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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 21:19

                              À Chacun son Ardéchoise.

                                     

 

                                                        Le clocher de Loubaresse.

 

               Je vous vois venir vous qui lisez mon titre l’œil en coin. Vous espérez sans doute y trouver quelques aveux ou autres confidences. Non, il n’y aura pas de coquinerie dans ce que je vais vous raconter. Il s’agit tout bonnement de retracer pour vous l’Ardéchoise que je fais mienne. Mon Ardéchoise à moi.

       Douze degrés au thermomètre, des manchettes sont à rajouter à mon maillot d’été. Partis ce 17 août de Jaujac avec mon ami Rémy du club de Rognonas dont je suis l’un des sympathisants, nous voila d’entrée dans le col de la Croix de Millet à la recherche du bon braquet. 

 

 

                                         Rando du 17 aout2012 avec Rémy . L 005-copie-1

 

       Nous démarrons à froid une côte de six kilomètres, ce qui nous amène à rester prudents quant à l’allure à adopter. Dans ces conditions, un départ au dessus de ses moyens vous flingue les cuisses en un rien de temps. La journée s’annonce belle. Traversant une forêt de châtaigniers, une légère bise en fait chanter une végétation qui commence à prendre sa robe d'automne.

      Rejoindre Prunet se fait sur une route fraîchement refaite. Prudence cette fois pour ne pas se retrouver au sol, d’autant que le passage des voitures a emmoulonnédes tas de graviers de part et d’autre des virages. Nous laissons à main gauche le village de Largentière pour prendre la direction du col du Suchet.

 

        Parenthèse : A propos de cols  : Il semblerait que depuis une vingtaine d’années, dans cette région, mais ailleurs également, les décideurs de l’appellation aient eu envie d’en baptiser des sommets jusque là anonymes. Pour ma part, j’en découvre les panneaux alors que je fréquente les routes du sud depuis des décennies !

      Je me risque à penser, d’autant que ces nouveaux nés se trouvent sur des routes aujourd’hui largement empruntées par les cyclistes, qu’il s’agit là d’une campagne de marketing visant à flatter l’égo des pratiquants de la petite reine !!!!!

      Par ailleurs, dans une démarche semblant vouloir rejoindre celle citée ci-dessus, il a été fait du Meyrand le col le plus long de l'Ardéchoise. J’ai lu dans une revue spécialisée** que l’un de ses rédacteurs le signale comme débutant a partir du croisement de la D 203 avec la D 24. Les Ardéchois, dont je suis, vous diront que le départ du col se situe au pied de Valgorge, soit 12 kilomètres plus bas!

        A vrai dire rien ne me gène dans tout cela si ce n’est qu'il éveille mon esprit taquin !

 

                                Ardèche à vélo 15.07.2011.

 

                              La Croix de Rocles et son raidillon passés, sont les signes que nous sommes dans la direction voulue. La descente vers l’intersection de la route qui monte de Joyeuse nous dépose dans la vallée de la Beaume.

      Changement de vallée, changement d’air. Celui qui à présent nous caresse le visage descend du Tanargue, qui soit dit en passant est le plus haut plateau d'Ardèche avec ses 1450 mètres en moyenne et un sommet à 1511 mètres sur la commune de Borne. Il promène avec lui, au-delà des senteurs de genet et de bruyère, la mémoire d’un passé vers lequel je ne me lasse pas d’aller.

       Je me surprends à cet instant du commentaire, à vouloir ramener mon propos seulement à mon Ardéchoise à moi alors que je suis gentiment accompagné de mon ami.

      Si Rémy et moi allons dans la même direction et roulons côte à côte, discrètement je suis ailleurs. En effet, parallèlement à l’objectif qui se veut commun, mes pensées et mon esprit sont sur d’autres regards.

    Pour Rémy, il s’agit avant tout d’aller vers le plaisir de la découverte. Pour des raisons qui me sont personnelles, ce parcours porte pour moi et en lui, une dimension supplémentaire à celui de la balade ordinaire. Je suis, aujourd’hui, et ce depuis des décennies maintenant dans la direction d’une rencontre dont j’éprouve naturellement le besoin. Loin cependant du rituel ou du chemin de Croix, sur cette route, je sais être en marche pour un rendez-vous d’une nature particulière.

 

                                       ************************************************************************

       Mon Ardéchoise à moi se transforme en pèlerinage quand j’opte pour le circuit qui passe par Loubaresse. Au-delà du plaisir à randonner sur des routes remplies du souvenir de mes estives et plus tard de celui de vacances passées à Chastanet, je sais aller vers des retrouvailles. De celles habitées par le mystère et qui au-delà de toute rationalité, m’entraînent à me croire guidé, accompagné par un souffle venant de la montagne sur laquelle mon Père a vécu enfant.

     Oui, je me sens tout autre à l’idée de rouler sur ce qui était le sentier que ses pas ont foulé en 1917 lors de son exode vers la vallée du Rhône. Il n’y a pas de nostalgie, pas de tristesse dans cette démarche qui consiste à vouloir me retrouver, à vouloir nous retrouver par le biais de cette voie que d’autre appelle les souvenirs. Je suis, aujourd’hui, sur un chemin que ma mémoire s’applique à raviver pour qu'elle garde en elle le récit de propos dont je reste le confident. Sa vie que la misère lui a infligé, la nécessité à devoir, enfant partir à pied, seul, à la recherche de l’hospitalité qu’il croyait pouvoir trouver à des mois et des mois de marche de son village natal. J’éprouve comme un besoin, dans un silence qui ne m’est pas coutumier, sentir m’élever en direction de la montagne me rapprochant de lui.

                                                               **************************************

 

      Depuis le changement de vallée, la route nous fait progresser sur un dénivelé qui reste celui d’un faux plat montant. De part et d’autre de la Beaume des habitations ont été réhabilitées ainsi qu'une ancienne filature qui expose une façade en pierres apparentes. Un peu en amont de tout cela, une passerelle dessert des maisons alors que le tablier du pont qui en permettait l’accès reste en partie détruit par une crue ancienne. 

 

                                          Rando du 17 aout2012 avec Rémy . Passerelle sur la Bourne

 

 

      De l’autre côté de la rivière, Chastanet et son château qui dans les années quarante hébergea Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre s’aperçoivent à travers les châtaigniers.

      Valgorge sonne le début de la vraie ascension du plateau du Tanargue. Nous sommes là dans le vif du sujet. Au loin, mais à vue d’œil, un mamelon sur lequel à présent figurent plusieurs bâtisses neuves annonce le contour de Loubaresse.

 

                                            

 

       Je dis bien annonce, car bien que semblant la toucher du doigt, y faire son entrée doit se gagner à la pédale. La moyenne de la pente qui ne dépasse pourtant jamais les 6 %, n’en rend pas moins usante l’arrivée sur le village. Le terrain est à découvert depuis quelques kilomètres déjà et le soleil de midi tapant fort sur un goudron fondant en fait remonter une chaleur suffocante.

      A Loubaresse, comme prévu nous sommes accueillis au Pégan, chez le cousin, qui fier de son appellation ‘’bistrot de village’’ nous propose un menu de nature à nous recharger en énergie. Ce repos programmé, ainsi que la restauration qui l’accompagna furent les bienvenus.

 

                                         Rando du 17 aout2012 avec Rémy . Cimetière de Loubaresse

 

 

      A hauteur de la placette du cimetière, à quelques centaines de mètres après avoir quitté le restaurant de Jean François Merle, le Meyrand laisse voir les lacets qui conduisent au terme de sa bascule. Un dernier coup de cul à 8 % annonce l’achèvement du dernier gros obstacle de la journée. Je croyais savoir, à partir de là, tenir le manche du bon côté de la cognée …. mais…...                            

 

      J’entends les puristes dire que nous avons mutilé cette fameuse montée rendue, par flatterie, le plus long col de l'Ardéchoise par un subterfuge de circonstance. Au diable les nouvelles règles en la matière et puis au sommet du Meyrand il n’y a ni buvette, ni resto !!!!!.

      Les courants thermiques s’y prêtant, nombres de parapentistes jouent de leur aile pour faire des arabesques au dessus du belvédère. Pour ce qui me concerne, un moment de pause est mis à profit pour escalader le rocher qui surplombe la table d’orientation. Modeste, mais ancien pratiquant de varappe, j’ai gardé en moi la marotte de vouloir grimper du rocher s’il me reste accessible. Du haut de ce petit promontoire ma récompense fut, pour une fois, de pouvoir y bien distinguer le…..Mont-Ventoux.

      Le hameau du Chambon est en sieste. Il aligne depuis des siècles quelques maisons redevenues fringantes suite à leur restauration. La descente du Meyrand touche à sa fin en venant couper la route qui arrive de Saint-Etienne-de-Lugdarès pour aller en direction de La Souche.

       La route est large, certes belle, mais elle monte au-delà de ce que ma mémoire en avait retenu. Pour finir, trois kilomètres entre 8 et 10% à la vue du braquet utilisé, plus un cagnard à vous rôtir les cuisses ont bien failli avoir raison de nous.

     La Croix de Bauzon, discret monument posé là depuis la nuit des temps que la Burle est arrivée à ébranler, signe notre billet pour la dernière et longue descente vers Jaujac via La Souche.

 

                                                       Rando du 17 aout2012 avec Rémy . L 027

 

 

      Au-delà des souvenirs liés à mon Père, cette région fait également remonter en moi un passé qui m’est cher. Une halte au détour du onzième virage et, comme je le fais à chacun de mes passages, je fixe d’un coup d’œil la ferme de Chevalet où durant plusieurs étés j’y fus vacher chez le Dolphou et l’Antonia. Où pendant les trois mois d’estive ils m’apprirent, l’un et l’autre, à devenir un petit berger, un pécheur de truites, à traire les vaches et les chèvres. Quelles garces celles là !!!. Puis à battre le beurre, à mouler les tomes, à reconnaître les bons champignons, à cueillir les framboises et les myrtilles, et encore, encore.

      A Chevalet j’ai appris......, j’ai appris à grandir.

 

Point de vue…….

 

      Pour ce qui me concerne, et si j’ai participé une multitude de fois à Velay-Vivarais au départ du Puy, ce qui relooké est devenue l'Ardéchoise, je ne suis pas adepte de son édition moderne. Sans doute suis-je devenu trop vieux……jeu.

     A cette époque, rendu sur place la veille afin d’être à pied d’œuvre pour les premiers départs donnés au milieu de la nuit, le cyclotourisme portait au cœur de son appellation le sens et les valeurs de sa pratique.

      Pour ma part, j’en suis resté au souvenir de la nuit passée à discuter avec ceux venant d’ailleurs. A essayer de dormir dans l’immense dortoir du lycée catholique de la ville prêté pour la circonstance au club cyclotouriste organisateur. Au souvenir du départ à trois heures du matin après que les responsables aient veillé au bon fonctionnement du système d’éclairage qui devait équiper notre vélo. Au souvenir d’une randonnée proche des 200 kilomètres à effectuer sur la journée, en autonomie presque totale à l’exception d’un ravitaillement pour ce qui remonte aux premières éditions. Au souvenir des cyclos équipés en 650 de chez Routens, Herse, Berthoud, Lapierre, Valèro et autres constructeurs français.

 

                                    Photo du net

 

       J’en suis resté au souvenir des villages et hameaux de montagne traversés dans le silence de la nuit, aujourd’hui saucissonnés de toute part de guirlandes et de rubans aux couleurs attirasses. J’en suis resté au souvenir de celui qui, en vous rattrapant, vous saluait gentiment, vous invitant même à lui prendre la roue, histoire de partager un bout de route avec lui.

 

      Mes objectifs de vieux cyclo ont glissé vers des ailleurs qui ne trouvent plus raison dans les grandes kermesses (Près de 13000 engagés lors de la dernière édition de l’Ardéchoise **).

       A chacun son Ardéchoise. Le bonheur de pédaler ne pouvant se trouver que dans l’état d’esprit qui en anime la démarche et dans le choix que l’on fait de sa route, vous comprendrez que……

 

·        *Emmoulonné : Mis en tas

·        **Le cycle : numéro 426

 

 

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commentaires

Francis 26/08/2012 17:20

Ce circuit que tu décris Marcel, je l'ai roulé en sens inverse du tien en solitaire en 1997 alors que nous étions en vacances au camping de Joyeuse avec des amis du Nord. C'était après avoir
conversé avec un ancien cyclo du camping. Débutant la balade à vélo en 1995, je n'étais pas encore suffisamment passionné par les cartes routières pour oser concevoir un si long parcours ;
aujourd'hui il m'apparait comme une évidence cartographique. Nous transpirions à Joyeuse, un peu rafraichis par les baignades dans la Beaume, et j'ai conduit notre petite équipe en véhicule le
lendemain au col de Meyrand retrouver la fraicheur de l'altitude. Tous m'en ont été reconnaissants ! C'est aussi ce souvenir de fraicheur et de différences de paysages qui me reste, parmi d'autres.
"Se souvenir des belles choses"...
J'ai apprécié les grandes concentrations cyclotouristes, à condition qu'elles soient cautionnées par la FFCT, pas compétitives, occasions de rencontres amicales, moins tapageuses que l'Ardéchoise,
mais aujourd'hui mes roues et mes semelles sont attirées bien ailleurs...
Tu roules là dans tes racines, géographiques, humaines, familiales, sur tes émotions d'enfant ; c'est en quelque sorte "un coeur à l'ouvrage" incontournable. Mon père partait il y a tout juste un
an et il ne se passe pas une journée sans que son absence ne me soit plusieurs fois présente, mais petit à petit plus sereinement. Je roulais il y a quelques jours dans le Haut Doubs où il m'a
enraciné certainement sans se rendre compte à quel point... Mais quel bonheur que d'avoir eu, rencontré d'autres "pères - pairs" en matière de balades à vélo...
Je ne vais plus savoir où "donner de la pédale" avec toutes ces régions à (ré)explorer !!! Merci Marcel et plein de belles balades bientôt automnales.

Marcel Tauleigne 29/08/2012 12:55



    Même si, et differemment de mes frères et de ma  soeur, j'ai toujours été attaché à l'Ardèche, ceci s'explique par mon parcours qui fut,
dans ce département, autre que le leur, je me sens d'année en année de plus en plus Ardéchois. J'éprouve davantaque qu'eux le besoin, le plaisir  à la revisiter, à en rencontrer sa
population, celle des montagnes en particulier.


      A ce propos, Josyane et moi repartons quelques jours vers St Etienne de  Lugdarès et autres lieux entre Ardèche et Haute Loire,
afin d'en repérer mes itinéraires futurs à faire à vélo.


   Pour ce qui est des images et des souvenirs que  nous voulons garder de ceux qui nous ont quittés, l'oubli, seul en caractérise la
séparation. Penser à eux dans un  esprit  que l'on veut plus serein, comme je le lis dans ton propos, les ramènent à nous sous un regard où petit à petit s'efface la
douleur.


Marcel



jackie 24/08/2012 08:26

Bonjour Marcel. Pendant que je lisais votre belle randonnée j'avais votre message. Peut être que je n'ai pas laissé le temps d'arriver à votre article cette nuit.
Que de souvenirs me rappellent tous ces beaux noms que j'ai tant entendu par Aimé et sa mère. Ils avaient fait, à l'époque tous ces chemins soit à pieds, soit avec des vieux vélos de l'époque.
Vous savez nous mettre dans l'ambiance cette Ardéchoise n'a presque plus de secret pour nous. Avec le temps votre passion n'a pas diminuée, vous savez la décrire si bien avec vos mots. Merci pour
tout cela.
Tant que vos jambes, votre tête et votre désir d'écrire seront là ce sera du plaisir de vous lire.
Bonne journée Amitiées jackie

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  • : Il s'agit d'un blog dont l'objectif principal sera de présenter mes occupations de loisir. Mon travail d'écriture, ma peinture, ainsi que ma passion pour le sport,dont je m'apprète à commenter certains souvenirs.
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