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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 15:56

                            Quand la route nous amène à rencontrer….

 

                                        

                              Rien concernant cette soirée du 23 juillet n’était prévu ni prévisible quant à son originalité, à la surprise de croiser sur notre route un tel endroit. Qui parmi nous aurait misé sur la probabilité de se voir accueilli dans une maison comme celle là, un asile pour hommes en quête de repos et de paix. Des Anciens pour la plupart qui ont trouvé là un foyer, une ambiance chaleureuse où échanger sur leur passé devient le discours de leur quotidien.

       Après le repas, après les discussions, après avoir bu les pintes qui nous furent offertes, la plupart d’entre n’ont pas eu envie d’aller monter leur toile de tente. Je ne me rappelle plus si des chambres nous furent proposées, toujours est-il, que ce soir là je dormis dans un bon lit.

       Hubert dit se souvenir que Bernard, Pierrot et Gérard sont allés camper sur les bords d’une petite rivière qui passait tout près de là. Ils auraient ressorti cette histoire de serment, celui du cyclo-campeur refusant tout compromis que nous aurions tenu lors de l’élaboration de notre projet et que nous allions parjurer une nouvelle fois en contrevenant à la sacrosainte règle !!!.

       Ma nuit, malgré le relatif confort du lieu ne fut pas celle des longs fleuves tranquilles. En effet, dès allongé et durant un bon bout de temps, j’eus l’impression d’avoir un Pic-vert à l’intérieur de mon crane, et qui de son bec cognait sur mon cerveau pour en chasser je ne sais quel démon !

                                                                                   

       Habituellement prudent, sans toutefois cracher sur ce qui est bon à boire, hier soir, j’en suis conscient, je me suis laissé aller à des abus que je paie dès les premiers kilomètres sur une route pourtant sans difficulté. Mes jambes ne tournent pas comme à l’ordinaire. Elles s’opposent à cet automatisme qui avait fait d’elles et jusqu’à ce matin, une mécanique bien huilée apportant à mon 650 Valéro la force motrice qui faisait de ma randonneuse une routière fière de son cavalier. Le souffle reste court. Il n’est pas celui des bons jours et l’entrain manque d’allure. Les gouttes de sueur qui perlent sur mon front ne sont pas celles venant témoigner d’un rendement flatteur. Elles n’ont pas gout de sel comme à l’habitude, mais celui de l’excès qui en rend la moiteur pénible.

       A présent la route qui s’étale devant nous est devenue confortable pour nos fessiers. Un vrai régal. Il faut dire que celles rencontrées en montagne n’ont pas épargné notre séant. Les kilomètres de tape-cul endurés dans le Giau et dans le Ciampigotto ont, entre autres parties sensibles, laissé des traces au niveau de nos lombaires. Fort heureusement la suite s’annonce plus humaine, l’essentiel de ce qui nous reste à faire devant se trouver, en principe, en fond de vallée et en plaine.

       La route descend. La suée prise dès le départ semble avoir eu raison du reliquat de libation qui parasitait mon métabolisme. Un petit air frais finit de sécher une peau dont les pores rejettent les dernières vapeurs d’alcool. Je suis redevenu un être fréquentable. Je suis à nouveau bien dans mes chaussures et le train est devenu celui du randonneur désirant en découdre avec le chemin qu’il lui reste à parcourir.

       A l’occasion de ce laps de temps, celui qu’il me fallu pour récupérer un peu de ma forme me fait toucher du doigt qu’en pareille circonstance et au cours d’une épreuve de ce type, un écart de tenue à table peut mettre en difficulté tout cyclo même bien préparé. L’incident est clos, mais je sais qu’il me servira de leçon pour l’avenir.

       Nous traversons depuis le début de l'après midi de jolies villages de moyenne montagne. Nous entrons dans Le Frioul. La route longe de grandes étendues d’herbe à fourrage et des champs de maïs. Ici la vie paysanne reste celle des temps anciens. Dans les alpages, le travail se fait à la faux ou avec des motofaucheuses archaïques. Le foin est ratissé à la main par des femmes grâce à de grands râteaux de fabrication artisanale puis sanglé sur un traineau en bois tiré par des vaches attelées à un d’un joug qui leur tenaille la tête. Ces scènes me rappellent une partie de ma jeunesse passée sur le plateau ardéchois fin des années quarante vers la Croix de Bauzon et Saint-Cirgues-en-montagne. Certaines fermes, là, également, sont recouvertes d’un toit fait avec des genets. De petits chalets, abris occasionnels, s’éparpillent dans la campagne marquant pour chacun d’eux une propriété différente.

       La contrée reste marquée par le terrible tremblement de terre survenue le 6 Mai 1976 et qui fit dans la région de Gémola Del Friuli, épicentre de la secousse, un millier de victimes et 45000 sans abris. Les maisons de village, les monuments, les habitations des campagnes gardent encore visibles les stigmates du séisme. A en juger par la fraîcheur des travaux, des tronçons de route viennent seulement d’être rétablis sur leur itinéraire original.

       Dans la descente de Val Pésarina, au milieu de la place d’un hameau, une tour, qui fut peut être un clocher de chapelle, s’est prise d’un mimétisme dangereux pour son équilibre. Bien plus modeste que celle de Pise, elle a tout de même attiré notre attention par son côté insolite!    

 

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       Au loin, mais très loin déjà, les derniers sommets aux chapeaux que le ciel reblanchie régulièrement même en été ne sont plus que des silhouettes aux contours imprécis. Mes souvenirs vécus parmi eux se forgent pour que je n’en perde pas la fraîcheur. Subitement je me sens pris de tristesse à l’idée que peut être jamais plus je n’aurai le privilège de les côtoyer à nouveau. Il y a bien ce projet évoqué avec Pierrot d’y amener nos familles pour les vacances prochaines, mais rien n’est encore sur et encore faut-il que nos épouses et nos enfants partagent notre enthousiasme pour ce monde qui ne leur est pas familier.

       A défaut de grands cols, l’étape nous réserve encore des surprises. Une succession de bosses nous rappellent que les plages de Trieste seront pour plus tard. Nous ne sommes plus qu’à quelques centaines de mètres d’altitude et la chaleur se fait écrasante. Sous cette canicule, les rempillons deviennent des murs.

       Entre Zuglio et Tolmezzo, le Sieur Rossini, qui je le rappelle est l’organisateur du raid, a placé un dernier obstacle pour que l’on se souvienne de lui !!!. Une petite route dont le tracé sur la carte apparaît en pointillé nous indique La Sella Macilie.

       Deux petits vieux assis sous un figuier nous regardent nous engager sur ce semblant de chaussée. Je les entends murmurer je ne sais quel propos. Ils se demandent sans doute si nous ne sommes pas fous pour prendre une direction qui, pour les étrangers que nous sommes est censée conduire vers nulle part. Aucun panneau en effet n’en signale une destination pour un quelconque lieu.

       Le goudron ou ce qu’il en reste a laissé place à des espaces herbeux et à de  nombreux nids de poule. La difficulté de la pente me surprend au point de devoir utiliser mes braquets de haute montagne. Pas étonnant après avoir revu la ‘’Michelin’’,trois chevrons y sont mentionnés, ce qui situe la dénivelée au dessus des dix pour cent.

       De tels efforts pour gravir le Stelvio ou tout autre grand col sont stimulés par la réputation de l’épreuve. Là, la motivation faisant défaut, je dûs faire appel à un orgueil peu louable pour ne pas poser le pied devant ce qui n’était qu’un insignifiant monticule au regard des montagnes que j’ai grimpé depuis Thonon.

       Le mental, quel allié précieux et secourable dans les moments où le physique menace de vous abandonner, de vous jeter en pâture à la face des camarades qui se veulent fringants!     

 

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    La providence d’une fontaine en bord de chemin vient à mon secours alors que je suis à bout de force. Trainant en queue de peleton, c’est au bout d’une petite ligne droite que je vois un attroupement s’agiter autour d’un point d’eau. Comme le font souvent les gamins en été, mes compagnons s’arrosent copieusement avec pour spectateurs quelques personnes assises devant leur maison et que leurs jeux semblent amuser.

       Quel réconfort que la fraîcheur du lieu et celui de savoir que je ne suis pas le seul à être ‘’cuit’’. Car tout gentil qu’ils soient, à les voir à moitié dévêtus et assoiffés, je peux légitimement penser qu’ils ne sont pas là uniquement pour m’attendre, mais bien pour se refaire la cerise, se ‘’repomper’’.

       Il nous est indiqué par les habitants du hameau, sans toutefois tomber d’accord entre eux sur une distance précise, qu’il reste encore trois ou quatre, peut être cinq kilomètres pour atteindre le sommet.

       La chaleur est lourde. Des brigades de mouches à vaches suivent notre lente progression vers l’une de ces hauteurs qui nous parait être le terme de l’ascension. Pas facile de garder, entouré d’un essaim de bestioles prêtent à se laisser avaler, le contrôle de sa respiration que l’effort accélère. Désagréable est un doux euphémisme au regard du danger que cela peut représenter et au dégout de savoir son visage recouvert de ces insectes vivants sur des animaux de fermes que l’on imagine crottés !!! .

       Un’’ merde’’ sonore nous sort de notre torpeur. Hubert vient subitement de se rendre compte que le soleil lui brule les yeux et qu’il a du mal à éviter les trous qui ornent le chemin. Un second ‘’merde de merde’’ nous fait savoir qu’il a oublié ses lunettes solaires et qui de plus lui servent à corriger un problème de vue. A vouloir faire le fou, il a omis de les récupérer alors qu’il les avait posée sur le chapeau de la fontaine qui se trouve à présent deux kilomètres plus bas. Bernard, qui par miracle ne parait pas en ce jour souffrir de la chaleur, n’a pas entendu les manifestations de dépit de son ami. Il caracolait à quelques longueurs d’avance et semblait déjà parti pour faire honneur à son maillot à pois qu’il avait pourtant définitivement gagné lors des ascensions précédentes.

 

 

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Exeptionnel: Hubert (devant en danseuse!), sans ses lunettes.... 

 

       Je ne sais plus qui a accompagné l’étourdi dans son aller-retour vers cette fontaine qui ne se voulait plus providentielle, car l’obligeant à devoir remonter une seconde fois une portion de route difficile. Pour ma part, et n’ayant pas été sollicité pour faire demi-tour, c’est à ma main et avec les ressources qui me restaient que je rejoignis Bernard. Content de lui, le regard fixant le dernier tronçon du chemin pour ne rien perdre sur l'ordre des arrivants, il se prélassait sur un confortable matelas d’herbes coupées .

       La descente ne fut pas une récompense comme l’espère tout cyclo qui a dû s’arracher pour en gravir sa pente. Elle s’avéra fort dangereuse à cause d’une chaussée défoncée et d’un tracé aux virages en épingles serrées. Personnellement je fus frustré de ce plaisir, car dans La Selle Macilie il me fallu m’accrocher aux freins sur plusieurs kilomètres avant de retrouver une route, une vraie, sur laquelle il est bon de se laisser glisser .

       Nous retrouvons la plaine. L’approche de Tolmezzo, ville relativement importante, nous fait cohabiter avec son flot de voitures et autres engins motorisés dont les pétarades et la puanteur des gaz d’échappement nous font regretter les chemins de l’arrière pays. Sans transition nous sommes rappelés à une réalité que ces onze jours de montagne nous avaient presque fait oublier. Certes, depuis la sortie des Dolomites, notre avancée sur Trieste devenait de plus en plus présente dans un imaginaire que nous pensions urbanisé. Le bruit, la chaleur devenue étouffante sont autant de changements subits qui nous surprennent désagréablement.

       Nous arrivons au pied du dernier col répertoriés parmi la litanie de Passo et autres qualificatifs que présentent notre feuille de route. Le Monte-Croce sera en effet l’ultime portion de route avant Trieste où nous devrons utiliser les petits plateaux.

       Rien de méchant, seulement quelques kilomètres à trois pour cent, mais le cœur n’y est plus. La fin du voyage que je sais pour demain provoque subitement en moi comme une déprime. J’entrevois le départ, la séparation comme une fin pour laquelle je ne me suis pas préparé. L’intensité, l’action qui orchestraient nos journées n’ont pas laissé de place à ce type de réflexions, ou inconsciemment ont refoulé le temps de cette échéance. 

 

 

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Hubert, bien avant Amstrong, savait couper les virages! 

 

 

       Un sentiment entre nostalgie et fierté m’envahit. Comme dans un flash-back, un retour sur les jours passés me laissent entrevoir une vision précise des sites traversés. Rapidement je retrouve une réalité me rappelant combien furent riches ces jours derniers. Combien fut forte notre camaraderie et notre entraide. Combien mon plaisir fut grand a gravir le Simplon, le Stelvio, La Maloja dans cette lutte fraternelle avec Bernard pour se disputer, tels des cadets, les pois fictifs du maillot du grimpeur. Les montagnes et leurs neiges éternelles, le profil de ses routes me manquent déjà. La longue traversée des Dolomites, le souvenir tout frais de ses sites mythiques, heureusement, sont là pour m’aider à dépasser une langueur qui me gagne.

       Je suis à l’arrière du groupe. Une large avenue nous fait traverser Udine. Cette fin d’étape est un enfer. La circulation y est dense et les panneaux signalant des stops pour les voies transversales sur lesquelles déboulent les vespas et autres deux roues motorisées sont souvent ignorés par leurs jeunes pilotes. Nos récriminations n’ont pas d’écho et nous comprenons qu’il va falloir se garder de toute part et se garer si l’urgence l’exige. Pierrot, adroit comme un singe l’a compris depuis un bout de temps. Pour se soustraire aux risques, il fait du gymkhana sur les trottoirs avec une maestria à faire pâlir les acrobates.

       A un tour de rôle auquel je ne participe plus, étant à la ramasse depuis des kilomètres déjà, c’est le plus souvent Bernard et Hubert qui nous sortent de la ville en direction de Gorizia ............ à la recherche d’un camping.

        Nous ne sommes plus qu’à une trentaine de kilomètres de l’Adriatique et les cyclos, pour une nuit seulement n’intéressent pas ces lieux d’hébergement que les touristes aux longs séjours ont pris d’assaut depuis le début de Juillet. La décision est prise de quitter la nationale et ses lignes droites décourageantes pour pénétrer dans les terres, espérant y dénicher un endroit paisible pour manger et y planter notre toile de tente.

       Quelque peu perdu et cherchant un chemin conduisant vers un village, une rencontre mis un terme à la crainte de nous retrouver à la belle étoile et un reliquat de pique-nique pour repas du soir. Un homme que nous avons hélé pour des renseignements nous propose sans façon, le plus naturellement du monde, d’aller chez lui.

       Dans une spontanéité désarmante pour nous qui n’en demandions pas autant, il nous fait signe de le suivre jusqu’à Capriva di Friuli où il nous dit tenir une auberge. Quelques kilomètres derrière sa voiture qu’il conduit lentement, nous voila à l’entrée d’une ancienne habitation plantée au milieu de la campagne.

       L’homme qui parle un Français correct nous montre un grand espace où nous installer pour la nuit. Toujours, et comme si cela était naturel, il met à notre disposition la salle d’eau de l’établissement, et, sans que nous ayons le temps de lui manifester quelques remerciements, il nous invite à l’une de ses tables pour le diner. 

 

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Paolo, en fond de table, droit sur la photo.

 

 

 

       Si, pour ce qui me concerne l’étape de ce mardi 24 juillet fut difficile, non à cause du tracé, mais à celui de mes excès de la veille et d’un coup au moral, je me souviens surtout que c’est au bout de cette route que nous avons rencontré Paolo Bastiani, ancien footballeur stagiaire au Paris-Saint Germain dans les années 1970. Surprenant ce Samaritain qui nous donna l’hospitalité comme si nous étions des membres de sa famille. 

                                                                                                                   

                                                                                                                        

       Le Ristorante Alla Tavernetta accueillit ce soir là, exceptionnellement, outre sa clientèle habituelle composée d’une jeunesse fêtarde, six routards égarés et surpris de leur aubaine. Rencontre hors du commun que ce Paolo. Alors que la nuit tombait, alors que nous étions plus ou moins égarés sur une route qui paraissait ne mener nulle part, il nous apparut tel un sauveur.

 

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           Demain nous serons rendus à Trieste. L’aventure pour ce raid en cyclo-camping se terminera.

       J’espère vous retrouver pour cette dernière étape et à l’occasion des prochains récits auxquels je pense pour vous.

 

       Sachez que depuis janvier 2011 où j’ai commencé à mettre en ligne des articles sur mon blog, grâce au bouche à oreille, près de 7000 pages en ont été lues.

 

                                                   Merci à vous

 

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commentaires

Francis 31/07/2011 07:43


Jamais facile de terminer de telles aventures, peut-être une fois couchées sur le papier (ou sur ton blog) a-t-on le sentiment de ne plus "lui" être redevable des bonheurs qu'elle nous a offert.
Paolo Bastiani vous a fait un beau cadeau. Tes photos sont superbes.
à bientôt (je reprends la lecture de tes chapitres dans le sens Trieste - Thonon)


jackie 02/07/2011 23:50


Bonsoir Marcel.
Quel plaisir de vous lire, je reconnais en vous un homme qui écrit pour le plaisir, sans orgueil, vos mots espriment bien tous les évènements passés, vos joies, vos rencontres avec des gens
charmants avec des hospitalités hors du commun.
Vous savez décrire tout cela, qui personnellement m'emmène dans un univers inconnu pour moi, je vous lis d'une traite avec un grand plaisir. Cela fait plusieurs mois que vous avez commencé ce
récit, je comprends qu'arrivé au terme de votre projet vous ayez une certaine mélancolie en vous. En attendant la suite avec toute mes félicitations et mon amitié, à bientôt. jackie


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  • : Il s'agit d'un blog dont l'objectif principal sera de présenter mes occupations de loisir. Mon travail d'écriture, ma peinture, ainsi que ma passion pour le sport,dont je m'apprète à commenter certains souvenirs.
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