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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 20:31

 

                 

                                             Briançon: Ma grange à souvenirs!

                                                                                                                                                                                         

                                    Briançon et alentours.2012 057

                                                                

                                                                                                                         

       En Mars, et ce depuis des années grâce à nos amis jackie et léo, nous avons mon épouse et moi le privilège de pouvoir, avec eux, côtoyer quelques sommets, descendre à ski les pistes du Montgenèvre ou celles de la station de Serre-Chevalier. De faire quelques unes des sublimes balades que propose Briançon, ville autour de laquelle partent de nombreuses randonnées.

 

                                                  Parenthèse                            

 

 

                                          -Cathedrale de Briancon

 

                                               La collégiale de Briançon

                                                  Photo internet 

 

       J’ai découvert Briançon et la grande montagne en Décembre 1958, suite, ou grâce, à mon affectation en qualité d’infirmier militaire à l’unité hospitalière qui se trouvait alors en bas de la Grande Gargouille. Établissement devenu depuis la mairie de la ville. Une année qui compta pour la suite de ma vie professionnelle et au cours de laquelle, au fil des mois, s’affirma ma passion pour la montagne .

 

                                   Briançon et alentours.2012 002

 

                               Sur l'un des sentiers conduisant à Aile-Froide         

 

Je dois ma venue dans les Alpes à un usage, à une règle éteinte depuis, où tout garçon dit normalement constitué devait à la République un temps que la loi déterminait. Ce dernier a fluctué selon les besoins de la Nation. Pour ce qui est de ma classe, la 58/2/A, la durée fut de vingt huit mois.

Le plus heureux, et à certains égards, le plus riche, reste ce temps que j’ai passé dans cette citée de Vauban. Une année où il me fut permis d’apprendre, entre autres perceptions et connaissances, comment pratiquer la montagne pour qu’elle reste une alliée, une partenaire, une passion qui depuis ne m’a plus quitté.

 

Pour la durée restante que je devais accomplir au service de mon pays, je fus invité à découvrir d’autres reliefs. Ceux des Aurès en particulier. Si la montagne que j’ai arpenté là-bas est également très belle, les souvenirs que j’en ai ramené, sans pour autant qu’elle en soit responsable, sont liés à une histoire que l’histoire n’a toujours pas fini d’en écrire tous les chapitres.  

 

                                           Le pont d'Aspheld à Briançon          

                                                                                 

                                                   Pont-d-Aspheld-a-Briancon.jpg                                                     

Les moments les plus heureux restent donc liés à cette période où récemment libéré de ma formation de soignant effectuée en Meurthe et Moselle, le train m’amenait à Briançon. Je débutais là une activité dont je sus dès les premiers moments de ma prise de fonction qu’elle allait être celle qui, une fois rendu à la vie civile, deviendrait l’objectif de ma reconversion professionnelle.

Début décembre 1958, je rendais donc à l’armurerie de Toul mon M.A.S 36, ce fusil de guerre dont la crosse taillée uniquement pour les droitiers me démolit à plusieurs reprises l’épaule. Vous l’aurez compris, je suis gaucher et ce n’est pas l’arrondi qui m’aidait à caler l’arme sous la jointure du bras, mais un angle tranchant. La violence du recul que générait chaque tir d’exercice me traumatisait l’articulation, m’entamait les chairs.

 

Troquer ma tenue kaki pour une blouse blanche fit de moi un militaire particulier au point d’en oublier à plusieurs reprises les contraintes d’une discipline dont j’en omettais la rigueur. Infirmier, je restais malgré tout un soldat aux yeux de ma hiérarchie, ce qui me valut quelques désagréments suite à des absences de salut, ou à des saluts jugés cavaliers. Il m’arrivait en effet, par négligence, par distraction, alors que mes supérieurs attribuaient mon comportement à de l’insolence, de commettre la balourdise de leur adresser un bonjour verbal au lieu de me planter devant eux comme un santon. Comme le voulait le règlement…..

 

Nombreux sont les endroits de la ville qui me rappellent certains événements. Le plus riche en quantité reste bien entendu ce grand bâtiment qui accueillait en son temps les militaires atteints par la tuberculose pulmonaire. Ceux touchés par la forme osseuse étaient soignés dans une annexe qui portait le nom de ’’Château’’. Il s’agit d’un fort Vauban, l’un de ceux mis aujourd’hui à la disposition du public pour diverses manifestations culturelles.

 

                         Briançon et alentours.2012 102

 

A l’entrée de mon bâtiment d’attache, sur la droite, il y avait une conciergerie et un central téléphonique. Il nous appartenait d’en assurer la permanence les dimanches et les jours fériés. Le reste du temps, du personnel civil en avait la responsabilité. C’est à l’occasion de l’une de mes gardes, qu’une rencontre pour le moins étrange, rocambolesque, prit naissance et dont je raconte les contours dans l’un de mes livres*.

 

 

Tout autre chose pour ce qui est de l’anecdote qui suit. Remontant une petite rue qui contourne l’édifice, la fenêtre du dortoir dans lequel nous couchions me ramène à cette fin d’après midi ou l’un de nos camarades de chambrée se jeta dans le vide suite à la lecture d’un courrier qui lui annonçait la fin de non recevoir de sa petite amie. Je peux le raconter car sa chute n’eut pas de conséquence. C’était encore l’hiver et l’infortuné se retrouva à demi enfoui dans une bonne épaisseur de neige, le visage quelque peu brûlé par la surface croûtée du matelas de circonstance.

 

                                     Briancon-et-alentours.2012-103.jpg

 

                                             La fameuse fenêtre!               

 

Il était drôle ce copain, un brin fanfaron, un brin exhibitionniste. Il parlait sans aucune retenue de sa fiancée, qui dans les lettres qu'il recevait d’elle, contenaient……… des éléments de son service pileux. Ce jour là nous ne sûmes pas si le courrier de rupture renfermait le supplément habituel, car tout en courant vers l’ouverture, il mit en miette l’enveloppe et son contenu.

Échange pour le moins surprenant lié à des subtilités coquines. Ils avaient, nous avions tous vingt ans, c’était il y a……

Dans un tout autre registre au plan des souvenirs, il me fut offert par l’aumônier de l’hôpital, curé de la ville, l’opportunité d’animer ponctuellement un groupe d’adolescents. Mon dossier militaire mentionnant que j’étais titulaire d’un diplôme de moniteur de colonies de vacances, ancêtre du B.A.F.A, il fit en sorte de m’obtenir des permissions pour accompagner les jeunes du patronage paroissial dans le cadre de sorties de plein air. 

 

                                     N.D-des-Neiges.jpg

 

                                              N.D des Neiges. Photo internet.

 

La chapelle de N.D des Neiges en fut l’une des toutes premières. Je n’étais guère plus âgé que ces garçons et à tout vous dire, bien moins expérimenté que certains d’entre eux pour ce qui était du terrain à battre. Nous étions à la sortie de l’hiver et de la neige occupait encore les combes. Sous la chapelle, la pente est raide et c’est là qu’un des gamins partit en glissade sur le cul au point de se brûler sérieusement la peau des fesses.

Comme prévu nous avons passé la nuit dans la chapelle. Tous ont dormi. Tous les autres sauf nous deux. Lui a cause du mal que lui avait occasionné sa dégringolade et moi suite à la peur rétrospective et aux conséquences qu’auraient pu avoir cet incident.

Je garde d’excellents souvenirs de cet épisode où il me fut permis d’apprendre de ces enfants du pays sans doute plus que je leur ai apporté. Ils étaient vaillants et volontaires. Je l’étais tout autant, surtout pour ce type d’exercice. Ils aimaient leurs montagnes. Ils m’ont donné l’occasion de la découvrir. Leur enthousiasme était communicatif au point de m'entraîner dans des courses qui dépassaient les limites de la mission qui m’était confiée. Ils en connaissaient la flore et la faune bien mieux que moi. Le nom des villages et des hameaux qui voisinent avec Briançon m’ont été appris par eux.

Au fil des mois, notre complicité fit de ce groupe une équipe rompue à des randonnées qui nous ont entraîné à sortir des sentiers battus. Le petit ardéchois que j’étais, qui n’avait à son palmarès que l’ascension du Mont-Gerbier-de-Jonc, put y ajouter quelques cimes aux noms qui sonnent encore à mes oreilles.

 

                                          Briançon et alentours.2012 104

 

                             Sur la route de  Briançon: L Ancêtre du montagnard!

 

Et puis ce fut le départ vers l’un de ces horizons noircis par les effets collatéraux d’une guerre dont le nom était tu. J’eus la tâche, là également, de m’occuper d’enfants. Plus rien à voir avec les bobos occasionnés par quelques glissades malencontreuses comme celle survenue aux abords de la chapelle de N.D des Neiges ou en montant au lac Blanc ou encore sur les pentes du Galibier. Les blessures que j’y ai rencontré étaient d’un ordre différent. Ajoutées à celles qui font mal au corps, il fallait soigner le mal sourd que peut générer la barbarie des 

                                                                                                        

 

                      Briançon et Vauban: Un peu d'histoire         

 

 

                                   Briançon et alentours.2012 115                                                                                                                             

    La visite de la ville me conduit encore à remonter, loin dans l’histoire, le temps qui explique les caractéristiques de sa construction.

A L’époque romaine, sur la route Milan-Arles, Brigantio, ancien site Ligure, est un point de passage essentiel pour rejoindre, via la vallée de la Durance, le grand delta du Rhône dans lequel Jules César et ses prédécesseurs y ont largement prit place.

-Suite aux invasions Barbares, la ville se replie sur le piton fortifié devenu aujourd’hui les hauts de Briançon.

-1624 et 1662 voient deux incendies détruire successivement la ville. Elle sera reconstruite autour d’une enceinte qu’a imaginé Vauban tout en conservant la partie médiévale .

En 1713, après que fut signé le traité d’Utrecht qui établit la frontière au Montgenèvre, Briançon devient une place militaire importante. De nombreux forts sont prévus sur les hauteurs dominants la ville. Ils seront construits sur une ligne visant à se protéger de l’Italie, alors rivale de la France. Conçus par des architectes militaires après la mort de Vauban, leurs réalisations s’inspirent du Maître en matière de fortifications qui se voulaient à la fois défensives et offensives.                                                                                                                                                            

Le Janus, le dernier a être bâti, le fut entre 1897 et 1906 au dessus du Chaberton à une altitude de 2530 mètres. Il s’agit d’un mastodonte de pierres et de ferrailles. Armé de huit canons de 95 et de près de 200 soldats, il permit de défendre la ville lors d’une série d’attaques italienne survenues en juin 1940

D’autres part, décimés dans la montagne, de nombreux petits édifices venaient renforcer les positions stratégiques et compléter l’arsenal de tir.

L’inscription de ces forts au patrimoine mondial de l’UNESCO voit la restauration de certains d’entre eux, alors que d’autres tombent en ruines.

 

                                    ____________________________                                        

                                                                                  

                                 Le Pape prisonnier à Briançon

 

30 Floréal (avril ) 1799, lors d’un périple qu’il effectuait entre les Alpes italiennes et françaises, le pape Pie VI en visite à Briançon fut retenu prisonnier par des révolutionnaires anticléricaux. Il fut logé dans bâtiment appartenant à l’ancien hôpital des Cordeliers. Trente personnes représentaient sa suite parmi lesquels figuraient des cardinaux et de nombreux religieux qui refusèrent d’être libérés par fidélité au Saint-Père. 

 

 

                                 Briancon.-Entree-de-ce-qui-fut-la-maison-du-Pape.jpg

 

                                       L'entrée de '' la maison du Pape ''

 

 

Âge de 82 ans, le vieil homme était malade et à moitié paralysé. Ses geôliers le voyant à l’article de la mort, mais également par crainte de le voir ramener en Italie, lui firent quitter Briançon fin mai pour un transfert sur Valence. Le transport se fit dans des conditions à ne pas ‘’mettre un chien dehors‘’ ce qui entraîna une aggravation sévère de son état. Il décédera le 24 août 1799, peu après son arrivée dans la citée drômoise.

 

         La haute ville conserve de nombreux vestiges et monuments d’un passé dont l’histoire est riche comme le montre les remparts et les portes qui en gardaient l’entrée.

         Un puits creusé à une centaine de mètres rappelle combien l’eau reste un bien indispensable. En ce temps là, les habitants, les soldats étaient alimentés en eau potable par divers cours d’eau descendants de la montagne. La vulnérabilité de ce ravitaillement faillit se révéler fatal lors d’un siège. Les assiégeants ayant, en amont de la ville, détourné les ruisseaux de leur vocation.

 

                                   

       La particularité de ce puits est de descendre au niveau du lit de la Durance qui se trouve en contrebas de la cité, afin que ses eaux d’infiltration en alimentent  sans risque la ville.

 

                                                   Briancon-et-son-puits.jpg

 

                                                                                Le puits

                          

                                                  La-Grande-Gargouille.jpg

 

                                                                        La Grande Gargouille

 

      Briançon et son Champ de Mars, sa Grande Gargouille, sa cathédrale, ses forts, Sainte Catherine et le parc de la Schappe sont autant de lieux qui ne laissent pas le visiteur indifférent. 

 

        Dans un prochain résumé, j’évoquerai quelques randonnées que j’ai pu faire autour de Briançon courant Mars.

 

                                                                   Briançon et alentours.2012 006

 

                             *  Je parle de cette rencontre dans '' J'ai rêvé mon Père".

 

                                                    P1010113.jpeg

                                                                  

 

 

                                                            

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 19:01

                        Randonnée avec les Esclops            Randonnée avec les Esclots

 

                           De St Maximin à Uzès

 

                  Si vous êtes l’une ou l’un des lecteurs fidèles de mon blog, vous l’aurez compris, je me balade entre deux associations de marcheurs. Les Galéjaïres*, club de Barbentane, superbe village des Bouches du Rhône au passé très ancien et les Esclops*, rassemblement qui regroupe pour partie, du personnel hospitalier à la retraite d'un établissement de Montfavet, dans le Vaucluse.

 

                               Rando-du-4-Mars.St-Maximin---Uzes-025.jpg

 

Ce dimanche 4 Mars, c’est le printemps qui nous accueille à St Maximin, petite bourgade du Gard. Sur le bord du chemin un amandier en fleurs en atteste la venue malgré la rigueur du climat de ces dernières semaines.

 

                              Rando-du-4-Mars.St-Maximin---Uzes-009.jpg

 

À peine quelques centaines de mètres parcourus, une Capitelle vient rappeler que nous sommes aux portes des Cévennes. Comme j’ai eu l’occasion de le développer dans un texte précédent, les Capitelles sont les jumelles des Bories construites aux alentours de Gordes en particulier, et plus largement, éparpillées dans les Monts de Vaucluse

 

                           Rando-du-4-Mars.St-Maximin---Uzes-011.jpg

 

Le chemin est bordé de murs montés en pierres sèches, coiffés de lauzes empilées avec méthode. Il s’agit d’un procédé de construction destiné à lier l’ensemble et qui en outre, présente un semblant d’obstacle aux animaux qui voudraient le franchir.

 

Au sol, une grande dalle calcaire présente une multitude de coquillages et animaux marins fossilisés.  Alors que certains membres du groupe s’arrêtent pour en identifier les espèces, des exclamations se font entendre. 

 

                                 P1030476

 

-C'est pas possible s'écrie E...., la mer à cette hauteur, mais c'était quand?

-Mais non E....., c'est suite au Big-bang....quand la terre a explosé, que la couche terrestre s'est soulevée..... Cet endroit marque l'emplacement de ce qui fut un océan. Ce que l'on voit aujourd'hui, c'est le fond avec une représentation de poissons et de crustacés qui vivaient dans ses eaux. Il y eut un tel remue-ménage que ce qui se trouvait en surface s'est retrouvé sous la terre et vice-versa........

Après avoir quitté le site, les commentaires se prolongèrent encore sur quelques dizaines de mètres, E…. voulant encore obtenir d'un savoir que paraissait détenir son interlocuteur.

La campagne que nous traversons renaît des cendres d’un hiver qui fut en ces lieux, particulièrement dur pour la région. Cependant toute la végétation ne se relèvera pas malgré les beaux jours annoncés. Les plantes grasses du type cactée ou les Aloès, qui poussent à l’état libre au milieu de la garrigue se retrouvent terrassés au sol. L’espoir de les voir à nouveau arborer, tout au moins pour cet été, leurs grandes hampes de fleurs blanches me parait fort compromis. Les oliviers, pour la plupart, ont souffert suite à des températures qui sont descendues en dessous de moins quinze degrés. Par la suite et pendant des semaines, le Mistral lancé à des vitesses folles, a déchiqueté ou grillé ce qui restait de leur feuillage.

Les drailles se font tantôt larges, tantôt étroites selon la nature du terrain. Le groupe se faufile à travers les chênes verts et des rochers vieux de plusieurs milliers d’années. Exposés à toutes les intempéries, ils ont prit des formes particulières et bizarroïdes

 

 

Rando-du-4-Mars.St-Maximin---Uzes-014.jpg.             P1030499.JPG

 

Alors qu'il s’agit d’une sente, donc non carrossable, un portillon annonce l’entrée qui ouvre sur un cabanon autour duquel apparaissent des signes de vie. Je me réjouis à l’idée que des personnes habitent manifestement là, n’hésitant pas à parcourir à pied la distance qui les sépare des lieux où se ravitailler. Un artiste peut être ? Où bien l’un de ceux qui veulent encore croire possible un retour vers ce qui était la vie d'avant! 

 

                           P1030502.JPG

 

Encore plus loin, pour ce que sont des vestiges du temps, nous croisons un bloc rocheux singulier. Naturellement creux pour une partie de son volume, il présente une fente en forme de meurtrière, laquelle est le résultat de la main de l’homme. Positionné au carrefour de plusieurs chemins permettant d’accéder à la ville voisine, il a sans doute dû, par le passé, servir de tour de garde.

Uzès, de loin, pointe déjà ses monuments, dont le château Ducal, construit sur un ancien camp romain. 

 

                               P1030505

 

D'anciennes carrières de pierres font état d'une très vieille activité. À n'en pas douter, ces lieux ont été exploités par les Romains pour y extraire les matériaux nécéssaires à la construction de la première ville. Surprise fort agréable est de constater, contrairement à l'usage habituel qui en est fait, que ce site désaffecté ne fait pas office de décharge sauvage. Des artistes sculpteurs viennent s'y essayer, alors que d'autres y expriment un vrai talent.

 

                                 P1030506

 

 

                                           ****************************************** 

 

                                                À propos d'histoire.....                                      

 

 

                                   P1030534

 

                                                                   

            La Vicomté d’Uzès a été érigée en Duché en 1565 par Charles IX. Le Comte de Crussol, Prince de Soyons a, à la cour, préséance sur toutes les maisons nobles de France. Sa puissance était alors grande. Par la suite, durant des siècles, divers revers de fortunes, mais également pour des raisons de disgrâce, le château Ducal changera de propriétaires à maintes reprises. C’est à partir de 1951 que la Marquise de Crussol récupère le Duché avec l’aide du ministère des Beaux Arts. Au cours des années 1964/1965 la famille obtient, d’André Malraux, la possibilité de racheter la propriété de ses ascendants. Depuis, de nombreux travaux et le rachat de mobiliers d’époque ont redonné au château sa noblesse d’antan.

Aujourd’hui, c’est Jacques de Crussol d’Uzès qui est le 17e Duc de ce qui reste l'un des  derniers Duchés de France dont les propriètaires portent le nom de leurs ancètres batisseurs.

                                                      *************************

 

L’histoire d’Uzès, évoquée succinctement à travers son Duché, aussi noble soit il, ne sera pas pour moi le clou de la randonnée. Le Panthéon du jour se trouve à l’extrémité de l’espace de plein air situé en contrebas de la ville. Il peut paraître modeste au regard du passé que je viens d’évoquer et dont chacun peut y trouver matière à épiloguer.

Il faut avoir envie de le voir ce lieu, de faire cette découverte, qui voici deux mille ans permit aux Romains de mettre en évidence l’un des éléments de leur génie. Je veux parler de celui concernant leur méthode de calcul, celui des mesures. Calcul des pourcentages en l’occurrence. 

 

                          Pont du Gard

                                                                                                                                                                                  P1030527.JPG

 

                                          P1030525.JPG

 

 En effet, c’est de cet endroit baptisé La Fontaine d’Eure que démarre la conduite d’eau construite par les Romains en direction de Nemaussus, Nîmes aujourd’hui. Cette entreprise reste célèbre, en particulier, grâce au Pont du Gard qui permettait à la conduite de franchir le Gardon. Mais il y a une autre raison qui fait de l'ensemble de cet ouvrage une parfaite réussite.  Grâce en particulier à un pourcentage de pente minorée à l’extrême finesse, jugez en donc !

 

                       P1030516.JPG

 

-Cinquante kilomètres de distance avec pour pari d’amener à destination de l’eau sur une dénivelée totale de seulement 12 mètres,183. Soit une pente moyenne de moins de 25 centimètres pour 1000 mètres. Voilà résumé ce qui constitue, encore de nos jours, une performance hors du commun.

 

Je reste, suite à cette révélation technique, comme un enfant qui vient de réussir sa première soustraction. Car si je connaissais l’histoire de cet adduction d’eau comme étant une entreprise d’envergure sans pareille, j’en ignorais le détail qui surclasse ce que sont les ouvrages d’arts qui la jalonne.

 

                                  P1030515.JPG

 

Ils étaient fous ces Romains, mais là pour le coup, c’est du génie. ! Mais comment ont-ils fait pour atteindre une telle précision ? Comment ont-ils fait pour visionner le terrain sur l’ensemble de la distance à parcourir afin d’en prévoir les ressauts à passer, alors que l’ouvrage ne comprend pas de siphon 

Des vestiges relativement bien conservés attestent encore du départ de l’ouvrage. Sur une longue partie de son parcours, des traces, outre le Pont du Gard, peuvent se suivre jusqu’à Nîmes.

 

Le pique-nique traditionnel a lieu dans ce magnifique parc, tout près de cet endroit qui ce matin me rappelle au bonheur de la balade, quand au-delà de faire fonctionner ses jambes, elle apporte en bonus matière à s’enrichir de connaissances ou de rappels à ce que nous pensions savoir.

 

                             P1030528.JPG

 

                             P1030522.JPG

 

 Merci à Pierre et à René pour leur initiative. Merci pour nous avoir conduit vers ce lieu qui, pour ma part, a donné, au delà de la rencontre et de la convivialité, un sens additionnel à ma journée.

Comme le dit mon amie Aimée devant quelque chose qui l’émeut d’étonnement :

"À veire de tant bello cause, sièu esbalausi* "

                                     

Notes

 

*Galéjaïres : Personne réputée comme blagueuse.

*Esclots      : Sabots.

* À veire de tant bello cause, sièu esbalausi :  A regarder des choses aussi belles m'inondent de sentiments diffus parmi lesquels: l'émerveillement.

Pour la pronociation: ''A veïrè dé tant béllo caouse, siou esbalaousi''.

 

Les photos sont de Simone.O

 

Merci pour le service rendu. Mon appareil est tombé en panne de batterie ! 

 

                                 P1030519.JPG         

 

                                 P1030520                                                                                                            

 

 Belle façon de redonner une vie à des arbres morts

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 09:32

      De Lamanon au Castellas de Roquemartine

 

                                                                                                                                                                                  De-Lamanon-a-Roquemartine-028.jpg                                                  

 

                      Ce dimanche 26 février 2012, ‘’Li galèjaïres’’* de Barbentane ont programmé leur rando bi-mensuelle dans les Alpilles. Il s’agit d’un crapahut sur les derniers ressauts sud de la chaîne.

 

                        DSC09537.JPG

 

Un mistral à décorner les bœufs balaie les crêtes au point de nous bousculer, de nous laisser sur place quand une rafale nous arrive de front.

- Elle était programmée la balade nous a dit Paulette, la responsable du groupe. Et d’ajouter…

-On ne va tout de même pas se laisser dicter le calendrier de nos sorties par le vent, qui soit dit en passant, précise t’-elle, est fort salutaire pour notre santé. "

Effectivement son souffle nous débarrasse d’une pollution générée par les industries restantes du coin et de celle produite par les centrales nucléaires dont la concentration sur la vallée Rhône depuis le bas de Lyon, est l’une des plus forte recensée au monde.

                              ____________________

                                                                                                

Lamanon se situe au nord de Salon de Provence, aux portes des Alpilles. Sur les hauts de ce village provençal, on peut y visiter les vestiges de maisons troglodytes autour desquelles, déjà, s’organisaient une vie sociale au VII et VI siècle AV JC. Les grottes de Calès en constituent l’essentiel. Depuis des millénaires, ce site exceptionnel, composé de falaises ocres, a été façonné par L'homme. 

 

                       De-Lamanon-a-Roquemartine-010.jpg                                                                 . De-Lamanon-a-Roquemartine-006.jpg

 

Le castrum se structure avec ses rues et ses maisons adossées. Ses premiers habitants furent sans doute les Ligures. Plus tard, l’arrivée des Romains mettra un terme à ce type d’organisation.

Au moyen âge, à l’apogée de son développement, deux cents Ames vivaient dans ces niches creusée dans la safre.

Le site est composé d’une série d’anfractuosités excavées à l’aide d’outils rudimentaires.

 

                                   De-Lamanon-a-Roquemartine-005.jpg

 

Cinquante huit cavités ont été comptées à l’intérieur du cirque. D’autres habitats, semblables aux premiers, se retrouvent parsemés à l’extérieur d’une place forte que les falaises environnantes protègent. Deux porches, maçonnés de façon à rejoindre la roche en permettent l’entrée. L’un côté nord et l’autre côté sud.

 

                      DSC09561.JPG

 

D’autre part, Lamanon se distingue par ses nombreux platanes parmi lesquels figurent un spécimen géant, réputé pour être le plus grand et le plus volumineux d’Europe. 

Sa circonférence est de huit mètres et son branchage vêtu de son feuillage couvre……1500 mètres carrés.

Le platane fut réintroduit en France par Pierre Belon en 1550. Ce grand voyageur devenu naturaliste en ramena des graines du Liban. Nous lui devons également le lilas, la rose de Noël et quelques autres plantes, qui utilisées comme herbes à fumer, permettaient de côtoyer les Dieux. Il est noté que le commerce qu’il en fit plus tard lui couta la vie. En effet il mourut assassiné en 1564 pour des raisons liées à un trafic illicite de drogues!

 

                          De Lamanon à Roquemartine 048

 

Pour revenir au platane, celui qui fait l’admiration des touristes, il aurait été planté par Catherine de Médicis lors de sa visite à Nostradamus!

 

 

                              DSC09521.JPG

 

Une calade, un chemin empierré par l’homme et dont le départ de situe place de l’église, monte en pente douce à travers une végétation dense où poussent des pins et des chênes verts. C’est au sommet de la colline qu’apparaît, légèrement enfoncée, l’esplanade autour de laquelle, dans cette roche tendre, les hommes ont creusé leur habitat. Au centre du terre-plein on peut y voir les restes d’une enceinte à ciel ouvert. Il s’agissait d’un espace de réunions, de tribunal également. 

 

 

                               De-Lamanon-a-Roquemartine-016.jpg

 

 

A présent, une multitude de sentiers nous mettent en difficulté quant au choix concernant celui qui doit nous conduire vers le Castelas de Roquemartine. Un conciliabule réunissant Paulette, Daniel et auquel je fus invité parut nécessaire pour mettre au point la meilleure des stratégies afin ne pas rater notre objectif. Je dois préciser, à leur décharge, que nos guides du jour ont du reprendre au pied levé la direction de la rando. Michel le parisien, qui en était le titulaire, est resté ce matin cloué au lit par une bronchite. C’est sans doute pour lui faire un clin d’œil que nous nous sommes retrouvés à bartasser grave* au milieu des genets épineux et autres végétations agressives. Itinéraires fantaisistes dont parfois le dit Michel nous gratifie donnant à ces occasions le champ libre aux roumégaîres* 

-Encore heureux que l’on soit en hiver et que l’on ne soit pas en short sont des propos qu'une oreille indiscrète et  fine peut parfois entendre !!!

L’honneur de nos guides est sauf, à quelques encablures nous apparaissent enfin les ruines du château. Reste à trouver pour le pique-nique un endroit à l’abri d’un vent qui souffle ici 180 jours par an, dont 100 avec force.

 

                             De-Lamanon-a-Roquemartine-022.jpg

 

Depuis un bout de temps déjà nous marchons sur un chemin. Celui qui par le passé devait rallier le château aux localités environnantes dont celle d’Eyguières, commune sur laquelle se trouve cette immense propriété. Il présente au regard, les vestiges d’une succession de bâtiments qui en font un édifice colossal. 

         Le Castellas de Roquemartine, appelé également le Château de la Reine Jeanne date des XII et XIII siècle. Il appartenait à la famille d’Albe. A l’époque, plus de cent personnes vivaient au château et dans les bâtiments adjacents. Des serviteurs, des hommes d’armes, des paysans. Chacun d'entre eux, appliqué à leur tâche, était au service d'un maître de plusieurs centaines d’hectares de forêt, de terre arable sur laquelle poussait l’olivier, la vigne et toute une variété de céréales.

Le point de vue permet de voir à des dizaines de kilomètres à la ronde et tout autour du château, des constructions de dimensions plus modestes qui étaient les dépendances dans lesquelles vivaient le personnel agricole.

Un pigeonnier comportant près de 500 cents loges, donne l’importance de l'élevage qui se pratiquait en ce lieu.

 

                                    De Lamanon à Roquemartine 044

 

                               De-Lamanon-a-Roquemartine-043.jpg

 

Face à ce gâchis, à ce spectacle de désolation, et pourtant Dieu sait mon opinion sur ce que fut le temps des seigneurs, je regrette, ne serait-ce que pour la mémoire des serfs qui l’on construit, celui là et bien d’autres. Je regrette que l’on ait laissé se détruire de tels trésors d’architecture qui, réhabilités, pourraient être utilisés à des fins louables.

Tant d’argent nous appartenant et qui aurait pu être mis à profit pour cela et à d’autres missions, est distribué sans contrôle de son utilisation. Je pense à certains rois d’un continent voisin par exemple qui ont détourné à leur profit des milliards d’Euros destinés au peuple de leur pays pour acquérir en leur nom propre des empires immobiliers chez nous, en Suisse et ailleurs.

 

                        De-Lamanon-a-Roquemartine-046.jpg

 

                                    Le pigeonnier. Ses ruines extérieures

 

Je pense… je pense, mais j’en réserve le reliquat pour un prochain coup de gueule.

Je ferme la parenthèse. Mais en de pareils moments, et j’en suis peiné pour vous qui n’êtes pas tenus de partager mes états d’Ame, la rando, un climat particulier propre à ce type de lieu, l’atmosphère de liberté qui me baignent alors, m’entrainent, parfois et malgré moi, sur des terrains dont les sujets seraient à traiter ailleurs....Mais.......

                                                                                                           

Cinq heures de marche effective nous permettent de rallier Lamanon que Éole continue de venter à outrance.

 

Notes

 

 

*Galèjaïres: Se dit des personnes pratiquant la plaisanterie

 

*Bartasser: Terme voulant signifier : marcher hors des sentiers, tracer son chemin au milieu de la végétation. Autrement dit : C’est quant on est perdu et que l’on cherche à retrouver le bon itinéraire !!!!

 

*Roumégaîres : Mot du patois local du verbe rouméguer : râler en sourdine, parler dans sa barbe.

 

Les photos sont celles d’Hervé, le nouveau venu chez les Galéjaîres et à qui nous souhaitons la bienvenue.

 

                             Certaines informations concernant ce récit ont été recueillies sur le net

 

De-Lamanon-a-Roquemartine-030.jpgDe-Lamanon-a-Roquemartine-036.jpg                                                                                                                                       

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 21:16

 

 

Récit extrait d’un Chapitre de ’’ Lettre à Jules’’

 

                         Résumé sommaire des trois premières parties .

 

               '' Lettre à Jules" , raconte à mon petit fils ce que fut ma jeunesse. Elle résume l'opinion que j'ai de certaines valeurs et de ma conception du ''bonheur'', lesquelles, je le sais, restent propres à chacun.

 

Mon histoire avec Etienne,  présentée là comme une nouvelle, en est l'un des feuillets. 

 

    .....// .....Je vais sur mes treize ans. Nous sommes à la sortie de la deuxième guerre mondiale et comme certains enfants issus de milieux pauvres en particulier, je suis ‘’ loué’’ les trois mois des vacances scolaires d'été pour garder sur les plateaux ardéchois le petit troupeau d’une famille de paysans de montagne. Depuis plusieurs saisons déjà, à la dâte prècise du premier juillet, mon Père m’accompagnait à Chevalet dans la ferme des Chambon entre la Souche et La Croix de Bauzon.

 

                                   La Croix de Bauzon15.07.2011.

                                                                                                                                         . 

       Cette année 1951, sans qu'il m’en fut donné de raison, je suis changé de maison et c’est à La Palisse, tout près du Lac d’Issarles, que sera ma destination.

       Je découvre en arrivant chez les Bastides que la chambre dans laquelle me conduit la Victoria est meublée de deux petits lits. Sur le bureau jouxtant l’un des deux, des livres et des cahiers m’indiquent explicitement la présence d’un autre enfant.

      Rapidement je vais constater que le garçon qui m’est présenté n’est pas celui que j’attendais. Quelqu'un avec qui je pourrais jouer, courir, pouvoir avec lui garder le troupeau, grimper aux arbres, faire des cabanes. Etienne n’est pas un garçon comme les autres, il est malade. La raison de mon changement de famille trouve là son explication. Des signes qui ne me trompent pas me renvoient à l'évidence. Je sais à présent être là pour lui.

      Etienne montait de Marseille chez les Bastides depuis plusieurs années pour s’y reposer et venir y respirer un air vivifiant. Ayant  refusé à ses parents  un nouveau départ s’il n’avait pas un camarade avec lui pour ce nouveau séjour, un concours de circonstance  est venu, au pied levé,  faire de moi celui qui allait l’accompagner durant cette estive.

       Un premier contact et les quelques cènes qui s'ensuivirent vont m'entraîner, dans un premier temps, à me poser des questions sur les attentes d'Etienne. Si les débuts de la relation furent difficiles pour ce qui me concerne, rapidement se mettra en place une complicité naturelle qui va déboucher sur une amitié comme seuls les enfants s'autorisent à les vivre.

      Cette amitié va nous rendre dépendant l'un de l'autre. Si, de mon côté, Etienne m'est au fil des jours devenu  familier, indispensable dans ce monde de solitude et d'isolement, j'ai représenté sa raison d'être, la béquille grâce à laquelle il découvre une forme de liberté. De plus, ma naïveté lui amène une fraîcheur qui l'amuse.

    L'amitié et l'attachement dont il me gratifie me donnent la certitude d'être devenu quelqu'un de précieux pour lui. L'enfant que je suis, enfant en quête de reconnaissance, ne pouvait espérer meilleure rencontre......Mais....

 

       DE L’ESPOIR A LA DECHIRURE 

 

Juillet de cette année 1952 approche et comme il en a été convenu avant de nous quitter fin septembre dernier entre les Bastides et mon Père, je dois repartir pour la ferme des Renards.

Etienne avait insisté dans un discours proche de la supplique pour que je remonte dès les prochaines vacances arrivées. Loin de m’en défendre, je souhaitais cette demande. Je l’espérais comme un dû, une reconnaissance également de la part des Bastides. En trois mois, Etienne était devenu quelqu'un d'essentiel dans ma vie.

Au fil des jours, rapidement en fait, les rôles s’étaient plus ou moins inversés, je n’étais plus son serviteur. Il m’épargnait moi, le petit, son petit frère comme il s'était mis à m'appeler. Toute l'histoire liée à ma condition modeste, la simplicité de mon existence dont il connaissait les détails, tout ce que j’avais en moi de naïf, l’avaient amené à me considérer avec une attention bienveillante. Il s’amusait de mon caractère réactif, des mises en scènes théâtrales que j’apportais en réplique à ses comportements taquins.

J’avais accepté de remonter à la ferme des Renards sans contrepartie, sans discussions. Ce que voulait Etienne, il le voulait pour moi, pour lui, pour nous. Alors, quoi de mieux que l’idée de nous savoir ensemble pour l’été à venir ? Les liens que nous avions tissés ne pouvaient avoir d’autre suite logique que celle de nous retrouver.

Les neuf mois de séparation pesaient lourds d’impatience. Il nous tardait d’en rompre le silence, de nous retrouver sans avoir cette fois, ni appréhension ni a priori. Seul un bonheur que je savais partagé occupait mon esprit. Ce qui la saison précédente me fut pénible, le changement de famille, mes débuts avec Etienne, devenait, maintenant, une récompense, une invitation venant combler mes espérances.

Au long des mois et de nos de correspondances, cette amitié, notre amitié était devenue sa raison de vivre. Ses lettres enflammées en réclamaient l’exclusivité m’obligeant à lui mentir dès les courriers qui suivirent.

Etienne m’avait cruellement manqué les semaines d’après estive. Puis et sans toutefois jamais l’oublier, j’avais repris ma vie au sein de ma famille, de mon quartier, retrouvant les Robert, les Mathieu et entre autres, Yvon, le farfelu. Nos jeux, nos activités, nos promenades, nos disputes abandonnés par la force des choses au début des vacances avaient retrouvé leur rythme de croisière.

Etienne continuait à m’idéaliser dans des discours rocambolesques avec des propos dignes des romans fantastiques. Il écrivait magnifiquement bien. D’une calligraphie appliquée, il réinventait notre rencontre et notamment la scène de la bergerie avec une fantaisie que je ne lui connaissais pas. Ses mots sonnaient d’un ton moqueur quant à la perception qu'il avait eu de moi dans les premiers instants. Il ne s’oubliait pas dans des critiques et des repentances qui le ramenaient à sa juste sensibilité. Il revenait sans cesse sur l’amitié qu'il disait avoir découverte sous une forme dont il ignorait l’existence. Il en appuyait tous les adjectifs dont il soulignait le mot de traits de couleurs. Feuillet après feuillet il réécrivait notre histoire dans laquelle je le découvrais plus étonnant que jamais, imaginatif et drôle au possible. Ses conclusions remplies de mises en garde m’étaient adressées comme des prières dans lesquelles il demandait à tous les Anges du ciel de bien vouloir me protéger. Il habillait son désir de m’avoir près de lui de sentiments généreux. Non plus pour le servir, mais comme un gage d'une fraternité où séparé de moi, il se sentait frustré.

C’était la première fois que j’entretenais une correspondance au contenu fort de sentiments écrits en direction d'une personne, autre que celle faisant partie de ma famille. A part une ou deux lettres par an que j’adressais à ma marraine et dont le contenu traitait de notre vie familiale et de quelques banalités pour remplir la page, jamais je n’avais été plus loin dans la pratique épistolaire. La qualité de ses textes était telle que mes réponses m’obligeaient à un travail de Titan. Je faisais et refaisais plusieurs fois ma copie que je voulais sans rature et d’un vocabulaire soigné. Je me racontais en toute simplicité, je parlais de lui, de ce qu'il m’apportait et de l’immense plaisir que j’avais à le lire. Nos échanges étaient à flux tendu, à tel point qu'il m’arrivait de devoir différer mes envois dans l’attente d’avoir l’argent nécessaire pour en acheter les timbres poste en vue de leurs oblitérations. Ne pouvant pas lui faire part de la vraie raison de certains de mes retards, j’accusais sans état d’âme les facteurs, ou autres intervenants de la distribution, de la perte de ce que je prétendais lui avoir envoyé. Je m’efforçais d’avoir des réponses dignes de celles qu'il m’adressait, à la fois dans leur rédaction mais également sur la qualité de l’orthographe.

A la maison, nous n’avions pas de dictionnaire. Par respect pour Etienne, par crainte du regard porté sur notre relation, il n’était pas envisageable de confier la lecture de mon courrier à un membre de mon entourage. Oubliant tout sentiment de retenue, j’ai demandé à mon Maître de bien vouloir en vérifier le caractère après l’avoir informé sur la raison de ces échanges au ton parfois surprenant. Il le fit en toute discrétion et sans paraître étonné de ce que je lui livrais. Au contraire, il sut me féliciter à plusieurs reprises pour mes progrès en expression et sur certains accords dont le raisonnement me reste toujours abstrait.

Le vocabulaire utilisé dans le cadre de confidences entre jeunes personnes, entre garçons en particulier, se manipulaient avec une réserve à laquelle Etienne par jeu, par plaisir de la provocation passait sans état d’âme le stade de l’impudeur. Bien que jeune encore, ses connaissances en matière de culture égrillarde, nettement plus avancée que les miennes, lui donnait l’avantage de pouvoir glisser des mots coquins, auxquels, bien entendu, je ne pouvais pas répondre. Si en retour, je m’exprimais fortement sur l’affection que je lui portais, je m’appliquais pour garder un répertoire du niveau de mes connaissances et au registre ne sortant pas du respectueusement convenable. Le contrôle auquel je m’obligeais, en dictait la mesure.  

 

                                   ++++++++++++++++++++++++++++++

 

 

 

Etienne ne montera pas, il ne montera jamais plus. Un jour de ce mois de Mai 1952, il traversait la rue pour se rendre à son lycée. Il n’a pas vu arriver le trolleybus.

Depuis des semaines, depuis l’annonce de cette cruelle nouvelle, la vision de son lit ne me quitte pas. Je le vois désespérément vide, aligné dans la chambre près du mien, tel un catafalque qui viendrait sans cesse raviver ma peine et mon désespoir.

 Même si parfois j’aurais souhaité dormir qui, mieux que lui, saurait désormais m’accorder sa confiance et me parler jusqu’au bout de la nuit. Qu’allais-je faire des projets que nous avions mûris ensemble ? Que seront mes retours du paturâge sans lui pour m’accueillir alors qu'il me serrait contre lui comme pour des retrouvailles dont mon absence lui paraissait de jour en jour de plus insuportable ?

A la manière d’un automate, mais au raisonnement lucide, je faisais l’inventaire de ce dont la disparition d’Etienne me privait au delà de la rencontre. Je vivais le drame d’une confusion coupable où s’entremêlaient l’inconcevable absence physique d’Etienne et ce que je savais perdu à jamais de sa complicité et de ses partages. Une foule de souvenirs ravivait nos temps heureux. Je voyais défiler les images d’un bonheur qu'il avait trouvé et l’expression de son sourire m’adressant en confession les termes de sa reconnaissance.

J’attendais le moment de le revoir avec tellement d’impatience. Lors de notre dernier échange, il m’avait promis mille choses et je suis certain qu'il aurait tenu ses promesses. Ses lettres m’assuraient qu'il allait bien au point d’envisager de pouvoir m’accompagner aux pâturages, peut-être pas tous les jours, mais le plus souvent possible. J’avais échafaudé mille projets, mille propositions à lui soumettre avec la conviction de pouvoir l’amener à me suivre.

Je n’étais plus le petit garçon qu'il avait connu. Au cours de l' année qui s'était écoulée,  j’avais grandi dans mon corps et dans mes certitudes. L’expérience m’avait appris à faire face à ses détresses, si toutefois il n’en n’était pas totalement guéri. Je saurais l’amener à vivre ce que j’avais dû lui taire de mes bonheurs rencontrés au détour des sentiers. 

 

Sentier sur le Tanargue

Voir les cailles jouer dans les flaques laissées sur le chemin de la Riadou par les derniers orages du mois d’Août l’aurait sans doute émerveillé. Depuis le temps, je connais leur emplacement. Je sais devoir précéder le petit troupeau et garder le chien à l’arrêt pour ne pas apeurer l’oiseau. Lui, malicieux au possible, aurait pris un plaisir sans borne à provoquer les écureuils dans leurs parties de cache-cache. Je l’imaginais enthousiaste, au point d’avoir à freiner ses élans à la découverte de tout ce dont il n’avait eu jusqu’alors accès que par l’image et le rêve.

bourge1-m.jpg

Fini le bain dans le chaudron, le petit gourd du Basset aurait été nôtre baignoire. En été, le soleil de midi y tombe à son aplomb pour venir chauffer l’eau que nous aurions eu à volonté. A cet endroit, des sapins et des saules blancs abritent de la bise qui descend du plateau du Mont-Gerbier-de-Jonc. Nos rires n’auraient pu amener le Fernand jusqu'à nous, bien trop loin pour nous entendre. Nous aurions été libres de nous baigner comme il nous aurait plu. Le sable fin, déposé sur ses bords par la rivière en période de crues, nous aurait servi de plage. Etienne serait sans doute arrivé de la ville blanc comme un linge et je savais pouvoir compter sur le soleil pour lui donner une allure de campagnard.

J’avais pour ambition de l’amener à me ressembler, à être en estive comme moi, comme tous les enfants qui viennent d’en bas découvrir la vie en dehors de tout artifice. Je lui aurais appris à s’habiller de tout ce qu'il y a de beau à regarder, à voir et à sentir. De tout ce dont il avait été privé, de tout ce dont ses souffrances l’avaient jusqu’alors gardé prisonnier.

Presque une année à bâtir des plans pour une rencontre que nous voulions nôtre, trois mois à vivre ensemble et partager nos projets les plus fous. Le père d’Etienne, avait pris contact avec le taxi de monsieur Ceytes de Saint-Cirgues pour venir nous chercher quelques dimanches de la saison et nous conduire sur un lieu de notre choix. Le lac d’Issarlès, à une quinzaine de kilomètres de la ferme des Renards fut retenu en première intention. Ensuite vint la fête du Cros de-Géorand, puis l’incontournable Mont-Gerbier-de-Jonc. 

 

                        Ardeche.-Le-Gerbier-003.jpg

 

L’optimisme d’Etienne me submergeait de tout ce qu'il avait à proposer. Je me demandais dans quelle mesure j’allais être exempté de garde afin de pouvoir l’accompagner dans ses projets. De plus, je savais ne pas avoir d’argent à dépenser. Par retour de courrier, Etienne avait balayé mes inquiétudes et mes scrupules de propos généreux. Rien à présent ne me gênait. Me voir assis à ses côtés, allant par monts et par vaux au gré des ordres qu’Etienne donnerait au chauffeur, me surprendrait sans doute, mais je saurais m’y habituer.

 

                         Ardeche.-Le-Gerbier-009.jpg    

                                             La Loire naissante

 

Presque une année à régler des détails sur d’hypothétiques histoires que nous construisions avec d’infinis détails. Affabulations pour tromper l’ordinaire que la vigilance des Bastides nous avait plus ou moins contraint jusqu’alors. Comment aller rendre visite à la petite Maria de la ferme des Soules, dont nous savions par avance l’autorisation refusée. En effet, les Bastides et les Breysses sont fâchés depuis trop longtemps, au point de ne plus savoir pourquoi !

 

                           Ferme près de La Palisse

 

Facile !, comme disent les jeunes aujourd’hui, les solutions, les stratégies en mettre en place pour arriver à nos fins, ne nous faisaient pas défaut. Une chèvre égarée ou attirée par le bouc des Soules et le tour sera joué. Qu’auraient pu dire les Bastides ? Rien, car il fallait bien récupérer la bête. Quant au Fernand, ça lui coûterait beaucoup trop de devoir s’abaisser pour réclamer l’animal aux Breysses. Ainsi, au gré de notre imagination, nous nous ouvrions les portes conduisant sur les chemins de nos fantaisies.

Par courrier, nous nous posions des questions sur d’éventuelles opérations à monter. Nous imaginions avoir à déjouer la surveillance du vieux couple pour une escapade, pour affronter la nuit, dans les bois que nous habitions d’animaux fantastiques. Nous avions à notre répertoire une palanquée d’idées plus loufoques les unes que les autres.

Meurtri au plus profond de l’âme, accablé par la douleur, je pleurais en silence car mon entourage ne comprenait pas la profondeur de ma peine. La souffrance dans ce domaine, semblait être réservée, seulement, aux grandes personnes. Un enfant restait un être superficiel, la question ne semblait pas encore avoir été posée quant à la sensibilité qui pouvait l’habiter. Un peu, comme au Moyen-Âge, une certaine église allait jusqu’à dire que les femmes étaient dépourvues d’âme, un enfant ne pouvait pas prétendre souffrir d’un chagrin.

Peut être, à mon époque, pensait-on encore, que le cœur d’un enfant était exempt de souffrance !

Alors, au diable, ces préjugés qui m’obligeaient à taire ma douleur, comme si l’intérêt que je portais à Etienne devenait un sentiment coupable. S’il était toujours un étranger pour les personnes qui m’entourait, le temps passé à le connaître m’avait converti quant à l’ami qu'il pouvait être. Celui pour lequel l’on n’a plus de secret, celui capable de vous comprendre au-delà des mots. Et s’il me reste encore difficile d’isoler le facteur déclenchant de l’affection qui nous liait, j’avais, nous avions acquis, Etienne et moi, la certitude qu’elle serait éternelle.

Meurtri également, non pas par le silence de ses parents qui ont, sans doute, pleuré Etienne leur vie restant, mais par celui de son oncle. Alors que nous nous croisions régulièrement, jamais il ne m’a manifesté d’acte d’humanité. Meurtri, car privé, volé, des mots de consolation dont il m’était redevable.

Je n’ai jamais accepté l’excuse que lui accordait mon Père, en parlant de courage dont il ne se sentait pas capable……..

Je n’avais jusqu’à ce jour jamais vécu de deuil. La mort d’un camarade de mon frère aîné, un jeune garçon, m’avait davantage ému que profondément affecté. Sa mort avait éveillé en moi un sentiment de méfiance face à un risque pouvant nous arracher aux nôtres, tout en pensant en être hors d’atteinte. Je me souviens également qu’à partir de ce jour, j’ai pris davantage conscience de ce que représente la vie . De la mienne et de ceux que j’aimais. Dans mon esprit d’alors, sauf cas rarissime, seules les personnes âgées risquaient de disparaître. Du temps s’était écoulé et ce phénomène contre nature ne m’ayant plus approché, je le jugeais loin de moi. Je me croyais à l’abri d’un mal que je découvrais et dont le poison me rongeait le cœur.

Alors pourquoi Lui ?

Que pensaient les Bastides ? Avaient-ils conscience de mon chagrin. Avaient-ils, clairement, à l’esprit, le cauchemar que représentait pour moi la ferme des Renards sans Etienne ?

Sans pour autant vouloir la chasser de mon esprit, depuis quelques jours une pensée me rendait honteux. Elle venait par alternance m’apaiser ou me culpabiliser. Avec malice, elle investissait mes souvenirs consacrés à la mémoire d’Etienne, alors que d’autre part, elle allégeait ma peur de la solitude, mes appréhensions à devoir côtoyer, sans lui, un environnement que nous avons partagé. Je ne pouvais pas imaginer pouvoir m’endormir sans ses pantomimes, sans ses histoires, même si certaines m’ennuyaient parfois. Que seront les matins sans ses mises en scène pour me laisser croire qu'il s’était rendormi et auxquelles j’accordais la part de complaisance qu’il attendait de moi ?. Comment allais-je faire pour vivre sans tout cela ! Comment pourrais-je me coucher près de son lit vide.

Voulant parfois me cacher qu'il ne viendrait pas, je poussais mon imagination à nous revoir dans la scène de l’habillage quand il ne pouvait tout seul mettre sa chemise ou enfiler un pantalon à cause d’articulations trop douloureuses. Je m’efforçais de vouloir réentendre son rire en cascade, de rire avec lui de ses maladresses qu'il commentait dans la dérision. Je voulais entendre à nouveau le roulement des poings du Fernand heurtant la porte de la porcherie, accompagné de sommations, d’intimidations pour que cesse un vacarme qui l’agaçait et dont, par bravades, nous ne tenions pas compte.

Je ne voulais pas voir sa chaise vide à table, je ne voulais pas…. .

Oui, alors, et malgré moi je cultive à l'approche de cette échéance douloureuse une pensée qui sans adoucir ma peine veut en apaiser mes angoisses car je panique à l'dée de devoir affronter les tête-à-tête avec le Fernand et la Victoria. Je crains leur gaucherie, leur réconfort inapproprié et devant lesquels, sans doute, je vais être  incapable de pouvoir cacher mon chagrin ou étouffer mes sanglots.

 Oui je le veux, je l’espère, j’ose souhaiter que les Bastides auront pris un autre garçon à la ferme. Peu m’importe qui il sera, pourvu qu'il comble l’espace.

Peut-être deviendrons nous amis ? Je lui montrerai comment construire des cabanes et les couvrir de branches de genêts. Aimera-t-il, comme moi; courir après les cailles sur les éteules les moissons terminées ?

Je lui parlerai d’Etienne……...

 

                                                             ___________________ 

      

''Lettre à Jules'' à été édité à compte d'auteur en 2010. Le livre reste disponible sur commande à mon adresse.

                                                      marcel.tauleigne@orange.fr 

          

                                                                                                                                                                                                           Lettre à Jules

 

                                               _____________________________

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 13:05

                        Récit extrait d’un Chapitre de : ’’ Lettre à Jules’’

 

                         Résumé sommaire des deux premières parties.

 

                        Je vais sur mes treize ans. Nous sommes à la sortie de la deuxième guerre mondiale et comme certains enfants issus de milieux pauvres en particulier, je suis ‘’ loué’’ les trois mois de vacances scolaires pour garder sur les plateaux ardéchois le petit troupeau d’une famille de paysans de montagne. Depuis plusieurs saisons déjà, mon Père m’accompagnait à Chevalet dans la ferme des Chambon entre la Souche et la Croix de Bauzon.

       Cette année 1951, sans qu’il m’en fut donné de raison, je suis changé de lieu et c’est à La Palisse, tout près du lac d'Issarlés. 

 

                                            Photos pour l'article sur Etienne 004

                     Le lac d'Issarlès est le plus profond de France avec ses 138 mètres.

 

       Je découvre en arrivant chez les Bastides que la chambre dans laquelle me conduit la Victoria est meublée de deux petits lits. Sur le bureau jouxtant l’un des deux, des livres et des cahiers m’indiquent explicitement la présence d’un autre enfant.

       Rapidement, ma surprise va être de constater que le garçon qui m’est présenté n’est pas celui que j’attendais. C'est-à-dire quelqu’un avec qui je pourrais jouer, courir, pouvoir avec lui garder le troupeau, grimper aux arbres, faire des cabanes. Etienne n’est pas un garçon comme les autres, il est malade. Je sais maintenant qu'il est la raison de mon changement de famille.

       Etienne montait de Marseille chez les Bastides depuis plusieurs années pour s’y reposer et venir y respirer un air vivifiant. Ayant refusé un nouveau départ s’il n’avait pas un camarade avec lui, un concours de circonstance fit de moi celui qui allait l’accompagner durant cette estive.

                                                                                                                                                                                               Photos pour l'article sur Etienne 003

                                         Ferme ardèchoise, côté entrée du fenil.

                                                   

                                                     Insolite mission

           Ma mission auprès d’Etienne, les tâches à accomplir à la ferme, mon poste de vacher, tout cela m’était devenu à présent familier. Contrairement à mes débuts aucune de ces exigences ne me pose aujourd'hui de problème, y compris la toute dernière, celle concernant la grande toilette !

Cinq semaines de passées sans que le sujet n’ait été abordé une seule fois et voilà qu’aujourd’hui, il nous ait demandé de façon péremptoire de faire notre toilette en entier ! Jusqu’à présent nous nous en tenions à un dépoussiérage fait au gant de toilette dans ce qui avait été un lavabo de chambre d’hôtel, récupéré sans doute lors de la dernière réfection de celui de Saint-Cirgues. Le retard pour ce grand jour serait à imputer aux porcelets qui ne pouvaient pas encore être lâchés à l’air libre, trop fragiles, nous a dit le Fernand pour supporter la fraîcheur de la nuit !

La salle de bains qui venait de nous être affectée se trouvait de fait dans la porcherie. Un petit bâtiment accolé au corps de ferme et dont l’accès se faisait par l’extérieur. Un nettoyage rapide en avait enlevé les excréments du sol, mais la rigole destinée à l’écoulement du lisier continuait à distiller les senteurs du terroir !

Luxe suprême offert par le père Bastides, il avait enduit les murs en torchis d’une couche de chaux vive. Le travail avait été réalisé à la va-vite, les défauts de peinture en témoignaient. Ils laissaient apparaître des tâches à la couleur brunâtre qui caractérisaient sans doute possible la nature du reliquat!

Aux réflexions d’Etienne qui pourtant se voulaient drôles, le Fernand avait fini par se fâcher. En fait, il était plus vexé qu’en colère.

--Si tu n’es pas content, tu n’avais…/

Puis il s’est arrêté net de parler prenant sans doute conscience de ce qu’il allait dire. Alors pour donner le change, il se rattrapa en lançant d’une voix radoucie :

--Reconnais tout de même que c’est mieux que rien et bien mieux qu’avant--.

Effectivement, comme il y avait plus de blanc que de marron sur les murs, Etienne a convenu que c’était mieux que….

 Il y avait tout près de l’auge, campé sur un trépied, un grand chaudron de fonte aux parois noircies. Tous les samedis en fin de journée le récipient dont la Victoria s’activait à redonner un semblant de propreté, devenait, ponctuellement, notre baignoire ! Et l’occasion pour moi de prendre mes premiers vrais bains, ceux dans lesquels je pouvais un peu barboter !

 Le reste de la semaine, il servait à la cuisson des pommes de terre et des betteraves pour l’alimentation des petits cochons  !

Chez moi, il n’y avait pas de salle d’eau. Au fond de la pièce principale de notre maison un réduit que l’on appelait la gatouille en faisait office. L’hiver je me lavais dans un baquet. Droit dedans, seulement les pieds au niveau des chevilles arrivaient à être recouverts et c’est avec les mains que je m’arrosais le corps de l’eau nécessaire pour me savonner. Un second temps m’amenait à devoir renouveler ce mouvement de noria afin de m’inonder de l’eau de rinçage. L’été où le bain n’avait pas à être chauffé, c’est dans la pile en béton posée directement sous la pompe que je faisais ma toilette.

Allumé par le Fernand, le feu mis sous le récipient faisait monter en température une centaine de litres d’eau. Le bain était pour nous deux, c'est-à-dire dans la même eau, mais pas ensemble. Un interdit sans appel avait été prononcé à l’unisson par les Bastides à ce sujet. Privilège au seigneur des lieux, Etienne passera le premier. Clairement, le règlement énoncé par le couples s’affichait comme étant incontournable.

 Approcher le chaudron, arriver à se glisser à l’intérieur était une mission qu’Etienne ne pouvait pas accomplir seul. Deux pierres mal calées posées l’une sur l’autre faisaient office de marchepied destiné à rattraper le niveau. Les escalader demandait un minimum d’équilibre qui lui faisait défaut. Etienne avait refusé, d’un ton catégorique, que Le Fernand s’occupe désormais de son bain. Ce dernier, visiblement vexé, me confia la tâche, en même temps qu’il adressait à Etienne des propos marmonnés et suffisamment brouillons pour ne pas être audibles. J’étais dans un premier temps tenu de l’assister pendant l’ascension de l’obstacle, l’aider à enjamber les rebords de la grosse marmite afin qu’il arrive à destination sans encombre.

Je ris en écrivant ces lignes et parallèlement ces souvenirs m’attristent tellement ils sont empreints d’une vérité poignante. Cet exercice représentait pour nous deux des manœuvres périlleuses dont la Victoria et son mari n’avaient sans doute pas anticipé tous les risques.

Eveillés au danger, mais assez fous pour le braver, combien de fois avons-nous frôlé la catastrophe. Mon inexpérience en la matière et pour la toute première fois, ma gêne à devoir empoigner le corps nu d’Etienne, nous amenèrent à devoir affronter des situations délicates. A combien de reprises fûmes-nous à la limite de nous retrouver tous les deux au sol ou pire encore, tous les deux, la tête la première dans le chaudron. Des braises encore rouges présentaient un risque supplémentaire en cas de chute. Enfin mille précautions devaient être prises pour qu’il n’ait pas de contact avec les bords extérieurs du récipient afin de ne pas le voir se maculer de suie.

Après les maladresses qu’Etienne me demanda de corriger, je devins opérationnel dés la semaine suivante.

Des frayeurs, mais surtout des fou-rire me restent en mémoire de ces séances que le Fernand devait interrompre régulièrement en venant taper la porte de ses gros poings. Le temps du bain, nous savions qu’il virait aux alentours de la porcherie. Il était là sans doute pour notre sécurité, mais également comme responsable de notre moralité. La Victoria avait fait à ce sujet des allusions troublantes. Ce chahut devait l’intriguer lui faisait sans doute se poser mille questions, mais il ne se risquait pas à entrer, par crainte de la colère d’Etienne.

J’imagine sa tête s’il nous avait vu batifoler nus comme des vers. Qu’aurait-il dit en nous voyant nous ébattre, le corps dépouillé de tout vêtement ce qui pour l’époque restait un acte de débauche et plus encore un péché devant Dieu, auquel venait s’ajouter un acte de désobéissance. L’ordre en effet, avait été donné de nous laver en culotte, ce qui rapidement ne fut plus de mise et c’est après le bain, pour écarter tout soupçon, que nous trempions malicieusement le vêtement dans l’eau.

Terrain de jeu peu ordinaire que cette porcherie où chacun se découvrait à l’autre à présent sans gêne, sans honte. Drôle de salle de bain, drôle de récipient que cette marmite géante mais qui dans l’instant présent valait mieux que toutes les baignoires du monde. Attitude nouvelle pour moi qui, avant cette rencontre, n’aurait jamais osé me laisser aller à une telle démesure.

Situation comique, mission pour le moins surprenante qui me fut confiée au pied levé et qui donna lieu à des scènes cocasses. Après avoir été gêné de découvrir le corps déformé d’Etienne, j’acceptai les libertés que nous prîmes sur le règlement. L’ordre d’entrée dans le bain était à présent dicté par Etienne. Quant à le prendre ensemble, ce ne fut pas possible, le chaudron n’était pas assez grand !

Le monde dans lequel j’ai été éduqué rendait tabou la nudité à tel point que jamais je n’avais été confronté à la situation qui s’imposait à moi. Etienne qui, dans la chambre, s’était jusqu’alors déshabillé discrètement et toujours de façon à ne pas se montrer, se dévêtissait là sous mes yeux le plus naturellement du monde. Je crois bien avoir rougi par avance à l’idée qu’il allait falloir, à mon tour exécuter le geste final qui consiste à tout dévoiler. Peine m’en prit, mais je le fis, malgré l’intimidation que me causa le regard amusé d’Etienne !

A partir de cet instant où par je ne sais quel effort j’ai pu assumer mon engagement devant lui, je me suis senti plus grand.

Que dire de plus à part d’exprimer l’assurance qui venait de naître en moi et qui m’apparaissait comme l’évidence. A présent, sans pouvoir en expliquer le phénomène, j’étais devenu l’égal d’Etienne. Certes, il était toujours plus grand que moi, ses connaissances dans un tas de domaines dépassaient largement les miennes mais je savais avoir autre chose qui suffisait à mon bonheur. Ce sentiment que je vivais m’apportait de la force, mais qui n’avait rien à voir avec une puissance extérieure. Oui, avec ou grâce à la liberté que nous prenions à passer outre les consignes des Bastides et au-delà de son infirmité, nous étions devenus les mêmes. Je me voyais comme lui, sa différence me devenait abstraite.

 

Par le biais de l’image…

Presque deux mois que nous vivons côte à côte avec pour ce qui fut les débuts et un vrai questionnement et beaucoup d’inquiétude sur ma capacité à pouvoir répondre aux obligations auxquelles j’avais à faire face. Cette mission, singulière à beaucoup d’égards, m’ouvrait un regard nouveau sur une relation au caractère pour le moins original. Je découvrais des tâches surprenantes et l’enfant que j’étais a du y faire face.

La santé d’Etienne s’améliore de jour en jour, il va beaucoup mieux. Il ne manifeste plus de colère, liée au désespoir qui, certains jours, le rend effrayant. Il est devenu amusant et agréable à vivre. Le thème de ses discours a radicalement changé. Ils ne m’apeurent plus. A-t-il craint que je m’en aille comme je l’en ai menacé ? Rien n’est plus certain car il doit savoir que cela m’est impossible à cause de l’engagement que mon Père a pris avec sa famille. Non, Je veux croire au fait qu’il souffre moins et, d’autre part, qu’il apprécie ce que je fais pour lui.

Par fort mauvais temps, le bétail restait à l’étable ce qui me déchargeait de mes obligations. Je me sentais obligé de passer la journée dans la chambre aux cotés d’Etienne qui, d’autre part, savait jouer d’arguments auxquels ma curiosité l’emportait à présent sans gêne et sans culpabilité. Je devais rester silencieux pendant qu’il travaillait à ses devoirs au point qu’il m’arrivait de m’endormir. Il prenait alors un coquin plaisir à me réveiller en me chatouillant les joues, se servant pour cela des photos de son catalogue au caractère original.

Alors que les Bastides nous croyaient devant un livre de français ou à la révision d’un poème, Etienne, réjoui de me voir bouche bée devant une nudité provocante faisait défiler les exemplaires les plus explicites sur la manière de montrer l’interdit à l’enfant que j’étais. Il en décrivait les images avec des commentaires exaltés qui me laissaient envieux de son savoir. Encore inculte en la matière, je découvrais non sans surprise des détails de l’anatomie féminine qui n’était pas sans m’interpeller. Je prenais connaissance de ces illustrations avec une certaine émotion et un intérêt qui l’amusaient beaucoup.

Etienne observait mes réactions et affichait un plaisir non dissimulé à me voir rougir devant ces filles à la poitrine surdimensionnée. A une timidité que je voulais cacher venait s’ajouter la surprise de tout ce qu’elles avaient à offrir en plus de leur gorge rebondie. Brutalité n’est peut être pas le mot exact, mais j’avais parfois le sentiment d’être agressé par les images que je recevais en pleine figure et dont la vitrine me submergeait. La mise en scène de leurs corps dénudés jusqu’aux moindres recoins faisait me poser mille questions. Elles avaient une manière de me dévisager qui m’obligeait à me ressaisir pour ne pas détourner mon regard. Une invitation à je ne savais quoi de précis me rendait méfiant au point de craindre de ne pouvoir me libérer de leur étreinte. Leur générosité et l’appel qu’elles me lançaient me déstabilisaient jusqu’à l’angoisse de ne pas savoir comment m’y prendre si, par je ne sais quel artifice, elles venaient à s’extraire de leur prison de papier.

D’une connaissance jusqu’alors à peine effleurée, Etienne me faisait accéder à cet univers troublant d’un désir que l’on ne définit pas encore mais auquel déjà l’on aspire. Mon insuffisance, ma naïveté lui ont concédé le rôle de l’instruit, celui de l’éveilleur. Il avait à cœur de marquer sa différence dans un domaine où il me savait ignorant. Cet avantage l’a distingué, l’a rendu intéressant à mes yeux.

Il me demande à présent de l’accompagner pour des promenades autour de la ferme. Investi d’une mission que je me suis attribuée, je l’entraîne à me suivre sur des distances plus longues. Je l’amène à se dépenser physiquement, à marcher au-delà de ce qu’il espérait faire. De jour en jour, son pas prends de l’assurance au point de pouvoir maîtriser un équilibre qu’il avait incertain à son arrivée . Manifestement, il est devenu heureux. Son regard est lumineux. Les cernes qui soulignaient d’un large trait noir ses yeux ont complètement disparu. Le changement est spectaculaire. Il est devenu volontaire et enthousiaste.

 Ce séjour en montagne a transfiguré Etienne. Son visage s’est débarrassé de la vilaine pâleur qui donnait à son regard un aspect mélancolique. Nos promenades au grand air lui ont redonné une allure dont il est fier.

 

Soudain le doute

Septembre touche à sa fin. Les premiers froids ont roussi les feuilles des coudriers. L’automne de cette année 1951 s’annonce précoce. La rentrée des classes va interrompre nos tête-à-tête, artisans d’une amitié complice. La compagnie d’Etienne me rend à ce point heureux que je refuse le principe de notre séparation. A toute évocation de son échéance, un vent de panique m’envahit. Je lutte avec acharnement pour chasser une évidence que je sais pourtant incontournable.

Ce que nous avions réussi ensemble m’amenait à vouloir repousser une décision qui venait rompre l’attache affective qui me liait à Etienne. Je pestais contre le droit des adultes qui, une fois de plus, allaient décider pour moi.

S’étaient-ils souciés à ce jour de savoir si j’étais apte à assumer la charge dont ils m’avait investi ?

Avaient-ils évalué les risques d’un échec, de mon incapacité à pouvoir gérer une situation pour le moins étonnante à confier au pied levé au jeune garçon que j’étais, à peine sortie de l’enfance?

Je pense, depuis longtemps que ces questions ne les ont même pas effleurés, le temps ne laissait pas de temps au doute ni à d’hypothétiques méfiances.

Aujourd’hui, alors que notre rencontre avait soudé les liens d’une affection profonde, les grands, sans état d’âme, et, sourds à mes suppliques, avaient déterminé qu’il était l’heure de nous séparer. Je ne voulais ou ne pouvais plus entendre les arguments de l’impératif scolaire, prétexte dérisoire au regard de ma douleur.

Mon vocabulaire se trouvait démuni et ne pouvait exprimer la souffrance d’un mal que je découvrais. Je me sentais vidé de toute substance et privé de toute réaction. Etienne ne pouvait ignorer ma détresse mais il restait muet. Son silence venait aggraver un désespoir que je ne cachais plus. Il me manifestait des gestes d’affection, se voulait tendre et cajoleur mais il ne me parlait plus. J’aurais aimé de sa part, lui, qui s’était livré sans retenue, lui, familier des Bastides, qu’il fasse front avec moi contre cette décision cruelle. Qu’il prenne partie, qu’il me montre l’attachement, dont jusqu’alors il ne taisait pas le nom. Je fouillais son regard, cherchant en vain un indice qui confirmerait sa peine à nous voir séparés. Rien de charitable, rien de généreux ne venait m’apporter un quelconque secours. Rien ne filtrait de ses prunelles dont le noir s’était à nouveau obscurci.

Insidieusement, un doute terrible venait s’installer en moi, chassant, pour m’en défendre, le sentiment très fort que je vouais à Etienne. Non, je ne voulais pas croire qu’il ait pu ainsi et tout au long de ces trois mois passés ensemble, me voler ce qu’il me devait en juste retour de ce que j’avais fait pour lui. Obstiné dans la quête d’une réponse, je cherchais à le toucher par des provocations. Je voulais trouver le moyen de lui arracher ce que je souhaitais entendre. En vain.

 Le moment de l’ultime séparation arriva sans que rien de sa part ne fût dit. Pas un seul mot de consolation ne lui sortit de la bouche. C’est alors que le vis s’avancer vers moi d’un pas assuré, et devant les Bastides, son père et le mien, il me prit dans ses bras de façon maladroite, presque avec violence pour me serrer très fort contre lui. Après des secondes d’un réconfort inavouable, toujours sans un mot, il lâcha son étreinte pour me regarder, pour se montrer tel qu’il voulait être vu. Des larmes, qu’il ne cacha pas et certainement qu’il fit l’effort de ne pas essuyer, me furent offertes en signe de réponse.

 Larmes d’une séparation qu’il me confessait douloureuse. Reconnaissance certes muette, mais combien explicite pour moi qui, depuis le temps, le connaissais dans toutes ses formes d’expression. Il me présentait là, celle absente de toute représentation théâtrale qu’il savait pourtant jouer à la perfection. Il était, lui, dépouillé de tout artifice. Je découvrais enfin, peut être, Etienne dans ce qu’il était au plus profond de lui-même. Un être qui se voulait hermétique à toute sensibilité pour ne pas s’attacher, pour ne pas avoir à endurer au-delà de ce qu’il vivait déjà comme souffrance. Mon obstination, ma persévérance à vouloir le comprendre, lui accorder une attention dont il ne croyait plus être digne, ont sans doute eu raison d’une résistance qu’il n’a pu maîtriser. J’ai lu dans ses yeux ce qu’il n’a pas pu dire, j’ai ressenti dans cette ultime accolade les bienfaits de son élan secourable.

Etienne avait dressé jusqu’alors, un rempart devant des émotions qu’il voulait me cacher ou des sentiments qu’il s’efforçait de taire.

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 De l'espoir à la déchirure racontera la fin de mon histoire avec Etienne.

            .........// Juillet de cette année 1952 appoche et comme convenu avant de nous quitter  fin septembre dernier entre Etienne, les Bastises et mon Père, je dois repartir pour la ferme des Renards.

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 17:32

    Randonnée au départ de Beaumes de Venise  

 

               

                  DIVERS-004-copie-1.jpg       

 

                                     Un peu d'historique:

 

          L’origine du nom de ce village vauclusien (2400 Âmes à l’année pour 4500 en saison touristique) n’a rien à voir avec la célèbre citée italienne. Plus modestement, Beaumes, anciennement balmes, fait référence aux grottes dans lesquelles ont vécu ses habitants durant des siècles et Venise, rattachement plus récent quant à lui à son appellation, rappelle son annexion au Comtat Venaissin (Vénesse). Ses habitants sont des Balméens.

 

                      Photos-a-peindre.jpg

 

Situé au pied des Dentelles de Montmirail, bien abritées du Mistral, ses terres sont essentiellement plantées de vignes produisant un raisin muscat dont il est fait un vin liquoreux réputé. C’est aux alentours de 600 Av J-C que les grecs ont implanté cette culture répartie sur des domaines dont l’entretien se pérennise depuis près de trois millénaires. Des oliviers multi-centenaires, leur positionnement à flan de colline les ayant, pour la plupart, protégés du gel ravageur de 1956, viennent peupler les terrains moins propices à la viticulture. 

 

                                                                                        

                                 Les Dentelles de Montmirail

 

                       Rando-sur-les-pas-des-Ligures--des-Romains--des---030.jpg

 

                    Les ligures: Le peuple des statues-menhirs.

 

Ligures, signifie haut perché en raison de leur habitat creusé dans la roche calcaire et principalement situé au sommet des collines ou, selon leur emplacement, dans un conglomérat de sable jaune mollassique de type helvétien.

Il s’agit d’un peuple dont les traces sur le territoire provençal remonte à la fin du néolithique, soit 2700 Av J-C, c’est à dire avant les Grecs, les Celtes et les Romains. Ils seraient les descendants des tribus Chasséennes et auraient pénétrés notre territoire à partir des côtes atlantiques.

Ils pratiquaient l’élevage et une forme de culture. Ils étaient sédentaires. Il reste sur la commune des traces de leur existence, dont des sarcophages.

 

                             ______________________  

 

                                          La randonnée:          

 

 

                  DIVERS 009

 

       Il s’agit du groupe des Galéjaïres* de Barbentane, conduit ce 15 janvier 2012 par Michel-le-Parisien. Celui qui lit les cartes à l’envers et qui a failli nous perdre un lendemain de jour de l’an dans la colline de Saint-Michel de Frigolet lors de la randonnée des moulins. A sa décharge, il est vrai que cela ne s’est plus répété…encore que….Il lui arrive de nous faire bartasser ( lire pour ce mot barbare : marcher sur un terrain de découverte ) dont, par définition, nul ne sait où il conduit….. Je rappelle que c’était le lendemain d’un jour ‘’d’arrosage copieux’’, ce qui lui valu notre indulgence….en échange de… deux bouteilles de punch qu'il nous amena à la rando suivante. Ceci dit le Michel, "joueur" de cartes s’il en est un, pour faire sérieux, laisse dépasser de la poche de sa tenue de campagne, bien à la vue de sa troupe, une carte au 25 millième, mais…. ce n’est pas forcement celle de la rando du jour. J’en ai eu la preuve il y a quelque temps de cela. En effet, le bord de couverture laissait apparaître des Bories alors que nous étions........ en Camargue.

-Sois gentil me dit il, ne dit rien, Je sais que pour certaines de nos ouailles voir la carte les rassure, il n’est pas nécessaire de les angoisser à l’idée que ce n’est pas la bonne. Personne n’y verra rien et la rando je la connais sur le bout des godasses. Ce qui s’avéra juste…ce jour là. 

 

                           Rando sur les pas des Ligures, des Romains, des...-copie-1

 

                                     Notre Dame d'Aubune

 

     La première étape nous conduit à la Chapelle de Notre Dame d’Aubune datant du XIIe siècle. Elle fut construite en l’honneur de Charlemagne pour une victoire contre les Sarrasins. Un sentier, comme je les aime, monte en lacets au milieu d’une garrigue peuplée de cistes, de romarins et de genets épineux, généreusement fleuris pour la saison. Le plateau, naturellement arboré de chênes-verts et de pins méditerranéens, recèle des fouilles et des ruines de monuments anciens. Le manque de précision quant à leur localisation nous fait les ignorer alors que d'après la carte, nous savons les longer. 

 

                     diverses-214.jpg

 

           À même le falaise, emplacement montrant l'extraction d'une meule.

 

Une curiosité, déjà connue pour certains d’entre nous, justifie une halte photos. Il s’agit d’une falaise ayant servie, voici plusieurs siècles, de carrière pour l’extraction de meules pour moulins à blé et à huile. Par commodité, mais également en fonction de la grandeur de la pièce à extraire, le maître d’œuvre pouvait choisir de travailler sur sa partie verticale, ou à l’horizontale selon la nature et la composition de la roche.

 

 

                             Rando-sur-les-pas-des-Ligures--des-Romains--des---012.jpg

 

                                   Meule laissée sur place, à cause de.....

 

      À présent, la chaîne des dentelles de Montmirail, terrain d’excellence pour les grimpeurs, se dresse devant nous, faisant barrage aux regards qui voudraient survoler la plaine du Rhône dont on aperçoit la brume qui surnage au dessus de son lit.                  

Le paysage environnant est riche de ses massifs. Le Luberon, les Monts de Vaucluse en sont des représentants fournis en chemins de randonnées forts agréables à arpenter. Le Mont-Ventoux, notre géant de Provence qui s’élève de 1912 mètres  au dessus de la plaine de Carpentras(1910 ou 1908) sur certains relevés géodésiques, fait office de vigie bienveillante sur les 3567 kilomètres carrés que comptent le Vaucluse,  l’un des plus petits départements de France. 

La halte repas est choisie avec discernement. La recherche d’un coin à la calle ( lire à l’abri du vent ) demande à aller au delà de l’heure prévue pour la restauration. Il fait bougrement frisquet ce 15 janvier. Toutes les précautions sont donc bonnes à prendre et c’est en prévision des risques de refroidissement que plusieurs bouteilles d’antigel font irruption des sacs dés le cul posé sur des souches qui nous serviront de siège .    

                                                                                                                                                          Le chemin se fait plus large. Il est là pour desservir les propriétés viticoles, permettant ainsi le passage des tracteurs et autres machines outils indispensables pour une culture moderne.

Sur sa gauche, des cavités indiquent la présence d’anciennes mines artisanales de gypse et d’ocre. Le gypse, minerai de couleur blanchâtre sert à la fabrication du ciment et du plâtre. Il est également intégré à certains engrais en vue d’assolements spécifiques.

Si ces points d’extraction sont aujourd’hui abandonnés faute de rentabilité, la commune de Mazan, petite localité voisine, compte sur son territoire l’un des plus grands gisements de gypse au monde et le plus important d’Europe pour ce qui est de son traitement à ciel ouvert.

 

   Entrée d'une ancienne mine de gypse                              Qui a dit bizarre !

 

  Rando-sur-les-pas-des-Ligures--des-Romains--des---022.jpg  Rando-sur-les-pas-des-Ligures--des-Romains--des---024.jpg

 

Bizarre, une succession de rochers empilés se pose en sentinelle pour nous indiquer que nous sommes sur le circuit. Aujourd’hui, le Parisien tient bon la route !!!! 

Les Dentelles de Montmirail, des secteurs équipés pour la varappe qui, il y a peu de temps je pratiquais encore, sont à portée de mes mains. Que de souvenirs je garde de mes cordées sur ses falaises.

La Grève de Cent Ans, Le Dièdre, La Cheminée de Tobey, La Dulférineuse, La Dalle en Pente, La fastoche, La Niquedouille, La Garce sont autant de noms de voies dont la consonnance se veut originale et qui tintent à mes oreilles comme le font les mousquetons s’entrechoquant sur le baudrier à l’amorce un pas. Je rêve de pouvoir, en second de cordée maintenant, me confronter à nouveau à cet exercice qui m’a donné tant de satisfaction et de plaisir. Les soins dont je bénéficie devraient réduire le handicap que me provoque une capsulite rétractile sur l’articulation de mon épaule gauche et comme par hasard je suis gaucher……

  

                               Site du grand Montmirail 

                                                                                                                                                                                  dentelles-montmirail-13 

 

Fini mes jérémiades, je reprends pour vous la randonnée qui traverse des champs de vignes à perte de vue. Chacune des parcelles, ou presque, possède son cabanon dont certains ont déjà fait l’objet d’un sujet sur mes toiles. En mauvais état pour la plupart, il faut espérer pour eux une restauration imminente au risque de voir s’effondrer ce qui reste un patrimoine. Ils sont les vestiges d’un passé où, surpris par son travail,  la nuit ou le mauvais temps, le laboureur d’autrefois, trop éloigné de sa maison pour rentrer, dormait là dans la paille avec son cheval dans l’attente du jour nouveau.

Certaines de ces constructions, de petites fermes, sont victimes de l’abandon de leurs locataires, qui aujourd’hui habitent le cœur des villages par commodité. Certains, pour répondre à une mode qui les différencierait du monde des paysans d'autrfois dont ils auraient honte !

La viticulture reste une activité à part des autres métiers de la terre.

 

                                                                                                                                               2009 photos diverses 265 

 

Note * : Galéjaïres : En langue provençale, personnes pratiquant la plaisanterie.

 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 15:15

Récit tiré d'un chapitre de : Lettre à Jules.

    Résumé de la première partie 

 

Depuis plusieurs années déjà, je monte en estive garder un petit troupeau chez les Chambon de Chevalet, près de la Croix de Bauzon en Ardèche. Sans qu'il m'en fut donné la raison, cet été 1951, je suis changé de famille.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Ardèche. La ferme de Chevalet

 

              La ferme de chevalet vue par mes pinceaux (Acrylique sur toile)

 

En toute logique, je m'attendais à devoir m'adapter à mes nouveaux accueillants. Chez les Chambon, j'avais mes habitudes.

Si je savais avoir à localiser les pâturages des Bastides et mémoriser les sentiers y conduisant, à me faire adopter par le chien de garde, à devoir apprendre et retenir le nom des vaches, à devoir...à devoir. En revanche, la mission qui allait être la mienne et convenue dans mon dos m'avait été soigneusement cachée.

 

                                      AU FIL DES JOURS

 

Mes journées commençaient tôt le matin. Dés sept heures, mais parfois un peu plus tard, je devais me lever pour me préparer à conduire le petit troupeau sur le lieu de pâture. Après avoir pris mon petit déjeuner avec la Victoria et le Fernand, je devais servir celui d’Etienne à la chambre. Il avait formulé cette demande auprès des Bastides en ma présence avec une marque de supériorité dont il s’autorisait souvent l’usage.

Le bruissement de mes pas sur le plancher l’avertissait de mon arrivée. Par jeu, il simulait s’être rendormi. Il attendait de moi que je le réveille. Tout en minaudant des propos flatteurs, je devais le secouer avec délicatesse. Il singeait un éveil étonné, étirant bras et jambes de détentes rendues saccadées à cause de sa maladie. Toujours rieur dans ces circonstances, les yeux pétillants de malice, il demandait à ce que je m’assoie sur son lit, puis il me ceinturait de ses bras pour me retenir près de lui. Si au début ses gestes d’affection m’étaient prodigués dans la retenue, il n’en a plus été de même dans les jours qui suivirent. De mon côté, affranchi de toute pudeur, je n’ai plus eu à jouer le jeu de la complaisance, mes élans d’estime étant désormais devenus la propriété de ce garçon pour le moins curieux.

Une amitié venait de naître comme seuls les enfants s’autorisent à les vivre. La surprise passée, l’intérêt qu'il portait à mon dévouement ont eu rapidement raison de ma crainte de ne pas être celui qu'il attendait. Etienne d’une manière théâtrale me manifestait des sentiments excessifs. Certains d’entre eux me faisaient douter de leur sincérité, mais je les acceptais comme un don non négligeable dans cet environnement où la tendresse était un luxe qui ne se pratiquait pas. Je n’avais pas envie de m’en défendre. Ses débordements me flattaient.

Il gardait la chambre toute la matinée pour travailler son programme scolaire que de nombreuses absences avaient empêché de terminer. Je le quittais la peine au ventre pour aller remplir les tâches pour lesquelles, en première intention, les Bastides m’avaient reçu à la ferme des Renards. Une autre réalité prenait alors sa place. Pour le temps de garde, je partais parfois loin et pour la journée complète vers le Sautadou ou la plaine des Baïsses. La rosée à peine séchée, bâton en main, je guidais de la voix les quatre vaches, les chèvres et les moutons, surprenant de-ci de-là des cailles s’ébattant dans les flaques laissées par les orages fréquents qui sévissent en montagne.

Au fil des jours, les séparations se sont faites de plus en plus douloureuses, en particulier pour Etienne qui voulait me garder près de lui. Il me monopolisait de façon abusive mais quand j’étais loin de lui, sa sollicitude me manquait. Je ne sais plus dire aujourd’hui s’il accaparait mon temps ou si je le lui consacrais. J’avais intégré et admis le fait que je lui devais d’être chez les Bastides. Si les débuts me firent douter d’une rencontre heureuse le concernant, il a su m’amener à une autre perception de ce qu'il était au-delà de son apparence et de ses comportements énigmatiques. Je lui vouais une forme abnégation dont le contenu restait mal défini. Je savais pourtant depuis le premier jour de notre rencontre avoir été l’objet d’une entente de laquelle j’avais été écarté. A ce sujet, encore, et quoique fugitives, des pensées pénibles arrivaient à me tourmenter. Que serait-il advenu de moi, si Etienne m’avait rejeté ?

A présent plus rien de tout cela ne comptait, ce que j’étais censé lui apporter n’était plus de l’ordre du devoir. C’était d’une autre nature sans que je puisse en donner de définition répondant à une logique raisonnable. Un lien fait de mystères nous unissait. Seulement être ensemble suffisait à un bonheur que nous ne voulions pas nous expliquer. Une confusion de sentiments bousculait en moi toute notion de rationalité. Partir garder sans lui me faisait culpabiliser, me rendait coupable d’une lâcheté ou d’une fuite  dont la conséquence douloureuse était de nous rendre orphelin l'un de l'autre.

Lui, sans le vouloir, me privait de tout ce que j’aurais souhaité lui faire partager de mon expérience. Celle de la montagne que je pratiquais par instinct et grâce aux connaissances acquises depuis plusieurs étés. Lui parler de l'Ardèche de mon Père qui, par filiation, coule dans mes veines. En effet, pour qu'il ne soit pas jaloux ou malheureux, je m’obligeais à lui taire les rencontres qu'il m’arrivait de faire au détour des chemins, à lui cacher la construction de ma cabane dans le grand fayard du ruisseau Monge.

J’aurais tellement voulu l'avoir près de moi le matin où j’ai surpris ce jeune chevreuil jouant avec sa mère à l’orée du bois du Travers. Les parties de cache-cache que j’engage parfois avec les écureuils dont la ruse et la malice font de moi un mauvais perdant, l’amèneraient sans doute à rire à mes dépends. Je me refusais de courir après les cailles pourtant nombreuses sur les éteules des récentes moissons pour ne pas le trahir d’un plaisir pris sans lui.

Toutefois et plus forte que mes résolutions, l’envie et le besoin de me défouler m’entraînaient de temps en temps à oublier Etienne pour m’adonner à l’un de mes plaisirs favoris qu’était l’escalade. Le Rioudu Basset, était parmi les lieux de pâture, le site idéal pour cette pratique. A cet endroit, la Loire, seulement un brin plus large qu’un ruisseau, pouvait se traverser à gué. Je laissais le troupeau, mais le gardais à vue.

Prenant pied à même l’eau, une magnifique falaise de basalte m’offrait un terrain de jeu que j’affectionnais. Inconscient ou téméraire, je grimpais sur la paroi allant jusqu’à atteindre des hauteurs que j’avais parfois du mal à désescalader. A plusieurs reprises, je suis rentré à la ferme les mains et les genoux entamés par les arêtes vives du rocher. Ce qui ne paraissait pas inquiéter les Bastides provoquait chez Etienne des attitudes curieuses. Ne pouvant plus lui mentir sur mon activité coupable, j’ai fini par lui avouer mon délit. Mes blessures pourtant superficielles l’amenaient alors à prendre soin de moi bien au-delà du rationnel. Imaginant sans doute que je venais d’échapper au pire, il m’entourait d’une tendresse débordante, me collait sur la peau des pansements aux dimensions ridicules. Après m’avoir bien chouchouté, après s’être attendri sur mon sort, d’un ton menaçant, il me faisait promettre de ne pas recommencer.  

                 

   CURIEUX MANEGE 

 

Par je ne sais quel type de négociation, à moins que cela n’ait fait partie du contrat passé avec le Fernand, Etienne obtenait que j’aie, de temps en temps, des demi-journées à lui consacrer. A sa demande, nous partions pour de courtes promenades, le plus souvent en direction du pont des Monteils. Son parapet nous servait de banc. Là, assis l’un prés de l’autre, les yeux rivés sur l’onde et sans qu’un indice ne l’ait annoncé, Etienne se mettait à égrener des propos délirants, déclamait des tirades au contenu surprenant. Il y faisait cohabiter la vie, l’amour, la mort dans un insolite désordre. Il exprimait une détresse dont la vérité me touchait au point de m’envahir. Il m’avait déjà, dans d’autres lieux, joué ce type de comédies sordides. Elles me surprenaient toujours autant au point de me paralyser de peur, à l’idée qu'il puisse mettre sa vie en danger. Un état de panique que j’avais du mal à maîtriser, l’amenait alors à prendre conscience de l’influence que ses propos avaient sur moi. Il s’interrompait brutalement. En forme d’excuse, il me jouait la scène de la repentance, du misérable qui ne sait plus où est sa raison. 

 Ses gentillesses qu'il voulait sincères n’arrivaient pas, malgré tout, à cacher le plaisir manifeste qu'il éprouvait à me mettre en difficulté. Ma fragilité dans ce domaine lui donnait sans doute le sentiment d’être fort. De ses mains aux doigts longs et maigres, il tentait d’étouffer des rires qui venaient parachever mon incompréhension quant à ses agissements. Son mal-être était sans doute responsable de ses débordements outranciers, mais il semblait en rajouter par calcul, pour gagner de ma part davantage de compassion. Sa conduite me rendait malheureux au point de le haïr. Fou de colère, je fuyais en courant, le laissant seul avec sa cruauté pour compagne. Toutefois, et bien que décidé à ne plus céder à ses habituelles suppliques, je revenais à lui. La peur d’être réprimandé par les Bastides en était l’une des raisons. L’autre était la crainte qu'il me rejette. Ambiguïté d’une relation où le choix d’une décision ne répond plus à aucune logique, encore aurait-il fallu qu'il me soit autorisé d’en prendre une !

Fort heureusement il n’en était pas ainsi à toutes nos sorties. Sans doute conscient du mal qu'il me faisait et travaillant à un meilleur contrôle de ses agissements, il m’épargnait ses malices pour quelque temps. A contrecœur mais pour marquer ma détermination à ne plus vouloir subir, je m’obligeais à devenir distant. Ma conduite le peinait et le désintéressement que je lui manifestais l’affectait de manière visible. Je résistais pour ne pas me laisser influencer par son regard de chien battu. Je me faisais violence pour m’imposer une attitude d’attente, pour qu'il soit le premier à céder, le premier à engager le pas d’une réconciliation qui viendrait mettre fin aux souffrances que l’on s’infligeait mutuellement.

Drôle de sort que la vie faisait subir à Etienne, drôle de scènes que certaines situations me contraignaient à jouer et dans lesquelles, pour me protéger, je marchandais les termes de la concorde.

Les journées se succédaient, chacune avec ses surprises, Etienne orchestrant pour moi des rôles à lui jouer. Je pouvais également devenir le complice des farces qu'il faisait au Fernand en lui cachant sa casquette que le pauvre homme cherchait en jurant comme un païen, alors que la Victoria le traitait de tous les noms d’oiseaux en l’accusant ne pas savoir où il rangeait ses vêtements.

Le soir, dès la fin du repas, pour échapper aux soirées monotones du couple, nous partions dans notre chambre. Un clin d’œil discret où un mouvement de tête d’Etienne me donnait le signal pour me lever de table. J’obéissais en lui emboîtant le pas. Je ne savais pas lui dire non et puis la veillée avec le Fernand et la Victoria n’avait rien de folichon. Ils se parlaient entre eux d’affaires à régler, de la batteuse à retenir pour la moisson à venir. Ils étaient dans leurs soucis que générait le quotidien. La journée finie, le repas servi, faisaient qu’ils nous oubliaient.

Sans signe avant-coureur, allongé sur son lit et selon son humeur du jour ou les douleurs qui lui tordaient le corps, Etienne me parlait. Il passait d’un discours allant du coq à l’âne, de rires convulsifs à des sanglots qui me laissaient sans voix. Je me trouvais, malgré moi, embarqué dans ses tristesses, dans le tourbillon de sa vie fantasmée, nourrie de projets et de plaisirs étranges pour moi. Il se livrait sans pudeur, lui qui pouvait être poli et délicat, utilisait alors un vocabulaire répugnant.

Le lendemain était un autre jour, il était à nouveau celui que j’aimais, gentil et prévenant. Confiant dans l’amour retrouvé qu'il portait à la vie, heureux de me savoir à ses côtés, il devenait un autre Etienne. Tout changeait l’ambiance et l’humeur étaient à la fête et là, l’œil coquin, il m’exposait sa collection de photos de filles nues dont il commentait les formes et les contours de propos croustillants. Il en parlait avec une jouissance non dissimulée et une agitation que mon niveau de discernement n’arrivait pas à justifier. Après s’être abandonné sans retenue, son calme retrouvé, il me faisait promettre de n’en rien dire aux Bastides. Je découvrais ce déballage, cette débauche virtuelle les yeux grands ouverts. Rien de particulier ne me déplaisait si ce n’est l’évocation de certains actes exprimant des désirs qui me dépassaient alors…...

La Victoria et le Fernand appréciaient notre bonne entente. Ma présence leur enlevait le poids d’un accompagnement qui, de toute évidence, était devenu difficile à gérer pour eux. Je remplissais auprès d’Etienne le rôle du chaînon manquant à ses besoins de partage.

Moi, je m'immergeais petit à petit dans une relation riche de ce que j'apprenais des malices d'Etienne, de sa maladie, de sa vie d'enfant unique, de son milieu si différent du mien. J'apprenais de lui ce que m'apportait une éducation au langage châtie quand le mal  qui lui tenaillait habituellement les os le laissait en paix, le ramenait à une condition de vie presque heureuse. Ses tenues vestimentaires étaient d'un luxe que je découvrais, au même titre que je voyais pour la première fois une vraie trousse de toilette. Ce qui était naturel pour lui et qu'il qualifiait de légitime, m'apparaissait venant d'un univers dont je ne m'imaginais pas pouvoir un jour côtoyer. Il me parlait de la ville, de la sienne, de Marseille, qui tout en étant qu'à une centaine de kilomètres de la campagne où j'habitais alors, me paraissait inaccessible. IL me parlait de théâtre et de cinéma et autres salles de spectacles dans lesquelles ses parents l'accompagnaient selon son gré. Je l'écoutais, les yeux pétillants de convoitise me raconter ce qui faisait son quotidien et dont la connaissance que je pouvais en avoir avait été puisée dans un live de contes pour enfants.

    ...........................................................................................................................................................//

 

  Dans la troisième partie 

 //......Ma mission auprès d'Etienne, les diverses  tâches attenantes et liées au bétail,  mon poste de vacher, tout cela m'était devenu familier. Contrairement à mes débuts, aucune de ces exigences ne me pose à présent de problème, y compris la toute dernière, celle du partage de "" la salle de bains ""  !!!!!!

 

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 22:04

                           Récit tiré d'un chapitre de : "Lettre à Jules"    

 

                Lettre à Jules

 

                                                              Préambule,

 

Je ne sais pas ce qui m'habite à vouloir sans cesse revisiter le temps. A vouloir poser mon regard sur mes chemins d'autrefois. Un besoin irrépressible m'entraîne en direction des lieux et des événement où se niche mon enfance. La nostalgie de ce passé n'est pas le moteur de mon projet, bien qu'à certains égards j'en ai gardé de bons souvenirs. Quelle curiosité, quelle raison me conduisent donc à vouloir repenser ce que fut ma jeunesse.

Aujourd'hui je le sais et j'en connais la nature. J'éprouve comme un devoir, l'envie de te raconter des histoires, de celles qui, pour les développer, demande un peu plus de temps que ne dure un feu de cheminée........//

.....// Depuis trois ans déjà, je ne participais plus à la fête de mon école. Je rendais en toute discrétion mes livres fin Juin au Maître, avant de partir pour trois mois au fin fond de l’Ardèche, loué par mon Père à une famille paysanne comme vacher.

Jules, je ne peux pas te faire traverser mon histoire sans revenir sur l’un de mes séjours en montagne où durant tout l’été, je devenais le gardien d’un petit troupeau comme en possédaient les fermiers du haut Vivarais. Il me tient à cœur de flâner à nouveau sur les pourtours du lac d’Issarles pour te parler d’Etienne. Rencontre hors du commun par sa dimension, par ses appels, par tout ce qu’elle a alimenté durant cette estive. C’est reparti pour l’un de ces voyages qui nourrissent de leur substance ce qui empêche l’oubli.

Les travaux des foins mobilisaient les paysans dès les premiers beaux jours. Des garçons montaient alors de la plaine pour remplacer les hommes et les femmes qui habituellement gardaient leur bétail. Les enfants des familles pauvres, ceux de l’assistance publique ainsi placés, bénéficiaient d’une nourriture de qualité qui, à la sortie de la guerre, faisait encore défaut dans bien des maisons et dont la notre ne faisait pas exception. Le changement d’air dont les vertus m’étaient largement commentées, m’amenait à obéir à une forme de dévouement. A la fois pour le service rendu auprès de la famille qui me recevait, également pour mes parents qui n’avaient pas à me nourrir durant cette période !

--C’est pour ton bien, me disait mon Père !--

Le recrutement se faisait par relation et en toute confiance, c'est-à-dire sans recherche particulière quant aux personnes à qui nous étions confiés. Je note cela pour l’information, rien pour ma part ne viendra mettre en doute l’intégrité de mes familles d’accueil, mais il est vrai que ces arrangements se faisaient sans formalité ! Il s’agissait d’un contrat passé à l’amiable. Les adultes s’entendaient sur la durée de la prestation et les conditions de dédommagement pour l’activité fournie. Ainsi libérés des contraintes de garde en juillet, août et septembre, les seuls trois mois estivaux dont bénéficient généralement ces plateaux ardéchois, les fermiers pouvaient se consacrer librement au stockage de nourriture pour le bétail, aux moissons et autres travaux des champs et de jardinage. 

 

                                         RENCONTRE INSOLITE

 

1951, je me revois sur le sentier du Caîre, maigre, l’allure chétive, usant de mon bâton pour dompter quelques chèvres récalcitrantes qui refusaient de rejoindre leur enclos. L’empressement m’anime, j’éprouve le fort besoin de rejoindre au plus tôt Etienne mon ami, mon grand frère avec qui je partage une amitié d’enfant, de garçon. Une amitié singulière.

Je vais sur mes treize ans. Je souffre de me voir marqué des séquelles d’une guerre qui m’a affamée, me faisant grandir trop vite et brûlant sur son passage les étapes d’une jeunesse tronquée. L’idée de partir pour respirer l’air pur et boire sans restriction un lait riche de toutes ses matières grasses n’arrivait pas, tout au moins pour un temps à me consoler de la séparation. Depuis des années, je monte en estive, je suis un vétéran de ce type d’expédition au pays des Pagels et malgré une certaine expérience, j’appréhende ce nouveau départ.

J’ai déjà fait plusieurs séjours dans la vallée du Lignon et, aujourd’hui, sans qu'il me fut me donné d’explication, je suis changé de famille d’accueil, je suis envoyé chez les Bastides au pied du barrage de La Palisse.

Chez les Chambon, ceux d’avant j’avais mes marques, mes habitudes. Je faisais partie de la maison. Cette décision de me placer ailleurs va m’obliger à tout recommencer. Je vais devoir me familiariser à ces nouvelles gens et à un environnement qui m’est étranger.

Ce qui ne changera pas, c’est le voyage. Depuis le temps, je le connais, le car des Ginhoux qui monte à Aubenas, j’en ai essuyé tous les sièges. Après ce sera différent, il va falloir s’enfoncer plus loin dans la montagne par un changement de cap en direction du lac d’Issarlès via Saint-Cirgues-en-Montagne. Comme à chacun de mes départs mon Père m’accompagne.

Le Fernand Bastides nous attend dans le bistrot près de l’ouvrage en construction qui, accessoirement, fait office de relais pour les voyageurs allant plus loin. Il est attablé devant un verre vidé sans doute depuis longtemps, vu l’impatience qu’il manifeste sans discrétion. Une poignée de mains échangée avec mon Père, un regard à peine appuyé en ma direction, sont les premiers souvenirs que je retiens de mon arrivée.

Le sentier, tout en descente dans sa première partie, se faufile entre un bosquet de jeunes fayards et les berges de la Loire. Nous passons sur un joli pont de pierres après lequel, un raidillon, nous amène à la ferme des Renards. Juchée sur un promontoire surplombant le fleuve naissant, elle apparaît massive derrière sa façade  à la couleur grisâtre. D’immenses frênes font office de rempart à la Burle réputée violente et froide durant la période hivernale. Victoria, la maîtresse des lieux nous est présentée sans beaucoup d’élégance d’un signe de la main par notre accompagnateur. L’accueil s’est limité à quelques formalités d’usage. 

  Ardèche à vélo. La Loire naissante.

                                                  La Loire naissante

 

Pas de temps perdu en discours de convenance, les gens de la montagne ne sont pas causants. Il faut dire que des gamins comme moi, ils en ont déjà reçu une bonne dizaine depuis le début de la guerre. La question ne semble pas se poser quant à savoir s’ils savent s’y prendre avec les petits. Alors par vocation, par charité chrétienne, mais peut-être aussi pour tromper leur solitude, ils offrent l’hospitalité à ceux qui, comme moi, ont du mal à se relever des restrictions alimentaires tristement communes à la population de cette époque.

Après que me fut proposée une boisson sucrée et dont le goût m’est resté inconnu, je suis invité à suivre la Victoria en vue de mon installation. L’accès se fait par l’extérieur. D’un pas que j’ai du mal à tenir, elle me guide en direction d’une grande porte comme il s’en voit encore à l’entrée des granges du pays d’en haut. A l’intérieur de ce qui est le fenil, une pièce construite en planches, coincée entre les murs d’angle et la solide charpente du toit, va être ma chambre. Contrairement au reste de l’habitation, sa réalisation est récente. Le bois est encore brut de scierie.

Du fourrage entreposé à même les cloisons exterieures, distille des senteurs estivales. Deux lits sont disposés côte à côte. Une table chargée de cahiers et de livres scolaires signale la présence d’un autre enfant dans les lieux. Des images pieuses tapissent une bonne surface des murs. Un Jésus en cire emprisonné sous une cloche en verre trône sur une étagère. Il sourit. Un autre crucifié sur un bois doré suspendu à mi-hauteur est disposé entre les deux couchages. Il parachève une décoration que je trouve curieuse. 

C’est une surprise de ne pas me savoir seul à la ferme. Rapidement mille idées me traversent l’esprit. Je suis heureux sans raison précise à part celle de savoir qu’un autre enfant, probablement de mon âge, se trouve ici avec moi. Je pense en particulier aux soirées que je n’aurai pas à passer en tête à tête avec le Fernand et la Victoria. Je sais par expérience avoir à répondre à des questions, en particulier les premiers jours. Ils ne savent rien ou pas grand-chose sur moi et sur ma famille. Il y a assurément chez les Bastides de la curiosité à satisfaire. C’était comme cela ailleurs, rien de méchant mais un besoin de savoir. Parler était également une façon de se montrer sociable. Ils le savent, les débuts sont souvent difficiles alors il faut remplir le temps pour apaiser les inquiétudes du nouveau venu.

Ce devrait être différent avec mon voisin de lit. Echanger, bavarder avec lui ne devraient pas me poser de problème. Quel bonheur à l’idée d’avoir un compagnon. Je veille à ne pas le montrer mais je suis impatient de le voir. La Victoria ne me dit rien de lui et moi je n’ose pas poser de question à propos du lit vide.

Mon esprit s’emballe au point d’en oublier que je suis là pour tout autre chose que pour m’amuser. Les années précédentes chez les Chambon et ailleurs, je n’avais personne avec qui jouer, alors, je m’employais à accomplir toutes sortes de besognes pour tromper mes tristesses. Ici, je veux espérer autre chose, cette présence change tout..

Sans même avoir rencontré ce voisin de lit, car dans mon esprit il ne pouvait s’agir que d’un garçon, j’imaginais déjà des plans pour nous sortir du quotidien, pour fuir ce qui avait été ma solitude des estives précédentes. Pourquoi ne pas envisager d’être ensemble pour garder le troupeau, pour travailler le jardin ou faner ? Après tout pourquoi les Bastides auraient-ils accueilli deux enfants pour la saison, avec la volonté de vouloir les séparer ?

Un garçon s’avance vers moi avec lenteur. Il paraît sortir de nulle part. Son allure est étrange, sa démarche hésitante. Il me dévisage avec une curiosité troublante allant jusqu’à m’obliger à baisser les yeux. J’éprouve un sentiment de gêne comme si j’étais soumis à une évaluation de ma personne pour je ne sais quelle sélection. Je reste hébété, non par le fait de la  rencontre, d’ailleurs elle était prévisible et personnellement vivement souhaitée. C’est la façon dont elle a été préparée qui est surprenante. Un cérémonial surréaliste a entouré cette présentation dont la mise en scène n’a pu se réaliser qu’avec la complicité du Fernand. Le prétexte annoncé de vouloir me montrer l’enclos réservé aux agnelles était un scénario monté de toute pièce.

La sente pierreuse qui conduit à la bergerie est tapissée de pettes de brebis. Au fond du chemin se dresse un hangar recouvert de tôles rouillées duquel s’échappent des bêlements continus. Quelle malice a pu habiter ce garçon et cet homme pour choisir un décor pareil ? J’avoue ne pas comprendre.

Plus tard, seule la personnalité fantasque d’Etienne donnera un sens à un choix qu’il a voulu m’imposer.

Etienne n’est pas habillé comme un garçon de la campagne. Avec son costume d’un blanc immaculé et ses mocassins vernis noir ébène, il se singularise dans le décor de bouseux qui l’entoure. Un léger sourire marque une intention d’accueil poli. Contrairement à ce que je dois lui renvoyer en terme d’image, mon regard ne se voulant plus généreux, il ne paraît pas étonné de me savoir en ces lieux. Assurément, il connaît l’endroit. Il montre des signes qui ne trompent pas. Sa familiarité avec le Fernand ne fait pas de doute, l’aisance, la complicité qu’ils affichent dans leurs comportements les trahissent.

Sans que j’en comprenne la raison, il manifeste de la difficulté à pouvoir continuer. Il s’arrête vacillant. Essayant d’être le plus naturel possible, je m’avance vers lui. Je me trouve désarmé devant ce garçon au visage étrangement pâle. Il n’est pas tout à fait un adulte mais déjà plus un enfant. Il tend une main décharnée devant laquelle je ne peux contrôler un moment d’hésitation avant de pouvoir, à mon tour, avancer la mienne qu’il me serre avec autorité. Un visage aux traits surprenants entourent des yeux sombres. A présent, un regard curieux semble faire un inventaire de ce qu’il découvre, de ce qui semble lui être offert, de ce que je suis.

Rencontre dont je n’avais pas prévu le côté insolite, pas plus que je n’aurais pu imaginer l’ambiance théâtrale dans laquelle elle s’est déroulée. Quelle idée ridicule que ce spectacle préparé à mon insu où je subis le rôle d’un comédien désarmé de ses répliques. Je ne sais plus dans quel ordre replacer les sentiments que je ressentis au terme de cette mascarade. Même si ces mots ne faisaient pas encore partie de mon vocabulaire, vexé et humilié, sont sans doute ceux qui s’appliquaient le mieux à la situation. J’étais déstabilisé devant ce garçon pour le moins étrange et dont rien ne m’avait laissé jusqu’alors imaginer qu’il pouvait être le camarade espéré. J’avais déjà croisé dans ces montagnes perdues des garçons de ferme aux comportements bizarres, généralement des simplets. Mais la surprise était toute autre, cela était évident, il ne pouvait être là comme berger. L’invalidité qu’il présentait le rendait inopérant, incapable d’assumer les tâches pour lesquelles, habituellement, les fermiers accueillaient des enfants. Oui, j’en avais vu des drôles durant mes séjours précédents, mais jamais comme Etienne et je n’étais qu’au début de mes surprises le concernant.

L’étonnement passé,(je parle du mien), un enchaînement de propos et de gestes rassurants générèrent un climat qui apaisa mes émotions. Nous étions côte à côte à nous regarder de bas en haut, moi avec timidité et lui sans aucun embarras. Je restais muet alors qu’il me noyait de ses paroles. J’entendais qu’il était content que je sois là, que je sois venu.

A présent, je le regardais sans baisser les yeux, curieux de ce qu’il était mais aussi pour lui offrir un regard que je voulais chaleureux. La scène était drôle et touchante. Comment expliquer ce qui m’a traversé l’esprit à cet instant où, sans recul aucun, je sus être là pour lui ?

Les circonstances de ma venue, la naissance de ce qui sera notre relation, seront d’autant plus attachantes que les événements qui viennent de se dérouler ne sont pas dûs au hasard.

Etienne est un adolescent de seize ans. Malade depuis des années, il vient régulièrement chez les Bastides faire une cure de repos et d’oxygénation loin des quartiers de Marseille. Il ne supportait plus de se trouver seul face, durant des semaines, au Fernand et à la Victoria dans une relation qui lui était devenue ennuyeuse. A l’écoute de leur fils et concevant la demande, sa famille se mit en quête de lui trouver un camarade. L’un de ses oncles habitant notre quartier du chemin d’Arles obtint de mon Père de me changer de famille afin de satisfaire sa demande. C’est ainsi que je fus désigné à mon insu et dans une totale ignorance de ce qui m’attendait, candidat comme second des Bastides et garde-malade auprès d’un garçon en désespérance.

Il n’est plus comme les autres. Depuis quatre ans, il lutte contre une tuberculose osseuse qui le tient alité des mois durant. Une déformation de son squelette le fait légèrement boiter. Malgré ses efforts pour se tenir droit et paraître valide, je me suis rapidement rendu compte de son handicap. Mes espoirs de partager avec lui des obligations de travail et les jeux pour lesquels nous aurions pu être partenaires se perdent subitement dans un flot de regrets. Les stigmates de ses souffrances se lisent sur son visage. Il n’est pas celui que j’espérais à la découverte de ce lit vide. Je suis partagé entre la déception d’être privé de sa complicité pour partir à l’assaut des soldats de paille que représentent les gerbiers après la moisson et un sentiment de tristesse que m’inspire sa silhouette fragile et instable.

Je sens Etienne impatient. Il me manifeste des attentions, me gratifie de tapes amicales comme si nous venions de nous retrouver après une séparation que des circonstances nous auraient imposée. Il se positionne en grand frère sans domination abusive, mais je sens son autorité. Il émane de lui et de sa façon d’être, une assurance décalée du reste de sa personne qui le rend mystérieux.

Quelque chose me séduit, me fascine dans sa présentation. Il joue d’une forme de séduction faite de charme et de quête de sympathie. Ses propos dits d’un ton familier sont de nature à m’aider, à me remettre de ma surprise. Il exprime une gentillesse dont la forme ne m’est pas familière. Je suis à son écoute, captivé par un vocabulaire riche des mots que son accent du sud fait sonner d’une chaude musique.

A présent, à demi-mot la chose a pu être dite. Je viens de comprendre la raison pour laquelle je suis ici. Sans qu’il ait eu l’occasion de me choisir pour copain, je sais être là suite à sa demande formulée comme la condition à son retour chez les Bastides.

 

       Prochainement :  "Au fil des jours"  apportera une suite à notre histoire

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 14:33

                            De simples vœux

                       

 

                                 Dans le Queyras.

 

                                              Dans le Queyras

  

Refusant l’aventure d’un discours phraseur comme il s’en entend sur les ondes et à travers les écrans de nos téléviseurs en cette période plus que jamais ouverte à la démagogie , je viens au seuil de cette nouvelle année vous proposer en toute simplicité quelques photos qui veulent symboliser la représentation de ce qui fut pour moi une bonne année.

                                                                                          

                         Voir fleurir un arbre,  un amandier.... par exemple, 

 

                          Amandiers en vaucluse

 

Je vous souhaite de trouver parmi elles les raisons de croire à ce que j’appelle mes bonheurs simples et qui, je l’espère, vous seront accessibles selon votre bon-gré dans les jours ou les temps qui viennent.

 

                           Mon ascension fétiche.... Le Mont-Ventoux... , 

 

                         numérisation0003

 

-Voir un lever de soleil après avoir gravi la montagne qui le tenait caché. Le voir s’extirper de l’ombre puis se libérer par soubresauts pour aller enflammer l’horizon. Simplement voir se lever un jour nouveau, assister en famille, entre amis à ce miracle que la nature offre journellement aux gens du monde : Et c’était cela le bonheur !

 

                    Lever de soleil sur la  Dent parrachée. Vanoise

 

                      Du c.i.s.de Lanslebourg La Dent Parachée

 

L’avenir, son bonheur, il ne s’agit pas de les prévoir, mais de les rendre possibles. Voila pourquoi je ne vais pas vous proposer des photos de plages aux cocotiers, ni des voies d’escalades se trouvant au bout du monde. Pourquoi aller si loin alors qu'il y a foisons de sites tout près de chez moi et qui m’apportent pleine satisfaction. 

 

                             Dans la via ferrata du Pont du Diable. Vanoise

 

                             Dans la voie de la Vièrge

 

Idem pour le ski où il existe dans nos Alpes de petites stations où la neige est aussi blanche que dans celles qui sont aujourd’hui fréquentées par des dames qui pratiquent la glisse en manteaux de visons.

 

Amis blogueurs, je vous souhaite pour cette année 2012 toute une foule de petites surprises. De celles qui se découvrent parfois sur le pas de votre porte et qui vous apportent en retour, des bienfaits au delà de toute attente.

           

Je vous souhaite plein de rencontres entre amis. Plein de moments de partage, où sans avoir besoin de savoir qui a fourni le fromage ou le dessert, chacun y trouve une part sur un banc de bois ou un rocher aménagé pour la circonstance en table de fortune.    

 

                                   Sans avoir besoin de savoir.....

                        En direction de la Croix d'Aussois

   

      Je vous souhaite les bonheurs de la complicité qui se jouent entre les générations, sans arrière pensée, sans complexe, sans tabou. Le cœur pour seul conseiller et l'affection pour guide.

                                                                                        

                                                                                                                                                                               2009 photos diverses 185

 

           La Dame à la casquette:  Centenaire depuis le 1er mai 2015.....

  

                                                                                                                                                                                Vanoise 2007. René et Paulette

 

           Le couple président des randonneurs: Les Galaijaïres de Barbentane

 

 

                      Noir et Blanc Jules et Moi

 

 

      Votre serviteur et l'un de ses petits fils, vous souhaitent......

 

                           

 

 

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 16:36

 

 

 VAN GOGH : Un fou de génie

 

                           130px-Vincent van Gogh 1866

 

                                                                 Vincent à 13 ans

                                                          ______________________

 

                                  Survol de l’histoire d’un homme hors du commun

                                  vincent-van-gogh-t7513

                                         Une randonnée dans les Alpilles, au départ de Saint Paul de Mausole à Saint Rémy de Provence où en 2003 a été crée un circuit piéton sur les traces du peintre, me donne l’occasion d’évoquer ce que fut, à bien d’égards, ce concepteur d’un style d’exception. Vingt reproductions sur émail, sur les cent cinquante tableaux réalisés durant son internement dans ce qui était à l’époque un asile pour aliénés, révèlent au public quelques unes de ses œuvres parmi les plus abouties.  

 

         

Vestiges romains des Antiques à St Rémy de Provence. Panneaux illustrant le parcours Van-Gogh. 

                                                                                                                     Les Antiques                VAN GOGH 033

 

            Vincent-Willem Van Gogh est né le 30 mars 1853 à Groot-Zundert aux Pays Bas. Il vouera sa vie d'adulte à la peinture. Il consacrera son temps à la recherche de la perfection dans le domaine d’un art vieillot qu’il veut faire évoluer. Parallèlement une quête, sans doute surestimée de la conception de l’amitié, l'entraînera  tour à tour dans des conduites à risques et à des crises de désespoir. Mille tourments auront pour origine des querelles avec ses amis. D’autres, nombreux, seront alimentés par sa vision d'un art pour lequel il s’est investi corps et Âme.  

 

      Le Bon Samaritain de Delacroix                                            Le Bon Samaritain de Van Gogh 

                           1849                                                                                           1890 

                                                                                           

Photos de ma centième 016               VAN GOGH (bis) 036                                                                           

                                                       ____________________                                                                                                            

                                            Le certificat de décès de Van Gogh note qu'il est mort par suicide le 29 juillet 1890 à 37 ans à Auvert sur Oise.

Cependant, et ce depuis les années mille neuf cent trente, la thèse selon laquelle il se serait tiré une balle dans la poitrine pour en finir avec la vie, est régulièrement remise en cause.

           2011, cette année encore, un ouvrage signé Steven Naifeth et Grégory White Smith intitulé :Van Gogh :The Life, reparle d’une probabilité tout autre que celle faisant état d’une mort volontaire. Dans cette toute récente biographie, l’hypothèse d’un accident provoqué par deux jeunes garçons avec lesquels Van Gogh partageait parfois ses beuveries est avancée avec des arguments étayés par la découverte de nouveaux documents. 

       Les jeunes gens qui jouaient avec un pistolet auraient malencontreusement blessé le peintre. Ce dernier, en raison de la sympathie qu’il avait pour eux et voulant leur éviter des ennuis, se serait dénoncé comme ayant voulu en finir pour ne plus être à la charge de Théo son frère. Ramené à sa chambre de l’auberge Ravoux où il était logé par le docteur Gachet, il y décédera deux jours plus tard.

          Déjà en 1930, un historien écrivait allant dans le sens d’un crime ou d’un accident.

Précédemment, dans un état d’esprit semblable, Van Gogh qui entretenait une relation houleuse avec Gauguin, aurait dit s’être coupé l’oreille alors qu’il en serait autrement. En 2009, une biographie écrite par Hans Kaufmann et Rita Wildegans révèle une autre version des faits. Gauguin, fin escrimeur, aurait frappé Van Gogh avec un sabre qui se trouvait à portée de sa main alors qu'il était menacé d’un rasoir par son compagnon. Van Gogh aurait prétendu l’automutilation pour que ne soit pas entachée la notoriété reconnue de celui qui après cela, restera malgré tout son ami.

 

Van Gogh et la peinture

                                                                                        

   Vincent Van Gogh, grâce à son frère Théo, professionnel dans les affaires traitant de l’art, commence sa carrière chez un marchand de tableaux. Courte étape dans ce milieu, refusant de considérer les œuvres d’artistes comme étant de la marchandise. Van Gogh aspire alors à devenir Pasteur comme son père, mais il n’est pas reçu à son examen de théologie.

 

                                  VAN-GOGH-012.jpg                                                                                           VAN-GOGH-022.jpg

  

     Il découvre la pratique de la peinture peu avant 1880. Il prend des cours de dessins mais il est considéré autodidacte pour ce qui est de ses travaux sur toile. A Paris, dans un premier temps, il apprend au contact de Gauguin qu'il vénère au delà de la raison, d’Emile Bernard et de ses visites dans les musées. Il admire Jean-François Millet (1814 / 1875 ) dont nombre de ses toiles s’inspirent des œuvres du maître, en particulier celles représentant des cènes paysannes. Son compagnon de sorties nocturnes, à Montmartre en particulier, ne sera autre que Toulouse-Lautrec qui lui fait découvrir le goût pour la fête et sa passion pour les femmes dites de petites vertus.

 

   VAN-GOGH-013-copie-1.jpg         VAN GOGH 007-copie-1

 

                                                                                                  

            Van Gogh s’adonne comme la plupart des personnes qu'il fréquente, à la consommation d’alcool et d’absinthe. Lié à ses abus ou indépendamment de ses prises de toxiques, il présente des troubles du comportement qui lui voudront plusieurs hospitalisations, dont certaines dans des asiles pour fous. Une dizaine de diagnostics aux origines différentes voudront expliquer ses divagations.

 

Après s’être installé à Londres, en Belgique, puis à Paris en 1886, il arrive à Arles en 1888. Il cohabitera d'abord un temps avec le peintre danois Mourier-Petersen dans le quartier des maisons closes de la ville. Loin de la capitale, il n’en abandonnera pas pour autant ses relations avec ses amis restés dans les ateliers de bords de Seine qui représentent le vivier de la création artistique. Certaines de ses connaissances viendront plus tard le rejoindre attirées par les lumières de la Provence dont Van Gogh en d’écrit toutes les nuances. Gauguin arrive à Arles courant été 1888. 

 

 

     Millet                         VAN GOGH 034             Van-Gogh

                                                              

 

           Van Gogh est sans cesse à la recherche de la compagnie d’autres artistes avec pour but d'échanger, de partager sur  les méthodes et sur la manière de faire évoluer le style et la représentation du sujet. Non pas la vision de ce que l’œil distingue, mais à travers la vision que chacun peut ou veut en saisir. Van Gogh peint son sujet de couleurs comme le poète ajuste les mots. Pour s’en expliquer, il reprend la formule de Manet qui disait en substance :

 

 -Au diable les conventions, je veux peindre ce que je vois et non ce qui plaît aux autres de voir.

 

                                      VAN GOGH 018

                 

               La peinture de Van Gogh abonde rapidement dans ce sens. Le dessin n’a alors plus de contour précis. Le clair-obscur est abandonné au profit des couleurs crues et vives. La variation des tons devient brutale. La forme et les volumes s’obtiennent par des touches épaisses et grasses, avec et pour Van Gogh, la particularité d’en arrondir la configuration autour d’un axe central.

                  C’est à Arles et avec Van Gogh en particulier que renaît cette tradition ancienne qui consiste à travailler la peinture à partir d’un thème et d’en produire toute une série de tableaux à partir d'un même sujet. C’est ainsi que naîtra la série des tournesols, des iris, des oliviers et des autoportraits qui pour ce qui les concerne, se comptent au nombre de vingt cinq connus à ce jour.

               Cette succession d’autoportraits et de séries en tout genre s’expliquent en partie par le fait que Van Gogh n’avait pas l’argent nécessaire pour se payer des modèles. Egalement à cause de plusieurs périodes où il fut privé de liberté et dù peindre à partir de gravures. Dans d'autres circonstances et pour d'autres raisons, cette  façon de travailler sera reprise par Cézanne avec ses parties de cartes (cinq versions connues au moins).

 

                                VAN GOGH 037

 

             Cette manière de dupliquer, de faire évoluer son travail à partir d’un même sujet sera pour Van Gogh un atout salutaire. En effet, tenu enfermé pendant ses crises, il ne pourra peindre que ce qu'il voit de la fenêtre de sa chambre d’hôpital. La limite de son champ de vision ne lui laisse pas le choix de faire autrement que de reproduire. Non pas  à l'identique, mais par des touches plus ou moins appuyées, il s'appliquera à en singulariser les reproductions.

             En Arles, lors de ses premiers enfermements Van Gogh se sent brimé. Ses différences en rapport avec ses origines et son identité d'artiste en particulier, générent une certaine méfiance,  voire du dédain aux yeux d'un environnement peu habitué à cotoyer ce type de personnage. Il est privé de ses livres et même de sa pipe. Au fil des jours, par compassion, certains personnels lui fourniront du matériel. Rapidement il sera communiqué à son médecin que la peinture apaise le patient. Un semblant d’atelier lui est alors aménagé dans un sous sol. Travaillant à partir de copies de cénes paysanes de Millet, Vincent écrit à Théo:                                                                                                                                                           

                                                                                     

                                  VAN-GOGH-024.jpg

 

Les premiers pas.

 

 

                     -Je laboure comme un vrai possédé. J'ai une fureur sourde du travail plus que jamais et je crois que cela contribue à me guérir.

      Note: L'arthérapie est aujourd'hui un outil de soin à part entière dans la prise en charge de certaines pathologies.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Les blés jaunes avec cyprès

 

 Les blés jaunes et le cyprès.

 

                   Pour le milieu psychiatrique de province, pour le personnel et pour l’époque,Van Gogh fait office d'extra terrestre parmi les fous ordinaires. Il est artiste, il parle plusieurs langues et il est étranger. Il a la barbe et les cheveux rouges, son regard est énigmatique. Ces particularités le rendent mystérieux au yeux d’une population de gardiens peu ouverts au monde de l’art et souvent analphabètes. Sa réputation d’homme fréquentant les bordels font de lui quelqu'un dont on a réticence à vouloir le considérer comme étant respectable. Il éveille des sentiments divers qui vont de la plus grande des méfiances pour la plupart, à une forme d’admiration pour les gens sensibles à sa grande culture, et à sa peinture qui ne ressemble à aucune autre.

 

 

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                                                Van Gogh à Saint Rémy de Provence

                                                                                                                                                                                                   VAN-GOGH-009-copie-2.jpg    

 

                                                       Devant l'asile St Paul: le Dr Peyron   

                   

                                                     Van-Gogh 2902[1]

 

                              Devant l'asile St Vincent de Paul de Mausole: Le Dr Peyron.

 

                 Van Gogh arrive à Saint Rémy après avoir vécu plusieurs internements en Arles à la demande des personnalités de la ville et celle du préfet, sous le prétexte  qu’il : pourrait devenir dangereux pour l’ordre publique. Une pétition émanant de trente personnes ayant autorité, exige même son expulsion des murs de la citée.

                  N’ayant pas d’autre solution pour fuir une certaine vindicte, c’est en homme libre et en patient volontaire qu'il est admis à l’Asile Saint Paul de Mausole le 8 mai 1889. Van Gogh y restera une année durant laquelle il peindra 150 œuvres parmi les plus belles, des 2000 répertoriées sous sa signature en dix ans de pratique.  

                    À l’exception de quelques crises passagères où il dut rester isolé et peindre à partir de modèles pris sur des livres illustrès d'oeuvres diverses, son hospitalisation à Saint Paul lui fut relativement douce comparée aux précédentes. Il y vécu en semi-liberté: À savoir qu'il était autorisé à sortir de l'enceinte des murs de l'établissement pour aller peindre dans le jardin et le parc jouxtant, à la fois, l'asile et le cloitre. Pour cela, il devait être accompagné de monsieur Poulet, un gardien qui lui fut désigné, qui deviendra pour Vincent un précieux allié, puis un ami.

 

                                                  Sujets rarement peints par Van Gogh

 

 VAN GOGH (bis) 020-copie-2

                                                                                                                                                          VAN GOGH (bis) 025-copie-1

Insolites" de Van Gogh

 

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VAN GOGH Les tournesols 003                  Photos de ma centième 009

 

                 Van Gogh travaille sans arrêt. Durant sa période rattachée à Saint Rémy, il est considéré par son frère Théo, marchand d’art chez Goupil et compagnie, comme étant au faîte de sa technique. Cela s’explique sans doute par sa mise à l’écart des tumultes de la ville où il s’adonnait à mille excès et se nourrissait très mal.

A Saint Rémy il n’a plus accès à ses ‘’poisons’’. Vient également au bénéfice d’un meilleur équilibre, une existence rythmée par les horaires réguliers des repas et des moments de repos imposés par le médecin. Cependant malgré l’attention qui lui est portée et une hygiène de vie propice à calmer ses angoisses, Van Gogh continue à souffrir de maux bizarres qui le tourmentent sans prévenir. 

                          Gustave Coquiot écrit de Van Gogh : Au milieu de ce mal qui lui battait sa pauvre tête, ses moyens de production restaient lucides, tout puissants. La tempête pouvait l’assaillir, l’envelopper d’épouvante, le glacer de terreur, quand Vincent tenait sa palette, il redevenait un peintre maître de toutes ses facultés créatives.  

                                                                                                                                                                 VAN GOGH. Un jardin                                                     

          A propos de ce tableau, Van Gogh adresse un courrier à sa soeur Wilhelmine:

 

           -Je ne sais pas si tu comprendras que l'on puisse dire de la poésie qu'en arrangeant les couleurs.../ De même des lignes serpentant dans tout le tableau doivent, non pas donner le jardin dans sa ressemblance vulgaire, mais nous le dessiner vu comme dans un rêve, à la fois dans le caractère et pourtant plus étrange que dans la réalité. 

 

A St Rémy, Van Gogh a peint plusieurs tableaux dans lesquels figurent les oliviers, nombreux autour de St Paul.

 

 VAN GOGH (bis) 035-copie-1

                                          

             Au printemps 1890, son état ne semblant plus être une source d’inquiétude pour le monde médical, il est autorisé à rejoindre son frère qui le réclame à Paris. Il y restera peu de temps et dès le mois de mai, il ira retrouver les peintres de l’école Barbizon à Auvers sur Oise. Il sera médicalement pris en charge par le docteur Gachet, son guide, collectionneur et peintre amateur lui-même.  

              Durant les derniers 70 jours de sa vie passés à Auvers sur Oise, Van Gogh réalisera 70 tableaux. Il mourra dans les bras de son frère après deux jours d’agonie suite à une blessure par arme à feu, dont l’histoire semble aujourd’hui à la recherche d’une autre vérité que celle du suicide, écrite à l’époque.

              Vincent et Théo entretenaient une relation fusionnelle intense, qui suite à ce deuil entraîna Théo dans une tourmente de laquelle il ne sortira plus. Il s’éteindra seulement deux mois après la disparition de Vincent. Un énorme courrier, 652 lettres sont retrouvées à l’adresse de Théo. Elles témoignent de cet attachement viscéral qu'ils avaient l’un pour l’autre et de l’amour pour la peinture, dont Vincent instruisait son frère de ses découvertes et de ses techniques. 

              C’est la veuve de Théo qui livrera l’œuvre de son beau-frère au public avec un succès au-delà de toute mesure. 

                                                               -------------------------------                                                    

          Van Gogh n’a pas vécu de sa peinture et n’a subsisté que grâce aux aides financières et matérielles que lui apportaient son frère.

           Il était sans doute un Être timide, délicat et sensible que ses addictions à l’alcool et aux drogues ont contribué à fragiliser et à détruire. Il a été malmené par certains de ses pairs, dont Gauguin à qui pourtant il vouait une amitié sans borne et par lequel il était sans cesse invalidé. 

 

Portrait de Van Gogh peint par Gauguin

Van-Gogh peint par Gauguin

 

             Gauguin se moquait sans retenue de l’attirance qu'avait Van Gogh pour la couleur jaune et pour les tournesols en particulier, au point de vouloir le rendre ridicule sur un portrait qu'il peint de lui, le visage entouré de fleurs bizarres.

 Van Gogh n'apprécia pas ce tableau: 

_Je vois bien là ton intention de me montrer fou.

                     A propos de bouquets, Van Gogh n'a pas peint que des tournesols comme pourrait le laisser croire Gauguin, ne parlant que du jaune pour le cantonner aux seules fleurs du soleil. Il était également fasciné par les arbres fruitiers que le printemps, disait il, faisait exploser de mille couleurs. 

 

                                                     VAN GOGH 001-copie-1

 

                Iris, lauriers-roses, glaïeuls semblent avoir eu le pouvoir d'exalter le génie de Van Gogh. C'est sans doute dans la peinture de ses bouquets  qu'il a le mieux exprimé sa farouche  passion pour la vie. 

 

                                     Van-gogh. Les Iris                          

                                                                                             

             -Mon enthousiasme pour le printemps et les fleurs qu'il fait naître, écrit Van Gogh à Thèo, est débordant.. La découverte de ce que les arbres et les plantes peuvent produire  sous le soleil de la Provence rend ma tache difficile pour t'en livrer les nuances, moi qui cherche à en saisir toute les vérités.                                                                                                          

             À Arles, par nécessité économique, Van Gogh et Gauguin cohabiteront à la maison jaune.

           Gauguin était précis, méticuleux et très ordonné. Il faisait le ménage et la cuisine. Van Gogh laissait tout traîner dans la maison ce que rendait furieux son colocataire. Ils mettaient en commun, à part égale, l’argent dont ils disposaient et c’est Vincent qui était chargé de faire les commissions. Il lui arrivait quelquefois de retourner sans rien ramener à cuisiner car il avait dépensé l’argent destiné à l’achat de nourriture au lit de Rachel, une prostituée du quartier…….

           Après la mort de Van Gogh, Gauguin vagabondera de part le monde, puis se fixera sur Hiva Oa, l’une des iles Marquises sur laquelle il mourra en 1903.

         Il n’oubliera jamais cet ami avec lequel pourtant la relation fut difficile, mais combien bénéfique pour leur peinture. 

          En effet, c’est en partie grâce à leur rivalité, à l'émulation et à la concurrence qu'elle généra, qui fit que leur peinture fut innovante au point de faire exploser en éclats celle d'une convention qui stagnait depuis des siècles.

                                                                                        

Florilège de tableaux divers de Van Gogh 

                                                                                                                                                                                             VAN GOGH (bis) 028-copie-1 

                                                                                                                                                    

                                     La nuit étoilée

 

                                      VAN GOGH (bis) 026-copie-3

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         VAN GOGH (bis) 034

                                                                                                                                                                                                VAN GOGH 014-copie-1

 

 VAN GOGH 038                                                                                                                                                                                                                                                           

                               La signature de Van Gogh. Il signait parfois seulement Vincent.

 

                                                   VAN GOGH Les tournesols 005

 

  

St Paul. Le cloitre                                                                                                                                 

                 Statue de Van Gogh  le long de l'allée consuisant au monastère St Paul de Mausole

 

                                                          

       Vincent Van Gogh est aujourd'hui le peintre le plus connu dans monde.  

 

VAN-GOGH-019.jpg

                                                                                                                                                          VAN GOGH 017   

   

         Récit inspiré de notes prises sur le net et des écrits de Gustave Coquiot : Van Gogh, librairie Ollendorff. Paris.

 

         Photos prises, pour certaines, le long du circuit piéton de Saint Paul de Mausole à Saint Rémy de Provence.

 

 

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