les habitations des campagnes gardent encore visibles les stigmates du séisme. A en juger par la fraîcheur des travaux, des tronçons de route viennent seulement d’être rétablis sur leur itinéraire original.

       Dans la descente de Val Pésarina, au milieu de la place d’un hameau, une tour, qui fut peut être un clocher de chapelle, s’est prise d’un mimétisme dangereux pour son équilibre. Bien plus modeste que celle de Pise, elle a tout de même attiré notre attention par son côté insolite!    

 

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       Au loin, mais très loin déjà, les derniers sommets aux chapeaux que le ciel reblanchie régulièrement même en été ne sont plus que des silhouettes aux contours imprécis. Mes souvenirs vécus parmi eux se forgent pour que je n’en perde pas la fraîcheur. Subitement je me sens pris de tristesse à l’idée que peut être jamais plus je n’aurai le privilège de les côtoyer à nouveau. Il y a bien ce projet évoqué avec Pierrot d’y amener nos familles pour les vacances prochaines, mais rien n’est encore sur et encore faut-il que nos épouses et nos enfants partagent notre enthousiasme pour ce monde qui ne leur est pas familier.

       A défaut de grands cols, l’étape nous réserve encore des surprises. Une succession de bosses nous rappellent que les plages de Trieste seront pour plus tard. Nous ne sommes plus qu’à quelques centaines de mètres d’altitude et la chaleur se fait écrasante. Sous cette canicule, les rempillons deviennent des murs.

       Entre Zuglio et Tolmezzo, le Sieur Rossini, qui je le rappelle est l’organisateur du raid, a placé un dernier obstacle pour que l’on se souvienne de lui !!!. Une petite route dont le tracé sur la carte apparaît en pointillé nous indique La Sella Macilie.

       Deux petits vieux assis sous un figuier nous regardent nous engager sur ce semblant de chaussée. Je les entends murmurer je ne sais quel propos. Ils se demandent sans doute si nous ne sommes pas fous pour prendre une direction qui, pour les étrangers que nous sommes est censée conduire vers nulle part. Aucun panneau en effet n’en signale une destination pour un quelconque lieu.

       Le goudron ou ce qu’il en reste a laissé place à des espaces herbeux et à de  nombreux nids de poule. La difficulté de la pente me surprend au point de devoir utiliser mes braquets de haute montagne. Pas étonnant après avoir revu la ‘’Michelin’’,trois chevrons y sont mentionnés, ce qui situe la dénivelée au dessus des dix pour cent.

       De tels efforts pour gravir le Stelvio ou tout autre grand col sont stimulés par la réputation de l’épreuve. Là, la motivation faisant défaut, je dûs faire appel à un orgueil peu louable pour ne pas poser le pied devant ce qui n’était qu’un insignifiant monticule au regard des montagnes que j’ai grimpé depuis Thonon.

       Le mental, quel allié précieux et secourable dans les moments où le physique menace de vous abandonner, de vous jeter en pâture à la face des camarades qui se veulent fringants!     

 

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    La providence d’une fontaine en bord de chemin vient à mon secours alors que je suis à bout de force. Trainant en queue de peleton, c’est au bout d’une petite ligne droite que je vois un attroupement s’agiter autour d’un point d’eau. Comme le font souvent les gamins en été, mes compagnons s’arrosent copieusement avec pour spectateurs quelques personnes assises devant leur maison et que leurs jeux semblent amuser.

       Quel réconfort que la fraîcheur du lieu et celui de savoir que je ne suis pas le seul à être ‘’cuit’’. Car tout gentil qu’ils soient, à les voir à moitié dévêtus et assoiffés, je peux légitimement penser qu’ils ne sont pas là uniquement pour m’attendre, mais bien pour se refaire la cerise, se ‘’repomper’’.

       Il nous est indiqué par les habitants du hameau, sans toutefois tomber d’accord entre eux sur une distance précise, qu’il reste encore trois ou quatre, peut être cinq kilomètres pour atteindre le sommet.

       La chaleur est lourde. Des brigades de mouches à vaches suivent notre lente progression vers l’une de ces hauteurs qui nous parait être le terme de l’ascension. Pas facile de garder, entouré d’un essaim de bestioles prêtent à se laisser avaler, le contrôle de sa respiration que l’effort accélère. Désagréable est un doux euphémisme au regard du danger que cela peut représenter et au dégout de savoir son visage recouvert de ces insectes vivants sur des animaux de fermes que l’on imagine crottés !!! .

       Un’’ merde’’ sonore nous sort de notre torpeur. Hubert vient subitement de se rendre compte que le soleil lui brule les yeux et qu’il a du mal à éviter les trous qui ornent le chemin. Un second ‘’merde de merde’’ nous fait savoir qu’il a oublié ses lunettes solaires et qui de plus lui servent à corriger un problème de vue. A vouloir faire le fou, il a omis de les récupérer alors qu’il les avait posée sur le chapeau de la fontaine qui se trouve à présent deux kilomètres plus bas. Bernard, qui par miracle ne parait pas en ce jour souffrir de la chaleur, n’a pas entendu les manifestations de dépit de son ami. Il caracolait à quelques longueurs d’avance et semblait déjà parti pour faire honneur à son maillot à pois qu’il avait pourtant définitivement gagné lors des ascensions précédentes.

 

 

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Exeptionnel: Hubert (devant en danseuse!), sans ses lunettes.... 

 

       Je ne sais plus qui a accompagné l’étourdi dans son aller-retour vers cette fontaine qui ne se voulait plus providentielle, car l’obligeant à devoir remonter une seconde fois une portion de route difficile. Pour ma part, et n’ayant pas été sollicité pour faire demi-tour, c’est à ma main et avec les ressources qui me restaient que je rejoignis Bernard. Content de lui, le regard fixant le dernier tronçon du chemin pour ne rien perdre sur l'ordre des arrivants, il se prélassait sur un confortable matelas d’herbes coupées .

       La descente ne fut pas une récompense comme l’espère tout cyclo qui a dû s’arracher pour en gravir sa pente. Elle s’avéra fort dangereuse à cause d’une chaussée défoncée et d’un tracé aux virages en épingles serrées. Personnellement je fus frustré de ce plaisir, car dans La Selle Macilie il me fallu m’accrocher aux freins sur plusieurs kilomètres avant de retrouver une route, une vraie, sur laquelle il est bon de se laisser glisser .

       Nous retrouvons la plaine. L’approche de Tolmezzo, ville relativement importante, nous fait cohabiter avec son flot de voitures et autres engins motorisés dont les pétarades et la puanteur des gaz d’échappement nous font regretter les chemins de l’arrière pays. Sans transition nous sommes rappelés à une réalité que ces onze jours de montagne nous avaient presque fait oublier. Certes, depuis la sortie des Dolomites, notre avancée sur Trieste devenait de plus en plus présente dans un imaginaire que nous pensions urbanisé. Le bruit, la chaleur devenue étouffante sont autant de changements subits qui nous surprennent désagréablement.

       Nous arrivons au pied du dernier col répertoriés parmi la litanie de Passo et autres qualificatifs que présentent notre feuille de route. Le Monte-Croce sera en effet l’ultime portion de route avant Trieste où nous devrons utiliser les petits plateaux.

       Rien de méchant, seulement quelques kilomètres à trois pour cent, mais le cœur n’y est plus. La fin du voyage que je sais pour demain provoque subitement en moi comme une déprime. J’entrevois le départ, la séparation comme une fin pour laquelle je ne me suis pas préparé. L’intensité, l’action qui orchestraient nos journées n’ont pas laissé de place à ce type de réflexions, ou inconsciemment ont refoulé le temps de cette échéance. 

 

 

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Hubert, bien avant Amstrong, savait couper les virages! 

 

 

       Un sentiment entre nostalgie et fierté m’envahit. Comme dans un flash-back, un retour sur les jours passés me laissent entrevoir une vision précise des sites traversés. Rapidement je retrouve une réalité me rappelant combien furent riches ces jours derniers. Combien fut forte notre camaraderie et notre entraide. Combien mon plaisir fut grand a gravir le Simplon, le Stelvio, La Maloja dans cette lutte fraternelle avec Bernard pour se disputer, tels des cadets, les pois fictifs du maillot du grimpeur. Les montagnes et leurs neiges éternelles, le profil de ses routes me manquent déjà. La longue traversée des Dolomites, le souvenir tout frais de ses sites mythiques, heureusement, sont là pour m’aider à dépasser une langueur qui me gagne.

       Je suis à l’arrière du groupe. Une large avenue nous fait traverser Udine. Cette fin d’étape est un enfer. La circulation y est dense et les panneaux signalant des stops pour les voies transversales sur lesquelles déboulent les vespas et autres deux roues motorisées sont souvent ignorés par leurs jeunes pilotes. Nos récriminations n’ont pas d’écho et nous comprenons qu’il va falloir se garder de toute part et se garer si l’urgence l’exige. Pierrot, adroit comme un singe l’a compris depuis un bout de temps. Pour se soustraire aux risques, il fait du gymkhana sur les trottoirs avec une maestria à faire pâlir les acrobates.

       A un tour de rôle auquel je ne participe plus, étant à la ramasse depuis des kilomètres déjà, c’est le plus souvent Bernard et Hubert qui nous sortent de la ville en direction de Gorizia ............ à la recherche d’un camping.

        Nous ne sommes plus qu’à une trentaine de kilomètres de l’Adriatique et les cyclos, pour une nuit seulement n’intéressent pas ces lieux d’hébergement que les touristes aux longs séjours ont pris d’assaut depuis le début de Juillet. La décision est prise de quitter la nationale et ses lignes droites décourageantes pour pénétrer dans les terres, espérant y dénicher un endroit paisible pour manger et y planter notre toile de tente.

       Quelque peu perdu et cherchant un chemin conduisant vers un village, une rencontre mis un terme à la crainte de nous retrouver à la belle étoile et un reliquat de pique-nique pour repas du soir. Un homme que nous avons hélé pour des renseignements nous propose sans façon, le plus naturellement du monde, d’aller chez lui.

       Dans une spontanéité désarmante pour nous qui n’en demandions pas autant, il nous fait signe de le suivre jusqu’à Capriva di Friuli où il nous dit tenir une auberge. Quelques kilomètres derrière sa voiture qu’il conduit lentement, nous voila à l’entrée d’une ancienne habitation plantée au milieu de la campagne.

       L’homme qui parle un Français correct nous montre un grand espace où nous installer pour la nuit. Toujours, et comme si cela était naturel, il met à notre disposition la salle d’eau de l’établissement, et, sans que nous ayons le temps de lui manifester quelques remerciements, il nous invite à l’une de ses tables pour le diner. 

 

                                      numérisation0010-copie-2

 

Paolo, en fond de table, droit sur la photo.

 

 

 

       Si, pour ce qui me concerne l’étape de ce mardi 24 juillet fut difficile, non à cause du tracé, mais à celui de mes excès de la veille et d’un coup au moral, je me souviens surtout que c’est au bout de cette route que nous avons rencontré Paolo Bastiani, ancien footballeur stagiaire au Paris-Saint Germain dans les années 1970. Surprenant ce Samaritain qui nous donna l’hospitalité comme si nous étions des membres de sa famille. 

                                                                                                                   

                                                                                                                        

       Le Ristorante Alla Tavernetta accueillit ce soir là, exceptionnellement, outre sa clientèle habituelle composée d’une jeunesse fêtarde, six routards égarés et surpris de leur aubaine. Rencontre hors du commun que ce Paolo. Alors que la nuit tombait, alors que nous étions plus ou moins égarés sur une route qui paraissait ne mener nulle part, il nous apparut tel un sauveur.

 

                                          numérisation0012-copie-2

  

     

           Demain nous serons rendus à Trieste. L’aventure pour ce raid en cyclo-camping se terminera.

       J’espère vous retrouver pour cette dernière étape et à l’occasion des prochains récits auxquels je pense pour vous.

 

       Sachez que depuis janvier 2011 où j’ai commencé à mettre en ligne des articles sur mon blog, grâce au bouche à oreille, près de 7000 pages en ont été lues.

 

                                                   Merci à vous

 

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 20:27

                   

 

                                        Quand le plaisir du jour fait suite à celui de la veille.                                         

                                                                                                                                                                                                      mes numérisations 015

 

 

                                 Hier, pour le plaisir des yeux, la journée a été de celles qui laissent de magnifiques souvenirs. Elle fut également très sportive. De nombreux cols ont jalonné le parcours, mettant parfois à rude épreuve les bonshommes et le matériel. Des paysages de cartes postales n’ont eu de cesse de défiler pour nous au fil des kilomètres, et comme dans la chèvre de monsieur Seguin, la nature des lieux semblait être là pour saluer notre passage

       Le Giau ? Que vous dire de plus de ce que j’en ai écrit dans le récit marquant l’étape de la veille. Si ce n’est en rappeler son chemin pour la randonnée pédestre en guise de route afin d'en rendre encore plus méritante la marque d’en atteindre son sommet.

      Le Passo Tri Crocci couronné de cette particularité qui est d’avoir, bâtie en haut de sa montagne, une chapelle surmontée de trois croix en référence à celles du Christ, de Dimas et de Gestas, les deux Larrons. Symbole qui se veut fort pour ramener, sans doute, les hommes à relativiser leur notion de souffrance et à les conduire à plus de modestie au regard de la cène du calvaire !!!!.

        Les Tri Cimes où il fallu, alors que le campement pour la nuit se trouvait à Misurina, escalader sa pente au prix d’un effort mémorable pour se voir apposer un tampon sur notre carnet de route. Pas n’importe quel cachet tout de même, car il validait une étape à la dimension monumentale.

       Misurina et son glacier. Lui, qui tel Narcisse, vient se mirer dans le lac dont l’eau teintée d’un vert émeraude en renvoi un sosie aux contours que l’onde fait trembloter, fut la surprise du soir.  Ainsi se veut le résumé des faits notables qui sont venus clôturer une épopée, que j’ai pour ma part inscrite au registre d’une chronique d’exception.

       A propos du lac, je ne peux pas résister d'en raconter succinctement ce qui en aurait fait son origine :

       Il y a très longtemps, dans les Dolomites vivait le roi Sorapis. L’homme était un géant. Misurina sa fille était naine, disgracieuse et égoïste. Elle était, de surcroît, associable, envieuse et jalouse des femmes de son peuple au point que tout le monde cherchait à l’éviter. Un jour, elle appris l’existence d’un miroir magique qui avait la propriété de satisfaire les requêtes qui lui étaient adressées. Ayant établi la liste de ce qui allait faire d’elle l’autorité dont elle rêvait, elle ordonna à son père d’aller quérir l’objet. Le roi alla solliciter la fée Mont-Cristallo qui en était l’heureuse possédante. Elle le lui céda à la condition qu'il accepte de se faire encore plus grand, de se faire montagne afin de venir abriter du soleil les fleurs de son jardin. Le roi accepta. De retour dans son royaume, et selon le souhait de le Fée, encore plus géant qu’il n’était à son départ, il s'approcha de sa fille puis la souleva à la hauteur de son visage pour lui parler, la raisonner à propos de ses exigences au sujet du miroir. La hauteur inhabituelle à laquelle il l’a hissa lui donna un tel vertige qu'elle alla s'écraser aux pieds de son père. L'avidité avec laquelle elle voulu saisir le trophée lui faisant perdre toute notion de prudence.

      La légende dit que le chagrin du roi fut si grand que ses larmes formèrent un lac. Quant au miroir, c’est lui, dit encore la légende, qui renvoit du fond de ses eaux l'image de cette montagne qui ne serait autre que celle de Soparis.

Moralité: L'ambition cultivée jusqu'à la démesure risque de faire choir de haut...qui s'y risque.

 

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                                            Le lac de Misurina

 

      Après une douche prise dans l’une de ces minuscules cabines métalliques qui équipaient les campings italiens de l’époque, nous voila installés à la table d’une auberge commémorant les exploits des alpinistes s’étant, entre autres courses, illustrés dans les Dolomites. Parmi eux, figure une magnifique photo de Walter Bonatti autour de laquelle trône un piolet des années cinquante et une corde statique lovée selon la technique montagnarde. Une paire de raquettes, des bâtons sensés lui avoir appartenus terminent l’espace décoratif qui lui a été octroyé sur un pan de mur blanchi à la chaux.

      Imaginer comment ces hommes ont approché la montagne me fascine et m’interpelle à la fois. A cette époque, mais encore aujourd’hui, combien de ces pionniers sont morts ou meurent pour cette confrontation entre ses éminences hostiles et l’ambition de l’homme à vouloir dominer ses sommets. L’histoire comptent à leurs sujets nombre drames ayant coûté l’existence à certains d’entre eux.

       Pour être le premier à planter un drapeau, pour fouler de leurs pas un espace jusqu’alors resté vierge, des comportements pour le moins surprenants ont entachés des réputations, qui par ailleurs et dans d’autres temps furent acquises au terme de véritables exploits. La lutte entre la haute, voire la très haute montagne et l’homme reste un combat impitoyable. Des enjeux aux caractères divers ont parfois eu raison sur la raison de ces conquérants, au point d’en perdre tout discernement. Si la vue de ces pièces de collections me rappellent leurs prouesses et leurs performances, je ne peux cependant les dissocier de faits divers, de rumeurs qui me font froid dans le dos.

       Mais à ce qui fut obscur, je ne veux retenir au sujet de leur histoire que celles qui les a mis à l’honneur pour des sauvetages effectués au péril de leur vie.

 

      Le restaurant est animé par des clients du terroir. Leurs conversations sont dignes d’un répertoire théâtral. Ils en jouent, cela ne fait aucun doute. Des gestes démonstratifs viennent jusqu’à nous souligner certains de leurs propos. Le ton de leur voix se gradue en fonction de leurs commentaires. Loin d’en comprendre toutes les nuances et la précision d’un vocabulaire sans doute local, le rire communicatif qu'ils génèrent nous permet, d’un regard amusé, de prendre part à leurs joutes oratoires. L’ambiance bon enfant, la cuisine italienne et le vin qui nous est servi sans modération par de généreux habitués des lieux, effacent comme par miracle les traces de notre dure journée.

       Durant notre parcours, mais plus particulièrement en région de montagne, les Italiens nous ont toujours très bien accueilli. Savoir d’où nous venions et par le tracé des routes empruntées, suscitaient chez ces hommes des élans d’une fraternité attachante. Nos vélos chargés ras les sacoches les faisaient nous regarder d’un œil compatissant. Pour se convaincre du poids que nous trimbalions, certains n’hésitaient pas à les soulever, ce qui nous valait des qualificatifs plutôt flatteurs et dont les termes n’avaient plus rien à voir avec la bicyclette !!!.

 

       23 Juillet 1985. Le soleil se lève sur le lac de Misurina, avec, toujours, étendue sur son eau, l’image géante du glacier qui le surplombe.

       Le début de la nuit fut perturbée par des noctambules qui avaient eu sans doute de bonnes raisons d’arroser un anniversaire ou le plaisir de fêter quelques retrouvailles. Les Italiens sont en vacances alors quoi de plus normal que d’en célébrer le temps  !!!!

       Rapidement, le froid vint ajouter à mon insomnie un désagrément supplémentaire à ma quête de sommeil. Rien d’étonnant, l’altitude accuse ici 1754 mètres et la neige encercle le panorama sur presque 360 degrés.

     En quittant Misurina, nous croisons à nouveau, mais pour la dernière fois, le cyclo-clodo, ainsi baptisé par Hubert. Sans jamais l’avoir rencontré sur notre itinéraire, bizarrement nous nous retrouvons à nouveau au moment de notre départ. A deux reprises déjà la situation s’est produite lors d’étapes précédentes. Ce matin, il sortait d’un bois dans lequel il nous dit avoir dormi en expliquant qu’il refusait de payer un emplacement de camping !!!

      L’homme, la quarantaine est grand. A regarder son vélo et son équipement en braquets, il doit être bougrement costaud. En effet, sa bicyclette n’a que deux plateaux à l’avant et ses pignons arrières ne doivent pas aller au-delà de 25 dents. Peu bavard, il s’exprime dans un bon français. Nous en déduisons qu’il est des nôtres mais sans aller jusqu’à lui poser la question. C’est, probablement, un coté rebelle ou marginal qui le pousse à faire son Thonon-Trieste en dehors des conventions ordinaires. A moins que ce ne soit par nécessité, mais dans ce cas, sa tenue vestimentaire le trahit, car elle est de bon goût et d’un certain luxe.

       Il est, comme celle là, des rencontres fugitives qui interrogent. Qui sans être lisses, mettent dans l’embarras son interlocuteur. Rien chez la personne n’exprimant un quelconque souhait de nature à pouvoir lui donner une suite.

 

                                                mes numérisations 009

 

       La journée s’annonce belle. Une fine couronne de nuages blancs entoure les Tri cimes. Au sujet de ces gigantesques aiguilles, en fait, deux seulement sont visibles d’où que l’on se trouve. L’exception nous a t’on dit, est de monter jusqu’à la chapelle se situant au dessus du refuge Arronzo où de là, parait il, la troisième apparaît, mais pour nous il est trop tard pour aller vérifier !!!!. Nous y étions tout près hier soir, mais ignorant du fait, nous n’avons pas cru bon d’aller nous échiner au milieu des pèlerins endimanchés. Ceci dit, nous croyons sur parole notre informateur, d’autant que les cartes postales en témoignent.

        

                                                                           Les Tri Cimes.                                                                                   

                                                                                                                                                                                                                      numérisation0002-copie-6   

                   

      Aujourd’hui, une portion du circuit va consister à contourner la chaîne montagneuse des Tri cimes. Au loin, l’on aperçoit Auronzo di Cadore. La route descend en pente douce vers une vallée qui s’élargie ainsi que la voie de circulation sur laquelle nous rencontrons beaucoup de véhicules.                                                             

        Padola. Dans cet région, l'Italie touche l’Autriche. De splendides chalets aux façades décorées de cènes paysannes ou religieuses de style tyrolien fleurissent sur les hauteurs du coté droit de la chaussée. Ils rappellent qu’une redistribution des frontières suite au dernier conflit mondial les a rendus italiens. Implantés au milieu d’alpages verdoyants distingués de milliers de fleurs fourragères, ils exposent avec fierté cet art pictural que nous avons également rencontré au cours de notre passage en Suisse.

 

                                             TYROL

 

        Roue dans roue, nous avançons à une allure raisonnable. C’est l’attitude la plus économique en énergie pour se protéger des courants thermiques que l’on a de face dans les vallées l’après midi. Ces courants sont générés par l’air se réchauffant à basse altitude et qui, allégé, remonte vers les sommets. Le passage à l’avant se fait à tour de rôle. Je dois reconnaître que sur ce type de terrain il m’est difficile d’honorer pleinement mon contrat. Mes cinquante neuf kilos de départ et sans doute deux de moins à ce jour, ne me permettent pas de tirer du braquet. Généreusement, Bernard, Hubert, Pierrot et Gérard bouchent les trous que je laisse en sautant mes relais. J’ai remarqué que Georges, également, se faisait volontairement oublier en queue de file !!!. Personnellement, je n’ai jamais eu d’aptitude pour ce genre d’exercice, alors, comme disent les pros, je reste dans les roulettes. C’est à dire à l’abri, collé à la roue libre de celui qui me précéde!

 

 

                                         mes numérisations 014

 

Paysage suréaliste: Les Dolomites  

 

 

        Nous avons toujours à vue d’œil les grandes montagnes sur lesquelles, hier, nous avons crapahuté une partie de la journée. Un changement de direction, une route plus étroite nous font amorcer l’ascension d’un col non répertorié sur notre bock, qui cependant est bien dans la direction de Saint Stéphano di Cadore, ville par laquelle nous devons passer. Rien de bien méchant, mais il faut remettre en route la moulinette, les muscles n’ont pas éliminé toutes les traces des efforts de la veille. Nous savons d’autre part qu’en fin de journée nous attend le Ciampigotto. Celui là est bien noté sur nos tablettes et son profil repéré sur la carte routière mentionne les chevrons de la colère, de ceux qui nous prédisent des sueurs à venir. Alors vous comprendrez que pour cette mise en bouche la prudence fut de mise et qu’aucune attaque ne fusa !!!!

       Au carrefour des Tri-Ponti, l’achevoir, l’ultime grand col de Thonon-Trieste nous est annoncé d’une façon qui tapa dans l’œil de Pierrot, dont la langue italienne n’a pas de secret. Une inscription particulière et de nature à éveiller l’attention des plus septiques s'affiche sur un coin de mur au regard des passants. L’annonce est claire, une prophétie nous est promise si nous parvenons à venir à bout de la difficulté de ce passage, qui, de réputation locale se veut très difficilement franchissable à vélo! 

 

                                                numérisation0004-copie-3

 

     La surprise d'une telle révélation valait bien un moment de pause, qui par ailleurs  fut mise à profit pour des commentaires les plus divers sur le sujet. Nos discussions bruyamment animées par le contenu d’un tel message avaient attiré l’attention de quelques jeunes personnes promenant dans le coin. Il s’en suivi des  échanges de courtoisie. A la question posée par je ne sais plus qui du groupe sur la difficulté du col et nos possibilités à pouvoir le gravir sans encombre, la réponse fut ..... pour vous ....oui,.... mais !!!.

       C’est la que je vis, habillée d’un rire moqueur, l’une des jeunes filles lever sans discrétion le doigt et le pointer dans ma direction, puis vers celle de Pierrot et répondre, les lèvres pincées :

-Vous, les plus jeunes,..... vous pouvez y arriver,..... mais pas les deux vieux !!!!!

Sans avoir eu besoin de la traduction, je pris la mesure de l’affront. Restant muet par politesse mais surtout par crainte d’être impertinent, c’est l’allure fière et la tête haute que je pris mon vélo pour l’enfourcher avec l’assurance de savoir pouvoir faire mentir la belle effrontée !!!!!

       Le peu de route que l’on aperçoit dès l’amorce du col laisse augurer de notre peine à venir. Le revêtement est de mauvaise qualité. La pente doit tourner aux alentours des dix pour cent, c’est vous dire combien il faut appuyer, esquicher sur les pédales pour seulement arriver à avancer à pas d’homme.

      Quelques kilomètres de parcourus et une surprise nous rattrape au détour d’un virage, ….à moins qu’il s’agisse d’une épreuve commanditée par quelque lutin!!!.Il n’y a pratiquement plus de route devant nous, un chemin caillouteux la remplace. A en juger par la fraîcheur des dégâts, un gigantesque éboulement est passé par là depuis peu. Il a emporté avec lui des milliers de mètres cubes de terre et de rochers, obstruant de ses masses le lit du torrent qui coule au fond de la vallée. Depuis l’ascension du Giau nous sommes rompus à ce type d’exercice, à rouler  entre trous et bosses, mais là ça commence à bien faire!

 

                                                          numérisation0003-copie-2

 

                             Mieux vaut rouler sur la gauche, le côté droit présente des risques....

 

       Sur la pancarte, il était bien question de Madone et Gésu, de « riccordé » que mon italien approximatif m’a fait confondre avec rencontre au lieu de rappelle, mais là, le moment présent n’est pas à l’espoir de s’entendre encourager par des Divinités célestes. Il fallait, et selon l’adage -Aide toi le ciel t’aidera-, démontrer, en toute humilité pour ne froisser personne, que nous devions nous en sortir par nous même. La chose fut faite en puisant au fond de ce qui nous restait de réserve, mais sans avoir eu à aller au-delà du possible. Par pudeur, la plus grande discrétion régna quant à savoir si l’un d’entre nous s’était senti, dans les moments de doute, gratifié de poussettes émanant d’attentions particulières. 

 

                                              numérisation0005

 

                                  Je vous le disais, Hubert prend des photos en roulant.

 

       Au bas du col, une « strada bianca », une route stabilisée avec ce qui ressemble à de la ‘’clapicette’, reliée plus loin à une chaussée conforme à une voie de circulation dite normale nous amènent à Prato-Carnico, le terme de notre étape.

 

                                                             Un très grand bâtiment, construit au milieu de rien, au fronton décoré d’une immense fresque représentant une faucille et un marteau attire notre attention. Il sera, et peut être le fut il par défaut, notre restaurant pour le soir. Une salle immense comprenant un nombre impressionnant de tables font offices de salle à manger. Nous entrons là dans un lieu singulier et où l’ambiance y est étrange. Des dizaines de regards, qui au demeurant se veulent discrets et sympathiques, nous suivent jusqu’à la table qui nous est attribuée par une corpulente serveuse.

       Subitement un doute s’installe au sein du groupe. Et si nous nous étions égarés en investissant un lieu seulement réservé aux adhérents liés à l’insigne incrustée dans la façade ? En fait nous ne le saurons jamais, n’ayant pas posé la question et aucune remarque ne nous ayant été faite à ce sujet.

       Il s’agissait en fait d’une Maison du Peuple comme il s’en trouve encore dans certaines régions pauvres d'Italie. Ces établissements sont mis à la disposition des travailleurs ou des retraités aux revenus bas qui ont là le gîte et le couvert selon certaines modalités

      Si lors de notre entrée, les décibels émanant des conversations avaient sensiblement baissés de leur intensité, à présent un flux sonore remplit à nouveau la salle. Aucune carte de menus nous est proposée, en revanche des plats de pâtes, de légumes nous sont servis par la Mama qui fut notre hôtesse d’accueil.

       Étrange sensation que celle de ne plus, de ne pas savoir si nous ne sommes pas en situation d’abus au détriment de ces hommes, âgés pour la plupart. Je précise hommes, car à part certains membres du personnel, je ne me souviens pas d’avoir croisé un regard de femme.

       Surprenant également de se voir amener une bouteille cachetée par deux hommes âgés alors que nous n’avions commandé qu’une carafe de vin ordinaire.

       Émouvant que de voir s’approcher en direction de notre table deux êtres fragiles. Puis s’arrêtant à une distance respectueuse pour ne pas être vécus pour des personnes agressives ou dérangeantes, venir nous parler de leur passé dans l’hexagone. Ils avaient été maçons, puis avaient travaillé dans des vignobles, puis étaient revenus au pays au milieu des leurs. Ils se rassemblent régulièrement sous le toit protecteur de cette maison. Elle leur assure ce qui leur reste d’avenir dans la croyance d’une fraternité qui se percevait au delà des conventions.

      Ce fut une journée, une soirée exceptionnelle. Une de plus sur ce Thonon-Trieste. Cependant je retiens de celle là l’expression de ces visages restés heureux. De ces personnes dont sans doute nous avons, par méprise, peut être, investi leur espace et qui nous ont reçu comme des invités. Je retiens le plaisir qu’ils ont eu à nous parler de chez nous, de la France dans un discours de reconnaissance.

      Je retiens de cette soirée le bonheur qu'il m’a été donné de vivre auprès de ces gens de rencontre. Le bonheur d'une histoire,  de souvenirs offerts par le cœur de ces hommes. Souvenirs dont je me fais le devoir de vous en faire partager l'écho.

 

 

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